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Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de
Bernard Ollivier
Extrait du livre
LES VILLES DU BOUT DU CHEMIN
6 mai 1999
Mes enfants, sur le quai, me font un dernier signe. L'aiguille sur la grande horloge de la gare bascule sur le départ. Le train m'arrache. La ville, ses bruits et ses lumières s'éloignent. Pénombres de la banlieue pavillonnaire, nuit profonde de la campagne percé de lampes fugitives. Je suis, enfin, parti pour ce long voyage de la route de la soie à pied.
Pendant que je rêve, le nez collé à la vitre, les yeux suivant des lumières filantes, trois retraités s'activent dans le compartiment que nous partageons. Deux d'entre eux s'offrent un voyage de noces tardif. En trente-cinq ans, ils n'ont jamais eu le temps. . L'autre femme qui voyage seule connaît déjà la ville et veut voir le carnaval. A Venise, la saison commence.
Je reste un long moment dans le couloir. Je n'ai pas envie de parler. Je suis déjà sur le chemin, sur cette route qui m'a tant fait rêver. Je songe que j'ai eu raison de demander à mes amis de ne pas venir sur le quai. La moitié, celle qui se désole de me voir partir, m'aurait une fois de plus posé la question : pourquoi ce voyage? De la part d'un jeune homme, ils comprendraient : va pour l'aventure. Mais qu'un homme sérieux, au lieu de bichonner ses pivoines dans sa retraite normande, parte pour trois mille kilomètres, à pied, sac au dos, dans une région réputée dangereuse, c'est abracadabrant. La présence des autres, ceux qui m'admirent ou m'envient pour ces grandes vacances, ne m'auraient pas davantage encouragé. Et si je les décevais?…
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Par treefrog, le 30/06/2010
Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de
Bernard Ollivier
Mes enfants entament leur vie d'homme.Déjà ils ont éprouvé ce sentiment angoissant que, même entourés, nous somme seuls.Comme je les aime !
Nous sommes, eux et moi, devant l'océan de la vie. Ils ne voient pour l'instant que l'immensité des eaux. Moi,j'aperçois déjà la rive ou il faudra aborder.
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Longue marche, Tome 2 : Vers Samarcande : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie de
Bernard Ollivier
Extrait du livre
I
L’ORAGE
14 mai 2000. Entre Erzouroum et Dohoubayezit. Kilomètre zéro.
Le chauffeur du bus ne comprend pas.
–Tu veux descendre ici? C'est la steppe, il n'y a rien. Nous serons dans un quart d'heure à Dohoubayezit…
–Non, je veux m’arrêter maintenant. Je veux marcher.
Je n'ai ni le temps ni le vocabulaire turc pour lui expliquer que je tiens absolument à commencer ici même un voyage de trois mille kilomètres à pied. Il est vrai que cela peut surprendre… Incrédule, il se tourne vers son coéquipier et ils échangent quelques mots. Je suppute que cela doit être quelque chose comme : est-ce licite d'abandonner un voyageur en pleine campagne? ce roumi d’Occident est-il un dément?
Nous avons quitté Erzouroum au petit matin. Avant de monter dans ce bus, j'ai dû, depuis mon départ de Paris, prendre trois avions : Paris-Istanbul; Istanbul-Ankara; enfin Ankara-Erzouroum. D’en haut, confortablement sanglé dans mon fauteuil, j'ai regardé défiler les paysages, les villes et les villages traversés l'an dernier . Ici même, dans ce décor désolé, grillé par le soleil de juillet, j'étais tombé le nez dans l'herbe, abattu par la dysenterie. Et me voici prêt à repartir du même endroit, au mètre près, afin de terminer l'étape initiale qui devait me conduire jusqu'à Téhéran, en Iran. De là, je prendrai la route pour Samarcande, la ville aux coupoles turquoise qui me fait rêver depuis l'enfance. Je serai alors à mi-chemin de cette route de la Soie que j'ai entrepris de parcourir seul, à pied, et en quatre ans. Car je tiens à reprendre le trajet interrompu à l'endroit précis où la maladie m'a terrassé. Un geste pour le moins tatillon : mais c’est qu’il y va pour moi de mon intégrité. J’ai formé un projet bien défini, je n’entends pas le brader à la première peccadille ni le raboter à la première proposition. Je ne raterai pas un pouce de la route qui doit me conduire jusqu’à Xi’an, en Chine, et tant pis si je passe pour un intégriste ou un maniaque! Voilà pourquoi
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Longue marche, Tome 3 : Le Vent des Steppes : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie Le vent des steppes de
Bernard Ollivier
Extrait du livre
PARTIR
Le plus difficile, dit-on, est de partir. Mais repartir est pire encore.
Voilà deux jours que j’ai repris, depuis Samarcande, cette route de la soie qui tout à la fois m’obsède, m’enchante et m’effraie depuis maintenant deux ans. Mon corps proteste : muscles douloureux, jambes qui refusent les kilomètres, sensation de soif inextinguible de l’organisme qui récuse cette chaleur soudaine, nuits hantées de rêves érotiques par une sexualité niant la diète imposée…Il n’y a pas que le premier pas qui coûte. Chaque kilomètre est cruel, les premiers jours. Le plus crucifiant restera pourtant l’arrachement à ceux que j’aime. Certes, les voleurs et les flics amateurs de dollars, les hauteurs glacées du Pamir que je devrai franchir, le désert du Taklamakan -– en ouighour, « l’endroit d’où on ne revient pas » –, tout cela sera mon lot durant les cent vingt jours que durera ma marche de 2001. le cauchemar suprême étant toutefois le terrible isolement dans lequel je vais être plongé jusqu’à ce que je parvienne à Turfan, cette oasis brûlante que les chinois nomment « la Terre de Feu ». je ne m’accoutume pas à la solitude. J’ai soif encore plus qu’auparavant d’aventures, de rencontres, de tous ces bonheurs dont cette route enivrante m’a jusqu’alors abreuvé…
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Par ccha, le 08/08/2011
Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de
Bernard Ollivier
Le plus vieux mode de déplacement du monde est aussi celui qui permet le contact. Le seul, à vrai dire. Assez de voir des civilisations en boîte et de la culture sous serre. Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village, et une soupe, attablé avec des inconnus.
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Par ccha, le 08/08/2011
Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de
Bernard Ollivier
La marche est porteuse de rêve. Elle s'accommode mal de la réflexion construite.
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Par ccha, le 08/08/2011
Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de
Bernard Ollivier
Jamais, autant qu'à ce moment, face à la nuit noire, je n'ai douté de la réussite de mon projet. C'est paraît-il classique ; les grands départs sont escortés d'une petite dépression.
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Longue marche, Tome 2 : Vers Samarcande : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie de
Bernard Ollivier
Ayant bu des mers entières nous restons tout étonnés que nos lèvres soient encore aussi sèches que des plages, et partout nous cherchons la mer pour les y tremper sans voir que nos lèvres sont les plages et que nous sommes la mer.
Attar.
(P88)