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> Jean-Paul Manganaro (Traducteur)
> Gioacchino Lanza Tomasi (Éditeur scientifique)

ISBN : 2757806432
Éditeur : Points (2007)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 309 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans la Sicile de 1860, une famille de la haute aristocratie subit le changement de régime de l'île. Le prince Salina, d'abord pris de vertige devant la "stupéfiante accélération de l'Histoire", se laisse peu à peu gagner par une indolente ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Arakasi, le 17 septembre 2013

    Arakasi
    Subjuguée quelques années plus tôt par le visionnage du magnifique film « Le Guépard » de Visconti (et particulièrement par l’interprétation de Burt Lancaster, tout simplement formidable en vieux fauve fatigué !), je me suis plongée en toute confiance dans le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Cette confiance s’est trouvée amplement justifiée puisque j’ai pu y retrouver tout ce qui m’avait tant captivée dans l’adaptation cinévisuelle : une ambiance de fin du monde douce-amère, un mélange de lucidité acide et de nostalgie, des personnages fascinants, pantins conscients et consentants de forces qui les dépassent… Du film comme du livre, exsude la même tristesse infinie, tempérée d’éclats d’humour désabusé.
    L’histoire débute en 1860 dans une Sicile orgueilleuse mais somnolente qu’un terrible coup de tonnerre va soudain tirer de son sommeil : l’invasion de Garibaldi et des troupes piémontaises, préfigurant l’unification de la Sicile au reste de l’Italie. Cette invasion va déclencher d’importants changements pour la population sicilienne, notamment pour la classe aristocratique qui se verra forcée de céder petit à petit – puis de plus en plus vite – du terrain face à une bourgeoisie en pleine expansion et à l’échine plus souple. Seul parmi ses pairs à deviner les bouleversements à venir, le prince Fabrizio Salina, aristocrate brillant mais doté d’un tempérament fataliste, s’en attriste sans tenter de les repousser pour autant, conscient que l’heure de la noblesse sicilienne a sonné et que toute lutte ne ferait que retarder l’échéance. Homme brave, fier et sensible, il prend sur ses épaules la lourde tâche d’être le témoin de l’agonie du seul monde qu’il ait jamais connu.
    Nul besoin d’être une nostalgique de la vieille aristocratie pour apprécier ce très beau roman. Il y a quelque chose de douloureusement universel dans les thèmes du « Guépard » : le deuil d’un pays, la perte de la mémoire et d’un patrimoine, l’agonie d’une certaine façon de vivre et de concevoir le monde… Le personnage du prince Fabrizio est particulièrement touchant dans son déchirement constant entre deux mondes, celui mourant de l’aristocratie dont il méprise secrètement l’aveuglement apathique et celui florissant mais si repulsivement prosaïque et avide de la bourgeoisie. Les protagonistes secondaires qui l’entourent sont tout aussi marquants, même s’ils n’éveillent pas une sympathie aussi profonde, notamment le neveu de Fabrizio, le cynique et opportuniste Tancredi, et la belle roturière Angelica (respectivement incarnés par Alain Delon et Claudia Cardinal, tous deux excellents, dans l’adaptation cinévisuelle) dont l’amour éclairera d’une flamme fugitive et éclatante les derniers jours du vieux prince. Le tout donne un très touchant roman crépusculaire que je relirai surement un de ces jours – de préférence après avoir revu l’adaptation de Visconti !
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 07 septembre 2012

    lecassin
    « Le guépard » est l'unique roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa ; un roman paru en 1958, peu de temps après la mort de l'auteur.
    Les temps changent…
    Nous sommes en mai 1860, dans une Sicile endormie…
    Débarque Garibaldi et ses troupes Piémontaises… le Gépard, Don Fabrizio Corbera, prince Salina, un aristocrate passionné d'astronomie voit son monde s'écrouler en même temps qu'il entre dans la vieillesse.
    Une page d'histoire de la Sicile se tourne dans l'Italie qui s'unifie…
    Pour un coup d'essai, il faut bien reconnaître que ce roman écrit par Lampédusa en fin de vie, est un coup de maître : Angelica et Tancredi, Don Fabrizio Corbera des personnages complexes, immergés dans une tranche d'histoire de l'Italie non moins complexe ; sans oublier la Sicile qui reste un des personnages principaux de l'histoire.
    Un livre que j'ai découvert il y a bien longtemps par l'intermédiaire du film de Visconti. Un livre teinté de nostalgie porté par un style d'un grande élégance qui nous fait regretter que l'auteur ne se soit mis à l'écriture plus tôt : un seul roman… C'est bien peu ! Mais quel roman ! Un classique de la littérature italienne.

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    • Livres 5.00/5
    Par Cath36, le 12 avril 2011

    Cath36
    Le Crépuscule des Dieux : le sous-titre du film de Visconti sur Louis II de Bavière pourrait s'appliquer également au "Guépard" .(Merci à Paulotlet pour ses précisions)
    C'est en effet un roman sur la perte et sur le deuil, deuil d'un monde aimé, deuil de valeurs qui tendait une société vers le haut, deuil de la mémoire, et deuil d'une certaine sagesse où chacun assumait les responsabilités qui lui étaient propres. le Prince Salina, intelligent et résigné, sait s'adapter à un monde nouveau dont il comprend l'évolution mieux que personne.
    Mais, d'illusions en désillusions, de mépris en indulgence, comment pourrait-il se sentir à l'aise dans des valeurs qui ne sont plus les siennes, même s'il se réjouit de voir son neveu bien-aimé les assimiler suffisamment pour savoir rebondir et s'adapter à la nouvelle société.Le Prince Salina est un homme seul, qui tait ce qu'il pense et survit à sa résignation. le prince Salina est un homme courageux qui sait vivre et, ne s'abandonnant jamais à son désespoir, essaie de préserver les siens.
    La mort, omniprésente mais jamais nommée (sauf à la fin) est sans doute l'héroïne principale de ce magnifique roman et rend d'autant plus poignant le drame d'un homme qui survit contre sa conscience, qu'elle revendique l'éternité de ce qui dure. Alors oui, bien sûr, comme l'ont dit certains on peut affirmer que les valeurs de l'aristocratie ne sont pas irremplaçables et que nul ne les regrette, mais quand toute une société se meurt au profit du pouvoir de l'argent, ne doit-on pas regretter infiniment ce qui donnait du sens et de la valeur à la vie et s'efforçait d'humaniser notre condition humaine, en dépit du fait qu'un certain nombre d'aristocrates manquèrent à leurs devoirs ?
    En dépit d'une écriture pas toujours facile, ce livre analyse le monde moderne avec une acuité rare, à la lumière de ce que nous avons perdu et qui ne reviendra pas. Il analyse également la difficulté de s'adapter dans un monde en perpétuelle évolution, et c'est pour cela que chacun d'entre nous peut se sentir concerné par ce livre à portée universelle.
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 18 mai 2011

    LiliGalipette
    Roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.
    1860 en Sicile. La famille Salina est des plus illustres, des plus respectées et des plus puissantes. Féru d'astronomie, le Prince Fabrizio est un colosse qui sait jouir de la vie et qui fait honneur au symbole de sa famille, Le guépard. Fabrizio règne avec fermeté sur sa trop nerveuse épouse et sur leurs enfants. Déçu par ses fils, il reporte sur Tancredi, son neveu et pupille, toute son affection et ses espoirs pour la lignée des Salina. Convaincu que l'aristocratie sicilienne s'accomodera de la république, il déchante quand Garibaldi et ses troupes envahissent la Sicile et que l'île est rattachée à l'Italie. Pour satisfaire aux nouveaux idéaux plébéiens, Fabrizio accepte de marier Tancredi à Angelica, sublime enfant d'un parvenu. « Le Guépard, certes, Le Guépard ; mais des limites devraient exister aussi pour cette sale bête pleine de superbe. » (p. 174)
    Force de la nature et homme de tête, « le pauvre Prince Fabrizio vivait dans un mécontentement perpétuel, malgré son regard jupitérien courroucé, et il contemplait la ruine de sa e et de son patrimoine sans rien faire pour y porter remède ni en avoir la moindre envie. » (p. 13) Son dernier sursaut d'orgueil s'incarne en Tancredi qui a pris fait et cause pour Garibaldi. Mais Fabrizio n'est pas le genre d'homme à s'effrayer de la mort. « Comme toujours, les considérations sur sa propre mort le rassérénaient autant que celles sur la mort des autres l'avaient troublé ; peut-être parce, en fin de compte, sa mort était en premier lieu celle du monde entier. » (p. 240) Conscient qu'une époque s'achève et que les privilèges de l'aristocratie ont disparu, il emporte dans la tombe les ors et la vitalité des Salina.
    Ce magnifique roman est un hymne à la terre sicilienne et à ses habitants : « les Siciliens ne voudront jamais être meilleurs pour la simple raison qu'ils croient être parfaits : leur vanité est plus forte que leur misère. » (p. 193) Île fière qui ne s'en laisse pas imposer par la vaniteuse Italie, la Sicile allie la sensualité à la sécheresse. Dans les jardins des Salina, elle se fait superbement décadente. « de chaque motte de terre émanait la sensation d'un désir de beauté vite brisée par la paresse. » (p. 13) La richesse ravaudée et le luxe de façade qu'affichent les survivants des Salina participent de cette décadence pressentie dès les premières pages. Immédiatement, on sait qu'on touche à l'ultime frémissement d'une bête fabuleuse qui livre avec éclat ses derniers combats.
    La romance entre le fougueux Tancredi et la belle Angelica est aussi éclatante qu'une aile de papillon. Chacun assiste émerveillé au spectacle et pressent qu'une telle splendeur ne peut ne durer. le bal, dans la sixième partie, en est l'illustration parfaite. Les femmes y sont belles, le rire y est facile. Mais le petit matin ne trouve que des êtres fatigués qui font bonne figure et tentent une dernière bravade. Tancredi, enfant chéri et homme porteur de tous les espoirs, disparaît dans la fin du roman. On ne sait s'il a fait honneur aux Salina. Les six premières parties se déroulent entre 1860 et 1862. Les deux dernières font un bond en 1883 et en 1910. le déclin de la famille Salina se précipite à la mort du grand Fabrizio. La fuite en avant du récit va de pair avec le crépuscule des illusions d'une famille et l'avènement d'une nouvelle histoire, celle de l'Italie unifiée.
    Dans une langue majestueuse et foisonnante, Lampedusa déploie par touches perfides un humour acerbe et un cynisme maîtrisé. La religion, l'argent, les caractères et toutes les couches de la société sont discrètement pointés du doigt, puis férocement épinglés. L'auteur dresse des portraits sans concession : si les jeunes filles sont des fleurs enivrantes, l'âge se charge de les faner et l'auteur ne masque aucune de ses avanies. Les hommes sont moins nobles qu'avant, les sociétés moins respectueuses des traditions. Lampedusa écrit la décadence et le changement avec un talent incontestable. Le Guépard n'usurpe pas sa renommée de chef-d'œuvre et je n'ai pas boudé mon plaisir.
    Il me reste à voir le film éponyme de Luchino Visconti avec Burt Lancaster, Alain Delon et Claudia Cardinal, palme d'or à Cannes en 1963.

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2011/05/18/21156964.html
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    • Livres 5.00/5
    Par Taraxacum, le 03 janvier 2013

    Taraxacum
    Le guépard, roman dont Visconti tirera un film, est le récit de 1860 à 1910 de la profonde modification du monde et de la société sicilienne, avec comme point de départ le débarquement des Piémontais en Sicile en Mai 1860. Sur fond de changement de régime le personnage principal,Don Fabrizio Corbera, prince Salina, voit le monde changer sans pouvoir rien y faire, et même sans accepter de tenter d'empêcher la chute de sa famille. Petit détail que je trouve fascinant, la figure du prince est inspiré par un ancêtre de l'auteur, dont les armes portaient un léopard.
    Don Fabrizio, aucunement proche de sa famille direct, a un neveu dont il est tuteur et qui prend fait et part pour l'ordre nouveau, se mettant même à courtiser une jeune roturière. Entre ses fils sans envergure et son neveu, charmant chenapan sans scrupule, le coeur de l'aîné n'hésite pas et, la mort dans l'âme face parfois, il fera de son mieux pour venir en aide au jeune homme qu'il estime doté d'un avenir réel dans le monde à venir. La scène où il demande pour son neveu la main de sa dulcinée est superbe: entre le vieil aristocrate et le maire du coin, figure de nouveau riche prêt à tout pour se frayer une place dans la bonne société, le fossé est impossible à combler et Don Fabrizio prend une stature de grand homme, on souffre avec lui en le voyant boire le calice jusqu'à la lie, pour le bonheur de son neveu.
    Je trouve d'ailleurs assez dommage la quatrième couverture de la dernière édition, qui parle d'"une aristocratie décadente et appauvrie, sourde aux bouleversements du monde" quand justement le prince, personnage principal, se rend compte, au contraire de sa famille ou de ses amis, de la réalité des choses avec clarté et qu'il est réellement le dernier guépard, les suivants se révélant des êtres falots par rapport à sa stature.
    Le roman va plus loin que le film, ou plutôt le film tronque le roman: celui-ci va jusqu'à la mort du prince, et jusqu'à la vision de la décrépitude de sa descendance.
    Ce roman est archi-célèbre et après lecture, on comprend mieux pourquoi : l'histoire du prince et des siens qui se mêle à celle de la Sicile, l'ironie désabusée du personnage principal, la galerie de personnages secondaires, la vision d'une société qui se meurt sans le savoir déjà, l'écrasant soleil de Sicile décrit avec talent: le résultat est un livre dense, capiteux, plein de beauté et tristesse, avec des pointes sarcastiques et féroces qui défouraillent tout azimut.
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Citations et extraits

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  • Par Violette19, le 23 avril 2014

    Les deux jeunes gens s'éloignaient, d'autres couples passaient, moins beaux, tout aussi émouvants, chacun plongé dans sa cécité passagère. Don Fabrizio sentit son cœur perdre sa dureté : son dégoût faisait place à la compassion pour ces êtres éphémères qui cherchaient à jouir du mince rayon de lumière qui leur avait été accordé entre les deux ténèbres, avant le berceau, après les dernières saccades. , p247
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  • Par Violette19, le 21 avril 2014

    " C'est beau,don Calogero, c'est beau. Mais ce qui dépasse tout ce sont nos deux enfants." Angelica et Tancredi passaient en ce moment devant eux, la main droite gantée du jeune homme posée à la hauteur de la taille d' Angelica, les bras tendus et entrelacés, les yeux de chacun fixés dans ceux de l' autre. Le noir du frac, le rose de la robe, mêlés, formaient un étrange bijou. Ils offraient le plus pathétique des spectacles, celui de deux très jeunes amoureux qui dansent ensemble, aveugles à leurs défauts respectifs, sourds aux avertissements du destin, dans l'illusion que tout le chemin de la vie sera aussi lisse que les dalles du salon, acteurs inconscients qu'un metteur en scène fait jouer dans les rôles de Roméo et Juliette en cachant la crypte et le poison déjà prévus dans l'œuvre.
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  • Par InesV, le 20 avril 2014

    Seigneur, donnez-moi la force et le courage de regarder mon cœur et mon corps sans dégoût !

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  • Par lanard, le 19 août 2010

    Fabrice Salina et l'astronomie :
    p . 18 Dans une lignée qui, au cours des siècles, n'avait su faire ni l'addition de ses dépenses ni la soustraction de ses dettes, il était le premier ( et le dernier) à posséder de fortes et réelles dépositions mathématiques; il les avait appliquées à l'astronomie et en avait tiré bon nombre de succès publics ainsi que des joie privée savoureuses. L'orgueil et l'analyse mathématique s'étaient si étroitement unis en lui qu'il se flattait de voir les astres obéir à ses calculs; et de fait, il semblait en être ainsi. Il pensait de bonne foi qui les deux petites planètes qu'il avait découvertes (il les avait nommées Salina et Svelto, en hommage à son fief et en souvenir d'une braque inoubliable) propageaient la renommée de sa maison entre Mars et Jupiter, à travers les espaces stériles du firmament. Les fresques de la villa exprimaient à son avis une prophétie, bien plus que l'adulation d'une peintre courtisan.

    p. 38 … l'astronomie, la morphine de Salina, était d'une espèce plus raffinée. Il chassa les image de Ragattisi perdue, d'Argivocale menacé et se plongea dans la lecture du plus récent numéro du Journal des Savants.

    p. 46 Fabrice et le père Pirrone : Tous les deux, apaisés, se mirent à discuter d'un rapport qu'il fallait envoyer au plus tôt à un observatoire étranger, celui d'Arcetri. Soutenus et guidés par les nombres, invisibles à cette heure mais présent, les astres rayaient l'éther de leur exacte trajectoire. Fidèle aux rendez-vous, les comètes s'étaient habituées à se présenter ponctuellement, à une seconde près, devant qui les observait. Elles n'étaient pas messagères de catastrophes, comme Stella [l'épouse de Fabrice] le croyait : leur apparition était au contraire le triomphe de la raison humaine, qui se projetait dans les cieux et prenait part à leur sublime normalité. "Peu importe si en bas les Bendico [le chien de Fabrice] poursuivent des proies rustique, si le couteau du cuisinier triture la chair d'animaux innocents. A la hauteur de l'observatoire, les fanfaronnades de l'un, l'activité sanguinaire de l'autre se fondent en une tranquille harmonie. Le vrai problème est de continuer à vivre la vie de l'esprit, dans ses moments les plus sublimes, les plus semblables à la mort."
    Ainsi raisonnait le Prince, oubliant ses perpétuelles lubies, ses caprices charnels de la veille.

    p. 82 Les étoiles semblaient troubles, leur rayons avaient peine à traverser la couche de chaleur suffocante.
    L'âme du Prince s'élança vers elles, les intouchables, les inabordables, celles qui donnent la joie, sans rien exiger en échange. Une fois de plus, il rêva du moment ou il pourrait enfin se trouver dans ces espaces glacés, pur intellect armé d'un carnet de calcules, : calculs bien difficiles, mais qui tomberaient toujours justes.
    "Ce sont les seules qui soient pures, il n'est pas de personnes plus distinguées, pensa-t-il, en ce style mondain qui lui était habituel; qui aurait l'idée de se préoccuper de la dot des Pléiades, de la carrière politique de Sirius, des secrets d'alcôve de Véga?"
    La journée avait été mauvaise, il le sentait mieux maintenant, non seulement à cette pression dans son estomac, mais aussi à ce qui lui disaient les étoiles. Au lieu de les voir former leurs signes habituels, il découvrait, chaque fois qu'il levait les yeux, un unique diagramme : deux étoiles en haut, les yeux ; une en dessous, la pointe du menton. C'était le schéma ironique, le visage triangulaire que son âme projetait dans les constellations, lorsqu'il était troublé. Le frac de don Calogero [un roturier enrichit], les amours de Concetta [elle pensait imminentes ses fiançailles à Tancrède - neveu de Fabrice Salina], l'emballement de Tancrède [pour Angélique fille de don Calogero], sa propre pusillanimité [devant les événement politique - chute de la couronne bourbonienne et avènement du roi piémontais Victor Emmanuel, roi d'une Italie unifiée], et jusqu'à la beauté menaçante d'Angélique; autant de complications, autant de petites pierres roulantes qui annoncent l'éboulement. Et ce Tancrède! Il avait raison, d'accord, et on l'aiderait, mais on ne pouvait nier qui' fut un tantinet ignoble. Au reste, Salina ne valait pas mieux que Tancrède. "Ça suffit, allons dormir."
    Bendica, dans l'ombre, frottait sa grosse tête contre le genou de son maître.
    Tu vois, Bendico, tu es un peu comme les étoiles, toi: une heureuse énigme, incapable d'engendrer l'angoisse.
    Il souleva la tête du chien, presque invisible dans la nuit.
    Mais avec tes yeux au niveau du nez et ton absence de menton, ta caboche peut évoquer des spectres mauvais dans le ciel.
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  • Par Arakasi, le 05 septembre 2013

    Quand ils furent vieux et inutilement sages, leurs pensées revenaient à ces jours-là avec un regret insistant : ces jours avaient été ceux du désir toujours présent parce que toujours vaincu, des lits, nombreux, qui s'étaient offerts et qui avaient été repoussés, de l'aiguillon sensuel qui, justement en raison de son inhibition, s'était, un instant, sublimé en renoncement, c'est-à-dire en véritable amour. Ces jours furent la préparation à ce mariage qui, même érotiquement, ne fut pas une réussite ; mais une préparation qui prit la forme d'un tout indépendant, exquis et court : comme ces symphonies qui survivent aux opéras oubliées et contiennent, ébauchées et avec leur gaieté voilée de pudeur, tous les airs qui devaient être ensuite développés sans habilité dans l'opéra, sans aboutissement.
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Le Guépard - Bande annonce FR, réalisé par Luchino Visconti, adaptation du roman éponyme de Guiseppe Tomasi di Lampedusa











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