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L Intranquille de
Gérard Garouste
« Je suis peintre. Et fou, parfois. » (p. 133)
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Par Bigmammy, le 25/01/2012
L Intranquille de
Gérard Garouste
J’ai peint 600 tableaux, ils portent ma signature mais pas de dates. Rien ne trahit les longs moments passés à ne pas peindre. Sur les toiles terminées, j’écris des lettres et des chiffres, un code secret qui m’amuse et que j’emprunte à un vieux système d’écriture babylonien, ça me permet de les classer et de les situer dans le temps. Ces signes mis bout à bout formeront un jour une phrase de cinquante lettres, que je ne dis pas, elle sonne comme une métaphore de ma vie. Il y a sûrement, derrière ce petit jeu, ce bon vieux fantasme de l’artiste qui veut croire que tout prendra du sens après la mort, qu’il laissera une trace. J’ai d’ailleurs glissé sous certaines toiles, Adhara notamment, bien des repentirs, c’est ainsi qu’on appelle les corrections des peintres, elles apparaissent au fil du temps quand la couleur s’use et laisse voir ses premières couches (…) Les repentirs me font penser au lapsus, à l’acte manqué. J’en ai glissé sous les couleurs, autant qu’il y en a dans la vie. Ils apparaîtront quand je ne serai plus là, ainsi je parlerai encore.
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Par KATE92, le 06/02/2012
L Intranquille de
Gérard Garouste
"Je cogitais sans cesse, comme s'il me fallait me justifier, me situer, ça m'épuisait, l'envie de peindre m'abandonnait puis elle revenait, plus brûlante encore. Où était le courage artistique désormais ? Fallait-il brûler les toiles ? Certains essayaient. Mais l'avant-garde c'est une bataille, pas une surenchère. Il faut un risque à la peinture. Je n'avais pas envie de prendre le train en marche. J'allais peindre, quitter le magasin, prendre un nouveau départ ! L'originalité était morte avec Picasso ? Bon débarras ! On allait pouvoir s'intéresser au sujet plus qu'au style, raconter des histoires, joué avec les sens, les émotions, j'en avais tant des émotions. Je voulais renouer avec la peinture, quitte à être jeune et classique, quitte à revenir en arrière. Je ne voulais pas d'une peinture nostalgique, je voulais déjouer l'avant-garde avec mes pinceaux et mes couleurs. L'art doit, de toute façon, tendre des pièges."
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L Intranquille de
Gérard Garouste
il y a deux sortes d’individus dans la vie, les Classiques et les Indiens.
Le Classique est un homme pétri par la norme, il n’inventera jamais rien, ne fera qu’obéir et suivre le mouvement en rêvant d’ascension sociale. C’est mon père.
L’Indien est un intuitif, un insoumis, un créatif. C’est Casso le bonheur loin des apparences. Mais l’extrême Indien court vers la folie. Je le sais pour avoir croisé quelques Apaches dans les hôpitaux psychiatriques.
Ma voie était quelque part entre ces deux hommes, ces pôles contraires de mon enfance. Vaste espace où j’avançais, égaré.
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Par Aifelle, le 10/03/2012
L Intranquille de
Gérard Garouste
"C'était un autre monde, figé dans le temps, où l'électricité était encore capricieuse. La lampe à pétrole était toujours sur la table, laissant filer une odeur d'essence que j'aime encore. Elle dessinait aux visages et aux fenêtres des ombres et des lumières. J'ai eu bien des frayeurs là-bas, mais la peur sous un arbre de Bourgogne n'a rien à voir avec celle qui me tenaillait sous le dernier réverbère avant la maison de mes parents. La peur m'ouvrait l'imagination, elle m'entraînait vers un conte mystérieux".
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Par Whitesock, le 01/11/2011
L Intranquille de
Gérard Garouste
Le délire, c'est une fuite, une peur très grande d'être au monde, alors, on préfère se croire mort, tout-puissant, ou juste un enfant. (p.86)
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L Intranquille de
Gérard Garouste
En ce temps qui brûlait d’être à demain, j’aimais les odeurs du passé. J’allais au Louvre, muni d’une loupe, parfois même d’un compte-fils, j’avais déjà un faible pour la peinture espagnole, qui fait la part belle à la matière, je m’attardais près des toiles de Vélasquez, de Goya, du Gréco, j’allais au plus près des empâtements et des glacis. Plusieurs fois, les gardiens m’ont demandé de reculer.
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Par zazimuth, le 05/07/2011
L Intranquille de
Gérard Garouste
Je sais déserter le réel quand il est trop dur, je me laisse happer par mes idées, mes histoires. Je rentre en moi. (p.86)
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L Intranquille de
Gérard Garouste
On ne peut peindre que si l’on va bien. Le délire est un trou noir dont on sort dans un état d’extrême sensibilité bénéfique pour la peinture, mais le lien légendaire entre la folie et l’art s’est trop souvent changé en un raccourci romantique. Le délire ne déclenche pas la peinture, et l’inverse n’est pas plus vrai. La création demande de la force. L’idéal du peintre n’est pas Van Gogh, s’il n’avait pas mis fin à ses jours, il aurait fait des tableaux plus extraordinaires encore. L’idéal, c’est Vélasquez, Picasso, qui ont construit une œuvre et une vie en même temps. Pourquoi un artiste n’aurait-il pas droit, lui aussi, à l’équilibre ?
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L Intranquille de
Gérard Garouste
Le réveil fut semblable à tous les autres. Sainte-Anne. Camisole chimique, cocktail neuroleptique. Elisabeth à mon chevet, forte, imperturbable, qui ne change que dans mon regard. Elle est l'ennemie, elle veut me contraindre à la vie. Puis ma conscience revient, elle m'ouvre les bras parce que je craque et j'ai besoin de pleurer.
Dans l'Ancien Testament, souvent, on rencontre les femmes tout près d'un puits. J'aime ce voisinage... Le puits en hébreu s'apparente par sa racine au verbe "interpréter", car la connaissance implique le creusement. Ce n'est pas à moi qu'on apprendra tout ce qu'une femme comprend.
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