Par lanard, le 19/08/2010
Le Guépard de
Giuseppe Tomasi di Lampedusa
Fabrice Salina et l'astronomie :
p . 18 Dans une lignée qui, au cours des siècles, n'avait su faire ni l'addition de ses dépenses ni la soustraction de ses dettes, il était le premier ( et le dernier) à posséder de fortes et réelles dépositions mathématiques; il les avait appliquées à l'astronomie et en avait tiré bon nombre de succès publics ainsi que des joie privée savoureuses. L'orgueil et l'analyse mathématique s'étaient si étroitement unis en lui qu'il se flattait de voir les astres obéir à ses calculs; et de fait, il semblait en être ainsi. Il pensait de bonne foi qui les deux petites planètes qu'il avait découvertes (il les avait nommées Salina et Svelto, en hommage à son fief et en souvenir d'une braque inoubliable) propageaient la renommée de sa maison entre Mars et Jupiter, à travers les espaces stériles du firmament. Les fresques de la villa exprimaient à son avis une prophétie, bien plus que l'adulation d'une peintre courtisan.
p. 38 … l'astronomie, la morphine de Salina, était d'une espèce plus raffinée. Il chassa les image de Ragattisi perdue, d'Argivocale menacé et se plongea dans la lecture du plus récent numéro du Journal des Savants.
p. 46 Fabrice et le père Pirrone : Tous les deux, apaisés, se mirent à discuter d'un rapport qu'il fallait envoyer au plus tôt à un observatoire étranger, celui d'Arcetri. Soutenus et guidés par les nombres, invisibles à cette heure mais présent, les astres rayaient l'éther de leur exacte trajectoire. Fidèle aux rendez-vous, les comètes s'étaient habituées à se présenter ponctuellement, à une seconde près, devant qui les observait. Elles n'étaient pas messagères de catastrophes, comme Stella [l'épouse de Fabrice] le croyait : leur apparition était au contraire le triomphe de la raison humaine, qui se projetait dans les cieux et prenait part à leur sublime normalité. "Peu importe si en bas les Bendico [le chien de Fabrice] poursuivent des proies rustique, si le couteau du cuisinier triture la chair d'animaux innocents. A la hauteur de l'observatoire, les fanfaronnades de l'un, l'activité sanguinaire de l'autre se fondent en une tranquille harmonie. Le vrai problème est de continuer à vivre la vie de l'esprit, dans ses moments les plus sublimes, les plus semblables à la mort."
Ainsi raisonnait le Prince, oubliant ses perpétuelles lubies, ses caprices charnels de la veille.
p. 82 Les étoiles semblaient troubles, leur rayons avaient peine à traverser la couche de chaleur suffocante.
L'âme du Prince s'élança vers elles, les intouchables, les inabordables, celles qui donnent la joie, sans rien exiger en échange. Une fois de plus, il rêva du moment ou il pourrait enfin se trouver dans ces espaces glacés, pur intellect armé d'un carnet de calcules, : calculs bien difficiles, mais qui tomberaient toujours justes.
"Ce sont les seules qui soient pures, il n'est pas de personnes plus distinguées, pensa-t-il, en ce style mondain qui lui était habituel; qui aurait l'idée de se préoccuper de la dot des Pléiades, de la carrière politique de Sirius, des secrets d'alcôve de Véga?"
La journée avait été mauvaise, il le sentait mieux maintenant, non seulement à cette pression dans son estomac, mais aussi à ce qui lui disaient les étoiles. Au lieu de les voir former leurs signes habituels, il découvrait, chaque fois qu'il levait les yeux, un unique diagramme : deux étoiles en haut, les yeux ; une en dessous, la pointe du menton. C'était le schéma ironique, le visage triangulaire que son âme projetait dans les constellations, lorsqu'il était troublé. Le frac de don Calogero [un roturier enrichit], les amours de Concetta [elle pensait imminentes ses fiançailles à Tancrède - neveu de Fabrice Salina], l'emballement de Tancrède [pour Angélique fille de don Calogero], sa propre pusillanimité [devant les événement politique - chute de la couronne bourbonienne et avènement du roi piémontais Victor Emmanuel, roi d'une Italie unifiée], et jusqu'à la beauté menaçante d'Angélique; autant de complications, autant de petites pierres roulantes qui annoncent l'éboulement. Et ce Tancrède! Il avait raison, d'accord, et on l'aiderait, mais on ne pouvait nier qui' fut un tantinet ignoble. Au reste, Salina ne valait pas mieux que Tancrède. "Ça suffit, allons dormir."
Bendica, dans l'ombre, frottait sa grosse tête contre le genou de son maître.
Tu vois, Bendico, tu es un peu comme les étoiles, toi: une heureuse énigme, incapable d'engendrer l'angoisse.
Il souleva la tête du chien, presque invisible dans la nuit.
Mais avec tes yeux au niveau du nez et ton absence de menton, ta caboche peut évoquer des spectres mauvais dans le ciel.
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Par Cath36, le 11/04/2011
Le Guépard de
Giuseppe Tomasi di Lampedusa
"Vous savez, don Pietrino, les nobles, comme vous dites, ne sont pas faciles à comprendre. Ils vivent dans un univers particulier qui n'a pas été crée directement par Dieu mais par eux-mêmes durant des siècles d'expériences très particulières, de soucis et de joies bien à eux ; ils possèdent une mémoire collective tout à fait solide et ils se troublent donc ou se réjouissent pour des choses qui ne nous intéressent en rien ni vous ni moi mais qui sont pour eux vitales car elles sont en rapport avec leur patrimoine de souvenirs, d'espoirs de craintes de classe.... Ils nous semblent peut-être si étranges parce qu'ils sont parvenus à une étape vers laquelle tendent tous ceux qui ne sont pas des saints, celle de l'insouciance des biens terrestres grâce à l'accoutumance. C'est pour ça peut-être qu'ils ne font pas attention à certaines choses très importantes pour nous ; celui qui vit dans la montagne ne se soucie pas des moustiques de la plaine, et celui qui habite en Egypte néglige les parapluies. Mais le premier craint les avalanches,, le second les crocodiles, autan de choses qui en revanche , nous, ne nous préoccupent pas beaucoup.
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