AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Velta Skujina (Traducteur)
EAN : 9782845450790
267 pages
Editions des Syrtes (17/04/2003)
4.16/5   32 notes
Résumé :

«Je suis née au goulag le 22 décembre 1952 au village de Togour, district de Kolpacbevo, région de Tomsk. Deux fois par mois, mes parents devaient obligatoirement se rendre à la komendatoura pour pointer.

Ainsi, les instances de surveillance soviétiques s'assuraient que les déportés n avaient pas quitté arbitrairement le lieu de relégation qui leur était assigné. Mes parents n ont pas voulu offrir d'autres esclaves au pouvoir soviétique, ... >Voir plus
Que lire après En escarpins dans les neiges de SibérieVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
4,16

sur 32 notes
5
2 avis
4
8 avis
3
1 avis
2
0 avis
1
0 avis
Je ne m'attendais pas à être aussi happée par le récit en partie autobiographique de Sandra Kalniete, qui nous narre les tourments de ses arrières-grands-parents, de ses grands-parents et de ses parents, qui eurent la malchance de naître dans un petit État balte considéré au mieux comme une épine dans le pied des grandes puissances, au pire comme une province disputée, voire comme un "Lebensraum" qui reviendrait de droit à un peuple supérieur.

En escarpins dans les neiges de Sibérie permet d'ailleurs de briser certains mythes ou méconnaissances liées à la Lettonie ; on y découvre par exemple que le niveau de vie y était supérieur à celui de la Finlande au début du 21e siècle, et de retracer l'histoire de sa population, bringuebalée entre un Empire sur le déclin et la mainmise d'une bourgeoisie prusse sur les terres, puis entre un voisin (envahisseur) soviétique prompt à considérer tout individu comme suspect de n'importe quel crime et une puissance fasciste persuadée de son bon droit sur tout territoire qui viendrait servir la croissance de son peuple élu parmi tant d'autres...

A travers l'histoire de sa famille, l'auteur nous laisse deviner la société lettone: la fierté envers leur capitale, l'impression d'être bien élevé par rapport aux rustres de leur grand voisin, l'ouverture au monde et les nombreux voyages lorsque cela leur était permis, et de mesurer ce qu'ils ont perdu lors des annexions successives de l'URSS et du Reich, qui se sont tous deux évertués à déporter en masse et à imposer le travail forcé aux Lettons. Les séparations des familles, les déportations dans les confins sibériens, la difficulté de la vie sur place, les espoirs déçus et incompris envers une justice mise en scène malgré son absurdité profonde sont autant d'épreuves que durent affronter la famille de l'auteur, qui nous les restitue factuellement, avec un style presque mécanique.

Les transgressions concernant le travail d'historienne de Sandra Kalniete s'imbriquent de manière cohérente dans le récit, et permettent de souligner l'incroyable obsession de tout consigner par écrit de l'URSS, sans souci aucun de l'absurdité des décisions prises ou de l'absence totale de rationalité derrière cette machine à déporter. le récit de l'aller-retour subi par la mère de l'auteur m'a particulièrement marquée, et m'a éclairée sur un pan de l'histoire que je ne connaissais pas du tout : une partie des enfants lettons déportés en Sibérie ont eu le droit de revenir en Lettonie, lavés de leurs péchés...Qui leur ont été à nouveau reprochés quelques années plus tard, et punis d'une solution toute simple : la déportation, une seconde fois!

Un vrai coup de coeur que j'ai lu d'une traite, et qui m'a beaucoup fait penser aux romans Quand les colombes disparurent de Sofi Oksanen, Éducation européenne de Romain Gary, ou encore à la poésie d'Akhmatova dans Requiem : Poème sans héros et autres poèmes.

A lire d'urgence pour toute personne qui demeurerait encore perplexe face aux réactions des pays baltes lors de l'invasion russe de l'Ukraine : les souvenirs de ce qu'ils ont subi ces 70 dernières années sont toujours présents, et inscrits dans leur généalogie.
Commenter  J’apprécie          70
La lecture de Purge de Sofi Oksanen m'a bien sûr énormément plu, par delà ce roman j'ai voulu en savoir un peu plus sur cette histoire des Pays Baltes, le livre de Sandra Kalniete" En escarpins dans les neiges de Sibérie" est venu m'éclairer et du même coup apporter un complément bienvenu au livre de Sofi Oksanen.

Deux petits pays qui ont vécu des tourments identiques et ont retrouvé leur liberté au début des années 90. Ce que Sofi Oksanen a si bien su rendre dans son roman qui se déroule en Estonie trouve un écho très fort dans le récit familial de Sandra Kalniete qui lui vient de Lettonie.
Pour mieux comprendre ce qui s'est passé dans ces pays une carte des années 20 qui montre les deux pays pris en étau entre l'Allemagne belliqueuse et expansionniste et la Russie soviétique prête à faire main basse sur la Pologne, la Finlande et les Pays Baltes

La Lettonie connaît quelques années d'indépendance pendant lesquelles le niveau de vie croît, la vie est douce, la jeunesse studieuse (le plus fort taux d'étudiants de l'Europe de cette période).
La signature du Pacte Germano-Soviétique va marquer la fin de cette indépendance et pendant 50 ans les Pays Baltes vont connaître invasions barbares et oppression politique sous le joug communiste.
Ce sont trois vagues qui vont se succéder : L'URSS occupe les territoires sitôt le Pacte signé, la population subit une première vague d'arrestations, exécutions, déportations. Les familles, les individus sont convoyés vers la Sibérie, vers des camps de travail ou des Kolkhozes.

Dans son livre Sandra Kalniete décrit le martyr de son grand-père maternel qui mourra en captivité, de sa grand-mère et de sa mère déportées toutes deux. Elles vont devoir survivre aux maladies, au travail forcé, à l'absence de nouvelles du reste de la famille, et surtout à la terrible famine qui va les accompagner les 10 premières années de cet exil forcé.
Elle décrit la joie qui nous parait stupéfiante, lors de l'occupation allemande car pour les Lettons tout valait mieux que les communistes. Une partie de la population collaborera comme dans tous les pays envahis et une partie de la population masculine sera contrainte de rejoindre les rangs de l'armée allemande pour combattre sur le front russe.
C'est lors de la déroute allemande et de la nouvelle invasion soviétique que la famille de son père est arrêtée et déportée.
La mère de l'auteur Ligita et son père Aivars se rencontrent en Sibérie,
Elle n'aura ni frère ni soeur « Nous n'enfanterons plus d'esclaves » décidèrent ses parents lorsque la police leur demanda d'inscrire leur fille bébé sur la liste des déportés.
La mort de Staline apporte quelques améliorations à la vie des prisonniers mais il faut attendre 1957 pour que la famille soit autorisée à rentrer en Lettonie.
Sandra Kalniete s'engage dans le combat politique et la lutte pour l'indépendance de la Lettonie dans les années 80. Ce n'est qu'en 1994 que tous les membres de sa famille seront définitivement réhabilités.

J'ai aimé ce témoignage qui éclaire une période très sombre dans ces pays, on sent dans le récit l'incompréhension devant l'inertie des alliés à la fin de la guerre face à l'URSS toute puissante, les peuples de ces pays se sentent les oubliés de l'histoire.
Sur certains sites j'ai trouvé des réactions sévères à ce livre et Sandra Kalniete est accusée comme le gouvernement Letton de faire silence sur le sort des juifs de Lettonie et sur une adhésion au fascisme des habitants.
On sait que le sort des juifs dans les Pays Baltes fut terrible et Sandra Kalniete y fait quelques brèves allusions mais défend le peuple Letton sur ce sujet. Ceci n'enlève rien à la réalité du sort de sa famille tant paternelle que maternelle.
Commenter  J’apprécie          40
Le destin de la famille de l'auteure est terrible !
Plus qu'une biographie, cette oeuvre de Sandra Kalniete est une mine d'or d'informations sur l'occupation de la Lettonie par l'URSS et la tragédie vécue par les Lettons. L'auteure s'appuie sur une bibliographie solide qu'elle cite en bas de pages pour étayer ses propos, donnant ainsi également à son ouvrage une valeur historique.
Ce livre est donc très intéressant pour en découvrir plus sur ce pays que je connaissais très peu et sur les horreurs ayant eu lieu là-bas, notamment avec les pertes de liberté, les abus de pouvoir, les massacres et les déportations abusives d'innocents, dont des enfants et des vieillards, les envoyant à une mort certaine. Sandra Kalniete insiste sur l'hypocrisie du communisme et des décisions mises en place, notamment sur l'importance de remplir les quotas pour être bien vus, quitte à déporter des personnes n'ayant rien fait. Elle souligne également le côté inhumain à envoyer des gens loin de chez eux, avec très peu pour survivre,
Une chose m'a également marquée : l'auteure est attristée de voir les Lettons traités de fascistes par des personnes ne cherchant pas plus loin les raisons du comportement des gens : ils ont acclamé l'arrivée des Allemands, pensant ainsi être libérés du joug russe, après avoir vécu une année très difficile d'occupation. Avec l'arrivée des Nazis, le peuple pensait reprendre leur indépendance, et ont donc manifesté leur joie. Mais ils ont vite déchanté par la suite, puisque les Allemands n'étaient pas mieux que les Russes... et idem, à la fin de la guerre, ils ont de nouveau étaient occupés. Quelle tragédie !

J'ai donc trouvé ce récit très instructif et assez touchant. L'auteure a beaucoup de tendresse pour sa famille et nous le ressentons dans son écriture. Comment ont-ils pu survivre à tour cela ? J'ai beaucoup aimé les lettres écrites par les membres de sa famille que Sandra Kalniete a inséré dans sa narration.
J'ai eu un tout petit peu de difficultés à me repérer dans les noms et les liens familiaux au début, mais je me suis habituée.
Commenter  J’apprécie          85
"Lorsque sa femme quitta l'hôpital, mon père se rendit au soviet du village afin d'obtenir mon certificat de naissance. Ayant rempli les formalités, le commandant lui dit: "Aivars Aleksandrovitch, dorénavant, tous les 15 et 30 du mois, tu dois pointer pour ta fille." Et il poursuivit en riant : "Afin que nous soyons sûrs qu'elle n'a pas quitté le lieu de relégation." Mon père fut frappé de stupeur. Pendant la grossesse, ni lui ni ma mère n'avaient pris conscience de la réalité : dès sa naissance leur enfant était condamné "à la déportation à vie". A pas lourds, mon père retourna à la baraque. Il fustigea la légèreté avec laquelle il s'était laissé bercer par l'illusion d'un bonheur au nom duquel il avait condamné sa fille à vivre en Sibérie. "Charognards ! Pourritures ! Crapules !" hurla mon père intérieurement. de retour chez lui, il jeta un regard noir à ma mère et martela : "Nous n'enfanterons plus d'esclaves !" Je n'ai eu ni frère ni soeur. Deux mois plus tard mourut Staline.

Sandra Kalniete est Lettone. Elle est née en 1952 en Sibérie où ses parents purgeaient une peine de relégation. Sa mère avait été déportée en 1941 à l'âge de 14 ans, son père en 1949 à 17 ans. Cette femme a dix ans de plus que moi. Autant dire que c'est une contemporaine. C'est la première chose qui m'a frappée quand j'ai commencé cette lecture : la proximité des événements relatés.

A travers l'histoire de la famille Kalnietis c'est aussi une tranche d'histoire de la Lettonie et surtout du peuple letton qui est racontée. le 17 juin 1940, la Lettonie, indépendante depuis la fin de la première guerre mondiale est envahie par l'armée soviétique puis annexée à l'URSS le 5 août. La répression s'abat alors sur les "ennemis du peuple". Elle culmine en juin 1941 avec l'arrestation de 15 000 personnes dont la mère de l'auteure, Ligita Dreifelde, et ses parents. Les rafles donnent l'impression de ne pas être menées de façon très rigoureuse : la famille compte aussi trois grands fils mais comme ils ne sont pas à la maison au moment où la tchéka débarque, ils sont épargnés. Ils quittent le pays pour l'Ouest durant la guerre et Ligita ne reverra ses frères que 47 ans plus tard. le père de Ligita est envoyé au goulag où il meurt peu après, mère et fille assignées à résidence en Sibérie où la mère finira ses jours.

En juin 1941, c'est au tour de l'URSS d'être envahie par l'Allemagne. Dorénavant la Lettonie est fondue dans l'Ostland avec l'Estonie et la Lituanie. La roue tourne encore avec la défaite nazie et les Etats baltes se retrouvent à nouveau sous la domination soviétique. le père de l'auteure, Aivars Kalnietis, est déporté à son tour avec sa mère en mars 1949. Un petit frère de 12 ans reste seul au pays, le père ayant été condamné au goulag en 1945. Aivars et Ligita se sont rencontrés à Togour en Sibérie. En 1957 la famille a eu l'autorisation de rentrer en Lettonie.

Sandra Kalniete montre bien les différences de conditions de vie qu'ont affrontées les deux générations de déportés. En 1941 on est en pleine guerre mondiale, l'existence est on ne peut plus précaire, la famine récurrente, il s'agit de survivre. En 1949 ce n'est pas vraiment des vacances non plus mais le risque de mourir de faim s'est éloigné. Après la mort de Staline la famille profite d'un confort relatif : Aivars et Ligita ont construit une maison de leurs mains, lui est un ouvrier qualifié qui gagne correctement sa vie et elle reçoit des colis de ses frères installés au Canada.

Ce qui me touche aussi dans cette histoire terrible, c'est la séparation des familles. L'auteure a finement analysé les dégâts psychologiques que ces traumatismes ont causé sur ses proches.

Les souffrances endurées par cette famille ont également entraîné un attachement très fort à la culture nationale, accompagné du rejet de tout ce qui est "russe". Il s'agit de survivre en tant que peuple et on voit la mère d'Aivars s'inquiéter de ce que son fils puisse épouser une fille du kolkhoze : "Je préfèrerais le voir mort", disait grand-mère en terminant son histoire. Je n'étais qu'une enfant, mais en contemplant les visages en forme de galette des deux étrangères, je devinais ce que grand-mère avait du ressentir à l'époque."

Il me semble que cet attachement à son peuple conduit l'auteure à passer rapidement sur la période d'occupation de la Lettonie par l'Allemagne et à minimiser la responsabilité de Lettons dans des violences antisémites (ces faits sont néanmoins évoqués).

Pour écrire ce livre, Sandra Kalniete s'est appuyée sur les souvenirs de ses parents et d'autres déportés et sur les archives familiales. Avec l'ouverture des archives soviétiques après 1991, elle a pu aussi consulter les dossiers des membres de sa famille. C'est un vrai travail d'historienne qu'elle a mené et à ce titre il me semble que son ouvrage est une bonne source d'information. J'en ai apprécié la lecture.

Les Etats baltes font partie des "Terres de sang", des territoires qui ont particulièrement souffert pendant et après la seconde guerre mondiale.
Lien : http://monbiblioblog.revolub..
Commenter  J’apprécie          30
J'ai grandi à la fin de la Guerre froide, et le mot "goulag" m'est familier car mes parents l'employaient pour parler des opposants soviétiques et de leur famille qui étaient envoyés en Sibérie pour y vivre dans des conditions très difficiles sans espoir de retour.

Et c'est ce thème que le livre aborde. L'auteure, Sandra Kalniete, est née dans un camp de relégation et retrace dans ce livre l'expérience aussi douloureuse qu'inhumaine qu'a subie ses parents et ses grands-parents maternels et paternels à la suite d'une arrestation et d'une accusation aussi mensongère qu'arbitraire, en s'appuyant sur les archives soviétiques, des ouvrages d'historiens, et bien sûr les lettres et témoignages des membres de sa famille.

J'ai trouvé également intéressant d'en découvrir davantage sur l'histoire de la Lettonie. Pour être tout à fait franche, je ne connais pratiquement rien aux pays baltes, étant née au moment où ils n'étaient que des satellites de l'U.R.S.S.

J'ai ainsi appris que les Bolcheviks, lors de la 1ère Guerre mondiale, avaient installé des bases soviétiques en Lettonie où ils avaient perpétré de telles horreurs que les Lettons accueillirent les Allemands en 1941 comme des libérateurs. Les Soviétiques se servirent ensuite de cet épisode pour présenter auprès du reste de l'Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale les Lettons comme des fascistes et des antisémites.

Juste avant l'invasion allemande, une première grande déportation est préparée en grand secret par les Bolcheviks, provoquant la surprise des Lettons qui, ayant toujours vécu dans un état de droit, ne pouvaient imaginer l'arrestation d'innocents.

” Amis, connaissances et personnalités en vue disparaissaient. Une tension vigilante se lisait sur les visages. Les rires s'éteignaient ; le poison de la méfiance mutuelle, telle une araignée, tisait une toile qui engluait tout le pays.
(page 34)

En juin 1941, Ligita, la mère de l'auteure, et Emilija, sa grand-mère, sont arrêtées en pleine nuit, quelques jours avant le bal du lycée (les escarpins du titre sont ceux offerts par le frère de Ligita pour cette occasion). Elles sont rejointes par Janis, le grand-père, débusqué dans leur maison de campagne.

On assiste aux conditions inhumaines de leur longue déportation (les Bolcheviks n'ont rien à envier aux nazis) : parquage dans des wagons à bestiaux, promiscuité, épidémie, mort, etc...

A leur arrivée en Sibérie, les femmes sont séparées du chef de famille (Ligita n'apprendra la mort de son père qu'en 1999 alors que le décès était survenu à peine quelques mois après son arrestation). L'auteure nous livre un témoignage terrifiant et poignant sur leurs conditions de vie (ou plutôt de survie) : les corps, affaiblis par la malnutrition et l'absence d'hygiène, sont décharnés, couverts d'abcès purulents, de poux et de vermine. Les seuls vêtements qu'ils portent sont ceux qu'ils avaient sur le dos au moment de leur arrestation et se sont transformés en haillons incapables de les préserver du froid sibérien. Les déportés sont tellement affamés qu'ils n'hésitent pas à manger des charognes de cheval ou des rats crevés.
L'auteure nous décrit "un monde où les souffrances, la famine et la mort étaient quotidiennes" (page 159).
En 1946, un colis de victuailles,de vêtements et de draps envoyé par la famille rescapée les sauvent d'une mort certaine. Les femmes ne peuvent compter sur une amélioration de leurs conditions de vie car elles sont régulièrement transférées d'un lieu de relégation à un autre, leur faisant abandonner leur potager si durement acquis.

Bref, la lecture de ce livre est parfois insoutenable, toujours révoltante. On se demande comment des êtres humains ont pu participer à l'élaboration puis au maintien et au contrôle de ces déportations qui rabaissaient d'autres êtres humains au rang d'animaux. D'autant que la plupart étaient des innocents condamnés arbitrairement comme "ennemi de classe" dans une mascarade de justice, et qu'ils entraînaient dans leur chute toute leur famille.
Lien : http://parthenia01.eklablog...
Commenter  J’apprécie          50

Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Les opinions des soviétiques et des nazis divergent uniquement sur « la solution
finale ». La plus grande préoccupation du Reich était de savoir de quels moyens se doter pour
accroître l’efficacité de la machine à tuer, afin d’exterminer le plus de personnes possible dans un
délai très court. Les tchékistes soviétiques, eux, pouvaient se permettre le luxe d’expérimenter
combien de temps un ennemi de classe arrivait à survivre dans des conditions extrêmes ! Et quelle
aubaine, un tel essai ne coûtait pratiquement pas un sou à l’État ! Au contraire ! Car tant que
le « contingent » était vivant, il travaillait. Les uns étaient donc occupés à vider une Europe
« surpeuplée », tandis que les autres pouvaient opportunément, sans entraves et en catimini,
investir les immensités infinies de la Sibérie. Seul problème pour le pouvoir soviétique : en dépit
des conditions inhumaines qu’ils avaient imaginées avec tant de « générosité », une partie des
relégués spéciaux réussissaient quand même à survivre. Il fallait donc reléguer à vie.
Commenter  J’apprécie          20
La Finlande paya d'un lourd tribut la sauvegarde de son indépendance: 23 000 Finlandais moururent au combat et 10% du territoire dut être cédé à l'Union soviétique. Le grand nombre de victimes et l'issue de cette guerre confortèrent d'autant plus la Lettonie dans sa conviction qu'elle avait fait le bon choix en acceptant les exigences soviétiques, et qu'elle pourrait ainsi sauver la nation de l'anéantissement. Cette consolation était un leurre, mais à l'époque personne ne pouvait imaginer qu'il faudrait survivre à trois occupations consécutives - soviétique, allemande, puis à nouveau soviétique -, et qu'inexorablement la rançon de sang exigée devrait être payée. Avant la guerre, la Finlande et la Lettonie étaient assez comparables, avec néanmoins un niveau de vie plus élevé en Lettonie. En 1991, quand la Lettonie réintégra l'Europe après la restauration de son indépendance, la croissance de la Finlande correspondait aux cinquante années d'occupation que nous avions subies.
Commenter  J’apprécie          20
La cour martiale siégeait à huis clos, comme il se doit pour un tribunal soviétique, avec des juges, un procureur et, à ma grande surprise, un avocat. En tout, trente et un témoins avaient fait des dépositions. Le procès se déroulait en russe, alors que la plupart des accusés étaient incapables de le comprendre. Les serviteurs de Thémis -  le major Ragoulov, le lieutenant Oleinikov et le lieutenant Levan - devaient certainement s'ennuyer ferme. Ce n'était pas la première fois qu'ils devaient incarner des juges intègres. Les rôles étaient distribués à l'avance, il n'y aurait donc aucune surprise. 
Commenter  J’apprécie          20
Mes parents se sont rencontrés en Sibérie et se sont mariés le 25 mai 1951. Je suis née le 22 décembre 1952 au village de Togour, district de Kolpachevo, région de Tomsk. Deux fois par mois, mes parents devaient obligatoirement se rendre à la "komendatoura" pour pointer. Les instances de surveillance soviétiques s'assuraient ainsi que les déportés n'avaient pas quitté arbitrairement le lieu de résidence qui leur était assigné. Un mois après ma naissance, mon père dut m'enregistrer pour la première fois _ j étais destinée à la captivité, moi aussi. Mes parents n'ont pas souhaité offrir d'autres esclaves au pouvoir soviétique. Je n'ai eu ni frère ni soeur. Nous sommes rentrés en Lettonie le 30 mai 1957.
Commenter  J’apprécie          10
Il aurait été beaucoup plus simple de ne pas faire semblant et de massacrer les gens que d'accumuler ces montagnes de paperasserie. Cependant, on ne sait pour quelles raisons, le Code de procédure pénale soviétique a été scrupuleusement respecté. Cela donne aux évènements un côté tragiquement grotesque. Arraches illégalement à leurs foyers, séparés de force de leurs familles, réduits à la famine, les déportés devaient de surcroît se prêter à une parodie de justice.
Commenter  J’apprécie          00

>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Biographie générale et généalogique (557)
autres livres classés : lettonieVoir plus
Les plus populaires : Non-fiction Voir plus

Autres livres de Sandra Kalniete (1) Voir plus

Lecteurs (97) Voir plus



Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
1704 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre

{* *}