AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
Citations sur Les pêcheurs d'étoiles (61)

« Moi, je suis bien placé pour savoir que l’écriture ne nourrit pas son homme. Pour en vivre, il ne faut pas seulement écrire. Il faut en plus savoir manigancer, manger à tous les râteliers, avoir de l’entregent et, souvent, pas beaucoup de fierté ni d’orgueil. Kostro était doué pour ça. Et Cocteau, à ce jeu-là, c’est un maître. Moi, pas. »
……………………..
« Il n’y avait qu’une méchante croix de bois et pas même de pierre tombale. Et regarde ça, maintenant. On dirait l’un des menhirs de Stonehenge. Ou un gibet. Ou non : on dirait un transatlantique en route pour les tropiques, avec une cheminée qui cherche à tutoyer les étoiles. Ben merde, alors ! Quel orgueilleux quand, même, ce Kostro… »
………………………
« Le poète roula de sa main unique une énième sèche et, à la flamme de la bougie, l’incendia dans les crépitements discrets de brins de tabac se tordant dans la braise. »
………………………….
« Au même instant, le taxi repris son cours dans le flot du boulevard de l’Hôpital où les automobiles, grondantes, vrombissantes et klaxonnantes, faisaient de leur mieux pour noyer les dernières charrettes qui tentaient encore de résister à la modernité en marche. »
Commenter  J’apprécie          30
(entre Blaise Cendrars et Eric Satie)
Aussitôt, le musicien porta sa main gantée à son visage et réajusta ses lorgnons sur la hampe de son nez. Enfin, tout en lissant entre ses doigts sa barbiche de chevrier taillée en pointe, il expliqua :
- "Cher ami, je suis connu dans le quartier. Je veux bien boire l'apéritif avec vous, mais vous aurez remarqué que je n'ai plus l'âge de m'enfuir en courant.
- Quoi ? Le Maître n'a pas le rond ? Toi ?
- Ni le rond, ni le carré.
- Et encore moins l'ovale ou le triangle, je suppose.
- Vous supposez parfaitement bien.
- Et alors ? On ne va pas s'en faire pour si peu, non ? L'argent ça finit toujours par se trouver. Ne t'inquiète pas, ma vieille ...."
Tout en indiquant d'un mouvement du menton la brochette de Russes blancs qui, au comptoir, achevaient de s'arsouiller avec méthode, il se voulait rassurant :
"Ils paieront pour nous ..."
Commenter  J’apprécie          50
Le poète avait connu les usines à charcuter de 1915, en pleine guerre, après la Ferme Navarin. Il avait été rapatrié en urgence vers les lignes arrières dans un hôpital improvisé entre les murs du lycée Lakanal, à Sceaux. Des corps, plus ou moins vivants, geignant ou gueulant de douleur, débarquaient par camionnettes entières, encore empuantis par l’odeur de la poudre et du feu. Submergés par les patients, les docteurs jugeaient de l’état des nouveaux arrivants en seulement quelques secondes, ordonnaient des amputations, des cautérisations, des injections de morphine, la pose de pansements ou d’attelles. Avec froideur et science, ils dirigeaient en chefs d’orchestres cette symphonie discordante qu’interprétaient ces musiciens se vidant de leur sang et de leurs tripes. Tout juste survivants du laminoir de la guerre, les hommes tremblaient sur leurs civières comme des chiens de pauvre sous la pluie. Ils priaient, gémissaient, imploraient, partaient sans raison dans des rires sardoniques, juraient, blasphémaient, guettaient la mort au milieu du tourbillon des infirmiers aux blouses tachées de sang comme le sont celles des équarrisseurs des Halles.
Commenter  J’apprécie          130
« Attends… Tu fais Paris-Arcueil aller-retour tous les jours depuis combien de temps ?
– Depuis 1897, très exactement. Pourquoi ?
– Ça fait donc à peu près vingt-huit ans. Vingt-huit que multiplient trois cent soixante-cinq jours que multiplient vingt kilomètres. Et ça fait… Ça fait plus de deux cent mille bornes, mon cochon ! Encore quelques années à ce régime et tu pourras dire que tu es allé sur la lune ! Et à pied, encore ! Ce n’est pas du voyage, ça ? »
Le visage du musicien s’illumina soudain d’une mimique enfantine. Il expulsa à son tour une nuée de fumée vers les étoiles et s’exclama :
« Comme Cyrano de Bergerac, vous voulez dire ?
– Comme lui ou comme ce bon Méliès, tu choisis. Tu es un grand voyageur, mon pote. Un sacré grand voyageur, même. Et dire que tu ne le savais pas. La vie, tout de même… »
Commenter  J’apprécie          40
– Qu’est-ce que vous y connaissez, vous, aux femmes ? »
Grattant sa joue mal rasée du bout de ses doigts, le poète finit par admettre :
« C’est vrai qu’on ne connaît jamais bien les femmes. Elles sont trop différentes de nous. Mais il y a une chose sur elles dont je suis à peu près sûr.
– Laquelle ?
– Elles sont comme les barques de cabotage. Elles ne font presque jamais de long cours. Elles suivent les côtes, de phare en phare. Contrairement aux hommes, il est rare qu’elles mettent le cap sur la haute mer. Elles tracent leur route, sans perdre la terre des yeux.
Commenter  J’apprécie          10
Les deux mains élégamment posées sur le pommeau de son parapluie qui ne le quittait jamais, Erik Satie se rengorgea, partagé entre l'envie de sourire et celle de protester. A bientôt cinquante-neuf ans, il avait enfilé les existences comme d'autres les conquêtes féminines, ne s'attachant à aucune, glissant sur les modes comme sur les cercles de pouvoir et les chapelles, se protégeant du Tout-Paris grâce à une carapace patiemment ciselée dans l'humour, le mépris silencieux ou le sarcasme.
Commenter  J’apprécie          304
Il était l'un de ces hommes que la Grande Guerre avait mâchonnés, leur broyant les nerfs, les rendant insensibles à tout, un de ces pauvres hères qui n'avait pas le sou et que l'alcool ne parvenait même plus à saouler convenablement. Par le peintre Modi, un fameux client celui-là, le bistroquet avait appris qu'il se faisait appeler Cendrars, Blaise Cendrars.
Commenter  J’apprécie          182
J'y suis bien parti au Brésil. Tu peux être tranquille là-dessus (...) Ce n'est pas le paradis, bien sûr, mais c'est différent d'ici. C'est autre chose, quoi. Sur le "Formose" quant on est entrés dans la baie de Guanabara, j'étais heureux comme un roi, riche comme un milliardaire, libre comme un homme.
Commenter  J’apprécie          152
Blaise Cendrars à Erik Satie : Quoi qu’il en soit, je me suis endormi ce soir-là à la même heure qu’aujourd’hui. Quand je me suis réveillé, j’avais écrit ‘’les Pâques à New York’’. Je n’étais plus Frédéric Sauser, Freddy, Fritz, Freddy Sausey, Jack Lee ni même Diogène, un autre de mes noms de plume d’avant cette nuit-là. J’étais devenu Cendras. Blaise Cendrars. Le premier de mon nom, puisque je l’avais inventé de toutes pièces. J’étais devenu un pêcheur d’étoiles. Tout comme toi, mon vieux. Quand on y réfléchit, on n’est ni plus ni moins que ça. Des Terriens qui embarquent sur une felouque pour partir à la pêche aux étoiles.
Commenter  J’apprécie          150
Paris s’était complètement réveillé, gorgé de sève comme un fruit encore vert s’offrant à mûrir aux rayons d’un soleil juvénile.
Commenter  J’apprécie          130






    Lecteurs (234) Voir plus



    Quiz Voir plus

    Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

    Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

    Paris
    Marseille
    Bruxelles
    Londres

    10 questions
    1227 lecteurs ont répondu
    Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre

    {* *}