> Marianne Millon (Traducteur)

ISBN : 2709629623
Éditeur : J.-C. Lattès (2008)


Note moyenne : 3.96/5 (sur 23 notes) Ajouter à mes livres
Le jour de sa mort, Julio Carrión, prestigieux homme d’affaires qui a acquis son pouvoir durant la dictature de Franco, lègue une fortune considérable à ses enfants. Il leur laisse également un passé incertain, caché, chargé de culpabilité, qui remonte à ses années dans... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par caro64, le 05 mai 2011

    caro64
    Tout simplement fascinant… le cœur glacé m'a "happée", j'ai vraiment adoré ! Je pourrai en rester là, vous dire que ce livre fait plus de mille pages mais que dès que vous le commencerez vous ne le lâcherez plus et que vous ne vous rappellerez même pas qu'il y en avait autant, que vous ne voudrez plus qu'il finisse… le roman d'Almudena Grandes n'est pas un succès littéraire espagnol pour rien. Très bien écrit, il retrace une grande partie de l'Histoire contemporaine de l'Espagne. L'incursion de la fiction sur le terrain de la guerre civile espagnole est menée avec maestria.
    Soit une fresque intense, captivante, qui commence par l'enterrement du patriarche Julio Carrion, mort à 83 ans d'une crise cardiaque, en 2005. Sa veuve et ses cinq enfants se retrouvent au cimetière. La présence discrète d'une inconnue trouble l'un des fils, Alvaro, prof de physique à l'université de Madrid, marié et père d'un petit Miguel. Cette vie tranquille va voler en éclats au contact de ladite inconnue, une certaine Raquel Fernandez Perea, jeune banquière de 35 ans, jolie, intelligente. Elle révèle à Alvaro quel lien inattendu l'unissait à son père. Malaise. Alvaro s'interroge. Qui était vraiment cet homme de tempérament aux origines modestes devenu richissime ? Comment avait-il fait fortune ? Impossible d'empêcher le passé de refaire surface. Un passé poisseux, qui empoisonne peu à peu le présent d'Alvaro et des siens, mais qui le précipite, contre toute attente, dans les bras de Raquel... Soit plus de 1000 pages où se croisent, se recroisent, chapitre après chapitre, une fois au passé, une fois au présent, une belle histoire d'amour, mais aussi celle de deux familles espagnoles intimement liées, deux familles qui ont chacune des secrets très lourds à porter. 1072 pages pour nous plonger dans "juste une histoire espagnole comme les autres". Une histoire étonnante et ambitieuse. Il aura fallu quatre ans de recherche à son auteur pour écrire cette extraordinaire saga familiale enkystée dans le XXième siècle et ses guerres.
    Almudena Grandes noue une intrigue qui lui permet de retracer 70 ans d'histoire de l'Espagne à travers la vie des deux familles de bord opposé : les sombres périodes de la guerre civile, de la seconde guerre mondiale, de la dictature franquiste et l'après dictature.
    A lire absolument pour connaître le destin de ces milliers de personnes qui se battirent pour leurs idées jusqu'à tout perdre y compris la vie, pour comprendre ce que cela signifia de continuer à vivre pour les exilés républicains de 1939, ce que signifia pour eux l'incompréhensible bienveillance des démocraties européennes vis à vis de Franco à la libération, ce qu'ils ressentirent lorsque, enfin de retour en Espagne, ils comprirent que tout avait été fait pour les oublier ... Les héros du roman vérifient à leurs dépends que la vérité et le devoir de mémoire, pourtant indispensables, engendrent aussi douleur et violence. Impossible de tout dire, tant le roman offre de thèmes de réflexion et de sentiments divers tout en nuance. Si on ne peut s'empêcher d'être souvent ému à la lecture, c'est que chaque détail est inspiré de "vraies vies" et il faut absolument lire la note, émouvante, en fin de roman où l'auteur remercie individuellement les espagnols qui ont accepté de témoigner avec beaucoup de dignité.
    Ce roman est magnifique, tant par le souffle historique que l'écriture, tout est parfait. Ne vous laissez pas impressionner par ce pavé, ça en vaut vraiment la peine ! Bouleversant, poignant, il retentira longtemps en vous, tel un chant flamenco andalou : envoûtant. Ce livre se dévore comme une saga, avec ce petit supplément d'âme qui donne l'impression d'en sortir grandi.
    Après une lecture aussi prenante, je me demande sur quoi je vais bien pouvoir enchaîner ... C'est le problème avec les "coups de coeur" !
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 18 juillet 2011

    nadejda
    Un roman-fleuve qui emporte, colossal et captivant. Almudena Grandes nous fait pénétrer au coeur de la vie de deux familles espagnoles, les Carrion et les Fernandez, dont on partage les espoirs, les déchirements et les souffrances, les amours et les haines, les trahisons et les deuils. Tous vont être entraînés dans le flot mouvementé et tragique de l'histoire espagnole de l'avènement de la 1ère République en 1931 puis la victoire du front populaire espagnol en 1936, suivi du soulèvement des carlistes et phalangistes qui mène à la guerre civile de 1936 à 1939, pour aboutir à la soumission de l'Espagne sous la dictature franquiste. 
La fin de la dictature, en permettant le retour des exilés, fera rejaillir le poids du passé sur les enfants et petits-enfants qui, de soupçons en questionnements, vont rompre le silence et mettre au jour des liens et des facettes de leurs parents qu'ils n'imaginaient pas.
    Le lecteur est tenu en haleine de bout en bout, car Almudena Grandes parvient à nouer une intrigue qui, au fil des retours en arrière, ne se dévoile que très progressivement et fait s'imbriquer tous ces destins qui se croisent comme les pièces éparpillées d'un puzzle dont on finit par trouver la place.
    Ainsi d'Alvaro, fils de Julio Carrion riche homme d'affaires madrilène, qui va découvrir la complexe et trouble personnalité de son père à la faveur de sa rencontre avec Raquel Fernandez Perea, mystérieuse jeune femme, présence troublante, entrevue au cimetière lors de l'enterrement de ce père dont il dit et répète plusieurs fois qu'« il avait été un homme beaucoup plus extraordinaire que nous, ses enfants, ne l'étions devenus».
    Et pourtant...l'image lumineuse du séducteur et du magicien va se fissurer. La passion qui naîtra entre Alvaro et Raquel, fille et petite fille de républicains exilés en France, va faire basculer la vie d'Alvaro en la bouleversant de fond en comble. Car... «...de nombreuses années s'écoulèrent, avec leur cortège de changements, mais Raquel Fernandez Perea ne cessa jamais de regarder le ciel. Et elle n'oublia jamais le nom de l'homme qui avait fait pleurer son grand-père.»
    Une fois entamé, j'ai été prise dans les rets de ce roman historique riche de grands moments d'émotion et de nombreux personnages très attachants. J'ai essayé de freiner, de faire quelques poses en sachant qu'une fois arrivée au bout d'un tel livre j'allais en être triste et me sentir vide et désoeuvrée mais j'y suis revenue très vite et j'y reviendrai sans doute encore.
    Car la note de l'auteur, en fin de volume, intitulée «De l'autre côté de la glace», ne fait que renforcer l'intérêt passionné pour cette lecture où la réalité l'emporte sur la fiction..... A l'épigramme extrait d'un poème de Antonio Machado, mort d'épuisement à Collioure en février 1939, «Petit espagnol qui vient au monde/ Que Dieu te préserve,/ Une des deux Espagnes saura te glacer le coeur» répond une déclaration, toujours d'Antonio Machado, en décembre 1938, placée à la fin «... pour les stratèges, pour les politiques, pour les historiens, tout est clair : nous avons perdu la guerre. Mais sur le plan humain, je n'en suis pas si sûr... Nous l'avons peut-être gagnée.»
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par le-mange-livres, le 05 avril 2012

    le-mange-livres
    Au départ, il faut bien dire que le titre ne m'emballait pas, d'autant qu'il s'agit vraiment de la traduction du titre original (El corazon helado), je craignais un romanesque à l'eau de rose ou quelque chose de ce genre là. Et, du coup, Le coeur glacé d'Almudena Grandes est plutôt une bonne surprise.
    Alors, évidemment, il faut aimer les sagas, et les sagas conséquentes, puisqu'ici on frôle allègrement les 1500 pages (bonne idée de l'éditeur d'avoir divisé ça en deux tomes, pour des raisons pratiques évidentes, liées notamment au poids conséquent du livre, particulièrement sensible le soir à une heure tardive !). Mais ce roman-fleuve s'avale en rien de temps, la lecture est fluide, par moments haletante, et il est très difficile de lâcher cette belle fresque dès lors qu'on l'a attaquée.
    Toutes les composantes de la bonne saga sont là : secrets familiaux sur plusieurs générations, foisonnement de personnages (un peu difficile à maîtriser dans les premières pages, il faut bien le dire), mais des personnages attachants, que l'on a l'impression de connaître à la fin du roman, haines recuites, vengeances, cadavres sortant du placard, trahisons, et histoires d'amour et de passion. Qui plus est, le thème est passionnant. Il ne s'agit pas tant d'un roman sur la guerre d'Espagne (il y en a de bien meilleurs !), mais d'un roman sur la mémoire de la guerre dans la société espagnole, les fantômes de la guerre civile, et sur l'Espagne franquiste, des choses que, pour le coup, on a beaucoup moins l'habitude de lire. L'auteure est géographe (!) et historienne de formation, et son travail s'appuie sur une grosse bibliographie, et le récit du Coeur glacé résonne d'une façon troublante, où rien n'est vrai mais où tout pourrait l'être.
    Le roman croise les histoires compliquées de deux familles : les Carrion et les Fernandez, dont le destin s'est irrémédiablement lié durant la guerre d'Espagne, d'une façon assez mystérieuse. L'intrigue tourne autour du fascinant personnage de Julio Carrion, père de famille et époux aimant, brillant entrepreneur autodidacte, qui meurt au début du roman d'un accident cardiaque. A l'enterrement, l'un de ses fils remarque une jeune femme qui se tient à l'écart ; il découvre quelques jours plus tard que cette trentenaire, Raquel Fernandez Perea, a été la conseillère financière de son père octogénaire ... et sans doute bien plus. La vie d'Alvaro, jusque là bien tranquille (professeur d'université, père de famille et mari comblé), bascule alors.
    Peu à peu, au travers d'allers et retours entre plusieurs périodes (l'ère républicaine et la guerre d'Espagne dans les années 1930, la Seconde guerre mondiale dans les années 1940, les années 1980 et la fin de la dictature, et la période principale de la narration, dans les années 2000), le fil du récit dévoile des secrets de famille troublants, qui vont transformer les personnages. C'est l'occasion d'une réflexion de grande ampleur sur l'exil et la mémoire, la reconstruction du passé, la filiation, la morale et la justice, ou comment les trois courtes années de la guerre civile ont changé pour toujours le visage de l'Espagne et marqué à jamais les Espagnols, cette mémoire étant toujours vive et douloureuse aujourd'hui encore, avec la génération des petits enfants.
    Bref, c'est très très bien, approuvé et vivement recommandé ! (Madle je t'amène ça demain comme promis !)

    Lien : http://le-mange-livres.blogspot.fr/2010/12/le-coeur-glace-almudena-g..
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par nena, le 24 août 2011

    nena
    Ma critique : Née à Madrid en 1960. Son premier roman « Les vies de Loulou », a été traduit dans le monde entier. Le coeur glacé « El corazon helado » a connu un succès retentissant en Espagne où il a été vendu à plus de 300 000 exemplaires“Almudena Grandes est l'un des plus grands écrivains de notre temps. Son dernier roman, Le coeur glacé, ambitieux, profond et passionnant, en est une nouvelle preuve.”Mario Vargas Llosa (prix Nobel de littérature 2010) Ce roman est la rencontre de l'Histoire avec un grand H et du destin de deux familles, l'une franquiste, l'autre républicaine (les rouges).l'auteur y mêle étroitement réflexion et émotions . Il permet de connaître le destin de ces milliers de personnes qui se battirent pour leurs idées jusqu'à perdre leur famille restée en Espagne que certains ne revirent qu'après la mort de Franco, leur pays, et pour certains la mort.Il permet aussi de comprendre la vie de ces exilés républicains de 1939 leur incompréhension vis à vis des démocraties européennes bienveillantes envers Franco à la libération, et aussi leur retour en Espagne après 1975 lorsqu'ils comprirent que tout avait été fait pour les oublier, leur patrimoine volé par des hommes qui se sont enrichis sous la dictature de Franco, et leur morts enterrés dans des fosses communes…J' ajoute que "corazón helado", Cœur glacé, fait référence au grand, poète Antonio Machado : " una de las dos Españas ha de helarte el corazón" décédé à Collioure en 1939 (lui aussi exilé)Il faut savoir l'amour intense que les Espagnols de l'exil portent à Machado. Il est l'image même de l'exil et de la tolérance. Lui qui ne connut l'exil réel que quelques jours pour en mourir, mais qui aura vécu l'exil intérieur toute sa vie. Sa tombe à Collioure avec sa bouche d'ombres en forme de boîte à lettres est ouverte à toutes les interrogations, toutes les questions. Elle est devenue une sorte de phare qui attire tous ceux qui ont en eux la mélancolie de l'exil, ou qui un jour ont entendu quelques bribes des paroles de Machado.Un livre écrit pour tous les exilés Nena
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    • Livres 5.00/5
    Par litolff, le 04 mai 2010

    litolff
    Coup de foudre !
    Voilà un roman qui m'a empêchée de dormir plusieurs nuits durant (il est gros !) et que j'ai dévoré avec frénésie, espérant comme dans tous les chefs-d'oeuvre que ça ne se termine jamais...
    Pour Raquel, Alvaro quitte son épouse et son fils.
    Mais cette passion prend un tour déchirant lorsque les origines de chacun apparaissent au grand jour. Elle, est descendante de républicains exilés en France, lui, fils d'un odieux opportuniste qui a bâti sa fortune sous Franco.
    Divine ballade espagnole, fresque magistrale d'un pays encore hanté par les décennies franquistes. On y redécouvre avec effroi les horreurs et les tourments commis et subis dans les deux camps autour d'une histoire d'amour déchirante, écrite (et traduite) dans une langue magnifique et documentée de façon irréprochable.
    Almudena Grandes maîtrise avec brio un sujet difficile, une tragédie qui a divisé l'Espagne pendant de longues décennies et y introduit un souffle romanesque absolument irrésistible : bouleversant, passionnant, tout simplement exceptionnel !!!
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 16 juillet 2011

    Ils s’étreignirent sans rien ajouter, et celui qui survécut se rappela toujours cette étreinte, la conserva parmi les instants les plus précieux de sa vie, l’évoqua avec la cupidité de l’avare qui compte son argent sans se lasser et le revécut souvent, dans les périodes les plus dures et dans les meilleures, entre l’éblouissement de l’amour et l’attente de la mort, entre la rapidité de l’infortune et la lenteur de la prospérité, entre l’odeur de peur que dégageaient les wagons des trains, celle des nuits à la belle étoile et l’oubli inconscient de l’odeur de la peur, et après, avec les émotions et les désirs, avec les dimanches et les jours ouvrables, avec la chaleur du corps de sa femme les nuits d’hiver où il fallait s’emmitoufler et les rires de leurs enfants qui grandissaient sans le fardeau épuisant de la mémoire, Ignacio Fernandez Munoz conserva toujours le souvenir de cette étreinte comme un trésor sans prix, le sauf-conduit qui lui permit de rester vivant, d’arriver à être heureux dans un monde où Mateo, son frère n’existait plus. p310
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  • Par litolff, le 17 mai 2010

    Les femmes ne portaient pas de bas. Leur genoux larges, bombés, charnus, soulignés par l'élastique des chaussettes, dépassaient parfois de leurs robes, qui n'étaient pas des robes, mais des sortes de housses en toile légère, sans forme et sans revers, auxquelles je n'aurais jamais su donner un nom. Ce fut ce qui attira mon attention sur elles, plantées comme des arbres étiques dans l'herbe négligée du cimetière, sans bas, sans bottes, sans rien d'autre pour se couvrir qu'une veste en gros tricot qu'elles serraient contre leur poitrine avec leurs bras croisés.

    Les hommes ne portaient pas de manteau non plus, mais ils avaient boutonné leurs vestes, en laine épaisse elles aussi, plus sombres, pour dissimuler leurs mains dans leurs poches de pantalon. Ils présentaient entre eux la même ressemblance que les femmes. Ils avaient tous une chemise boutonnée jusqu'au cou, la peau rêche, rasée de frais, et les cheveux très courts. Certains avaient coiffé un béret, d'autres non, mais leur posture était la même, les jambes écartées, la tête très raide, les pieds bien campés sur le sol, des arbres comme elles, courts et massifs, capables de supporter des calamités, très vieux et très robustes à la fois.
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  • Par litolff, le 16 novembre 2010

    Parce que nous sommes espagnols et que les Espagnols ne peuvent jamais être entièrement heureux, une variété domestiquée et ivre de désespoir se penchait sur les commissures des lèvres, l’humidité des yeux, les arêtes du visage de ces hommes secs, consumés, épuisés par l’exercice constant de leur dureté, qui levaient un verre pour recommencer, l’un après l’autre, "morte la bête, mort le venin".
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  • Par caro64, le 04 mai 2011

    Pour vivre ici (en Espagne), il y a des choses qu’il ne vaut mieux pas savoir, voire ne pas comprendre, tout laisser en l’état : les branches du pommier perpétuellement nues, les fruits par terre, disposés avec soin, astuce avantageuse et mesquine qui plaît au scénographe habitué à travailler sans témoins, car ceux qui ne sont pas encore des cadavres sont déjà morts de peur. (…) Par amour ou par calcul, pour protéger une fillette en particulier ou ses propres arrières, il vaut mieux ne pas savoir, ou mieux encore, que personne ne sache, et tant d’années se résument à ça, trois générations entières, presque un siècle de douleur, d’orgueil.
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  • Par malaikat, le 30 décembre 2008

    Je sais que je pensai alors que ce n'était peut-être pas si grave. Le cynisme maquillé de ma mère, ses sourires impitoyables et précis, l'écorce de pierre de son âme, une entaile endurcie, sèche, là où aurait dû se trouver son coeur, me piquaient les yeux et me gonflaient les gencives comme un goût amer et acide, que mes sens confondaient avec le goût imaginaire du sang. Et pourtant, mon histoire n'était qu'une histoire, parmi tant d'autres semblables, grandes ou petites, des histoires tristes, laides, sales. De ces histoires qui ont toujours l'air de mensonges, mais qui ne disent que la vérité.
    Juste une histoire espagnole.
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Bande-annonce de Castillos de Carton, adapté de l'oeuvre d'Almudena Grandes par Salvador García Ruiz (2009)








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