Ajouter une citation

Citations de Bernard Ollivier (14)


Classer par:       Datecroissant     Les plus appréciéescroissant


  • Par aventuriers, le 16/03/2008

    Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de Bernard Ollivier

    Extrait du livre

    LES VILLES DU BOUT DU CHEMIN

    6 mai 1999
    Mes enfants, sur le quai, me font un dernier signe. L'aiguille sur la grande horloge de la gare bascule sur le départ. Le train m'arrache. La ville, ses bruits et ses lumières s'éloignent. Pénombres de la banlieue pavillonnaire, nuit profonde de la campagne percé de lampes fugitives. Je suis, enfin, parti pour ce long voyage de la route de la soie à pied.
    Pendant que je rêve, le nez collé à la vitre, les yeux suivant des lumières filantes, trois retraités s'activent dans le compartiment que nous partageons. Deux d'entre eux s'offrent un voyage de noces tardif. En trente-cinq ans, ils n'ont jamais eu le temps. . L'autre femme qui voyage seule connaît déjà la ville et veut voir le carnaval. A Venise, la saison commence.
    Je reste un long moment dans le couloir. Je n'ai pas envie de parler. Je suis déjà sur le chemin, sur cette route qui m'a tant fait rêver. Je songe que j'ai eu raison de demander à mes amis de ne pas venir sur le quai. La moitié, celle qui se désole de me voir partir, m'aurait une fois de plus posé la question : pourquoi ce voyage? De la part d'un jeune homme, ils comprendraient : va pour l'aventure. Mais qu'un homme sérieux, au lieu de bichonner ses pivoines dans sa retraite normande, parte pour trois mille kilomètres, à pied, sac au dos, dans une région réputée dangereuse, c'est abracadabrant. La présence des autres, ceux qui m'admirent ou m'envient pour ces grandes vacances, ne m'auraient pas davantage encouragé. Et si je les décevais?…

    Citation de qualité ? (13 votes positifs)


  • Par treefrog, le 30/06/2010

    Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de Bernard Ollivier

    Mes enfants entament leur vie d'homme.Déjà ils ont éprouvé ce sentiment angoissant que, même entourés, nous somme seuls.Comme je les aime !
    Nous sommes, eux et moi, devant l'océan de la vie. Ils ne voient pour l'instant que l'immensité des eaux. Moi,j'aperçois déjà la rive ou il faudra aborder.

    Citation de qualité ? (11 votes positifs)


  • Par aventuriers, le 16/03/2008

    Longue marche, Tome 2 : Vers Samarcande : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie de Bernard Ollivier

    Extrait du livre

    I
    L’ORAGE
    14 mai 2000. Entre Erzouroum et Dohoubayezit. Kilomètre zéro.
    Le chauffeur du bus ne comprend pas.
    –Tu veux descendre ici? C'est la steppe, il n'y a rien. Nous serons dans un quart d'heure à Dohoubayezit…
    –Non, je veux m’arrêter maintenant. Je veux marcher.
    Je n'ai ni le temps ni le vocabulaire turc pour lui expliquer que je tiens absolument à commencer ici même un voyage de trois mille kilomètres à pied. Il est vrai que cela peut surprendre… Incrédule, il se tourne vers son coéquipier et ils échangent quelques mots. Je suppute que cela doit être quelque chose comme : est-ce licite d'abandonner un voyageur en pleine campagne? ce roumi d’Occident est-il un dément?
    Nous avons quitté Erzouroum au petit matin. Avant de monter dans ce bus, j'ai dû, depuis mon départ de Paris, prendre trois avions : Paris-Istanbul; Istanbul-Ankara; enfin Ankara-Erzouroum. D’en haut, confortablement sanglé dans mon fauteuil, j'ai regardé défiler les paysages, les villes et les villages traversés l'an dernier . Ici même, dans ce décor désolé, grillé par le soleil de juillet, j'étais tombé le nez dans l'herbe, abattu par la dysenterie. Et me voici prêt à repartir du même endroit, au mètre près, afin de terminer l'étape initiale qui devait me conduire jusqu'à Téhéran, en Iran. De là, je prendrai la route pour Samarcande, la ville aux coupoles turquoise qui me fait rêver depuis l'enfance. Je serai alors à mi-chemin de cette route de la Soie que j'ai entrepris de parcourir seul, à pied, et en quatre ans. Car je tiens à reprendre le trajet interrompu à l'endroit précis où la maladie m'a terrassé. Un geste pour le moins tatillon : mais c’est qu’il y va pour moi de mon intégrité. J’ai formé un projet bien défini, je n’entends pas le brader à la première peccadille ni le raboter à la première proposition. Je ne raterai pas un pouce de la route qui doit me conduire jusqu’à Xi’an, en Chine, et tant pis si je passe pour un intégriste ou un maniaque! Voilà pourquoi

    Citation de qualité ? (8 votes positifs)


  • Par ccha, le 08/08/2011

    Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de Bernard Ollivier

    Le plus vieux mode de déplacement du monde est aussi celui qui permet le contact. Le seul, à vrai dire. Assez de voir des civilisations en boîte et de la culture sous serre. Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village, et une soupe, attablé avec des inconnus.

    Citation de qualité ? (7 votes positifs)


  • Par le_Bison, le 04/03/2012

    Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de Bernard Ollivier

    On a pu constater, chez les pèlerins en particulier, que lorsque la moyenne de trente kilomètres par jour est atteinte, l’entraînement physique neutralise la perception du corps. Dans presque toutes religions, la tradition du pèlerinage a pour objet essentiel, à travers le travail de l’être physique, d’élever l’âme : les pieds sur le sol, mais la tête près de Dieu. D’où l’aspect intellectuel de la marche que les béotiens ne soupçonnent pas. Ceux qui n’ont pas vécu pareille aventure pensent le plus souvent que la marche est souffrance. Elle peut l’être pour ceux qui, par masochisme ou religiosité, s’infligent des tortures, marchent à genoux ou nu-pieds sur les cailloux. Mais dans la limite de trente kilomètres par jour, la marche est une jouissance, une douce drogue.

    Citation de qualité ? (6 votes positifs)


  • Par ccha, le 08/08/2011

    Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de Bernard Ollivier

    La marche est porteuse de rêve. Elle s'accommode mal de la réflexion construite.

    Citation de qualité ? (5 votes positifs)


  • Par ccha, le 08/08/2011

    Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie de Bernard Ollivier

    Jamais, autant qu'à ce moment, face à la nuit noire, je n'ai douté de la réussite de mon projet. C'est paraît-il classique ; les grands départs sont escortés d'une petite dépression.

    Citation de qualité ? (4 votes positifs)


  • Par aventuriers, le 16/03/2008

    Longue marche, Tome 3 : Le Vent des Steppes : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie Le vent des steppes de Bernard Ollivier

    Extrait du livre

    PARTIR

    Le plus difficile, dit-on, est de partir. Mais repartir est pire encore.
    Voilà deux jours que j’ai repris, depuis Samarcande, cette route de la soie qui tout à la fois m’obsède, m’enchante et m’effraie depuis maintenant deux ans. Mon corps proteste : muscles douloureux, jambes qui refusent les kilomètres, sensation de soif inextinguible de l’organisme qui récuse cette chaleur soudaine, nuits hantées de rêves érotiques par une sexualité niant la diète imposée…Il n’y a pas que le premier pas qui coûte. Chaque kilomètre est cruel, les premiers jours. Le plus crucifiant restera pourtant l’arrachement à ceux que j’aime. Certes, les voleurs et les flics amateurs de dollars, les hauteurs glacées du Pamir que je devrai franchir, le désert du Taklamakan -– en ouighour, « l’endroit d’où on ne revient pas » –, tout cela sera mon lot durant les cent vingt jours que durera ma marche de 2001. le cauchemar suprême étant toutefois le terrible isolement dans lequel je vais être plongé jusqu’à ce que je parvienne à Turfan, cette oasis brûlante que les chinois nomment « la Terre de Feu ». je ne m’accoutume pas à la solitude. J’ai soif encore plus qu’auparavant d’aventures, de rencontres, de tous ces bonheurs dont cette route enivrante m’a jusqu’alors abreuvé…

    Citation de qualité ? (4 votes positifs)


  • Par GabySensei, le 11/07/2011

    Longue marche, Tome 2 : Vers Samarcande : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie de Bernard Ollivier

    Ayant bu des mers entières nous restons tout étonnés que nos lèvres soient encore aussi sèches que des plages, et partout nous cherchons la mer pour les y tremper sans voir que nos lèvres sont les plages et que nous sommes la mer.
    Attar.
    (P88)

    Citation de qualité ? (2 votes positifs)


  • Par le_Bison, le 07/03/2012

    Longue marche, Tome 3 : Le Vent des Steppes : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie Le vent des steppes de Bernard Ollivier

    Pour ma part, par mon ignorance des langues qu’on y pratique, je suis enfermé dans une solitude profonde. Aussi, faute de parler aux autres, je me parle à moi-même. Et j’essaye de répondre à cette question qu’on m’a posée si souvent et à laquelle il m’est si difficile de répondre : que suis-je venu chercher dans ce désert et sur les hauteurs du Pamir, au prix de grandes joies et de belles rencontres, certes, mais aussi de peurs et de souffrance ? La sagesse, d’accord. Mais laquelle ? Est-ce cette sérénité ancestrale qu’on prête aux ascètes qui font retraite puisque, après tout, je suis « retraité » ? Je n’en suis pas sûr pour ce qui est de mon destin. Lentement, au rythme de ma marche d’escargot, grâce aux songeries et à la solitude, la réponse émerge à petits pas. Elle n’est peut-être pas conforme, mais c’est la mienne, celle qui s’est construite au fil des paysages, de la réflexion et des rencontres. Il est bien vrai que je cherche à m’extraire de la folie qui semble envahir nos sociétés. Notre monde va trop vite, comme un fou. Il est donc urgent de ralentir. Mais je ne veux pas fuir, encore moins cesser d’avancer. Je veux juste tenter de vivre au rythme de la pensée. Et la marche freine cette course à la mort - que l’on confond avec la vie - qui s’est emparée de nos sociétés dites civilisées. Lesquelles me semblent ne plus exister qu’à travers le miroir déformé que leur tend la télévision.

    Citation de qualité ? (1 votes positifs)


  • Par le_Bison, le 06/03/2012

    Longue marche, Tome 3 : Le Vent des Steppes : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie Le vent des steppes de Bernard Ollivier

    Nous ne sommes pas loin de la Mongolie où le troc était aussi le seul moyen d’échange, avec des équivalences étonnantes, jugez-en plutôt : pour eux, un bœuf valait cinq moutons, un cheval deux bœufs, une femme cinq chevaux et un fusil deux femmes.

    Citation de qualité ? (1 votes positifs)


  • Par le_Bison, le 05/03/2012

    Longue marche, Tome 2 : Vers Samarcande : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie de Bernard Ollivier

    La vie ici est douce pour un marcheur. Je m’attendais à une population crispée sur ses certitudes religieuses, hostile aux étrangers. Je ne cesse de m’étonner de la gentillesse et de l’attention chaleureuse que les habitants rencontrés me témoignent. Comme nous n’avons pas de langue commune, les villageois me saluent au passage d’une courbette ou d’un sourire qu’ils accompagnent d’un geste de la main sur le cœur. Ceux qui viennent me serrer la main l’emprisonnent affectueusement entre leurs paumes. Les enfants m’encerclent, mais ce n’est jamais pour mendier ou réclamer argent ou cadeaux.

    Citation de qualité ? (1 votes positifs)


  • Par Corboland78, le 28/03/2012

    Aventures en Loire : 1.000 kilomètres à pied et en canoë de Bernard Ollivier

    Ce n’est pas la peur mais la surprise qui provoque le silence tandis qu’une cinquantaine de regards se braquent sur moi. Il est vrai que le spectacle doit valoir la peine. Je suis recouvert d’un vaste imperméable bleu fripé qui me recouvre jusqu’aux mollets, assorti d’une capuche dissimulant partiellement mon visage tanné façon vieux cuivre. Pour éviter le choc des gouttes sur mon crâne chauve, j’y ai ajouté mon chapeau complètement trempé qui pend lamentablement. Mes lunettes, glacées comme le reste, se sont couvertes de buée en entrant dans la chaleur de la salle. A l’autre extrémité deux pieds bleus chaussés de sandales ruissellent, formant une petite mare. Je serre contre moi, tout en cherchant vainement dominer mon tremblement, mon bidon de plastique blanc à couvercle bleu. Derrière on bar, la patronne interrompt la confection d’une entrée, écarquille les yeux et résume la question que tout le monde se pose : - Ben ! D’où vous sortez-vous ?

    Citation de qualité ? (0 votes positifs)


  • Par le_Bison, le 08/03/2012

    Longue marche, Tome 3 : Le Vent des Steppes : A pied de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la soie Le vent des steppes de Bernard Ollivier

    Le panorama qui s’offre à moi est fabuleux. Une fois encore je m’interroge sur cette joie profonde et sourde que procure le fait de dominer un immense paysage. Une jubilation muette et forte comme un orgasme étiré. Les « grands » de ce monde éprouvent-ils cette même joie irrépressible lorsqu’ils dominent les foules ? Cela expliquerait la virulence avec laquelle ils défendent leurs places altières. Durant une demi-heure, sanglé dans ma veste et grelottant au vent vif qui fouette l’herbe rase, je sèche la sueur de la montée en croquant des fruits secs. J’aime la montagne, sa puissance, sa diversité, sa cruauté aussi. Là est le monde tel qu’il a été, encore inentamé malgré les vents, les pluies et les hommes, sauvage comme il le fut aux premiers jours de ces rocs milliardaires en années. Cette montagne n’est pas comme Kamtchik Pass, nue et stérile. L’herbe et les fleurs y poussent et la vie s’accroche à chaque tige. Vers l’est, j’aperçois des sommets à perte de vue, les montagnes des Tian-shan et du Pamir qui se chamaillent pour savoir laquelle est la plus haute du monde, et qui grattouillent le ciel pour effrayer les hommes désireux de les escalader.

    Citation de qualité ? (0 votes positifs)





Faire découvrir Bernard Ollivier par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Quiz