-
Boy de
Christine de Rivoyre
Je me suis levée. Je n'avais plus ni jambes ni tête. Entre les deux un corps comme un flocon, comme une balle mousse, j'ai couru vers la terrasse, je ne suis pas tombée, une chance. Sur le Bassin d'un bleu aveuglant, les pavois des bâteaux dansaient et le Bassin lui aussi dansait, mais sans vagues, c'était drôle. Je me suis couchée sur le petit mur, j'ai encore fermé les yeux. Quand je les ai ouverts, il y avait oncle Boy au-dessus de moi, il souriait :
- Ca va comme tu veux, Crevette ?
- Ca va très bien.
- C'était bon ?
- Délicieux.
- Tu es la femme de ma vie.
- Je sais.
- Tu veux qu'on s'échappe ?
Je me suis levée brusquement. Ma tête existait de nouveau, mes jambes aussi.
- Tout de suite ?
- Si tu veux.
Le Bassin ne dansait plus et les bâteaux glissaient, leurs pavois flottaient, c'est tout. Tout près de nous le Bâteau Blanc.
> lire la suite
-
Boy de
Christine de Rivoyre
-Vous pourriez parler français, dit Mademoiselle Dolly.
Non mais. Alors ça. Des conseils maintenant. On s'est soûlée, on s'est pris un bain de vase, on pue, on a l'air d'un poisson pourri et on ose donner des conseils ?
Vous pourriez parler français. Et l'accent de Bordeaux tout pointu par dessus le marché. Tu vas voir comment je vais te parler, Marie Cascante, tu vas voir le français que je te garde en réserve, ah je me sens patacayre.
- Je parle comme je veux, je dis, et cette robe-là (je montre le tas sur le lit) Mademoiselle pourra se la laver toute seule. Moi je nai pas été engagée pour récurer les étables.
> lire la suite
-
Boy de
Christine de Rivoyre
-Qu'est-ce qu'il y a? Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
-Quelle assiette?
Je n'ai sûrement pas une expression très gentille en disant ça.Mais aussi.Ah les phrases des grandes personnes quelquefois.Même à lui il arrive de pondre des phrases de ce genre.Tu n'as pas l'air dans ton assiette.Comment est-il l'air quand on est dans son assiette?Et d'abord où est-elle mon assiette?Près de mon âme?Loin de mon âme?C'est mon âme?Alors cassez la,mon Dieu,vite que j'en sois débarrassée.
-Tu sais,je n'aime que les crevettes heureuses, a dit Oncle Boy.
Il paraît un peu inquiet en disant ça.Un peu inquiet mais très gentil.Je lui souris.
> lire la suite
-
Boy de
Christine de Rivoyre
-Mes félicitations,Miss Suzon.Une nurse doit savoir nager.Vous allez pouvoir remplacer Nannie O.
Je ne réponds pas.Elle m'a visée,elle m'a touchée,la grande carcasse.Je ne pense plus que j'ai fait douze brasses,que Monsieur Boy est bon et raisonnable et que Pierre Harramburu sera fier de moi.Je me dis que si je sais nager c'est parce que la pauvre Miss a perdu presque tout son sang.Il me fait deuil tout à coup,mon plaisir.Oui,ça,il me fait deuil.
-
Boy de
Christine de Rivoyre
-Pourquoi es-tu allée au bal sans moi?
-Pourquoi Monsieur n'est-il pas rentré dîner?
-Qu'est-ce que c'est ce Pierre?
-Un garçon très gentil,il est de ma sorte.
-Jure-moi que tu ne me tromperas pas avec lui.
-Oh la la,Monsieur,je danse,c'est tout,je ne fais que danser,c'est le bal et c'est le 14 juillet.
-Je t'aime,Suzon.
-Mais oui,Monsieur.
-Dis-moi que tu m'aimes.
-J'aime Monsieur Boy.
> lire la suite
-
Boy de
Christine de Rivoyre
-J'ai été bien dressée,c'est tout.
Bien dressée,voilà.Comme le chien de chasse à qui on apprend à rapporter le lièvre ou la bécasse.Maria Sentucq a été bien dressée.Et pas seulement à faire de la table de Madame,la première table de Bordeaux.A souffrir.A souffrir sans se plaindre.
-
Par nina2loin, le 21/03/2012
Belle alliance de
Christine de Rivoyre
" Sans queue ! Pauvre bestiole. Tu n'as que tes yeux et tes oreilles pour t'exprimer. Qu'est-ce qu'il a pensé, le Bon Dieu des cagnots ? "
Au-dessus des chênes, les brumes se disloquent, se dispersent, le soleil arrose le jardin. Margot sourit à la chienne qui la dévore de ses yeux jaune et noir.
" Ta grand-mère était une renarde, ton grand-père un chevreuil, ton père un chat, et ta mère une chauve-souris, quel pedigree. Allez viens manger, j'ai faim. "
-
Fleur d agonie. de
Christine de Rivoyre
Et j'ai pensé à la mort, je me suis dit si mon mari rate un tournant, si les pneus dérapent, si le changement de vitesse craque, si les freins ne répondent plus, ça y sera, nous partirons dans la mort, nous, cinq personnes que le destin a installées dans cette voiture avec leurs ronrons, leurs envies, leurs rêves, tout sera englouti, recouvert d'eau de mer.