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Paul-Henri Michel (Traducteur)Mario Fusco (Traducteur)
ISBN : 2070364399
Éditeur : Gallimard (06/09/1973)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 251 notes)
Résumé :
Composé en 1923, La Conscience de Zeno est sans doute le premier grand roman inspiré par la psychanalyse. Mais il est bien plus que cela. Avec la confession de son héros - narrateur qui entreprend d’évoquer pour le médecin qui le soigne les faits marquants de son existence, il demeure l’un des livres fondateurs de la littérature européenne du xxe siècle. C’est Eugenio Montale, Benjamin Crémieux et Valery Larbaud qui révélèrent et imposèrent simultanément, en France ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  24 août 2019
L'auteur Italo Svevo s'intéressa très tôt à la psychanalyse, il fut d'ailleurs un des traducteurs de Freud en italien. Et cet intérêt aboutit à l'écriture de son roman La conscience de Zeno au début des années 1920. On y rencontre cet homme, Zeno, vieillissant et malade. On comprend que son médecin ne trouve pas une cause physique à son mal et lui propose d'écrire, espérant que l'évocation de ses souvenirs puisse constituer une cure. le mot psychanalyse est très rarement employé mais c'est bien de cela qu'il s'agit : fouiller dans ses souvenirs, dans des événements parfois très lointain, pour trouver la source à ses problèmes présents. Ainsi donc, Zeno couche sur papier sa vie, remonte jusqu'à son enfance pour en faire ressortir les moments les plus importants : quand il a commencé à fumer, quand son père est mort, l'histoire de son mariage, quand il a pris une maitresse et quand il s'est lancé en affaires avec son beau-frère. Certaines de ces parties sont, à mon avis, plus longues que nécessaire mais elles démontrent clairement la manière dont les événements relatés ont affecté la vie du pauvre homme. (Pauvre homme, c'est une façon de parler, c'est un bourgeois du début du siècle dernier. C'est plutôt un névrosé, on aimerait tous avoir ses problèmes…) En ce sens, c'est réussi. Zeno, avec ses manies, ses craintes, sa malchance, l'auteur est parvenu à me faire comprendre pourquoi il est comme il est, pourquoi il agit comme ceci ou comme cela. Pire, il est parvenu à me le rendre sympathique, même si parfois j'avais l'envie de le secouer un peu. Mais ce n'est pas nécessaire, même s'il refuserait de l'admettre, la thérapie semble être bénéfique car il trouve la paix à la fin du roman.
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brigittelascombe
  15 février 2013
"Dernière trahison" note, angoissé, Zeno Cosini sur son journal intime, alors qu'il a pris la bonne résolution d'être enfin un mari fidèle et de s'arrêter de fumer pour être "sain".
La Conscience de Zeno, ou plutôt sa mauvaise conscience s'étale en long en large et en travers dans ce roman psychologique d'Italo Svevo (de son vrai nom Ettore Schmitz) long monologue d'un bourgeois rentier de la "Trieste austro-hongroise",faible, dépendant, contradictoire et vieillissant.
Alors qu'étudiant en chimie de la fin du XIX° siècle, son père mourant l'a tenu éloigné de l'entreprise familiale dont les rennes ont été reprises par un employé modèle; alors qu'amoureux d'Ada qui l'a rejeté, il a épousé Augusta (la soeur de cette dernière) qu'il n'aime pas;alors qu'il aide son beau-frère (mari d'Ada) endetté qu'il jalouse; alors que sa maîtresse préfère un vrai mari et qu'il ne le supporte pas; alors qu'il tente d'arrêter de fumer sans y parvenir; alors que la première guerre mondiale éclate et que l'Italie affronte le peuple Austro-hongrois;.....il entreprend une psychanalyse pour analyser ses incohérences.
A la manière de James Joyce dans Ulysse, ou de Virginia Woolf dans Mrs. Dalloway, Italo Svevo utilise ici la technique du "flux de conscience" sous forme d'exploration de l'inconscient pour analyser les actes,les émotions,les rêves,les souvenirs et les motivations.
Ce roman psychologique, édité en 1923, parle de l'absurdité de la vie, de son sens et de l'identité. En référence à Sigmund Freud ( L'interprétation des rêves) époque (1923) où la psychanalyse ("psycho-analyse" début XX°) a vraiment pris une place de choix dans les thérapies, La Conscience de Zeno se débat (avec l'aide d'un thérapeute) sur des champs freudiens parsemés de complexe d'Oedipe non résolu, d'ambivalence et de culpabilités multiples. S'estimant "emprisonné dans l'éprouvette" en attente "de réactif", Zeno traitera cette psychanalyse d' aventure psychique" et de "spiritisme".Malgré son contre transfert évident et son rejet du thérapeute et de ses méthodes, il y trouvera la paix de l'esprit.
Adapté au cinéma (avec Woody Allen: un rôle de névrosé de choix!) La conscience de Zeno manie humour (quiproquos) et ironie ce qui en fait un excellent roman.
Italo Svevo a par ailleurs écrit: Sénilita, le Bon Vieux et la belle enfant, Une Vie, Dernières Cigarettes....tous traduit (en autres) en français.
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ericbo
  23 janvier 2019
Lorsque l'on se promène dans le centre de Trieste, du côté du grand canal, sur les berges piétonnes, on y croise les statues de taille humaine de Umberto Saba, Italo Svevo et James Joyce. 3 auteurs dont 2 triestins, et Joyce triestin d'adption. C'est dire combien ces auteurs sont assimilés à la ville. On y sent encore l'ambiance très commerciale, voire bureaucratique, de l'époque austro-hongroise. Dans ce roman de Svevo qui l'a propulsé internationalement, on y sent toute l'industrieuse activité de cette ville cossue. Svevo, à cette époque où cette partie du Frioul était encore autrichienne, a rencontré un disciple de Freud dont j'ai oublié le nom et a donc été très tôt initié à la psychanalyse. le personnage de Zeno, cherche une activité lucrative, dans le commerce, jusqu'à la déclaration de la guerre où la frontière se déplaçant au rythme du front, il s'est retrouvé dans l'impossibilité de retourner en Italie, piégé en territoire autrichien. C'est toute cette vie que nous dépeint Svevo. J'avoue ne pas avoir adhéré à cette intrigue, n'en ayant pas compris vraiment en quoi Zeno était l'archétype de ce lieu et de cette époque. le lien avec la psychanalyse, ne m'est pas non plus apparu. Je sais que je suis passé à côté de quelque chose d'important, mais je ne sais pas exactement quoi ! J'ai de nombreuses fois arpenté les rues de cette ville que j'adore. J'ai visité le petit musée consacré à Svevo et à Joyce. Je me suis documenté sur l'histoire et la société de cette ville. Mais rien n'y a fait. Je ne comprends toujours pas où veut en venir Svevo avec Zeno. Si quelqu'un peut m'éclairer… ?
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stcyr04
  20 juillet 2012
Sur les conseils de son psychanalyste un homme âgé se penchent sur son passé et tâche d'écrire ses confessions. Procédé littéraire peu original, certes, mais qui n'est qu'un simple détail, tant cette oeuvre littéraire est riche et importante dans le panthéon littéraire du XXème siècle. A travers ce roman d'une finesse psychologique indéniable, comparable à celle d'un Proust (le style ampoulé en moins et l'humour en plus, bien que Proust soit aussi très drôle), Italo Svevo procède à une réjouissante analyse en règle de l'imposture psychanalytique.
Dans la ville de Trieste, sous domination autrichienne, le riche oisif Zeno, véritable fils à papa, mène la vie d'un malade de la volonté chronique. Ce personnage somme toute sympathique, foncièrement bon mais d'une grande lâcheté, est bourrelé de remords à la moindre mauvaise action apparente qu'il accompli, quand il lui arrive, par hasard, après moult procrastinations, d'accomplir, enfin quelque chose. C'est avec un humour attendri que dans ces vieux jours, à l'heure du bilan, Zeno nous raconte son passé de scrupuleux maladif, de psychosomatique en diable, d'hypocondriaque, continuellement trahi par ses bons sentiments.
Ce livre est vraiment très réjouissant avec des passages bouffons proprement hilarants tout en conservant une grande profondeur et une justesse d'analyse indiscutable.
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isabellelemest
  06 janvier 2013
Un roman génial et jubilatoire. Zeno, aimable rentier vivant à Trieste au début du XXe siècle est un adepte de la psychanalyse à ses débuts et se livre à un long monologue introspectif pour connaître la vérité sur lui-même, fumeur invétéré, indécis et velléitaire compulsif. Sa vie sentimentale est compliquée puisqu'il a épousé la soeur de la femme qu'il aimait, faute de se décider, et qu'il la trompe avec une jeune femme modeste, avec laquelle il souhaite rompre sans jamais y parvenir. de la même manière le roman s'ouvre sur sa tentative avortée d'arrêter le tabac : lui-même demande à être interné dans une clinique pour une cure de désintoxication, mais il en prend la fuite en se glissant par la fenêtre de la chambre où il est bouclé à sa demande. On l'aura compris, Zeno est un tissu de contradictions dans lesquelles il se débat de façon désopilante encore que très lucide. On se régale à lire les imbroglios épouvantables où l'entraînent ses atermoiements et le personnage reste plein de charme, séduisant et fantasque. Un véritable bonheur de lecture. Lu en V.O.
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Citations et extraits (91) Voir plus Ajouter une citation
LivretoiLivretoi   24 avril 2015
J’avais parlé de l’Université à Alberta qui suivait les cours du lycée, en avant-dernière année. A son tour, elle me mit au courant de ses études. Le latin lui semblait très difficile. Je lui dis que cela ne m’étonnait point, que le latin n’était pas une langue faite pour les femmes et que, du temps des Romains, à mon avis, les femmes parlaient déjà en italien. Quant à moi, le latin était, au contraire, mon étude préférée. Là-dessus je fis imprudemment une citation latine qu’Alberta dut corriger : un vrai désastre ! Je n’y attachai aucune importance. Je prévins seulement Alberta d’avoir à se garder des citations latines quand elle aurait derrière elle une dizaine de semestres universitaires.

Par contre, la sérieuse Ada s’indignait de mes mensonges. Beau résultat de tant d’efforts ! Je ressemblais à un tireur qui, visant une cible, fait mouche, mais sur celle d’à côté.

Tant qu’une affaire n’est pas liquidée, il reste possible qu’elle évolue dans un sens favorable. D’autres aphorismes de Giovanni enseignaient tout le contraire, mais je les oubliais pour m’attacher à celui-là. Il fallait bien m’attacher à quelque chose. Je pris l’inflexible résolution de ne pas bouger avant qu’un fait nouveau se fût produit dans le sens de mon intérêt.

Je commençai par gagner avec une chance qui me fut douloureuse, parce qu’elle me parut être la contrepartie de mon infortune en amour. Puis je perdis, et la perte aussi me fut douloureuse, car elle me donna l’impression d’une double défaite. Je me dégoûtai vite du jeu.

J’éprouve une vraie tendresse pour mes médicaments, et quand j’en abandonne un, je suis sûr que, tôt ou tard, j’y reviendrai. Je ne crois pas, du reste, avoir perdu mon temps. Dieu sait depuis combien d’années je serais mort – et de quelle maladie, si ma douleur ne les avait toutes simulées assez tôt pour me permettre de les combattre avant qu’elle ne m’atteignissent.

Les choses que tout le monde ignorent et qui ne laissent pas de trace n’existent pas.

Je mangeais trop, par besoin de m’occuper à quelque chose. Quand je n’avais pas la bouche pleine, je murmurais à Augusta des mots affectueux. Ses parents durent avoir la triste impression que mon grand amour était combattu par une voracité bestiale. Ils furent surpris de constater, au retour de notre voyage de noces, que je mangeais beaucoup moins. Parce qu’on ne m’obligeait plus à donner les signes d’une passion que je ne ressentais pas, mon appétit avait disparu.

Ci-après, voici comment Zeno avoue à son épouse Augusta, de façon suggestive et suffisamment déculpabilisante, son péché d’adultère avec sa maîtresse Carla :
"Je lui dis quelque chose aussi des imaginations dont j’avais tant souffert, ce qui était une ébauche de confession. Enfin, à propos des maladies imaginaires, j’en vins à parler de notre sang, de l’incessante circulation qui entretient la vie en nous, qui nous tient debout, nous rend capables de pensée et d’action, et sujets, par là, au péché et au remords. Elle ne pouvait comprendre qu’il s’agissait de Carla, mais il me semblait l’avoir dit."
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stcyr04stcyr04   20 juillet 2012
La santé, pour l’homme, est un bien chimérique. Elle ne peut appartenir qu’à la bête, qui ne connait qu’un seul progrès : celui de son propre organisme. Quand l’hirondelle eut compris que la seule chance de vivre résidait dans la migration, le muscle moteur de ses ailes se renforça et devint la partie la plus considérable de son corps. La taupe s’enterra et tout son être s’adapta aux besoins de la vie souterraine. Le cheval se fit plus grand, transforma son pied. De certains animaux nous ignorons les métamorphoses, mais elles existèrent, et jamais ne furent nuisibles à leur santé.
Tout au contraire, l’animal à lunettes s’est crée des organes étrangers à son corps; et s’il y eut, chez qui les inventa, santé et noblesse, elles manquent, le plus souvent à qui en fait usage. Les instruments s’achètent, s vendent, se dérobent : l’homme, chaque jour, devient plus rusé et plus faible, et sa ruse, on le conçoit, croit à la mesure de sa faiblesse. Ses premiers outils n’étaient que des prolongements de sa force musculaire; mais aujourd’hui tout juste équilibre est rompu entre la puissance de l’outil et celle du bras qui commande. C’est l’outil qui crée la maladie, en abrogeant une loi qui, partout sur la terre, fut créatrice. La loi du plus fort disparait, et, avec elle, la sélection salutaire. Pour nous sauver il faudrait autre chose que la psychanalyse! Celui qui possèdera le plus de machines sera le maitre, et son règne sera celui des maladies et des malades.
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enkidu_enkidu_   30 août 2017
La vie actuelle est contaminée aux racines. L’homme a usurpé la place des arbres et des bêtes. Il a vicié l’air, il a limité le libre espace. Mais cela peut être pire encore. Cet animal actif et triste pourrait encore découvrir et asservir d’autres forces. Une menace de ce genre est dans l’air. Il en résultera une grande richesse… en nombre d’hommes. Chaque mètre carré sera occupé par un homme. Mais qui nous guérira de ce manque d’air et d’espace ? Rien qu’en y pensant, je suffoque !

Et ce n’est pas cela, ce n’est pas seulement cela.

Tout effort pour nous donner la santé est vain. Celle-ci ne peut appartenir qu’à la bête, qui ne connaît qu’un seul progrès : celui de son propre organisme. Quand l’hirondelle eut compris que la seule chance de vivre résidait dans la migration, le muscle moteur de ses ailes se renforça et devint la partie la plus considérable de son corps. La taupe s’enterra et tout son être s’adapta aux besoins d’une vie souterraine. Le cheval se fit plus grand, transforma son pied. De certains animaux nous ignorons les transformations, mais elles ont dû exister, et jamais cela ne fut nuisible à leur santé. Mais au contraire, l’homme à lunettes s’est créé des outils, étrangers à son corps ; et s’il y eut, chez qui les inventa, de la santé et de la noblesse, elles manquent, le plus souvent, à qui en fait usage. Les outils s’achètent, se vendent, se dérobent ; l’homme, chaque jour, devient plus rusé et plus faible, et sa ruse, on le conçoit, croît à la mesure de sa faiblesse. Ses premiers outils n’étaient que des prolongements de la force de ses bras, et ne pouvaient être efficaces que grâce à leur force, mais aujourd’hui, l’outil n’a plus aucune relation avec les membres. C’est l’outil qui crée la maladie, en abrogeant une loi qui, partout sur la terre, fut créatrice. La loi du plus fort disparaît, et, avec elle, nous avons perdu la sélection salutaire. Pour nous sauver, il faudrait bien autre chose que la psychanalyse ! Celui qui possédera le plus d’outils, de machines, sera le maître, et sous son règne foisonneront les maladies et les malades.

Peut-être une catastrophe inouïe, produite par les machines, nous ouvrira-t-elle de nouveau le chemin de la santé. Quand les gaz asphyxiants ne suffiront plus, un homme fait comme les autres inventera, dans le secret de sa chambre, un explosif en comparaison duquel tous ceux que nous connaissons paraîtront des jeux d’enfants. Puis un homme fait comme les autres, lui aussi, mais un peu plus malade que les autres, dérobera l’explosif et le disposera au centre de la Terre. Une détonation formidable que nul n’entendra – et la Terre, revenue à l’état de nébuleuse, continuera sa course dans les cieux délivrée des hommes – sans parasites, sans maladies. (pp. 542-543)
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stcyr04stcyr04   20 juillet 2012
Le Dr Paoli analysa mes urines séances tenante. Le mélange se colora en noir et le docteur parut soucieux. Enfin! c’était là une analyse, non plus une psychanalyse! Avec émotion, je me remémorais mon lointain passé de chimiste. J’évoquais des souvenirs d’analyses authentiques et honnêtes : un tube de verre, un réactif et moi. Le corps analysé sommeille jusqu’à l’instant où le réactif le stimule. Dans le tube, la résistance est nulle, on cède à la moindre élévation de température; la simulation est impossible. Pour complaire au Dr S..., j’inventais sur mon enfance des détails propres à confirmer le diagnostic de Sophocle. Dans le tube, rien de pareil. Tout est vérité. Emprisonné dans l’éprouvette, le corps à analyser, toujours égal à lui-même, attend le réactif et, quand il se présente, lui donne toujours la même réponse. En psychanalyse, jamais les mêmes images ne se reproduisent deux fois, jamais ne se répètent les mêmes mots. Pour désigner cela, le mot analyse convient mal. J’aimerais mieux “aventure psychique”. C’est bien cela : au début d’une séance, on à l’impression d’entrer dans un bois où l’on ne sait trop si on tombera sur un ami ou sur un brigand. L’aventure terminée on n’en sait d’ailleurs pas davantage. En quoi la psychanalyse s’apparente au spiritisme.
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stcyr04stcyr04   18 juillet 2012
Guido demanda son violon. Ce soir, il n'aurait pas besoin d’accompagnement; il jouerait la Chaconne. Adeline lui tendit son violon avec un sourire empreint de gratitude. Il ne la regarda même pas. Il regardait son instrument comme s’il eût voulu s’isoler avec l’inspiration. Puis il se retira un peu à l’écart et, tournant le dos à la société, il toucha légèrement les cordes. Le violon accordé, il fit quelques arpèges, puis :
- Il faut que j’aie un beau courage, dit-il. Depuis la dernière fois que j’ai joué ici, je n’ai pas touché mon violon.
Charlatan, va! Il tournait le dos à Adeline. Je me demandais anxieusement si elle en souffrait, mais il ne semblait pas. Le coude sur un coin de la table, le menton dans la main, elle se recueillait à l’avance.
Bach en personne se dressa contre moi. Jamais comme ce jour là je n’ai sentit la beauté de cette musique, surgissant des quatre cordes comme une figure ailée de Michel-Ange d’un bloc de marbre. Elle était nouvelle pour moi, parce que mon état d’esprit était nouveau. Je l’écoutais les yeux au plafond, en extase; et en même temps je me défendais contre elle, je m’efforçais de la tenir à distance. Je ne cessais de me dire : “Le violon est une sirène; avec un pareil instrument on peut faire pleurer sans avoir le cœur d’un héros”. Mais finalement la musique triompha de moi et me saisit tout entier. J’avais l’impression qu’elle me parlait de ma maladie, de mes souffrances, d’une voix douce et consolatrice. Pourtant c’était Guido qui parlait! Je tâchai encore de rompre ce charme en me disant : “Pour en faire autant, il suffirait de disposer d’un organisme rythmique, d’une main sûre et d’un certain don d’imitation. Je ne possède rien de tout cela, mais ce n’est pas une infériorité, c’est une malchance”.
J’avais beau protester. Bach poursuivait sa route avec la calme assurance du destin. Son chant s’élevait avec passion aux notes les plus hautes, puis descendait jusqu’à rejoindre cette basse obstinée, gravée dans la mémoire, pressentie par le cœur, mais, pour l’oreille, toujours surprenante. Elle arrivait au juste point. Un instant plus tôt, elle se serait évanouie sans atteindre la résonnance, un instant plus tard, elle se serait superposée au chant qu’elle eût étouffé. Mais Guido était trop sûr de lui. Son bras ne tremblait point en affrontant Bach. Et cela, c’était une vraie infériorité.
J’en ai la preuve aujourd’hui, j’en ai toutes les preuves. Mais je n’ai pas à me réjouir d’avoir vu juste. J’étais plein de haine alors, et cette musique, que j’accueillais comme une part de mon âme ne pouvait rien contre une haine qui ne devrait être réduite que plus tard, et sans résistance de mon côté, par la vie de tous les jours. Elle sait faire tant de choses, cette vulgaire vie de tous les jours! Les hommes de génie ne s’en doutent pas, et c’est bien heureux!
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