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Citations sur Mozambique : Pour que ma mère se souvienne (24)

- Ce sont des coutumes de peuples très primitifs.

Cette phrase, comme tant d'autres similaires, démotivait immédiatement tout approfondissement du sujet, de la même manière qu'au Portugal, je me souviens d'avoir entendu parler des coutumes et des traditions populaires des habitants "attardés" des campagnes, ce qui je pense, était le cas partout dans le monde où la suprématie dite occidentale régnait et où la ville réclamait sur les campagnes une supériorité intellectuelle, culturelle, et civique absolue.
(p. 172)
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De cette manière, les barrières entre "nous" et "eux" étaient claires et palpables, et nous n'y pensions même pas parce que c'était presque naturel. Les Noirs, près de huit millions de personnes, soit la majorité écrasante de la population, quoique recensés et soumis aux impôts, n'étaient pas enregistrés comme Portugais, contrairement aux petites centaines de milliers de Blancs que nous étions, ou des quelques milliers de mulâtres, d'Indiens, et de Chinois, en nombre résiduel, et de l'infime pourcentage d'assimilés.

en fait, ils vivaient dans un monde à part, même si nos deux mondes entraient constamment en collision, tout le temps, même à la messe, quand j'allais encore à l'église. A la maison , par exemple, les domestiques se tenaient toujours à distance, et pas simplement parce que leurs chambres étaient en dehors de la maison. Comme je suis arrivée adolescente en Afrique, j'ai grandi sans me faire d'amis africains noirs, qui n'allaient jamais beaucoup plus loin que l'école obligatoire (...)
En fait, presque jusqu'à la fin des années 1960, l'enseignement secondaire était simplement interdit à tous les Noirs qui n'étaient pas descendants d'assimilés. (p. 173)
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Dans tout l'outremer, il y avait du coca-cola, boisson interdite dans la métropole, et des plages magnifiques qui n'avaient pas leur pareil dans le reste du monde. Et puis, la vie était complètement "différente", parce qu'il y avait toujours des fêtes et que l'on partait régulièrement pour des voyages de centaines de kilomètres, décrits négligemment comme des "promenades". quand on l'entendait parler du quotidien à Quelimane (et partout au Mozambique), on se faisait cette idée que finalement la principale occupation des gens de l'outremer était le voyage, les festins chez les uns et les autres, et les longues brassées dans les eaux turquoises ou des fleuves de cristal; comme si les grandes vacances, qui duraient trois mois dans la métropole, duraient là-bas toute l'année, pour les grands grands et pour les petits.
"quelle vie merveilleuse"pensais-je, moi qui rêvais tout éveillée. (p. 22)
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Les nids des guerilleros

Oui, nous savions que la "Guerre coloniale" était une réalité. Même plus :nous respirions son souffle insomniaque. Déjà très proche en 1967, 1968, et 1969, elle était encore très loin de nos vies, de nos préoccupations , et de nos cauchemars. En fait, la guerre avait encore une autre dimension bien plus excitante et drôle, faite de blagues de caserne, de petites intrigues, et de scandales commentés dans l'indolence tropicale de jours qui se ressemblaient tant. Une dense aura d'érotisme planait sur tout cet apparat belliqueux, alimentant les attentes naturelles du florissant marché matrimonial des colonies ultramarines portugaises. En haut du tableau, les officiers étaient naturellement les plus convoités, suivis par les fourriers, et les sergents, qui trouvaient facilement des demoiselles au coeur disponible. Cependant, la majorité d'entre eux ne pensaient qu'à rentrer au pays, où ils avaient tous une amoureuse ou une fiancée , à qui ils continuaient malgré tout, par courrier ou aérogramme, de jurer un amour éternel. (p. 205)
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Mais surtout, c'était au coeur de la population noire, qui se sentait la plus discriminée, que les mouvements de libération trouvaient le plus d'écho.

Pourquoi ? Le paysage était profondément irrégulier. Il y avait les "Blancs au premier degré", les naturels de la métropole, les "Européens", comme le disait leurs papiers d'identité; les "Blancs au deuxième degré", dont les papiers disaient "naturel du Mozambique", ou autre place coloniale. Et puis les "assimilés": les communautés d'Indiens, très petites, et de Chinois, encore plus résiduelles. Et enfin les Noirs, la majorité écrasante de la population, 98 % qui n'étaient pas citoyens portugais, et qui n'avaient droit qu'à la -Caderneta Indigena- . Il existait des lois différentes pour tous ces groupes. Et des manières différentes d'appliquer la justice et de comprendre les lois du travail. (p. 111)
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Il y avait également une autre Soeur, petite et maigre, au visage anguleux et au sourire florentin, qui nous donnait des cours de Géographie, transformant cette matière aride en une véritable aventure de la connaissance. Elle nous a appris beaucoup de choses, et notamment que nous pouvions aimer une personne qui ne nous plaisait pas du tout. Au quotidien, je la détestais, et je crois qu'elle ne m'appréciait pas beaucoup non plus. Mais pendant ses cours, notre adoration était mutuelle, parce qu'aucun professeur ne peut se protéger de la fascination et de l'admiration intellectuelle qu'il suscite. C'était le cas avec moi, dans tous ses cours. (p. 102)
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Le rire est toujours une catharsis, dans ce cas essentielle, surtout pour ne pas penser à la liste des noms d'hommes et de garçons. Et c'est ainsi que, de notre côté, nous avons commencé à vivre les derniers jours de la fin de notre monde, entre sursauts de peur et espoir en un avenir de paix, et la routine qui donnait un sens à l'absurde et maintenait le monde sur son axe. Quelques années plus tard, une autre donnée viendrait s'intégrer à la vie de la ville. La douleur, car tout inconnu que ce soit le soldat, ces soldats tombés au combat, leur mort (...) n'en a pas moins été intensément ressentie. (p. 128)
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Et enfin, la découverte du navire lui-même, avec ses salons, ses ponts, la piscine, la petite chapelle, la petite bibliothèque, les salons du barbier et du coiffeur, et le dédale de couloirs qui menaient aux cabines. et au fur et à mesure de nos pérégrinations, nous avons découvert la deuxième et la troisième classes, si près et à la fois si loin, parce que leurs espaces avaient
été conçus pour être imperméables à la communication (...) (p. 33)
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Mais encore une fois, que savions-nous, nous, nous, les Portugais de la métropole, de cette Afrique qui était alors portugaise ? Rien. Ou si peu. Juste une suite de stéréotypes illustrés par de belles images mal agencées les unes avec les autres, et d'où s'élevait le parfum de l'immensité et de la liberté des grands espaces sauvages. (p.20)
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Je ne voulais absolument pas être une "dame". Je voulais être une personne de plein droit, libre d'étudier, de voyager, et de vivre sans avoir à me soumettre à une quelconque chorégraphie sociale qui commanderait mes rires, mes sourires, mes mots, mes cris étouffés, mes actions, et mes pensées. et mes rêves. (p. 141)
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