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Par Revouest, le 09/11/2011
Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
Il y a tant qui restera à jamais impossible à connaître, mais nous savons qu’ils ont été, un jour, eux-mêmes, spécifiques, les sujets de leur propre vie et de leur propre mort, et pas simplement des marionnettes manipulées pour les besoins d’une bonne histoire, pour des mémoires, pour les films ou les romans du réalisme magique. Le temps viendra pour ça, une fois que chaque personne qui a connu chaque personne qui les a connus et moi seront morts ; puisque, comme nous le savons, tout à la fin, disparaît.
Donc, en quelque sort, au moment même où je les trouvais de la façon la plus spécifique qui soit, je sentais qu’il me fallait les abandonner à nouveau, les laisser être eux-mêmes, quoi que cela puisse être. C’était amer et c’était doux, et en effet lorsque je devais décrire par la suite ce moment à Jack Greene, à qui je devais tout, il m’a déclaré, en faisant allusion à sa propre émotion au moment où il est sorti de sa cachette, tant d’années auparavant, Oui, je connais cette impression, c’est un sentiment d’accomplissement, mais on ne se sent pas heureux. J’avais voyagé loin, fait le tour de la planète et étudié ma Torah, et à la toute fin de ma quête, je me retrouvais à l’endroit où tout commence : l’arbre dans le jardin, l’arbre de la connaissance qui, comme je le savais depuis longtemps, est quelque chose de divisé, quelque chose qui apporte à la fois du plaisir et du fait que la croissance n’est possible que dans le temps, du chagrin.
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Par Eric75019, le 15/06/2011
Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
Parmi ces gens, il y en avait certains qui pleuraient lorsqu'ils me voyaient. J'entrais dans la pièce et ils me regardaient (des femmes, pour la plupart), et elles portaient leurs mains tordues, avec ces bagues et ces nœuds déformés, gonflés et durs comme ceux d'un arbre qu'étaient leurs phalanges, elles portaient ces mains sur leurs joues desséchées et disaient, d'une voix un peu essoufflée et dramatique, Oy, er zett oys zeyzr eynlikh tzu Shmiel !
Oh, comme il ressemble à Shmiel !
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Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
Auschwitz, désormais, est devenu, en un seul mot, le symbole de ce qui est géant, la généralisation grossière, la formule consacrée de ce qui est arrivé aux Juifs en Europe – même si ce qui s’est passé à Auschwitz n’est pas arrivé, en fait, à des millions de Juifs dans des endroits comme Bolechow, des Juifs qui ont été alignés et abattus au bord de fosses communes ou, échappant à ça, ont été envoyés dans des camps qui, à la différence d’Auschwitz, n’avaient qu’un but, des camps qui sont moins connus du public, précisément parce qu’ils n’offraient pas d’autre issue que la mort et ne laissaient par conséquent aucun survivant, aucune mémoire, aucune histoire.
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Par Nanne, le 15/01/2009
Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
De ce Shmiel, bien entendu, je savais quelque chose : le frère aîné de mon grand-père qui, avec sa femme et ses quatre filles superbes, avait été tué par les nazis pendant la guerre [...]. C'était là, nous le comprenions tous, la légende non écrite des quelques photos que nous avions de lui et de sa famille, qui étaient désormais rangées soigneusement dans un sac en plastique, à l'intérieur d'une boîte qui se trouvait elle-même à l'intérieur d'un carton dans la cave de ma mère.
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Par tulisquoi, le 05/08/2010
Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
Quand j’étais petit, je regardais le père de mon père et puis je regardais le père de ma mère, et le contraste entre les deux est à l’origine de la formation, dans mon esprit d’enfant, d’une sorte de liste. Dans une colonne, il y avait ceci : Jaeger, judaïté, Europe, langues, histoires. Dans l’autre, il y avait ceci : Mendelsohn, athées, Amérique, anglais, silence. Je comparais et j’opposais ces colonnes, lorsque j’étais bien plus jeune et, même alors, je me demandais quel genre de présent on pouvait avoir sans connaître les histoires de son passé.
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Par Nanne, le 15/01/2009
Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
Car, lorsque Shmiel s'est assis pour écrire cette lettre, ce lundi de janvier 1939, il avait besoin d'argent pour sauver son camion ; à la fin de l'année, ce serait pour sauver sa vie qu'il supplierait qu'on lui envoie de l'argent. [...] un argent destiné non plus à ses camions ou à des réparations, mais à l'achat de papiers, de déclarations sous serment [...].
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Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
e suis satisfait de ce que je sais, mais à présent je pense beaucoup à tout ce que j’aurais pu savoir, qui aurait été bien plus que tout ce que je peux apprendre maintenant, qui a disparu à jamais maintenant. Ce que je sais à présent, c’est ceci : il y a tant de choses que vous ne voyez pas vraiment, préoccupé comme vous l’êtes de vivre tout simplement ; tant de choses que vous ne remarquez pas, jusqu’au moment où, soudain, pour une raison quelconque – vous ressemblez à quelqu’un qui est mort depuis longtemps ; vous décidez tout à coup qu’il est important de faire savoir à vos enfants d’où ils viennent -, vous avez besoin de l’information que les gens que vous connaissiez autrefois devaient toujours vous donner, si seulement vous l’aviez demandée. Mais au moment où vous pensez le faire, il est trop tard.
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Les Disparus de
Daniel Adam Mendelsohn
C’était seulement en écoutant Jack Greene que j’ai compris que j’étais à la recherche de la mauvaise histoire – l’histoire de la façon dont ils étaient morts, plutôt que celle dont ils avaient vécu.