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Comment (bien) rater ses vacances de
Anne Percin
Seulement, à vingt et une heures ce soir-là, sur SpaceBook©, je n’avais ni recette de moussaka à apprendre, ni leçon d’économie à donner. Pas de trace de ma suffragette sous-cultivée.
Même Alex avait déserté.
On était samedi soir, après tout.
Rien d’autre, dans la communauté virtuelle, que le désolant spectacle des bogosses autoproclamés qui filaient des rencards débiles à des filles qui ne l’étaient pas moins, à grand renfort de Ase soiiiiiiiiiir, jte kiff ou de G troooooop hâte d’y eeeeetre.
Non, je ne les enviais pas. Passer la soirée dans un parking à écouter du rap pourri dans des enceintes hypertrophiées, une main sur la bouteille de Despé, l’autre sur les cuisses d’une fille en mini-jupe assise sur le capot d’une Renault 19 immatriculée dans le 95, merci bien… Malgré tout, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire qu’eux, au moins, on ne les emmerdait pas avec leur solitude. Le nombre de leurs amis était inversement proportionnel au nombre de leurs neurones en fonctionnement. Leur life n’avait aucun intérêt, mais eux-mêmes étant intimement persuadés du contraire, ils passaient leur temps sur SpaceBook©à se la raconter. De mon point de vue, ils étaient mille fois plus pathétiques que moi.
Oui, mais voilà : ce soir-là, j’avais l’impression d’être le seul à le penser.
On a beau dire, mais même la misanthropie, ça se partage. C’est toujours plus agréable de se plaindre du monde entier à un pote, que de se lamenter tout seul. Pour critiquer la société, on a besoin d’un public. Parfois, j’en avais un peu ma claque d’être tout seul à avoir raison et à rire de mes blagues en solo.
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Par Tiphanya, le 23/01/2011
Comment (bien) rater ses vacances de
Anne Percin
Après trois sonneries seulement, j'ai eu droit à l'accueil chaleureux de Manu, animateur de son état, qui devait méfu des oinje, à en juger par sa diction mollassonne.
- Ah ouis, Alice Mainard ? Bougez pas, je vous la passe, monsieur, et vous êtes qui ? Ah ouais, son frère ? C'est cool, man.
Après un petit temps d'attente qui m'a permis d'entendre les bruits divers d'une colo à l'heure où l'on débarrasse les tables avant la boum, j'ai eu la voix d'Alice dans l'oreille.
- Max ? Oh, Max, c'est gentiiiiiiiil de m'appeler !
Je me suis demandé un instant si tous les enfants n'avaient par reçu leur ration nocturne de cannabis. en principe ma soeur grogne à mon approche.
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Comment (bien) rater ses vacances de
Anne Percin
Depuis l’âge de dix ou onze ans, j’ai commencé à m’apercevoir que les filles et les garçons avaient une manière de se tourner autour parfaitement ridicule. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à un début de relation amoureuse s’apparente à une parade nuptiale digne des dindons. On se gonfle les plumes, on se rengorge (pour le mâle), on se tortille du derrière, on roucoule (pour la femelle). On en devient moche, on en devient con(ne), on laisse tomber ses ami(e)s, on prend des airs niais, on rit pour un rien, enfin on ne rit plus du tout. On fait des serments, on les viole, on ment, on se sépare. Au suivant ! Et ça recommence.
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Par Tiphanya, le 23/01/2011
Comment (bien) rater ses vacances de
Anne Percin
- On pourrait pas juste faire des crêpes?
Mamie n'a jamais su résister au plaisir de bourrer ses petits-enfants de crêpes. Elle les fait mieux que personne et surtout, elle en fait des tonnes. Et quoi qu'on mette dessus ou dedans, elle ne s'offusque jamais. J'ai un souvenir ému d'une crêpe rillettes/Nesquick qu'elle m'a regardée manger, l'oeil embué par la fierté familiale. (Peut-être aussi qu'elle se retenait de vomir.)
-Je te ferai des crêpes, si tu viens avec moi à la piscine. Ils ont ouvert une nouvelle piscine, près de la porte d'Italie. je voudrais y aller mais pas toute seule.
-Pourquoi, t'as besoin de quelqu'un pour noter tes dernières paroles quand tu couleras?
Mamie a eu une sorte de gloussement, puis elle m'a tordu l'oreille d'une poigne de fer. Avec de telles méthodes, je m'étonne parfois que l'Education Nationale ne l'ait pas fait partir en retraite bien plus tôt. Elle a profité de mon handicap pour me contraindre à m'asseoir dans sa cuisine, face à une brioche appétissante.
-Une brioche maison! me suis-je extasié. C'est pour moi que tu t'es donné tout ce mal? Fallait pas!
-Je sais. C'est pour ça que je l'ai achetée chez Picard.
-Ah, tu me rassures.
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Par Jumax, le 08/01/2012
Comment (bien) rater ses vacances de
Anne Percin
" Cap sur les fruits et légumes. Je me sens l'âme d'un aventurier.
[...]
J'ai toujours eu un faible pour les aubergines [...] pour la première fois de ma vie, je me rendais compte qu'un légume pouvait faire partie intégrante d'un plat sans le gâcher totalement..."
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Par Deuzenn, le 16/07/2011
Comment (bien) rater ses vacances de
Anne Percin
Tout le monde sait que, d'après les parents de ma mère, leur fille a épousé un vulgaire garagiste du "continent", comme ils disent, et parisien qui plus est. Bref, elle a pactisé avec l'Ennemi. Alors, cette année, si on leur évitait de rencontrer leur descendance bâtarde, j'étais sûr qu'ils s'en remettraient. Et si jamais ils avaient un coup de blues, il leur suffirait de faire un petit tour dans le maquis à la nuit tombée tout en chantant "Dio vi salvi Régina" en polyphonie à deux voix, une main sur l'oreille, tout en pensant à la prochaine maison de "pinzute" qu'ils rêvent de voir plastiquée, et hop! Que ma joie demeure.
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L'âge d'ange de
Anne Percin
-Alors finalement, ça y est, vous vous êtes trouvés ! lança-t-elle avec un sourire.
Le doute n'était plus permis. Nous étions réunis; à sa grande satisfaction, elle avait sous la main les deux illuminés du rayon Antiquité.
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Comment (bien) rater ses vacances de
Anne Percin
- J’espère quand même que tu ne vas pas passer tout ton temps devant l’ordinateur, comme la dernière fois.
- Bof, chais pas, ai-je lâché dans une explosion de miettes de brioche.
C’est alors que Mamie a conclu par ces diplomatiques paroles :
- Bon. Tu feras ce que tu voudras, de toute façon.
Une des raisons majeures de notre parfaite entente, à Mamie et à moi, en dehors de notre goût partagé pour le sarcasme, c’est une aptitude à nous foutre la paix mutuellement.
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L'âge d'ange de
Anne Percin
Leur justice à la petite semaine, leur justice au coup par coup, elle m’écœurait. Je voulais ce que Tadeusz et son père auraient voulu, je voulais ce que Rose Luxembourg avait voulu, je voulais la justice sociale, pas la punition, je voulais la paix, pas l’apaisement. Je voulais le changement, pas l’oubli.
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L'âge d'ange de
Anne Percin
Bien sûr, si j'avais osé aller jusqu'au bout de ma pensée, si, un soir, j'avais dit à mon père cette vérité: "Notre société maintient ses pauvres dans la misère pour assurer le confort de l'élite", je n'aurais pas manqué de m'entendre traiter de gauchiste en culottes courtes, qu'on envoie au lit sans télé.