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Par zazimuth, le 11/02/2011
Ernst Jünger
Je n'ai pas le temps de lire...
-- En ce cas, on a sans doute affaire à un homme occupé, jamais à un lecteur. Car l'une des caractéristiques du lecteur véritable est justement qu'il a le temps de lire, dût-il le voler, de même que l'amant a du temps pour son amante, dût-il négliger tout le reste.
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Par Piling, le 20/07/2008
Première phrase du livre
Abeilles de verre de
Ernst Jünger
incipit :
Quand nous étions à la côte, Twinnings nous servait de Providence. J'étais assis dans son bureau. Cette fois, je n'avais que trop tardé ; j'aurais dû depuis longtemps me décider à lui rendre visite, mais la misère brise en nous toute volonté. On s'incruste dans les cafés, tant qu'on a de la petite monnaie en poche, on use ses fonds de culotte et on baye aux corneilles.
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La guerre comme expérience intérieure de
Ernst Jünger
La guerre est la plus forte rencontre des peuples. Alors que commerce et circulation, compétitions et congrès ne font se joindre que les pointes avancées, la guerre engage l'équipe au complet, avec un objectif seul et unique : l'ennemi. Quels que soient les problèmes et les idées qui agitent le monde, toujours leur sort se décida par la confrontation dans le sang. Certes toute liberté, toute grandeur et toute culture sont issues du silence de l'idée, mais seules les guerres ont pu les maintenir, les propager ou les perdre. La guerre seule a fait des grandes religions l'apanage de la terre entière, a fait surgir au jour, depuis leurs racines obscures, les races les plus capables, a fait d'innombrables esclaves des hommes libres. La guerre n'est pas instituée par l'homme, pas plus que l'instinct sexuel ; elle est loi de nature, c'est pourquoi nous ne pourrons jamais nous soustraire à son empire. Nous ne saurions la nier, sous peine d'être engloutis par elle.
Notre époque montre une forte tendance au pacifisme. Ce courant émane de deux sources, l'idéalisme et la peur du sang. L'un refuse la guerre par amour des hommes, et l'autre parce qu'il a peur.
Le premier est de la trempe des martyrs. C'est un soldat de l'idée ; il est courageux : on ne peut lui refuser l'estime. Pour lui, l'humanité vaut plus que la nation. Il croit que les peuples, dans leur furie, ne font que frapper l'ennemi de plaies sanglantes. Et que lorsque les armes ferraillent, on cesse d'oeuvrer à la tour que nous voulons pousser jusqu'au ciel. Alors il s'arc-boute entre les vagues sanglantes et se fait fracasser par elles.
Pour l'autre, sa personne est le bien le plus sacré ; par conséquent il fuit le combat, ou le redoute. C'est le pacifiste qui fréquente les matchs de boxe. il s'entend revêtir sa faiblesse de mille manteaux chatoyants - celui du martyr de préférence -, et bon nombre d'entre eux ne sont que trop séduisants. Si l'esprit d'un peuple entier pousse dans ce sens, c'est le tocsin de la ruine prochaine. Une civilisation peut être aussi supérieure qu'elle veut - si le nerf viril se détend, ce n'est plus qu'un colosse aux pieds d'argile. Plus imposant l'édifice, plus effroyable sera le chute.
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La guerre comme expérience intérieure de
Ernst Jünger
Qu'avaient donc fait les Péruviens aux Espagnols ? A bon entendeur, les couronnes des forêts vierges qui se balancent aujourd'hui sur les ruines de leurs temples solaires chanteront la réponse. C'est le chant de la vie qui se dévore elle-même. Vivre égale tuer.
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La guerre comme expérience intérieure de
Ernst Jünger
Comme d'autres dans l'art ou dans la vérité, ils cherchaient leur accomplissement dans la lutte. Nos voies sont diverses, chacun porte en son coeur une autre boussole. Pour chacun, vivre veut dire autre chose, pour l'un le chant du coq au matin clair, pour l'autre l'étendue qui dort au midi, pour un troisième les lueurs qui passent dans les brumes du soir.
Pour le lansquenet, c'était le nuage orageux qui couvre au loin la nuit, la tension qui règne au-dessus des abîmes.
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Par Piling, le 20/07/2008
Première phrase du livre
Graffiti de
Ernst Jünger
incipit :
Ce n'est pas dans un monologue que l'entendement prend sur la matière la mesure de lui-même, monologue qu'il poursuivrait sans égard à elle... non : la matière répond. La main façonne l'outil, et l'outil façonne la main. Un tiers principe y intervient toujours. L'appel et son écho ; ils seraient impossibles sans la paroi rocheuse et l'air.
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Par zohar, le 17/03/2011
Sur les falaises de marbre de
Ernst Jünger
On reconnaît les grandes époques à ceci, que la puissance de l'esprit y est visible et son action partout présente.
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Le Boqueteau 125 de
Ernst Jünger
"Ici, la guerre qui d'habitude nous enlève tant, nous apporte quelque chose, elle nous apprend la communauté virile et remet à leur vraie place des valeurs à moitié oubliées."
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Journal 1 : jardins et routes 1939 - 1940 de
Ernst Jünger
Parce que mon cabinet de travail était trop central dans la maison, je me suis aménagé, avec l’aide de Perpétua et de Louise, une cellule d’ermite au grenier. J’ai toujours eu du goût pour les greniers poussiéreux ; on y rêve comme dans le royaume de l’oubli.
4.V.1939 : Une certaine substance s’amasse, me semble-t-il, dans les pièces inhabitées, un humus spirituel d’où l’imagination tire une riche nourriture. C’est ainsi que les rêves affluaient, lorsque je couchais à Ueberlingen dans la cave. Cette influence devint presque monstrueuse, pendant la guerre; lorsque je m’installai à Douchy, dans un abri abandonné, qui était situé au milieu des jardins et que je quittai après ma première nuit. Ici seraient sans doute à leur place des histoires de visiteurs qui couchent dans des chambres poussiéreuses de vieux châteaux et qui voient les apparitions mystérieuses. Dans les pièces que nous avons longtemps habitées, cette force étrangère s’épuise ; elles ressemblent à un sol depuis longtemps cultivé. On s’explique aussi que le peuple attache à la première nuit passée dans une nouvelle demeure et à ses songes la signification d’un présage.
Le Livre de Poche biblio n° 3006 p. 49
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Journal 1 : jardins et routes 1939 - 1940 de
Ernst Jünger
Travaillé pour la première fois dans la nouvelle maison. La Reine des serpents, -- peut-être trouverai-je un titre meilleur, de peur que l’on ne nous tienne pour des Ophites. Il me semble, lorsque je relis cet écrit en pensée, qu’il ne produit pas sur moi son plein effet. Il arrive qu’une phrase brève me paraisse inachevée, bien que je sache que la concision a souvent une force efficace. La phrase, telle que l’écrit l’auteur, se distingue de la phrase telle que son lecteur la lit. Lorsque je rencontre des notes ou des lettres dont je ne sais plus que ma plume les avait tracées, la prose m’en paraît meilleure, plus vigoureuse.
Kirchhorst, 3 avril 1939, Le Livre de Poche biblio n° 3006 p. 23
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