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Par carre, le 13/04/2013
François Cavanna
« Que celui qui n'a jamais péché demande à son voisin de lui raconter. »
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Les doigts pleins d'encre de
François Cavanna
Les pauvres ont un plumier, creusé dans un bloc de hêtre et fermé par un couvercle coulissant qui se coince à tous les coups. Il y a aussi des plumier en carton bouilli verni noir avec des fleurs dessus, très jolis, mais ceux_là font gonzesse, on les laisse aux filles. Les riches ont des trousses en cuir imitation croco que tu dirais du vrai, avec dedans, des petites brides pour tenir en place les crayons et tout le bazar, vachement bien foutues, tiens, il y a la bride pour le taille crayon, la bride pour la gomme, la bride pour le compas, si tu te trompes et que tu essaies d'enfiler un truc à une place qu'est pas la sienne, ça marche pas, y a rien à faire, finalement être riche, c'est pas tellement marrant, en plus qu'ils ont des beaux habits qu'il ne faut pas qu'ils salissent, des pull-overs avec des dessins dessus, des pantalons de golf que nous on appelle des culottes à chier dedans, s'ils filent un coup de pied dans un gros caillou pour jouer au foot, crac, ils s'écorchent les belles tatanes en cuir jaune. Nous, nos affaires, on les bourre en vrac dans nos plumiers, nos tabliers noirs, on n'a pas les jetons de les dégueulasser, ils sont faits juste pour ça, et nos tatanes, c'est des galoches avec la semelle en bois, quand tu cavales sur les pavetons, tu dirais la grande guerre, et quand tu loupes le ballon, et que le copain prend ça sur l'os du devant de la jambe, là où qu'il y a juste la peau et pas de viande, qu'est-ce que ça fait mal, la vache !
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Par carre, le 26/09/2012
Les Ritals de
François Cavanna
Tous les jeudis matin, jour sans classe, j'allais avec un cabas à la bibliothèque municipale...
On avait droit à deux livres à emporter par personne inscrite, alors j'avais inscrit papa et maman, ça me faisait, comptez avec moi, six bouquins à dévorer par semaine.
On choisissait sur catalogue, mais les titres qui vous faisaient envie étaient toujours en main, il fallait faire une liste par ordre de préférence, la barbe, j'aimais mieux fouiner dans les rayons et me laisser séduire par la bizarrerie d'un titre ou les effilochures d'une très vieille reliure. J'aimais les livres énorme .
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Les doigts pleins d'encre de
François Cavanna
Il y a aussi des animaux qui ne sont ni utiles ni nuisibles parce qu'ils ne servent à rien mais ne détruisent pas les récoltes, comme par exemple, la cigale et la fourmi. La fourmi est travailleuse, elle n'arrête pas de porter des bouts de bois sur son dos toute la journée en courant sur ses petites pattes. Nous devons admirer la fourmi et nous inspirer de la leçon qu'elle nous donne. La cigale est une grosse feignante qui ne pense qu'à rigoler et à chanter, on l'a appris dans une fable de La Fontaine qu'il fallait réciter par coeur. Le maître nous a expliqué qu'il fallait comprendre cette fable avec finesse parce que ça fait semblant de parler d'animaux comme la cigale et la fourmi, pour ne pas vexer les gens humains, mais que si tu es instruit, tu comprends que la fourmi, ça veut dire les enfants travailleurs et la cigale les gros paresseux, comme par exemple, les mauvais sujets au fond de la classe. Ça nous faisait réfléchir profond et on était bien contents d'être des bons sujets ou des moyens sujets, et alors on regardait au fond de la classe tous ces mauvais sujets qui allaient finir misérablement comme la cigale, peut-être même sur l'échafaud...
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Par carre, le 06/07/2012
Lune de miel de
François Cavanna
Tant que je pourrai écrire une ligne, je serai présent parmi les vivants.
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Les doigts pleins d'encre de
François Cavanna
Qu'est-ce qu'il a de la veine, Tarzan, de vivre rien qu'au milieu des bêtes, dans une forêt pleine de bananes, de noix de coco, d'ananas et de choses bonnes à manger que t'as juste à tendre la main pour les cueillir! Et ses copains, les éléphants, les singes, les gorilles, les lions, les tigres, les panthères! quand il est en danger, il gueule de toutes ses forces, il pousse son grand cri de guerre, hop, aussitôt ses copains les bêtes rappliquent de partout et il casse la gueule aux sales types. Tarzan, c'est le héros qu'on préfère, dans les bandes dessinées. On se dit entre nous que, quand on sera grands, on ira en Afrique, dans la forêt, et on vivra comme Tarzan. On comprend pas pourquoi nos vieux restent ici, à travailler comme des pauvres cons, dans le froid et dans la pluie, au lieu d'aller manger des bananes et se faire des copains chez les éléphants. En plus, c'est vachement nourrissant les bananes, et plein de vitamines, le maître nous l'a appris.
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Les doigts pleins d'encre de
François Cavanna
Y a aussi les carambars et les malabars, et aussi les cigarettes en chocolat, mais ça c'est pour les tous petits, les bébés. Nous on met nos sous ensemble et on achète des vraies pipes, on se les fume dans des coins secrets, ça donne mal au coeur, alors on a peur, on se dit que c'est le cancer du poumon qui rapplique, juste comme le maître a dit en classe, merde, vachement la trouille on a, faudrait le dire aux parents pour qu'il t'emmènent chez le médecin vite vite quand c'est pris au début, t'as une petite chance, oui mais faudrait avouer qu'on a fumé, et les sous, hein, où tu les as pris les sous, petit voleur ? Alors bon, on attend la mort et puis on se dit que crever pour crever, autant fumer la sèche jusqu'au bout, alors on dégueule, et justement c'est ça qu'il fallait, c'est le cancer qui s'en va, ouf, t'es sauvé, mais qu'est-ce que t'as eu peur !
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Par carre, le 03/07/2012
Les Ritals de
François Cavanna
Avant de passer à table, je me cherchais de la lecture. Le bouquin en cours, un livre de classe n'importe quoi.
A part ça, j'étais un enfant joyeux bavard, turbulent, plutôt teigne et châtaigneux, rien du sombre renfermé qu’on pourrait croire ; je voulais tous les plaisirs, tous, et celui-là était le plus fort de tous.
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Bete et mechant de
François Cavanna
Toute ressemblance entre des noms cités dans ce livre et des imbéciles vivants serait purement fortuite. J'ai en effet pris grand soin de changer les noms des imbéciles, car les imbéciles sont méchants, et moi je suis lâche.
Toute ressemblance entre des noms cités dans ce livre et des noms de personnes vivantes est donc un hommage rendu à la non-imbécillité desdites personnes. A moins, bien sûr, qu'elles ne s'empressent de donner la preuve, en me cherchant des histoires, que j'ai eu tort de leur faire confiance sur ce point.
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Par carre, le 16/04/2012
Les Ritals de
François Cavanna
La lecture emplissait tous les interstices de ma vie. A peine éveillé, je tâtonnais de la main vers le livre comme un fumeur vers ses clopes .