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Editions des Syrtes


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SamMas
  17 mars 2019
Le soldat à la fleur de Nándor Gion
Premier tome d’une tétralogie intitulée « Il a joué même pour les larrons », ce roman d’apprentissage signé Nandor Gion se veut également une belle reconstitution d’une époque révolue. Celle durant laquelle les habitants de Szentamas se voient confrontés à un monde qui entre dans la modernité, avec le XXe siècle au seuil de chaque existence et l’ombre de la première guerre mondiale. Dans ce cadre, le jeune Istvan passe une adolescence pleine d’insouciance entre rêve et brutalité. Il vit en jouant de la cithare dans les bals et observe les adultes. Rezi, jeune Allemande rebelle, et Gilike, petit porcher, l’accompagnent le plus souvent. Malgré ses appréhensions de changement, le conflit éclate et bouscule les habitudes, ramenant chacun à ce qu’il possède de plus instinctif. L’auteur construit son histoire en accumulant les scènes tantôt oniriques et tantôt d’une sourde violence, poussant le narrateur à ouvrir les paupières et à regarder autour de lui, abandonnant son insouciance pour entrer dans la réalité sordide d’une société où rien n’est jamais acquis sans efforts. En quelques mois, son entourage s’effondre et il est amené à se remettre complètement en question. Quant au titre, il évoque une peinture. Celle d’une représentation de la Passion du Christ sur laquelle figure un soldat muni d’une fleur et dont la mise en scène intrigue le protagoniste. Passage de l’enfance à l’âge adulte, guerre et développement des sentiments donnent à ce récit une force qui se maintient du premier au dernier chapitre. Egalement une formidable leçon d’Histoire !
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nadejda
  25 février 2019
L'aviateur de Evguéni Vodolazkine
Innokenti Platonov se réveille dans un hôpital, entre Geiger le médecin et Valentina l'infirmière, après des années de cryogénisation. D'autres que lui ont eu droit au même traitement de la part de savants qui faisaient des expériences sur les détenus du camp des Solovki car Staline était très intéressé par ce procédé espérant ainsi pouvoir prolonger sa vie ,"si précieuse", dans le futur.

Seul Innokenti s'est réveillé de nos jours d'un sommeil commencé dans les années 20.

Ce livre en deux parties est la lente reconstitution de l'univers de cet homme entre passé et présent, sa reconquête des années avant son séjour au camp de Solovki et ses efforts pour comprendre l'évolution du monde pendant son long sommeil hors du temps.



p 268 « Que dire (alors) d'Innokenti qui a deux vies comme les deux rives d'un grand fleuve. de cette rive du temps présent, il regarde celle du temps d'avant.

Mais il n'a pas traversé ce fleuve. Il est simplement revenu à lui —- et derrière, il y avait. de l'eau. Ce qui était une route est devenu le fond. Il n'a pas marché sur cette route.

Il m'a dit un jour qu'il avait mal lorsqu'il pensait aux années qu'il n'avait pas vécues. »



Quand il se réveille l'amnésie est complète. Progressivement par flash, des mots isolés, des morceaux de phrase jaillissent de son cerveau qui lui permettent de reconstituer des évènements de son passé. Geiger et Valentina répondent à ses questions concernant passé et présent mais ne veulent pas intervenir d'eux-mêmes pour éviter de saturer sa mémoire.



Ce livre est passionnant et belle cette lente remontée vers la vie. Innokenti reste indifférent aux évènements historiques. Ce qui l'intéresse c'est la vie, la beauté simple de la vie. Il s'émerveille d'« Un rayon de soleil oblique tombant sur le bureau. Et dans le faisceau de lumière, une pile de livres. Une colonne de poussière légère qui serait restée invisible sans le soleil. Une coccinelle sur mon manuel d'histoire. »

p 179 C'est la vie de tous les jours, dans ce qu'elle a de plus humble, qui m'intéresse, ce qui semble aller de soi pour les contemporains, et n'est pas digne d'attention. Elle accompagne tous les faits historiques, et puis disparaît, comme si tout s'était passé dans le vide.

(…) Mais vous êtes un poète, disent en riant les gens de la rédaction. Je réplique dans l'esprit de Geiger : non, je suis quelqu'un qui décrit la vie.



Robinson Crusoe l'accompagne depuis son enfance quand sa grand-mère lui en faisait la lecture. Et il se sent toujours proche de lui dont il dit : ,

« Le temps qui l'a vu naître est resté loin quelque part, il a peut-être disparu pour toujours. Il est à présent dans un autre temps —- avec l'expérience et les habitudes anciennes : il doit, soit

les oublier, soit reconstituer tout ce monde perdu, ce qui n'est pas simple du tout. »



Ce livre contient toute la richesse de la vie dans sa beauté et sa cruauté.

Il est également irrigué par l'amour de deux femmes Anastassia et Nastia.

« La résurrection, j'y pense de plus en plus souvent. le nom de Nastia l'évoque lui-aussi. Il me semble parfois que Nastia a ressuscité Anastassia, qu'elles sont indissociables et forment une vie particulière, créée à dessein pour moi à partir de deux vies différentes. »



Et tout au long de cette lecture ressort aussi la place primordiale occupée par les mots et l'écriture :

« Comment peut-on gaspiller des mots précieux dans des séries télévisées, des shows indigents de la publicité ? Les mots doivent servir à décrire la vie. A exprimer ce qui ne l'a pas encore été, tu comprends ? »

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Bookycooky
  22 février 2019
Le péché de Zakhar Prilepine
Six poèmes et dix nouvelles de Zakhar Prilepine, dont la plupart légèrement ou fortement trempées dans la VVH (= violence + vodka + humour ) et paradoxalement aux chutes d'une étonnante douceur. Leur protagoniste s'appelle Zakhar, qui n'est autre que l'écrivain lui-même ou ses avatars. D'inspiration autobiographique, un voyage dans le temps et la vie de Zakhar, sans ordre chronologique, à la campagne, à Moscou.....avec Zakhar enfant, ado, adulte, un Zakhar heureux, qui vit et travaille au gré du vent.



“Quel jour serons-nous demain ?”, question à la bien-aimée dans une ballade d'amour aux chiots,

“Le péché “, flirte avec les cousines, le temps d'un été à la campagne chez les grands-parents, sans conséquence grave,

“Le diable et les autres”, bruits et fureurs chez les co-locataires d'un immeuble moscovite où il habite,

“Les roues”, fossoyeur de fortune, carburant à la vodka, essayant d'enjamber de nuit, une voie ferrée,

“Six cigarettes et ainsi de suite”, ses mésaventures de videur dans une boite de nuit,.....le plus drôle de toutes.........

Un recueil qu'il termine avec de la poésie, magnifique et émouvante , et une farce noire du temps de son engagement volontaire aux guerres tchétchènes en 1996 et 1999.



Bref rien n'est rose dans cette Russie post-soviétique, au contraire tout est pauvreté crasse et violence, pourtant Zakhar s'y penche avec tendresse et humour et une prose qui n'a rien à envier aux grands auteurs classiques russes. C'est son troisième livre que je viens de lire et j'en sors toujours aussi émerveillée.



“En lisant les livres, je rêve toujours,

Et toujours je crois que la vie

Et la mort entre elles s'arrangeront

Et que, seul, je resterais en dehors de tout cela.”
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