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Par mariech, le 17/02/2013
Elizabeth Costello : Huit leçons de
J. M. Coetzee
Plus précisement , elle n'est plus sûre que les gens sont améliorés par les lectures qu'ils font .
De plus , elle n'est pas sûre que les écrivains qui s'aventurent dans les contrées les plus obscures de l'âme en reviennent indemnes . Elle commence à se demander si écrire ce qu'on a envie d'écrire , tout comme lire ce qu'on a envie de lire , est en soi une bonne chose .
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Par le_Bison, le 24/04/2013
Au coeur de ce pays de
J. M. Coetzee
Mon père gît sur le dos, nu ; sa main droite et la main gauche de sa compagne sont entrelacées. Sa mâchoire est relâchée. Les paupières cachent la foudre des yeux sombres. Un crépitement liquide monte de sa gorge. Le poisson aveugle, cause de tous mes malheurs, repose mollement entre ses jambes. [...] La hache monte au-dessus de mon épaule. Ce geste, nombreux sont ceux qui l’ont accompli avant moi : épouses, fils, amants, héritiers, rivaux. Je ne suis pas seule. Entraînée par son poids, l’arme descend au bout de mon bras comme une boule au bout d’une ficelle, s’enfonce dans cette gorge qui s’offre à moi. Soudain tout est tumulte. La femme se dresse dans le lit, les yeux écarquillés, inondée de sang, affolée par les crachements et les halètements furieux de son compagnon. Il est heureux qu’en de telles circonstances, l’action trouve d’elle-même toute son ampleur, et que l’individu qui l’orchestre n’ait besoin que de présence d’esprit. Pudiquement, elle fait glisser sa chemise de nuit le long de ses hanches. Je me penche et j’agrippe au hasard - je tombe, me semble-t-il, sur un genou. Forte de cette prise, j’enfonce ma hache dans le crâne de la femme. Elle s’abat vers l’avant et bascule sur la gauche, roulée en boule, mon tomahawk tragique plongé dans sa chair. (Qui m’aurait prêté une telle force ?) [...]
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Disgrâce de
J. M. Coetzee
Il y a des risques à posséder quoi que ce soit : une voiture, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes. Il n'y en a pas assez pour tout le monde, pas assez de chaussures, pas assez de voitures, pas assez de cigarettes. Trop de gens, pas assez de choses. Et ce qu'il y a doit circuler pour que tout un chacun ait l'occasion de connaître le bonheur le temps d'une journée. C'est la théorie. Tiens-t'en à la théorie et à ce qu'elle a de réconfortant. Il ne s'agit pas de méchanceté humaine, mais d'un grand système de circulation des biens, avec lequel la pitié et la terreur n'ont rien à voir.
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Par mariech, le 17/02/2013
Elizabeth Costello : Huit leçons de
J. M. Coetzee
C'est la honte qui fait de nous des êtres humains , la honte de notre impureté . Adam et Eve : le mythe fondateur . Avant cela nous n'étions tous ensemble que des animaux .
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Disgrâce de
J. M. Coetzee
C'est une affaire de tempérament. Il est trop vieux, il ne va pas changer : le tempérament à son âge est bien établi, solidement figé. D'abord le crâne, ensuite le tempérament : les deux parties du corps les plus dures.
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Par Outis, le 15/06/2008
Vers l'âge d'homme de
J. M. Coetzee
Il y a une autre façon, plus brutale, de dire la même chose. En fait il y a mille autres façons : il pourrait passer le reste de sa vie à en faire la liste. Mais la façon la plus brutale est de dire qu’il a peur : peur d’écrire, peur des femmes.
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Michael K, sa vie, son temps de
J. M. Coetzee
« Les nuits passée parmi les mourants dans les couloirs de l’hôpital Somerset lui avaient fait comprendre à quel point le monde pouvait être insensible au sort d’une vieille femme atteinte d’une maladie dégradante, en temps de guerre. Incapable de travailler, elle voyait bien qu’entre elle et le caniveau il n’y avait que la bienveillance précaire des Buhrmann, le sens du devoir d’un fils à l’esprit lent, et en dernier secours les économies qu’elle concernait sous son lit. »
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Par Outis, le 15/06/2008
En attendant les barbares de
J. M. Coetzee
Hier soir, je suis monté jusqu’à la chambre, mais la porte était fermée. J’ai fait comme si cela m’était égal. Elle a beaucoup d’amis, je n’ai pas cru que j’étais le seul... Mais qu’est-ce que je voulais ? Un endroit où dormir, c’est certain ; mais plus encore. Pourquoi nous le masquer ? Ce que les vieillards cherchent, nous le savons tous, c’est à recouvrer leur jeunesse dans les bras de jeunes femmes.
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Par wiggybis, le 23/08/2011
Disgrâce de
J. M. Coetzee
Les moutons ne s'appartiennent pas, leur vie ne leur appartient pas. Ils n'existent que pour être utilisés, totalement, jusqu'au dernier gramme, la chair pour être mangée, les os mis en poudre et donnés en pâtée à la volaille. Tout y passe, sauf peut-être la vésicule biliaire que personne ne mange. Descartes aurait du penser à ça: l'âme en suspens dans le noir, fiel amer, qui se cache.
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Par Aela, le 14/03/2011
Disgrâce de
J. M. Coetzee
Il continue à enseigner parce que cela lui donne de quoi vivre; et aussi parce que c'est une leçon d'humilité, cela lui fait comprendre la place qui est la sienne dans le monde. Ce qu'il y a là d'ironique ne lui échappe pas: c'est celui qui enseigne qui apprend la plus âpre des leçons, alors que ceux qui sont là pour apprendre quelque chose n'apprennent rien du tout.