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> Jean-Paul Manganaro (Traducteur)
> Gioacchino Lanza Tomasi (Éditeur scientifique)

ISBN : 2757806432
Éditeur : Points (2007)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 335 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans la Sicile de 1860, une famille de la haute aristocratie subit le changement de régime de l'île. Le prince Salina, d'abord pris de vertige devant la "stupéfiante accélération de l'Histoire", se laisse peu à peu gagner par une indolente ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Darkcook, le 29 juillet 2014

    Darkcook
    Un véritable bijou de la littérature. Toujours restreint aux lectures de l'agrégation 2015, j'ai été quelque peu sauvé, soulagé, soigné de constater qu'une si belle oeuvre faisait partie du programme aux côtés du reste moins à mon goût, et qu'elle allait pouvoir compenser... En réalité, Le Guépard fait partie du corpus d'un cours sur les romans de la fin du monde, avec La Marche de Radetzky et Le Temps retrouvé. Et dans le genre roman tragique, sur l'écoulement du temps, la fin lente mais inexorable qu'on ne veut/peut accepter, d'une époque mirifique, idyllique, où le temps semblait pourtant suspendu, difficile de trouver mieux! J'ignorais tout de cette oeuvre, de son auteur, je connaissais vaguement l'existence du film, mais mon prof fétiche m'avait dit y a quelques mois, "ça va vous plaire!" J'aurais dû l'écouter et entamer déjà la lecture en février!
    Car au-delà du thème réactionnaire de la nostalgie du faste face à l'arrivée de Garibaldi et de la révolution qui nettoie tout sans vergogne pour ces personnages privilégiés certes, mais si touchants dans l'amour de leur condition éternelle et de leurs biens chéris, l'écriture est au rendez-vous pour nous faire souffrir sur presque chaque page de cette sombre déliquescence à l'oeuvre, nous rendant aussi impuissants et tristes que Don Fabrizio. Lampedusa se range désormais pour moi aux côtés des génies mésestimés de la littérature, au même titre que Laclos : un seul roman, mais quel roman! Tout a été mis dedans, et le mythe est renforcé par le fait que l'écrivain orfèvre soit mort juste après, comme si toutes ses forces avaient été abandonnées dans l'effort suprême de la confection de ce joyau. Chapeau au traducteur Jean-Paul Manganaro pour avoir su rendre cette merveille dans notre langue française : chaque page contient de pures perles, à la manière des plus grands chefs d'oeuvre de la littérature. Quasiment chaque passage est inoubliable, le superbe début pieux, la description du jardin de la villa Salina qui m'a absolument délecté, l'exil désertique de Donnafugata, l'errance sensuelle dans le dédale merveilleux du palais gigantesque entre Tancredi et Angelica, la mort du Prince, la fin terrible et fracassante... Même la digression sur le Père Pirrone contribue au charme de l'oeuvre et ne saurait être supprimée.
    Tel Don Fabrizio face à l'instance temporelle, je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt, et, contemplant les étoiles dans la nuit terrestre d'une époque qui n'est plus la mienne, j'aspire à rejoindre ces corps célestes, que la littérature et la musique parviennent à me faire côtoyer lorsqu'elles atteignent une telle apogée artistique qui nous transporte par-delà les limites de notre terre déchirée.
    Les deux autres romans du cours sur ce thème sauront-ils faire aussi bien? Suspense...
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    • Livres 5.00/5
    Par Arakasi, le 17 septembre 2013

    Arakasi
    Subjuguée quelques années plus tôt par le visionnage du magnifique film « Le Guépard » de Visconti (et particulièrement par l’interprétation de Burt Lancaster, tout simplement formidable en vieux fauve fatigué !), je me suis plongée en toute confiance dans le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Cette confiance s’est trouvée amplement justifiée puisque j’ai pu y retrouver tout ce qui m’avait tant captivée dans l’adaptation cinévisuelle : une ambiance de fin du monde douce-amère, un mélange de lucidité acide et de nostalgie, des personnages fascinants, pantins conscients et consentants de forces qui les dépassent… Du film comme du livre, exsude la même tristesse infinie, tempérée d’éclats d’humour désabusé.
    L’histoire débute en 1860 dans une Sicile orgueilleuse mais somnolente qu’un terrible coup de tonnerre va soudain tirer de son sommeil : l’invasion de Garibaldi et des troupes piémontaises, préfigurant l’unification de la Sicile au reste de l’Italie. Cette invasion va déclencher d’importants changements pour la population sicilienne, notamment pour la classe aristocratique qui se verra forcée de céder petit à petit – puis de plus en plus vite – du terrain face à une bourgeoisie en pleine expansion et à l’échine plus souple. Seul parmi ses pairs à deviner les bouleversements à venir, le prince Fabrizio Salina, aristocrate brillant mais doté d’un tempérament fataliste, s’en attriste sans tenter de les repousser pour autant, conscient que l’heure de la noblesse sicilienne a sonné et que toute lutte ne ferait que retarder l’échéance. Homme brave, fier et sensible, il prend sur ses épaules la lourde tâche d’être le témoin de l’agonie du seul monde qu’il ait jamais connu.
    Nul besoin d’être une nostalgique de la vieille aristocratie pour apprécier ce très beau roman. Il y a quelque chose de douloureusement universel dans les thèmes du « Guépard » : le deuil d’un pays, la perte de la mémoire et d’un patrimoine, l’agonie d’une certaine façon de vivre et de concevoir le monde… Le personnage du prince Fabrizio est particulièrement touchant dans son déchirement constant entre deux mondes, celui mourant de l’aristocratie dont il méprise secrètement l’aveuglement apathique et celui florissant mais si repulsivement prosaïque et avide de la bourgeoisie. Les protagonistes secondaires qui l’entourent sont tout aussi marquants, même s’ils n’éveillent pas une sympathie aussi profonde, notamment le neveu de Fabrizio, le cynique et opportuniste Tancredi, et la belle roturière Angelica (respectivement incarnés par Alain Delon et Claudia Cardinal, tous deux excellents, dans l’adaptation cinévisuelle) dont l’amour éclairera d’une flamme fugitive et éclatante les derniers jours du vieux prince. Le tout donne un très touchant roman crépusculaire que je relirai surement un de ces jours – de préférence après avoir revu l’adaptation de Visconti !
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 07 septembre 2012

    lecassin
    « Le guépard » est l'unique roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa ; un roman paru en 1958, peu de temps après la mort de l'auteur.
    Les temps changent…
    Nous sommes en mai 1860, dans une Sicile endormie…
    Débarque Garibaldi et ses troupes Piémontaises… le Gépard, Don Fabrizio Corbera, prince Salina, un aristocrate passionné d'astronomie voit son monde s'écrouler en même temps qu'il entre dans la vieillesse.
    Une page d'histoire de la Sicile se tourne dans l'Italie qui s'unifie…
    Pour un coup d'essai, il faut bien reconnaître que ce roman écrit par Lampédusa en fin de vie, est un coup de maître : Angelica et Tancredi, Don Fabrizio Corbera des personnages complexes, immergés dans une tranche d'histoire de l'Italie non moins complexe ; sans oublier la Sicile qui reste un des personnages principaux de l'histoire.
    Un livre que j'ai découvert il y a bien longtemps par l'intermédiaire du film de Visconti. Un livre teinté de nostalgie porté par un style d'un grande élégance qui nous fait regretter que l'auteur ne se soit mis à l'écriture plus tôt : un seul roman… C'est bien peu ! Mais quel roman ! Un classique de la littérature italienne.

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 18 mai 2011

    LiliGalipette
    Roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.
    1860 en Sicile. La famille Salina est des plus illustres, des plus respectées et des plus puissantes. Féru d'astronomie, le Prince Fabrizio est un colosse qui sait jouir de la vie et qui fait honneur au symbole de sa famille, Le guépard. Fabrizio règne avec fermeté sur sa trop nerveuse épouse et sur leurs enfants. Déçu par ses fils, il reporte sur Tancredi, son neveu et pupille, toute son affection et ses espoirs pour la lignée des Salina. Convaincu que l'aristocratie sicilienne s'accomodera de la république, il déchante quand Garibaldi et ses troupes envahissent la Sicile et que l'île est rattachée à l'Italie. Pour satisfaire aux nouveaux idéaux plébéiens, Fabrizio accepte de marier Tancredi à Angelica, sublime enfant d'un parvenu. « Le Guépard, certes, Le Guépard ; mais des limites devraient exister aussi pour cette sale bête pleine de superbe. » (p. 174)
    Force de la nature et homme de tête, « le pauvre Prince Fabrizio vivait dans un mécontentement perpétuel, malgré son regard jupitérien courroucé, et il contemplait la ruine de sa e et de son patrimoine sans rien faire pour y porter remède ni en avoir la moindre envie. » (p. 13) Son dernier sursaut d'orgueil s'incarne en Tancredi qui a pris fait et cause pour Garibaldi. Mais Fabrizio n'est pas le genre d'homme à s'effrayer de la mort. « Comme toujours, les considérations sur sa propre mort le rassérénaient autant que celles sur la mort des autres l'avaient troublé ; peut-être parce, en fin de compte, sa mort était en premier lieu celle du monde entier. » (p. 240) Conscient qu'une époque s'achève et que les privilèges de l'aristocratie ont disparu, il emporte dans la tombe les ors et la vitalité des Salina.
    Ce magnifique roman est un hymne à la terre sicilienne et à ses habitants : « les Siciliens ne voudront jamais être meilleurs pour la simple raison qu'ils croient être parfaits : leur vanité est plus forte que leur misère. » (p. 193) Île fière qui ne s'en laisse pas imposer par la vaniteuse Italie, la Sicile allie la sensualité à la sécheresse. Dans les jardins des Salina, elle se fait superbement décadente. « de chaque motte de terre émanait la sensation d'un désir de beauté vite brisée par la paresse. » (p. 13) La richesse ravaudée et le luxe de façade qu'affichent les survivants des Salina participent de cette décadence pressentie dès les premières pages. Immédiatement, on sait qu'on touche à l'ultime frémissement d'une bête fabuleuse qui livre avec éclat ses derniers combats.
    La romance entre le fougueux Tancredi et la belle Angelica est aussi éclatante qu'une aile de papillon. Chacun assiste émerveillé au spectacle et pressent qu'une telle splendeur ne peut ne durer. le bal, dans la sixième partie, en est l'illustration parfaite. Les femmes y sont belles, le rire y est facile. Mais le petit matin ne trouve que des êtres fatigués qui font bonne figure et tentent une dernière bravade. Tancredi, enfant chéri et homme porteur de tous les espoirs, disparaît dans la fin du roman. On ne sait s'il a fait honneur aux Salina. Les six premières parties se déroulent entre 1860 et 1862. Les deux dernières font un bond en 1883 et en 1910. le déclin de la famille Salina se précipite à la mort du grand Fabrizio. La fuite en avant du récit va de pair avec le crépuscule des illusions d'une famille et l'avènement d'une nouvelle histoire, celle de l'Italie unifiée.
    Dans une langue majestueuse et foisonnante, Lampedusa déploie par touches perfides un humour acerbe et un cynisme maîtrisé. La religion, l'argent, les caractères et toutes les couches de la société sont discrètement pointés du doigt, puis férocement épinglés. L'auteur dresse des portraits sans concession : si les jeunes filles sont des fleurs enivrantes, l'âge se charge de les faner et l'auteur ne masque aucune de ses avanies. Les hommes sont moins nobles qu'avant, les sociétés moins respectueuses des traditions. Lampedusa écrit la décadence et le changement avec un talent incontestable. Le Guépard n'usurpe pas sa renommée de chef-d'œuvre et je n'ai pas boudé mon plaisir.
    Il me reste à voir le film éponyme de Luchino Visconti avec Burt Lancaster, Alain Delon et Claudia Cardinal, palme d'or à Cannes en 1963.

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2011/05/18/21156964.html
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    • Livres 5.00/5
    Par Cath36, le 12 avril 2011

    Cath36
    Le Crépuscule des Dieux : le sous-titre du film de Visconti sur Louis II de Bavière pourrait s'appliquer également au "Guépard" .(Merci à Paulotlet pour ses précisions)
    C'est en effet un roman sur la perte et sur le deuil, deuil d'un monde aimé, deuil de valeurs qui tendait une société vers le haut, deuil de la mémoire, et deuil d'une certaine sagesse où chacun assumait les responsabilités qui lui étaient propres. le Prince Salina, intelligent et résigné, sait s'adapter à un monde nouveau dont il comprend l'évolution mieux que personne.
    Mais, d'illusions en désillusions, de mépris en indulgence, comment pourrait-il se sentir à l'aise dans des valeurs qui ne sont plus les siennes, même s'il se réjouit de voir son neveu bien-aimé les assimiler suffisamment pour savoir rebondir et s'adapter à la nouvelle société.Le Prince Salina est un homme seul, qui tait ce qu'il pense et survit à sa résignation. le prince Salina est un homme courageux qui sait vivre et, ne s'abandonnant jamais à son désespoir, essaie de préserver les siens.
    La mort, omniprésente mais jamais nommée (sauf à la fin) est sans doute l'héroïne principale de ce magnifique roman et rend d'autant plus poignant le drame d'un homme qui survit contre sa conscience, qu'elle revendique l'éternité de ce qui dure. Alors oui, bien sûr, comme l'ont dit certains on peut affirmer que les valeurs de l'aristocratie ne sont pas irremplaçables et que nul ne les regrette, mais quand toute une société se meurt au profit du pouvoir de l'argent, ne doit-on pas regretter infiniment ce qui donnait du sens et de la valeur à la vie et s'efforçait d'humaniser notre condition humaine, en dépit du fait qu'un certain nombre d'aristocrates manquèrent à leurs devoirs ?
    En dépit d'une écriture pas toujours facile, ce livre analyse le monde moderne avec une acuité rare, à la lumière de ce que nous avons perdu et qui ne reviendra pas. Il analyse également la difficulté de s'adapter dans un monde en perpétuelle évolution, et c'est pour cela que chacun d'entre nous peut se sentir concerné par ce livre à portée universelle.
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Citations et extraits

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  • Par lanard, le 19 août 2010

    Fabrice Salina et l'astronomie :
    p . 18 Dans une lignée qui, au cours des siècles, n'avait su faire ni l'addition de ses dépenses ni la soustraction de ses dettes, il était le premier ( et le dernier) à posséder de fortes et réelles dépositions mathématiques; il les avait appliquées à l'astronomie et en avait tiré bon nombre de succès publics ainsi que des joie privée savoureuses. L'orgueil et l'analyse mathématique s'étaient si étroitement unis en lui qu'il se flattait de voir les astres obéir à ses calculs; et de fait, il semblait en être ainsi. Il pensait de bonne foi qui les deux petites planètes qu'il avait découvertes (il les avait nommées Salina et Svelto, en hommage à son fief et en souvenir d'une braque inoubliable) propageaient la renommée de sa maison entre Mars et Jupiter, à travers les espaces stériles du firmament. Les fresques de la villa exprimaient à son avis une prophétie, bien plus que l'adulation d'une peintre courtisan.

    p. 38 … l'astronomie, la morphine de Salina, était d'une espèce plus raffinée. Il chassa les image de Ragattisi perdue, d'Argivocale menacé et se plongea dans la lecture du plus récent numéro du Journal des Savants.

    p. 46 Fabrice et le père Pirrone : Tous les deux, apaisés, se mirent à discuter d'un rapport qu'il fallait envoyer au plus tôt à un observatoire étranger, celui d'Arcetri. Soutenus et guidés par les nombres, invisibles à cette heure mais présent, les astres rayaient l'éther de leur exacte trajectoire. Fidèle aux rendez-vous, les comètes s'étaient habituées à se présenter ponctuellement, à une seconde près, devant qui les observait. Elles n'étaient pas messagères de catastrophes, comme Stella [l'épouse de Fabrice] le croyait : leur apparition était au contraire le triomphe de la raison humaine, qui se projetait dans les cieux et prenait part à leur sublime normalité. "Peu importe si en bas les Bendico [le chien de Fabrice] poursuivent des proies rustique, si le couteau du cuisinier triture la chair d'animaux innocents. A la hauteur de l'observatoire, les fanfaronnades de l'un, l'activité sanguinaire de l'autre se fondent en une tranquille harmonie. Le vrai problème est de continuer à vivre la vie de l'esprit, dans ses moments les plus sublimes, les plus semblables à la mort."
    Ainsi raisonnait le Prince, oubliant ses perpétuelles lubies, ses caprices charnels de la veille.

    p. 82 Les étoiles semblaient troubles, leur rayons avaient peine à traverser la couche de chaleur suffocante.
    L'âme du Prince s'élança vers elles, les intouchables, les inabordables, celles qui donnent la joie, sans rien exiger en échange. Une fois de plus, il rêva du moment ou il pourrait enfin se trouver dans ces espaces glacés, pur intellect armé d'un carnet de calcules, : calculs bien difficiles, mais qui tomberaient toujours justes.
    "Ce sont les seules qui soient pures, il n'est pas de personnes plus distinguées, pensa-t-il, en ce style mondain qui lui était habituel; qui aurait l'idée de se préoccuper de la dot des Pléiades, de la carrière politique de Sirius, des secrets d'alcôve de Véga?"
    La journée avait été mauvaise, il le sentait mieux maintenant, non seulement à cette pression dans son estomac, mais aussi à ce qui lui disaient les étoiles. Au lieu de les voir former leurs signes habituels, il découvrait, chaque fois qu'il levait les yeux, un unique diagramme : deux étoiles en haut, les yeux ; une en dessous, la pointe du menton. C'était le schéma ironique, le visage triangulaire que son âme projetait dans les constellations, lorsqu'il était troublé. Le frac de don Calogero [un roturier enrichit], les amours de Concetta [elle pensait imminentes ses fiançailles à Tancrède - neveu de Fabrice Salina], l'emballement de Tancrède [pour Angélique fille de don Calogero], sa propre pusillanimité [devant les événement politique - chute de la couronne bourbonienne et avènement du roi piémontais Victor Emmanuel, roi d'une Italie unifiée], et jusqu'à la beauté menaçante d'Angélique; autant de complications, autant de petites pierres roulantes qui annoncent l'éboulement. Et ce Tancrède! Il avait raison, d'accord, et on l'aiderait, mais on ne pouvait nier qui' fut un tantinet ignoble. Au reste, Salina ne valait pas mieux que Tancrède. "Ça suffit, allons dormir."
    Bendica, dans l'ombre, frottait sa grosse tête contre le genou de son maître.
    Tu vois, Bendico, tu es un peu comme les étoiles, toi: une heureuse énigme, incapable d'engendrer l'angoisse.
    Il souleva la tête du chien, presque invisible dans la nuit.
    Mais avec tes yeux au niveau du nez et ton absence de menton, ta caboche peut évoquer des spectres mauvais dans le ciel.
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  • Par Arakasi, le 05 septembre 2013

    Quand ils furent vieux et inutilement sages, leurs pensées revenaient à ces jours-là avec un regret insistant : ces jours avaient été ceux du désir toujours présent parce que toujours vaincu, des lits, nombreux, qui s'étaient offerts et qui avaient été repoussés, de l'aiguillon sensuel qui, justement en raison de son inhibition, s'était, un instant, sublimé en renoncement, c'est-à-dire en véritable amour. Ces jours furent la préparation à ce mariage qui, même érotiquement, ne fut pas une réussite ; mais une préparation qui prit la forme d'un tout indépendant, exquis et court : comme ces symphonies qui survivent aux opéras oubliées et contiennent, ébauchées et avec leur gaieté voilée de pudeur, tous les airs qui devaient être ensuite développés sans habilité dans l'opéra, sans aboutissement.
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  • Par Rondine, le 30 octobre 2013

    Il avait eu la tête farcie de tous les récits de brigands avec lesquels les Siciliens aimaient tester la résistance nerveuse des nouveaux arrivés et depuis un mois il voyait un sicaire dans chaque huissier de son cabinet et un poignard dans chaque coupe-papier en bois sur son bureau ; en outre, la cuisine à l’huile avait mis depuis un mois ses entrailles en désordre. Maintenant, il se tenait là, dans le crépuscule, avec sa petite valise de toile grise et surveillait l’aspect sans aucune coquetterie de la route au milieu de laquelle il avait été jeté ; l’inscription « Corso Vittorio Emanuele » qui ornait avec ses caractères bleus sur fond blanc la maison en ruine en face de lui ne suffisait pas à le convaincre qu’il se trouvait en un endroit qui faisait après tout partie de sa propre nation ; et il n’osait s’adresser à aucune des paysans adossés aux maisons comme des cariatides, sûr de ne pas être compris et craignant de recevoir un coup de couteau gratuit dans les boyaux qui lui étaient chers bien qu’ils fussent bouleversés.
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  • Par Cath36, le 11 avril 2011

    "Vous savez, don Pietrino, les nobles, comme vous dites, ne sont pas faciles à comprendre. Ils vivent dans un univers particulier qui n'a pas été crée directement par Dieu mais par eux-mêmes durant des siècles d'expériences très particulières, de soucis et de joies bien à eux ; ils possèdent une mémoire collective tout à fait solide et ils se troublent donc ou se réjouissent pour des choses qui ne nous intéressent en rien ni vous ni moi mais qui sont pour eux vitales car elles sont en rapport avec leur patrimoine de souvenirs, d'espoirs de craintes de classe.... Ils nous semblent peut-être si étranges parce qu'ils sont parvenus à une étape vers laquelle tendent tous ceux qui ne sont pas des saints, celle de l'insouciance des biens terrestres grâce à l'accoutumance. C'est pour ça peut-être qu'ils ne font pas attention à certaines choses très importantes pour nous ; celui qui vit dans la montagne ne se soucie pas des moustiques de la plaine, et celui qui habite en Egypte néglige les parapluies. Mais le premier craint les avalanches,, le second les crocodiles, autan de choses qui en revanche , nous, ne nous préoccupent pas beaucoup.
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  • Par ceanothus, le 28 juin 2012

    Au tout début du roman, au moment de la présentation des personnages, après la prière quotidienne conduite par le Seigneur et maître : A présent, la voix s’était tue, tout rentrait dans l’ordre, dans le désordre, habituel. Par la porte qu’avait passée les domestiques pour sortir, le danois Bendico, attristé de son exclusion, entra et remua la queue. Les femmes se levaient lentement, et les oscillations de leurs jupes en se retirant laissaient peu à peu découvertes les nudités mythologiques qui se dessinaient sur le fond laiteux du carrelage. Seule une Andromède resta cachée par la soutane du Père Pirone, qui s’était attardé dans ses oraisons supplémentaires ; elle l’empêcha un bon moment de revoir le Persée argenté qui, survolant les flots, se hâtait à son secours et, vers le baiser.
    La scène du bal : Au plafond, les dieux, penchés sur leurs sièges dorés, regardaient en bas, souriants et inexorables comme le ciel d’été. Ils se croyaient éternels : une bombe fabriquée à Pittsburgh, Penn, leur prouverait le contraire en 1943. (…) Angelica et Tancredi passaient en ce moment devant eux, la main droite gantée du jeune home posée à la hauteur de la taille d’Angelica, les bras tendus et entrelacés, les yeux de chacun fixés dans ceux de l’autre. Le noir du frac, le rose de la robe, mêlés formaient un étrange bijou. Ils offraient le plus pathétique des spectacles, celui de deux très jeunes amoureux qui dansent ensemble, aveugles à leurs défauts respectifs, sourds aux avertissements du destin, dans l’illusion que tout le chemin de la vie sera aussi lisse que les dalles du salon, acteurs inconscients qu’un metteur en scène fait jouer dans les rôles de Roméo et Juliette en cachant la crypte et le poison, déjà prévus dans l’œuvre. Ni l’un ni l’autre n’était bon, chacun était plein de calculs, gros de visées secrètes ; mais ils étaient tous les deux aimables et émouvants tandis que leurs ambitions, peu limpides mais ingénues, étaient effacées par les mots de joyeuse tendresse qu’il lui murmurait à l’oreille, par le parfum de ses cheveux à elle, par l’étreinte réciproque de leurs corps destinés à mourir.

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