-
Sous un ciel qui s’écaille de
Goran Petrovic
Il s'est fait un grand, un total silence. Celui qu'on appelle un silence de mort. De tous les sons il est seulement resté le murmure des écaillures qui se détachaient du ciel de la salle... Un peu plus tôt, sous un certain angle, on pouvait voir dans le faisceau lumineux du projecteur tomber d'en haut, du Soleil et de la Lune stylisés, des planètes et des constellations, une impalpable poussière laiteuse, plus blanches et plus légère que la plus fine poudre de riz... Cette bruine devait certainement continuer de tomber, persistante, fantomatique, même une fois la projection interrompue... Comme si elle cherchait à tout couvrir, à dissimuler toute trace, à adoucir les rides autour des yeux et des lèvres, à gommer nos visages.
> lire la suite
-
Par Seraphita, le 18/12/2010
Sous un ciel qui s’écaille de
Goran Petrovic
Pendant que du vieux plafond du cinéma Uranie, de sa stucature exécutée de main de maître, de sa représentation symbolique de l’Univers, du Soleil, de la Lune, des planètes, des constellations et des comètes, tout doucement, sans bruit, se détachaient d’impalpables particules de chaux, quasi invisibles.
-
Sous un ciel qui s’écaille de
Goran Petrovic
Tout était si différent, seul le rire des gens était pareil partout où son petit-fils Rudy déroulait la toile de l'écran et tournait la manivelle du projecteur.
Parmi les centaines d'auberges où les Tchèques montraient leurs images animées. [...] Il y avait celles où les clients venaient pour se pendre hors de chez eux, celles où ils se soûlaient parce que nulle part ailleurs il n'y avait de liberté, et celles où ils s'enivraient de ne savoir que faire de leur liberté...
-
Sous un ciel qui s’écaille de
Goran Petrovic
Comment la démocratie pourrait-elle être chère? Pour les autres oiseaux on peut marchander, mais pour celle-ci, je ne baisse pas le prix... Laissez-moi vous expliquer : la tyrannie n'arrête pas de se pavaner, de faire la roue, mais elle reste muette. La démocratie est un oiseau menu, qui ne paie pas de mine, mais le jour où elle se met à parler...
-
Sous un ciel qui s’écaille de
Goran Petrovic
Ibrahim n'a rien dit. Il s'est dominé. Le lendemain, il est parti avec Yasmina et sa femme. Sur la vitrine réfrigérante il avait laissé une note avec des indications détaillées : "Les millefeuilles sont frais, il vaut mieux manger d'abord les baklavas..."
-
Soixante-neuf tiroirs de
Goran Petrovic
Malgré la froide reliure en maroquin, le livre était chaud, intensément vivant, son pouls secret battait sous les doigts du jeune homme.
-
Soixante-neuf tiroirs de
Goran Petrovic
Elle commençait à percevoir aussi d’autres présences. Au même moment, une multitude de gens différents, dans un tout autre coin de Belgrade, dans une autre ville, même à l’autre bout du monde, lisaient le même livre.