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La Reine du Sud de
Arturo Pérez-Reverte
Ce qui faisait la supériorité des livres, elle avait découvert ça à El Puerto de Santa Maria, c'était que l'on pouvait s'approprier des vies, des histoires et des réflexions qu'ils contenaient, et que l'on était jamais la même quand on les refermait que quand on les avait ouverts pour la première fois. Des gens très intelligents avaient écrit certaines de ces pages ; et si on était capable de les lire avec humilité, patience et envie d'apprendre, ils ne vous décevaient jamais. Même ce qu'on ne comprenait pas restait ancré dans un coin caché de votre tête : dans l'attente que l'avenir lui donne un sens en le transformant en choses belles et utiles.
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Par Cath36, le 16/01/2011
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
La vie est une aventure incertaine dans un paysage diffus aux limites en perpétuel mouvement, où les frontières sont toutes artificielles ; où tout peut s'achever et recommencer à chaque instant, ou prendre fin subitement, comme par un coup de hache, inattendu à tout jamais. Où la seule réalité absolue, compacte, indiscutable et définitive est la mort.
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Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
Cette nuit-là aussi, la pluie avait longtemps tombé sur elle, assise en boule sous la douche, enveloppée par la vapeur d'eau comme un brouillard brûlant, ses larmes se mêlant aux gouttes ruisselant sur ses cheveux mouillés qui lui couvraient le visage, sur son corps nu. Cette eau limpide et tiède sous laquelle elle était restée près d'une heure avait emporté avec elle Alvaro, un an avant sa mort physique, réelle et définitive. Et par une de ces étranges ironies qu'aimaient tant le Destin, Alvaro avait fini ainsi, dans une baignoire, les yeux ouverts, la nuque brisée, sous la douche; sous la pluie.
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Par urbanbike, le 29/02/2008
Le peintre de batailles de
Arturo Pérez-Reverte
On arrivait ainsi, derrière les armes de d'obstruction et celles de destruction — Olvido l'avait vu avec une extrême lucidité sur la photo de Beyrouth —, au troisième système : les armes de communication. La fin de l'image aseptisée et innocente, ou de cette fiction universellement acceptée. À l'époque des réseaux informatiques, des satellites et de la mondialisation, ce qui modifiait le territoire et les vies qui le traversaient, c'était la désignation. Ce qui tuait, c'était de désigner du doigt : un pont capté dans le monitor d'une bombe intelligente, l'annonce d'une montée ou d'un écroulement de la Bourse émise par tous les journaux télévisés du monde à la même heure. La photo d'un soldat qui, jusqu'à ce moment, était un visage anonyme parmi d'autres.
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Par Orphea, le 20/09/2009
Le peintre de batailles de
Arturo Pérez-Reverte
L'homme qui peignait cette immense fresque circulaire, bataille des batailles, avait passé beaucoup d'heures de sa vie à l'affût d'une telle structure, tel un franc-tireur patient, que ce soit sur une terrasse de Beyrouth, sur la rive d'un fleuve africain ou au coin d'une rue de Mostar, espérant le miracle qui, d'un coup, dessinerait à travers la lentille de l'objectif, dans la chambre noire -rigoureusement indifférente- de son appareil et sur sa rétine, le secret de ce canevas d'une incroyable complication qui ramenait la vie à ce qu'elle était réellement : une course folle vers la mort et le néant.
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Par Spilett, le 28/11/2010
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
Souvent, sur un échiquier, ce ne sont pas deux écoles d'échecs qui s'opposent dans la bataille, mais deux philosophies... deux manières de concevoir le monde.
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La Reine du Sud de
Arturo Pérez-Reverte
Et maintenant, elle était certaine de ce qu'elle avait entrevu au début, quand elle commentait avec Pati O'Farrell les aventures de l'infortuné puis fortuné Edmond Dantès ; qu'il n'y a pas deux livres semblables, parce qu'il n'y a jamais eu deux lecteurs semblables. Et que chaque livre lu est, comme chaque être humain, un livre singulier, une histoire unique et un monde à part.
(p. 230)
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Par Cath36, le 16/11/2011
Cadix, ou la diagonale du fou de
Arturo Pérez-Reverte
Il est dans l'ordre des choses que le feu brûle, puisque telle est sa propriété. Il est dans ce même ordre des choses que l'homme tue et dévore d'autres animaux dont la substance lui est indispensable. Et aussi que l'homme fasse le mal, puisque souffrir entre dans sa condition. Il n'y a pas d'exemple plus édifiant que la mort accompagnée de souffrances sous un ciel incapable de les alléger d'un gramme. Rien ne révèle mieux le caractère du monde ; rien n'est plus réconfortant, face à l'idée d'une intelligence supérieure dont les intentions, si elles existaient, seraient injustes jusqu'au désespoir. Voilà pourquoi le taxidermiste considère que l'on trouve une certitude morale consolatrice, presque jacobine, même dans les plus grands désastres et les pires atrocités : tremblements de terre, épidémies, guerres, massacres. Dans les grands crimes qui, mettant chaque chose à sa place, renvoient l'homme à la froide réalité de l'Univers.
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Par Aela, le 14/03/2011
Le soleil de Breda de
Arturo Pérez-Reverte
Au nord, les Etats généraux, soutenus par la France, l'Angleterre, Venise et d'autres ennemis, consolidaient leur rébellion avec l'aide du culte calviniste, plus utile pour les affaires de leurs bourgeois et de leurs commerçants que la vraie religion, oppressive, surannée et si peu pratique pour ceux qui préféraient un Dieu qui encourageait le lucre et le bénéfice, secouant ainsi le joug d'une monarchie castillane trop distante, centralisatrice et autoritaire. De leur côté, les Etats catholiques du Sud, encore loyaux, commençaient à se lasser du coût d'une guerre qui allait durer quatre-vingts ans, ainsi que des exactions et abus de soldats que l'on considérait de plus en plus comme des troupes d'occupation. Tout cela envenimait plus qu'un peu la situation, sans parler de la décadence de l'Espagne, où un roi bien intentionné mais incapable, un favori intelligent mais ambitieux, une aristocratie stérile, des fonctionnaires corrompus et un clergé aussi stupide que fanatique nous précipitaient tête baissée vers l'abîme et la misère, alors que la Catalogne et le Portugal menaçaient de se séparer de la Couronne, pour toujours dans le cas du Portugal.
Pris entre les rois, les aristocrates et les curés, dont les coutumes religieuses et civiles tenaient dans le mépris ceux qui prétendaient gagner honorablement leur pain avec leurs bras, les Espagnols préféraient chercher fortune en combattant dans les Flandres ou en conquérant l'Amérique, à la recherche du coup de chance qui leur permettrait de vivre comme des gentilshommes, sans payer d'impôts ni lever le petit doigt.
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Par Orphea, le 20/09/2009
Le peintre de batailles de
Arturo Pérez-Reverte
Depuis le début, ce qu'il cherchait était différent : le point d'où l'on pouvait apercevoir, ou tout au moins deviner, l'enchevêtrement de lignes droites et courbes, la trame de l'échiquier sur laquelle s'articulaient les ressorts de la vie et de la mort, le chaos et ses formes, la guerre comme structure, comme squelette décharné, évident, du gigantesque paradoxe cosmique.