-
Par nadejda, le 23/11/2010
Vie secrète de
Pascal Quignard
Ceux qui aiment ardemment les livres constituent sans qu'ils le sachent, la seule société secrète exceptionnellement individualisée. La curiosité de tout et une dissociation sans âge les rassemblent sans qu'ils se rencontrent jamais.
Leur choix ne correspondent pas à ceux des éditeurs, c'est-à-dire du marché. NI à ceux des professeurs c'est-à-dire du code. Ni à ceux des historiens c'est-à-dire du pouvoir.
.... Ils forment à eux seuls une bibliothèque de vies brèves mais nombreuses. Ils s'entre-lisent dans le silence...
> lire la suite
-
Par araucaria, le 03/12/2012
Tous les matins du monde de
Pascal Quignard
Vous pourrez aider à danser les gens qui dansent. Vous pourrez accompagner les acteurs qui chantent sur la scène. Vous gagnerez votre vie. Vous vivrez entouré de musique mais vous ne serez pas musicien.
Avez-vous un coeur pour sentir? Avez-vous un cerveau pour penser? Avez-vous idée de ce à quoi peuvent servir les sons quand il ne s'agit plus de danser ni de réjouir les oreilles du roi?
Cependant votre voix brisée m'a ému. Je vous garde pour votre douleur, non pour votre art.
> lire la suite
-
Par carre, le 19/05/2013
Pascal Quignard
Là où la pensée a peur, la musique pense.
-
Par nadejda, le 24/09/2012
Les désarçonnés de
Pascal Quignard
Quand, en 1548, Etienne de La Boétie théorisa la désobéissance civile, il écrit : Je ne vous demande même pas d’ébranler le pouvoir mais seulement de ne plus le soutenir.
Commencez par arrêter de voter pour vos ennemis. Arrêtez de vous donner des maîtres. Arrêtez de payer des surveillants pour vous épier. Arrêter d’offrir par votre travail, au prince, l’or et les armes dont vous serez ensuite les victimes.Arrêtez de donner la liste de vos biens à ceux qui exigent de vous piller. Pourquoi constituez-vous ces files qui montent au bûcher et qui alimentent le sacrifice pour quelques-uns ou pour un seul ? Pourquoi tenez-vous tant à être le complice préféré du meurtre et l’ami fidèle du désespoir ? Les bêtes ne souffriraient pas ce que vous consentez. Ne servez plus. p 124
> lire la suite
-
Par araucaria, le 03/12/2012
Tous les matins du monde de
Pascal Quignard
Monsieur Marais approcha la chandelle du livre de musique. Ils regardèrent, refermèrent le livre, s'assirent, s'accordèrent. Monsieur de Sainte-Colombe compta la mesure vide et ils posèrent leurs doigts. C'est ainsi qu'ils jouèrent les Pleurs. A l'instant où le chant des deux violes monte, ils se regardèrent. Ils pleuraient. La lumière qui pénétrait dans la cabane par la lucarne qui y était percée était devenue jaune. Tandis que leurs larmes lentement coulaient sur leur nez, sur leurs joues, sur leurs lèvres, ils s'adressèrent en même temps un sourire. Ce n'est qu'à l'aube que Monsieur Marais s'en retourna à Versailles.
> lire la suite
-
Par boreale, le 19/10/2008
Tous les matins du monde de
Pascal Quignard
tous les matins du monde sont sans retour
-
Tous les matins du monde de
Pascal Quignard
quand je tire mon archet, c'est un petit morceau de mon coeur vivant que je déchire. Ce que je fais, ce n'est que la discipline d'une vie où aucun jour n'est férié. J'accomplis mon destin.
-
Tous les matins du monde de
Pascal Quignard
La musique est simplement là pour parler de ce dont la parole ne peut parler. En ce sens, elle n'est pas tout à fait humaine.
-
Tous les matins du monde de
Pascal Quignard
"Monsieur, j'ai confié ma vie à des planches de bois grises qui sont dans un mûrier ; aux sons des sept cordes d'une viole ; à mes deux filles. Mes amis sont les souvenirs. Ma cour, ce sont les saules qui sont là, l'eau qui court, les chevesnes, les goujons et les fleurs du sureau. Vous direz à sa mejesté que son palais n'a rien à faire d'un sauvage qui fut présenté au feu roi son père il y a trente-cinq ans de cela."
> lire la suite
-
Terrasse à Rome de
Pascal Quignard
Lors d’un dîner qu’on lui présentait –alors qu’il refusait de le manger –une mouche vint se poser sur le bord de l’écuelle. Tout à coup la mouche, qui était en train de sucer un peu de jus de viande, leva la tête et lui dit :
« Es-tu maintenant homme ou fantôme ?
- Je ne sais pas, lui répondit Meaume. Et toi ?
- Je ne sais pas moi-même. Mais j’ai tendance à penser que je vis », dit la mouche en continuant à suçoter le jus de viande.
Meaume refusa avec la main la fourchette qu’on lui tendait et dit alors à la mouche :
« Moi je pense que je suis tout près d’avoir été vivant. Les ancêtres me visitent. J’ai gardé en moi la femme que j’ai perdue. Elle aussi me visite. Elle est même devenue un jeune homme qui se jette sur moi dans l’ombre d’un arbre sur le mont Aventin. Le regard des autres me visite et m’étrangle tant j’ai honte. Je ne suis pas vraiment moi-même. C’est peut-être cela être fantôme ?
- A ce compte je préfère être une mouche », lui dit la mouche.
> lire la suite