-
Par Zebra, le 03/02/2013
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
page 159
[...] Il entend le claquement sourd de l'arbalète et se dit, en un éclair, qu'il doit s'écarter de la trajectoire du trait ; mais il sait qu'un carreau court plus vite qu'un homme. Et il sent que son âme laisse couler lentement une plainte amère tandis qu'il cherche dans sa mémoire un Dieu à qui confier son repentir. Et il découvre avec surprise qu'il ne se repent de rien, même si à dire vrai il n'est plus très clair qu'il y ait, en ce moment où la nuit tombe, un Dieu pour l'écouter. Alors il sent le coup. Il y en a eu d'autres auparavant, comme en témoignent ses cicatrices ; mais il sait que celui-ci n'en laissera pas. Il ne fait pas mal non plus ; à peine si l'âme semble s'échapper par la bouche. Alors tombe soudain la nuit irrémédiable et, avant de s'enfoncer en elle, il comprend que cette fois elle sera éternelle. Quand Roger d'Arras lance son cri, il n'est déjà plus capable d'entendre sa propre voix. [...]
> lire la suite
-
La Reine du Sud de
Arturo Pérez-Reverte
Ce qui faisait la supériorité des livres, elle avait découvert ça à El Puerto de Santa Maria, c'était que l'on pouvait s'approprier des vies, des histoires et des réflexions qu'ils contenaient, et que l'on était jamais la même quand on les refermait que quand on les avait ouverts pour la première fois. Des gens très intelligents avaient écrit certaines de ces pages ; et si on était capable de les lire avec humilité, patience et envie d'apprendre, ils ne vous décevaient jamais. Même ce qu'on ne comprenait pas restait ancré dans un coin caché de votre tête : dans l'attente que l'avenir lui donne un sens en le transformant en choses belles et utiles.
> lire la suite
-
Par Cath36, le 16/01/2011
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
La vie est une aventure incertaine dans un paysage diffus aux limites en perpétuel mouvement, où les frontières sont toutes artificielles ; où tout peut s'achever et recommencer à chaque instant, ou prendre fin subitement, comme par un coup de hache, inattendu à tout jamais. Où la seule réalité absolue, compacte, indiscutable et définitive est la mort.
-
Par joedi, le 20/03/2013
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
Dieu déplace le joueur, et celui-ci la pièce. Quel Dieu derrière Dieu commence donc la trame ?
J.L. Borges
-
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
Cette nuit-là aussi, la pluie avait longtemps tombé sur elle, assise en boule sous la douche, enveloppée par la vapeur d'eau comme un brouillard brûlant, ses larmes se mêlant aux gouttes ruisselant sur ses cheveux mouillés qui lui couvraient le visage, sur son corps nu. Cette eau limpide et tiède sous laquelle elle était restée près d'une heure avait emporté avec elle Alvaro, un an avant sa mort physique, réelle et définitive. Et par une de ces étranges ironies qu'aimaient tant le Destin, Alvaro avait fini ainsi, dans une baignoire, les yeux ouverts, la nuque brisée, sous la douche; sous la pluie.
> lire la suite
-
Par joedi, le 19/03/2013
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
Ce qui est beau, c'est d'apprendre à voler à un petit moineau, car sa liberté sous-entend ton renoncement...
-
Par joedi, le 22/03/2013
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
C'est le père qui enseigne d'habitude au fils à faire ses premiers pas dans ce jeu. Et le rêve de tout fils qui joue aux échecs est de battre son père. De tuer le roi ... De plus, les échecs permettent de découvrir rapidement que ce père, le roi, est la pièce la plus faible de l'échiquier. Constamment menacé, il faut le protéger, couvrir sa fuite ; il ne peut bouger que d'une case à la fois ... Paradoxalement, cette pièce est pourtant indispensable. Elle a même donné son nom au jeu, puisque échecs vient du perse Sha, roi, et que le mot est pratiquement le même dans toutes les langues.
> lire la suite
-
Par joedi, le 21/03/2013
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
- Le dernier coup a donc été joué, conclut Julia, par la reine, je veux dire par la dame noire ...
Munoz fit un geste évasif.
- C'est ce que nous pouvons supposer, en principe, dit-il. En bonne logique, quand nous éliminons tout ce qui est impossible, ce qui reste doit nécessairement être vrai, même si la solution paraît improbable ou difficile ... Mais dans ce cas-ci, nous pouvons en plus le démontrer.
Julia regardait le joueur d'échecs avec une admiration grandissante.
- C'est incroyable. On dirait un roman policier.
> lire la suite
-
Par Spilett, le 28/11/2010
Le tableau du Maître flamand de
Arturo Pérez-Reverte
Souvent, sur un échiquier, ce ne sont pas deux écoles d'échecs qui s'opposent dans la bataille, mais deux philosophies... deux manières de concevoir le monde.
-
Par urbanbike, le 29/02/2008
Le peintre de batailles de
Arturo Pérez-Reverte
On arrivait ainsi, derrière les armes de d'obstruction et celles de destruction — Olvido l'avait vu avec une extrême lucidité sur la photo de Beyrouth —, au troisième système : les armes de communication. La fin de l'image aseptisée et innocente, ou de cette fiction universellement acceptée. À l'époque des réseaux informatiques, des satellites et de la mondialisation, ce qui modifiait le territoire et les vies qui le traversaient, c'était la désignation. Ce qui tuait, c'était de désigner du doigt : un pont capté dans le monitor d'une bombe intelligente, l'annonce d'une montée ou d'un écroulement de la Bourse émise par tous les journaux télévisés du monde à la même heure. La photo d'un soldat qui, jusqu'à ce moment, était un visage anonyme parmi d'autres.
> lire la suite