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Les larmes de l'assassin de
Anne-Laure Bondoux
Ici, personne n'arrivait jamais par hasard. Car ici, c 'était le bout du monde, ce sud extrême du Chili qui fait de la dentelle dans les eaux froides du Pacifique. Sur cette terre, tout était si dur, si désolé, si malmené par le vent que même les pierres semblaient souffrir. Pourtant, juste avant le désert et la mer, une étroite bâtisse aux murs gris avait surgi du sol : la ferme des Poloverdo.
Les voyageurs qui parvenaient jusque-là s'étonnaient de trouver une habitation. Ils descendaient le chemin et frappaient à la porte pour demander l'hospitalité d'une nuit. Le plus souvent, il s'agissait d'un scientifique, d'un géologue avec sa boîte à cailloux, ou d'un astronome en quête de nuit noire. Parfois, c'était un poète. De temps en temps, un marchand d'aventure en repérage.
Chaque visite, par sa rareté, prenait une allure d'évènement. La femme Poloverdo, mains tremblantes, servait à boire avec une cruche ébréchée. L'homme, lui, se forçait à dire deux mots à l'étranger, pour ne pas paraître trop rustre. Mais il était rustre tout de même, et la femme versait le vin à côté du verre, et le vent sifflait tant sous les fenêtres disjointes qu'on croyait entendre hurler les loups.
Ensuite, quand le voyageur était parti, l'homme et la femme refermaient leur porte avec un soupir de soulagement. Leur solitude reprenait son cours, sur la lande désolée, dans la caillasse et la violence.
L'homme et la femme Poloverdo avaient un enfant. Un garçon né de la routine de leur lit, sans amour particulier, et qui poussait comme le reste sur cette terre, c'est à dire pas très bien. Il passait ses journées à courir après les serpents. Il avait de la terre sous les ongles, les oreilles décollées à force d'être rabattues par les rafales de vent, la peau jaune et sèche, les dents blanches comme des morceaux de sel et s'appelait Paolo. Paolo Poloverdo.
C'est lui qui vit venir l'homme, là-bas, sur le chemin, par un jour chaud de janvier. Et c'est lui qui courut avertir ses parent
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Par sylvie, le 11/05/2009
Le temps des miracles de
Anne-Laure Bondoux
Madame Hanska pioche la matière de ses leçons dans les pages d'un livre usé et nous fait répéter en vrac un tas de choses auxquelles nous ne comprenons pas grand chose : des proverbes, la liste des sept merveilles du monde, l'échelle de Richter qui permet de mesurer les tremblements de terre, les douze travaux d'Hercule et les planètes du système solaire, mais aussi des recettes de cuisine, des chansons, les capitales du monde et le langage des fleurs. Mes connaissances sont vastes et disparates
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Le temps des miracles de
Anne-Laure Bondoux
L’Immeuble est un ensemble de trois bâtiments dressés en forme de U autour de la cour. Nous avons une chambre au premier étage.
D’un mur à l’autre, je peux faire six pas en contournant le poêle à bois. Le papier peint se décolle du mur et, derrière, la peinture se détache aussi. Si je gratte le plâtre avec l’ongle, les briques apparaissent. L’Immeuble est fissuré, rongé par l’humidité qui remonte du sol car il est construit près du fleuve. Il est si pourri qu’il aurait dû être démoli, mais par chance la guerre a stoppé les bulldozers ; maintenant c’est notre refuge, une bonne cachette qui nous protège du vent et de la milice.
Le vent, je le connais bien : il descend des montagnes à la vitesse d’une avalanche, et s’engouffre sous les portes pour vous glacer les os. Par contre, je n’ai qu’une idée vague de ce qu’est la milice. Tout ce que je sais, c’est qu’elle me terrifie davantage que l’œil retourné de l’horrible Sergueï, et qu’ici chacun a une raison de s’en méfier. C’est pourquoi nous avons institué des tours de guet : nuit après nuit, nous surveillons l’entrée de l’Immeuble en nous relayant par groupe de quatre. Les petits, comme moi, accompagnent les plus âgés s’ils le souhaitent.
On m’a expliqué : si je vois s’approcher des hommes chaussés de bottes, si je vois leurs blousons en cuir et leurs matraques, je me précipite dans la cour et je frappe comme une brute sur la cloche qui est pendue sous l’auvent.
Il existe trois autres cas où l’on doit frapper comme une brute sur la cloche :
- si l’Immeuble brûle ;
- si l’Immeuble s’écroule ;
- si les eaux du fleuve Psezkaya débordent.
En dehors de ces circonstances, quiconque s’amuserait avec la cloche serait aussitôt chassé de l’Immeuble, est-ce bien clair ?
Quand je demande à Gloria ce que ferait la milice si jamais elle nous attrapait, son visage durcit et je regrette aussitôt ma question.
- Un garçon de sept ans n’a pas besoin de connaître tous les détails. Contente-toi de suivre le règlement, Koumaïl.
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Par sylvie, le 11/05/2009
Le temps des miracles de
Anne-Laure Bondoux
Je lui montre nos passeports. Ça le fait rire. Il dit : -Les papiers, c'est bon pour les administrations ! Range ça ! Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'entendre ton âme. -Entendre mon âme ? -Exactement. -Mais... Comment ? Babik croise ses bras tatoués. -Tu sais chanter ? Je secoue la tête d'un air piteux. -Tu sais jouer de la musique ? J'explique les leçons de violon de Fatima et mon crin-crin désolant qui casse les oreilles. -Bon..., soupire Babik, tu sais raconter ? Je souris. Ça, oui, je sais ! Parfait, je t'écoute, dit-il
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Par sylvie, le 11/05/2009
Le temps des miracles de
Anne-Laure Bondoux
Jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurevérité."
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Le temps des miracles de
Anne-Laure Bondoux
Dans la vie, quand vous êtes inséparable avec quelqu'un, ça vous rend très heureux. Il suffit de tomber sur la bonne personne, et ça, c'est le hasard qui le veut, ou bien Allah si on y croit.
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Par LaLo, le 10/03/2011
La Princetta et le Capitaine de
Anne-Laure Bondoux
La Princetta fit tomber sa capuche en arrière, découvrant sa tête de hérisson.
- Je refuse définitivement ce mariage, affirma-t-elle.
- Tu renonces aussi au trône, précisa Filomène.
- Je renonce au trône.
- Tu ne vivras plus jamais dans la Quiétude et l'Harmonie, continua-t-elle d'une voix sévère.
- Je sais.
A chaque mot prononcé, Filomène serrait plus fort les mains de sa maîtresse. Ces paroles, elles les avaient déjà répétées tant et tant de fois dans le secret de l'alcôve... Elles sonnaient comme une ultime prière, comme un serment qu'on récite.
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Par LaLo, le 10/03/2011
Les larmes de l'assassin de
Anne-Laure Bondoux
- Je veux mon père.
La femme s'accroupit devant lui. Elle soupira :
- Ton père est mort, tu sais.
- Angel ...
- Angel n'est pas ton père.
- Il m'aime.
- Je crois que non. Il t'a fait beaucoup de mal.
La femme pensait que Paolo était traumatisé par ces années passées avec l'assassin. Elle avait lu des rapports d'expertise psychiatrique qui expliquaient très bien ce processus d'attachement qui lie les victimes à leurs bourreaux. Elle avait lu beaucoup de choses, mais elle ne savait rien des sentiments qui liaient vraiment Paolo à Angel.
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Par sylvie, le 11/05/2009
Le temps des miracles de
Anne-Laure Bondoux
La guerre est mauvaise, c'est entendu. Elle a pris beaucoup de choses à beaucoup de gens. Mais elle m'a aussi donné Gloria et ma première histoire d'amour... Comment expliquer une chose aussi bizarre ?
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Par Reka, le 30/11/2011
L'autre moitié de moi-même de
Anne-Laure Bondoux
J’allume mon ordinateur, je m’assieds devant l’écran, je contemple le vide, et je reste pétrifiée, saisie par le vertige du néant. Mon bureau me fait peur. Mon ordinateur me fait peur. Mon travail me fait peur. Ce que j’ai dans la tête me fait peur. [...] Depuis des mois et des mois, je ne trouve plus de mots. Seulement des larmes pour dire mes émotions. (p. 24)