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Le Vicomte pourfendu de
Italo Calvino
Mort pour mort, à tous les cadavres ils faisaient le nécessaire pour qu'ils revinssent à la vie. Et je te scie par ci et je te couds par là, et je te tamponne des lésions et je te retourne des veines en doigts de gants pour les remettre en place avec plus de ficelle que de sang à l'intérieur, mais bien rapiécées et bien étanches. Quand un patient mourait, tout ce qu'il avait de bon servait à rapetasser les membres d'un autre, et ainsi de suite. Ce qui donnait le plus de fil à retordre, c'étaient les intestins : une fois déroulés, on ne savait plus comment les replacer.
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Par LydiaB, le 09/02/2013
Le chevalier inexistant de
Italo Calvino
Devant chaque officier, il arrêtait son cheval et se tournait pour examiner l'homme des pieds à la tête.
- Or çà, qui êtes-vous, paladin de France ?
- Salomon de Bretagne, Sire ! » répondait l'autre à pleine voix, et la visière du heaume se relevait sur une figure congestionnée. Suivaient des indications pratiques, du genre : « Cinq mille cavaliers, trois mille cinq cents fantassins, mille huit cents hommes pour les services, cinq année de campagne.
- Hardi les Bretons, paladin de France ?
- Olivier de Vienne, Sire ! » articulaient les lèvres, aussitôt soulevé le mézail du heaume. Et cette fois : « Trois mille cavaliers d'élite, sept mille hommes de troupe, vingt machines de siège. Vainqueur du païen Fiérabras, par la grâce de Dieu, et pour la gloire de Charles, roi des Francs !
- Bien travaillé, bravo les Viennois », commentait Charlemagne ; puis, aux officiers qui l'escortaient : Un peu maigrichons, ces chevaux, faites doubler le picotin.
Et en avant : « Or çà, qui êtes-vous, paladin de France ? » Toujours les mêmes mots, la même cadence : Tatàratatattà-ratatà-tatà…
- Bernard de Montpellier, Majesté ! Vainqueur de Nègremont et de Galiferne.
- Ah ! Montpellier ! Belle cité ! Cité des belles femmes ! » et, aux gens de sa suite : « Voyez un peu sa promotion.
Des choses pareilles, dans la bouche de l'empereur, ça fait plaisir ; mais voilà depuis des années, c'était toujours la même ritournelle.
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Le Vicomte pourfendu de
Italo Calvino
Galopant de l'avant, ils s'aperçurent que les morts de la dernière bataille avaient presque tous été enlevés et ensevelis. On n'apercevait plus que quelques membres épars, en particulier des doigts posés sur le chaume.
"de temps en temps il y a un doigt qui nous indique la route, demanda mon oncle Médard. Qu'est ce que ça veut dire ?..."
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Le Vicomte pourfendu de
Italo Calvino
"L'avantage d'être pourfendu est de comprendre dans chaque tête et dans toute chose la peine de chaque être d'être incomplet. J'étais entier, je ne comprenais pas. J'évoluais sourd et incommunicable parmi les douleurs et les blessures semées partout, là même où un être entier ne saurait l'imaginer. Ce n'est pas moi seul qui suis écartelé et pourfendu mais toi aussi, nous tous.
Et maintenant je sens une fraternité qu'avant, lorsque j'étais entier, je ne connaissais pas. Une fraternité que me lie à toutes les mutilations, toutes les carences du monde. Si tu viens avec moi, tu apprendras à souffrir des maux de tous et à soigner les tiens en soignant les leurs."
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Pourquoi lire les classiques ? de
Italo Calvino
Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire
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Le Vicomte pourfendu de
Italo Calvino
Au fond, je ne sais pas pourquoi nous nous obstinions à le considérer comme un médecin. Pour les bêtes, surtout les toutes petites, pour les pierres, pour les phénomènes naturels, son attention était extrême. Mais les êtres humains et leurs infirmités le remplissaient d’effroi et de dégoût. Il avait horreur du sang, ne touchait les malades que du bout des doigts et, devant les cas graves, se tamponnait le nez avec un mouchoir de soie mouillé de vinaigre. Pudique comme une jeune fille, il rougissait en voyant un corps nu.
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Par gwenlaot, le 18/08/2010
Le Baron perché de
Italo Calvino
Côme monta jusqu'à la fourche d'une grosse branche, où il pouvait s'installer commodément, et s'assit là, les jambes pendantes, les mains sous les aisselles, la tête rentrée dans le cou, son tricorne enfoncé sur le front.
Notre père se pencha par la fenêtre:
- Quand tu seras fatigué de rester là, tu changeras d'idée! cria-t-il.
- Je ne changerai jamais d'idée, répondit mon frère, du haut de sa branche.
- Je te ferai voir, moi, quand tu descendras!
- Oui, mais moi, je ne descendrai pas.
Et il tint parole.
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Le Baron perché de
Italo Calvino
Les exploits que forment une obstination intérieure doivent rester secrets; pour peu qu'on les proclame ou qu'on s'en glorifie, ils semblent vains, privés de sens, deviennent mesquins.
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Le Vicomte pourfendu de
Italo Calvino
"C'est le propre de l'homme que d'attendre. De l'homme juste d'attendre avec confiance ; de l'injuste, avec crainte."
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Par Heureuse, le 24/09/2010
Le Baron perché de
Italo Calvino
Il mourut sans jamais avoir compris, après une vie toute entière consacrée à la foi, en quoi au juste il pouvait croire - mais s'efforçant d'y croire fermement, jusqu'à la fin.