AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

Nouveau Monde


Livres les plus populaires voir plus


Dernières parutions chez Nouveau Monde


Dernières critiques
Brooklyn_by_the_sea
  25 septembre 2022
La sirène qui fume de Benjamin Dierstein
Premier tome de la trilogie de Benjamin Dierstein (que j'ai commencée par la fin), et l'impression de sombrer dans le gouffre noir de l'humanité.

Le très compétent Capitaine Prigent est muté au 36 quai des Orfèvres, après avoir balancé ses ripoux de collègues de Rennes. Héros pour les uns, salaud pour les autres, il doit intégrer une nouvelle équipe qui se réjouit peu de son arrivée. Heureusement, le boulot ne manque pas, surtout avec cette affaire d'adolescentes assassinées dans des conditions terribles. Prigent se lance à corps perdu dans l'enquête, au risque de tout y perdre. Ce faisant, il affronte le Lieutenant Kertesz, collègue surdoué d'un autre service, aussi barré que lui et également déterminé à résoudre l'affaire.



Noir c'est noir, il n'y a plus qu'une infime lueur d'espoir dans ce polar vertigineux. Ayant déjà pénétré dans l'univers cauchemardesque de Dierstein, je savais quelle obscurité m'attendait en ouvrant ce livre, et si la stupeur du choc initial s'est quelque peu estompée, j'ai retrouvé avec un plaisir trouble cette folie des âmes en fusion. Impossible de me détacher de ces deux flics obstinés qui carburent aux cachetons, éperdus d'idéal (chacun à leur façon), tout aussi capables de briser les os d'un homme d'un coup de matraque que de se mettre à pleurer sans pouvoir se contrôler. Epuisant, mais épatant. Suivre les circonvolutions de leur cerveau malade mais prodigieux m'a subjuguée, je buvais du petit lait (au goût suri, quand même) en lisant ce roman.

Il faut dire que l'auteur maîtrise son récit du début à la fin -même si certains rebondissements m'ont semblé un peu démesurés, mais au regard de la dimension quasi-mythique de ses deux héros, j'étais prête à tout accepter. Inévitablement, le style nerveux m'a fait penser à David Peace et sa tétralogie poisseuse du Yorkshire, mais vu que j'en suis fan, j'ai vécu cette ressemblance comme un grand bonheur. C'est donc avec voracité que je me jetterai sur le deuxième tome.



Attention, c'est une lecture éprouvante, du genre à laisser des bleus à l'âme. Mais pour qui aime être violenté littérairement, c'est absolument divin ! Avis aux amateurs...

A noter, la très belle préface de Caryl Fery, qui rappelle qu'en matière d'écriture, "Partager est tout ce qui importe." Mission totalement remplie par Benjamin Dierstein.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          3118
bfauriaux
  23 septembre 2022
L'art de la guerre de Sun Tzu
Le classique de la strategie militaire ecrit par un auteur chinois,qui fait office de classique.Il ne faut pas se fier a la longueur du livre,tres court en effet car il est dense et contient tous les éléments du tres bon livre,le style est epure sans jamais un mot de trop et le sujet est traité superbement.
Commenter  J’apprécie          30
Presence
  16 septembre 2022
Mies de Agustin Ferrer
L’architecture n’est jamais que la volonté d’une époque transposée dans l’espace.

-

Ce tome contient une biographie de l’architecte Ludwig Mies von der Rohe (1886-1969). La première publication de cet ouvrage date de 2019 en espagnol, et de 2022 pour sa traduction en français. Il a été réalisé par Agustín Ferrer Casas, pour le scénario, les dessins et les couleurs, un architecte et bédéaste. Il contient environ 160 pages de bande dessinée. Il commence avec une introduction en anglais et traduite après en français, écrite par Lord Norman Foster indiquant que les histoires à l’origine de ces projets et de bien d’autres, les coulisses de la carrière de Mies van der Rohe, et son activité d’architecte professionnel sont élégamment et intelligemment dépeintes dans cette excellente bande dessinée. À la fin, se trouve une postface de deux pages, intitulé Mies en ligne claire, rédigé par Anatxu Zabalbeascoa, journaliste et historienne de l’art spécialisée dans l’architecture, autrice de l’article de journal paru dans El País Semanal, qui a inspiré Ferrer Casas. Viennent ensuite les œuvres ayant servi de référence pour l’auteur (six sur l’architecte, deux sur le Bauhaus, deux autres sur des sujets connexes et trois articles de journaux), une note de l’auteur indiquant qu’il n’a rien inventé, mais seulement réinterprété certains faits et fictionnés d’autres, afin de donner forme à l’histoire. Le tome se termine avec les remerciements de l’auteur.



Lors de l’exposition universelle de 1929 à Barcelone, le roi d’Espagne Alphonse XIII visite le pavillon de l’Allemagne : il le trouve très beau. Il demande où se trouve l’architecte. Un officiel va chercher Ludwig Mies van der Rohe. Le roi le félicite : le lieu est fort joli, avec le bassin, la sculpture et tout le reste. Il s’étonne de ne pas avoir été prévenu que son pavillon n’était pas terminé. Comme il est vide, il se demandait s’il ne restait pas quelques murs à ajouter, et quelle est son utilité. L’architecte l’assure que le pavillon est terminé et qu’il sert à représenter l’Allemagne et à faire beau.



Mies van der Rohe raconte cette anecdote à son petit-fils Dirk Lohan, dans l’avion qui les emmène en Allemagne pour l’inauguration des travaux du bâtiment Neue Nationalgalerie à Berlin. Il ajoute que la ville entière est tombée à genoux devant le dirigeable Graf Zeppelin qui a survolé Barcelone pour l’inauguration, un véritable exploit technique pour l’époque. Dirk demande s’il y avait une croix gammée sur le gouvernail arrière. Son grand-père lui répond que c’était en 1929 et qu’elles ne sont devenues officielles qu’en 33. Cela lui rappelle l’arrivée des soldats à l’école du Bauhaus, investissant les locaux à la recherche d’éléments séditieux, des membres de la Ligue des Combattants du Front rouge qui se cacheraient à l’intérieur. Ils avaient un ordre de la mairie de Dessau, et certains élèves avaient même installé un drapeau avec une crois gammée à une fenêtre. Dans l’avion, Mies revient à la conception du pavillon, étant allé lui-même chercher les matériaux de construction, dont un bloc de marbre exceptionnel.



L’idée de cette bande dessinée est donc venue à son auteur à la lecture d’un article de journal sur cet architecte, développant le fait que l’architecture a traditionnellement été expliquée séparément des architectes, posant les questions suivantes. Où se cache l’intimité d’un architecte ? Qu’est-ce qui en dit le plus sur lui ? La passion, le désœuvrement, ses relations sentimentales, ou bien les pactes qu’il ne craint pas de conclure pour construire ?



L’auteur utilise le dispositif d’une discussion lors d’un voyage en avion pour que le grand-père évoque sa vie à son petit-fils, avec parfois des souvenirs lui remontant à l’esprit et qu’il garde pour lui, ce qui induit une narration sur plusieurs fils temporels. Dans un premier temps, le lecteur peut se trouver un peu déconcerté par ces allers et venues chronologiques, surtout s’il ne connaît rien de la vie de Mies. D’autant plus que sa vie court sur les deux tiers du vingtième siècle et qu’il a croisé de nombreuses personnalités de premier plan. Au fil de la biographie, sont évoqués l’arrivée d’Adolph Hitler au pouvoir et les épurations du régime nazi, les arts dits dégénérés, la chasse aux Juifs, la première guerre mondiale en tant que soldat, la seconde guerre mondiale en tant qu’immigré aux États-Unis, le manque de matériaux de construction après la seconde, puis l’essor économique, le communisme, l’espionnage tous azimuts du FBI sous la direction de J. Edgar Hoover, la destruction de quartiers populaires pour des opérations de requalification urbaine, Berlin séparé en deux par un mur, l’essor des gratte-ciels, la guerre froide, la guerre du Vietnam.



L’artiste ne s’économise pas pour représenter tous ces éléments. Il utilise des traits de contour fins et adoucis, complétés par une mise en couleurs qui apporte des textures et qui augmente discrètement le relief de chaque surface, dans une approche réaliste et descriptive. L’ampleur de la vie de Mies nécessite d’apporter beaucoup d’informations au cours de ces cent soixante pages qui semblent parfois un peu étriquées, avec des cartouches de texte conséquents. Le lecteur peut ainsi contempler à loisir la statue dans la cour intérieure de marbre du pavillon de l’Allemagne, le Graf Zeppelin au-dessus de Barcelone, la façade de brique de l’école du Bauhaus, la Villa Tugendhat à Brno en République tchécoslovaque, l’intérieur de la Bourse d’Amsterdam de l’architecte Hendrik Petrus Berlage, le monument dédié à Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, cimetière de Friedrichsfelde à Berlin, le projet du siège de la Reichsbank, Farnsworth House, plusieurs construction de Frank Lloyd Wright (1867-1959), les tours résidentielles de Lake Shore Drive à Chicago, le Seagram Building avec Audrey Hepburn parmi les passants, tout droit sortie de Diamants sur canapé (1961, Breakfast at Tiffany’s) réalisé par Blake Edwards (1922-2010), etc. En fonction de sa familiarité avec les ces individus, il peut reconnaître Mies, mais aussi Walter Gropius (1883-1969), Frank Lloyd Wright, Philip Cortelyou Johnson (1906-2005), Hendrik Petrus Berlage (1956-1934), et d’autres comme Fidel Castro (1926-2016). Le lecteur qui n’est pas familier de la vie de l’architecte prend mieux conscience de la qualité de toutes cette riche tapisserie artistique, en reparcourant l’ouvrage après sa lecture initiale.



L’artiste intègre encore d’autres éléments dans sa narration visuelle, comme la consommation d’alcool et de cigares très régulière de l’architecte. De ce fait chaque séquence apporte un nombre considérable d’informations et un néophyte peut parfois éprouver des difficultés à les hiérarchiser faute d’une connaissance préalable, telle que la réputation de Ludwig Mies von der Rohe. Car le fil directeur réside bien dans son parcours de vie, à la fois personnel et professionnel. Le lecteur découvre un individu sûr de son talent, avec une réelle curiosité pour les technologies nouvelles, un homme à femme, un opportuniste. L’auteur se montre fort habile pour mettre en scène ces caractéristiques, se tenant à l’écart de tout jugement moral. Il montre un mari infidèle, un professionnel à la recherche de contrats, quels que soient les commanditaires, quels que soient les conséquences d’une opération immobilière. Il y a une forme de : c’est comme ça. Avec le recul, il est facile de condamner Mies pour avoir courtisé le gouvernement nazi ou en tout s’en être accommodé, ou pour des opérations immobilières impliquant de raser un quartier populaire entier. L’auteur ne l’exonère en rien de ses responsabilités et même le charge un peu plus. Dans sa note en fin d’ouvrage, il précise que l’incident entourant la fermeture du Bauhaus de Berlin par les nazis le 12 avril 1933 n’a pas été aussi dramatique qu’il le raconte.



C’est le choix de l’auteur de dramatiser certaines séquences, de lire entre les lignes en interprétant des événements ou des faits connus, par exemple de rendre explicite la liaison entre Mies et Edith Farnsworth, même si ce n’est pas un fait avéré. En racontant le déroulement de la vie de Mies, il présente les opportunités qu’il a su saisir pour pouvoir faire réaliser ses projets, ses influences, les promoteurs et commanditaires qui l’ont mandaté, ainsi que les relations avec certains gouvernements qui avaient leurs propres objectifs en recourant à ses services, et à ceux de son cabinet. Il développe également en arrière-plan des moments clés qui ont construit la personnalité de l’architecte, et donc ses choix artistiques : le métier de tailleur de pierre de son père, la confiscation de biens par les nazis, l’acceptation de cette idéologie par certains de ses élèves, les conséquences sur les élèves d’origine juive, son propre comportement pour préserver sa liberté et l’exercice de sa profession, etc. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut estimer qu’il s’agit de liens de cause à effet très basiques, ou estimer que c’est leur mise en scène qui est basique du fait des contraintes de la pagination, mais que dans le fond ils sont pertinents.



Relater le vie personnelle et professionnelle d’un architecte aussi important que Ludwig Mies van der Rohe est un projet très ambitieux. Il faut à la fois rendre compte de la personnalité de l’individu, des événements et des faits qui l’ont construit, de ses réalisations et de leur contexte politique, économique, technologique. L’auteur fait preuve d’un investissement important, aussi bien dans la narration visuelle que dans les recherches préalables. Le résultat est une bande dessinée dense, riche, parfois difficile d’appréhension pour le lecteur néophyte, réussissant son pari de d’évoquer les nombreuses facettes qui façonnent une vie et une œuvre, sans pouvoir prétendre à l’exhaustivité. Une belle réussite.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250