AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
3,84

sur 1520 notes
Me voici plongée dans une histoire bien étrange sur laquelle je n'ai pas réussi à me mettre d'accord avec moi même quant à mes ressentis de lecture.

Saul Karoo travaille dans le domaine du cinéma. Persuadé qu'il n'a aucun talent lui même, il réécrit des scénarios, réarrange des films, bref il repasse sur le travail des autres et est grassement payé pour le faire.

Il est en cours de divorce mais son couple n'a jamais été aussi heureux que dans cette configuration. Il est le père adoptif d'un jeune homme allant à Harvard. Il est surtout imbuvable, grotesque et pathétique !

Menteur invétéré, il est incapable d'être honnête avec qui que ce soit, parfois pour des raisons honorables (mais y a t il de bonnes raisons au mensonge ?) comme épargner la douleur à autrui mais la plupart du temps uniquement par jeu ou pour se conformer à une certaine idée que les gens ont de lui.

Il passe son temps à se faire des films dans sa tête, autant qu'il en arrange dans la réalité de son métier. Mais cela va le conduire à l'aveuglement.

J'ai passé la plupart de mon temps de lecture à exécrer ce personnage. Néanmoins, sa façon de se mouler à l'image que l'on a de lui est attachante et souvent pleine de bonnes intentions. D'un autre côté, cette même attitude fait pitié, comme s'il était dans l'incapacité totale d'avoir une volonté propre à l'extérieur de sa tête. En fait c'est cela, Saul m'a fait pitié. Mon jugement a été dur et s'est quelque peu adoucit sur la fin, les événements m'obligeant à une plus grande compassion.

Il y a une importante réflexion sur le sens de la vie et l'intensité que l'on met à la vivre avec un rappel de la vivre à fond plutôt que de regretter ! C'est malheureusement quand on a tout perdu que les remords affluent et que l'on souhaite reconstruire son parcours à coups de « et si… ».

Une lecture mitigée donc, un style agréable, une histoire inédite et parfois drôle, mais un personnage qui m'a tellement irritée que mon plaisir de lecture s'en est ressenti, même si c'est cette personnalité qui en fait toute l'originalité. Haaa les contradictions !
Commenter  J’apprécie          110
Saul Karoo est script doctor. Son métier consiste à retravailler des films pour en améliorer, si ce n'est la qualité, du moins leur valeur marchande.
Il a le sens de la narration, le goût de l'épopée, une appétence pour l'héroïsme.
Atteint d'un mal étrange, nous le découvrons en ivrogne notoire sur lequel l'alcool n'a désormais plus aucun effet, le laissant seul face à sa vérité. Sa lacheté et ses mensonges nous apparaissent dans leur plus simple appareil, étrange cocktail d'humour et de cynisme.
Incapable d'ouvrir son coeur sans public, l'ecrivaillon n'a de cesse de mettre en scène sa propre vie. Il taille, trancher, élève, amplifie, pour séduire une audience, n'importe laquelle pourvu qu'elle anéantisse l'intimité rendant difficile voire inexistante sa relation avec son fils unique, Billy. Il apparaît aussi honnête avec lui même que masqué aux yeux des autres et sa seule relation sincère semble être celle qu'il entretient avec nous lecteur, bien qu'elle soit à sens unique.
Mais tout cela pourrait changer lorsqu'il se voit confier par un magnat hollywoodien l'élagage d'un pur chef d'oeuvre. Est-ce là sa planche de salut ? le dernier moyen d'accorder ses actes et ses pensées et d'être enfin ce héros tant de fois fantasmé. Peut-on être un héros sans témoin ?
Petit bijou jouant sur plusieurs registres, ce roman n'a de cesse de dérouter, de nous emmener dans des directions inattendues et dans des contrées inexplorées de l'âme humaine. Vous n'êtes pas près d'oublier Saul Karoo.
Commenter  J’apprécie          110
Quel personnage génial que ce Saul Karoo, pour le moins atypique et original : tout d'abord, un homme incapable de s'enivrer, quelle que soit la quantité d'alcool qu'il absorbe, obligé de ce fait de jouer l'ivresse alors qu'il est parfaitement sobre. Obligé également de fuir tout moment d'intimité. Incapable enfin de contracter une assurance maladie.

En plein divorce, il continue d'avoir des contacts réguliers avec sa future ex-femme car ils ont décidé de réussir leur séparation et passent de ce fait leur temps à en parler afin de mener à bien cet objectif. Truculent !

Ils n'ont pas eu d'enfant mais ont adopté un garçon, aujourd'hui adulte, alors qu'il était tout bébé. du passé de ce fils, Saul connait juste la voix de la mère biologique, qu'il a eue au téléphone au moment de son accouchement, alors que très jeune, elle s'apprêtait à abandonner sa progéniture, pour lui permettre de pouvoir être adopté. C'est cette voix qu'il reconnait dans une vidéo vingt ans plus tard... Car Saul est script doctor, à savoir qu'il passe sa vie à étudier et visionner des scénarios, afin de les réécrire ou d'y faire une coupe sombre, pour en faire des succès. Il décide alors de retrouver cette actrice "ratée" et de réécrire le scénario en lui faisant une place de choix... Une fois remis la main sur cette femme qui s'appelle Leila Millar, il lui présente son fils Billy, sans lui dire que c'est l'enfant qu'elle a dû laisser des années plus tôt, à son grand dam... Et entre ces trois là, le courant passe drôlement bien.

Je me suis littéralement régalée à la lecture de ce roman, d'une incroyable drôlerie, même si la fin l'est beaucoup moins ! Contrairement à certaines critiques, je n'ai pas du tout été agacée ou révoltée par le personnage de Karoo, que d'aucun décrivent comme antipathique alors que je l'ai trouvé au contraire fort sympathique. C'est drôle, enlevé, jouissif. Certains dialogues, notamment ceux au restaurant avec sa femme, sont désopilants.

C'est après avoir lu et adoré "Price" que j'ai entamé la lecture de ce roman, qui restera un de mes gros coups de coeur de l'année 2015.


Commenter  J’apprécie          110
Excellent roman! Mais dommage qu'à la fin, on ressente un peu de longueur à voir le dénouement de cette triste histoire. Sinon, la majeure partie du livre est un pure chef d'oeuvre pour ma part.
Je pourrais mettre, presque tout le livre, en citation tellement c'est magnifique. Dommage qu'il ne puisse pas y avoir de nouveau livre de cet auteur...
Commenter  J’apprécie          114
Rien ne me prédestinait à lire Karoo. Quand je vois un large bandeau où de nombreux éloges s‘étalent, j'ai tendance à fuir, mais voilà, il y a Julien. Julien, un de mes libraires chouchous qui au vu de ma mine dubitative, m'a demandé : « vous ne l'avez pas encore lu ? ». Et comme il existe une équation littérature qui dit que quand Julien aime, j'aime, je ne pouvais pas faire autrement que de partir avec. A l'arrière du bandeau, il est écrit Libraires, lecteurs, si vous n'aimez pas ce bandeau, vous pouvez le retirer, le livre sera toujours aussi bon, et je confirme !

Alors comment vous parler de roman hors norme, de cet OVNI littéraire qui m'a scotchée pendant plus de 600 pages ? Cela fait plusieurs semaines que je l'ai lu, incapable d'écrire quoi que ce soit tant j'ai été époustouflée par ce tourbillon où se mélangent l'haleine de Saul Karoo empâtée d'alcool, de cigarettes et le paraître, l'argent. Car nous sommes à Hollywood, lieu de cinéma où la vie se joue comme dans un film où tous les coups sont permis. Se définissant lui-même comme un écrivaillon, Karoo réécrit des scénarios.

La suite sur :
fibromaman.blogspot.fr/2012/07/steve-tesich-karoo.html
Commenter  J’apprécie          110
J'ai complètement raté mon rendez-vous avec Karoo, un roman d'humour noir que je n'ai pas trouvé drôle du tout, ou à la rigueur pendant le premier quart du livre. J'ai d'ailleurs mis un temps fou à le finir, ce qui est toujours un signe avec moi! Un livre passionnant, je le dévore jusqu'à 3 heures du matin, un livre qui me tombe des mains, il me faut trois semaines pour le finir!
De quoi ça parle? Et bien, d'un homme très satisfait de lui-même, qui fait son malheur, mais après tout c'est son droit, et celui des autres, le tout en se trouvant toujours des justifications. Ce sont ces justifications qui sont drôles pendant quelques pages, puis insupportables par la suite.
J'ai mal choisi ma case humour dans ce défi lecture, et je crois que je l'aurai abandonné sans le dit défi!
Commenter  J’apprécie          100
Dès le début du livre, j'ai eu en tête la critique au dos du roman d'Italo Svevo « La conscience de Zeno » : « C'est une réussite incroyable. Il n'en existe pas quatre de cet acabit par siècle ». Par siècle ! C'est là bien exagéré. « Par décennie » serait plus approprié. Mais cette exagération n'est pas déplacée, car elle témoigne de l'enthousiasme suscité par la lecture du livre, de la fascination qu'il a exercé sur vous, jouant avec vos émotions, les avivant pour mieux en faire naître d'autres, tantôt la gaieté tantôt la crispation, la douleur même que vous partagez avec l'auteur parce que qui est décrit y est trop bien décrit pour ne pas avoir été vécu. Oui, 4 par siècle c'est exagéré mais ça rend bien compte de votre sentiment de tenir un chef d'oeuvre dans vos mains.

Et bien, avec Karoo, c'est exactement ça. Dès les premières pages, le lecteur se trouve emporté par le rythme de l'auteur. Comme sur des rapides, il ne maîtrise plus rien. le voilà emmené par le flot fougueux de phrases courtes et percutantes, cyniques et drôles, envoyé à droite puis à gauche, tantôt émerveillé par tant de maestria, tantôt amusé par les velléités du héros, tantôt irrité par son égoïsme, sa suffisance et, malgré tout, son implacable lucidité, tantôt tendu, soucieux, grave, peiné même, devant le réalisme, l'intensité de scènes d'une méchanceté inouïe ou de la souffrance de Saul Karoo, puni alors qu'il tentait d'être bon (ô cette crise lors du huis clos dans la voiture près de Pittsburgh !). Et, ainsi bringuebalé, le lecteur tourne, tourne les pages, sourire aux lèvres ou sourcils froncés, entièrement plongé dans l'univers de Saul Karoo, rewriter de scénarios reconnu par ces pairs, (« Doc » Karoo, qu'on imaginerait aisément en Dany de Vito, acerbe et jouisseur), et de ses pensées amères.

Karoo est un roman fort, intemporel, avec une histoire originale et terrible. le style très personnel de l'auteur – ces phrases sèches (mais qui n'excluent pas des notes de couleur, des images surprenantes et justes), ce débit rapide, ces répétitions comme un jeu de baguettes sur des cymbales ou une caisse claire – lui confère un ton unique. Steve Tesich a disparu peu avant la parution du livre. Une perte pour la littérature.
Commenter  J’apprécie          100
Un pur chef-d'oeuvre. Tout est y parfait: l'histoire, les personnages, la philosophie, les émotions, les rebondissements, etc.
Ce livre se vit aussi bien qu'il se lit. C'est beau, c'est riche, c'est intelligent, c'est subtil et c'est original. Parfois drôle, souvent ironique, désespéré et touchant comme peu d'histoires en sont capables.

Le plus difficile avec cette oeuvre, c'est d'en lire une autre ensuite tellement elle vous marque en profondeur, aussi bien émotionnellement que physiquement.

Un livre que je n'oublierai jamais, et que je relierai à un moment donné.
Commenter  J’apprécie          100
Avec « Karoo », réédité dans la collection « Les grands animaux », Monsieur Toussaint Louverture nous gâte, une fois de plus. Jaquette brûlée d'aluminium, bestiole à bois de cerf, histoire à l'avenant…

Mais de qui, mais de quoi qu'on cause ?

À l'instar de Steve Tesich, auteur de ce roman, le narrateur Saul Karoo, travaille pour les studios hollywoodiens en tant que script doctor. Il vit seul à New York, est marié, séparé et père d'un fils adoptif.

Dès les premières pages, la séduction opère. le narrateur use d'un ton corrosif pour dépeindre un microcosme huppé et superficiel. Il se décrit lui-même en ivrogne névrosé, qu'une sobriété toute neuve plonge dans une crise existentielle. Cette soudaine tolérance à l'alcool, en dépit d'une consommation vertigineuse, lui est insupportable, car elle le rend lucide. Il la surnomme sa « maladie », cependant qu'un autre mal le tourmente : une incapacité chronique à entretenir des rapports sincères avec ses proches.

Dès lors, il tente de racheter une vie de dépravations par des manoeuvres exigeant bien plus de détermination qu'il n'en possède. de revirements en lâchetés, sa fuite en avant jalonne la première moitié du roman d'occasions tourné au désastre.

Quand, enfin, Saul Karoo entrevoit une chance de salut, il s'humanise et son cynisme craquelle au profit d'affleurements de tendresse. le lecteur – quoique pressentant le pire – se prend à croire en la rédemption de ce vieux bonhomme maladroit et pathétique. Une seconde partie de roman durant laquelle Steve Tesich nous piège par quelques chapitres lumineux, où foisonnent les réflexions fulgurantes. le bonheur le dispute à la fatalité, si bien que, d'une satire acerbe, le roman glisse vers la tragédie pure.

« Karoo » s'achève par une troisième partie d'inspiration élégiaque.

Autant dire que le scénariste a brillamment élaboré son bouquin. Il sait planter son décor, caractériser ses personnages avant de nous mener où il l'entend. Au fil de ces trois parties, l'histoire prend de l'ampleur, la vivacité de l'écriture traque l'ennui, la justesse des observations tour a tour nous réjouit et nous émeut.

Voilà donc un voyage odysséen qui mérite d'être entrepris sans attendre.

Bonne lecture à tous !
Lien : https://avoslivreschroniques..
Commenter  J’apprécie          101
Un roman qui va vous faire balancer entre divers sentiments. En racontant l'histoire de Saul Karoo, Steve Tesisch signe un livre envoûtant. Entre son impossibilité physiologique ( selon lui) d'être saoul, son incapacité à se retrouver seul avec son fils qu'il dit pourtant aimer, son divorce, ses « amours », vous allez le suivre et tantôt le haïr, tantôt le plaindre, tantôt le trouver prétentieux, vulgaire, creux, vil...et tantôt vous dire que son ex-femme y va quand fort, que ce qui lui arrive est cher payé... bref c'est de là littérature au sens noble du terme. Avec une histoire, des personnages qu'on aime détester ou qu'on déteste aimer, des sentiments forts et bien décrits avec une plume vive et acerbe, de belles phrases qui pourraient être autant de sujets de dissertation. Seule la fin m'a... laissé sur ma faim ! Encore une perle de Monsieur Toussaint Louverture.
Commenter  J’apprécie          101




Lecteurs (3187) Voir plus



Quiz Voir plus

Compléter les titres

Orgueil et ..., de Jane Austen ?

Modestie
Vantardise
Innocence
Préjugé

10 questions
20240 lecteurs ont répondu
Thèmes : humourCréer un quiz sur ce livre

{* *}