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Les Grandes Blondes de
Jean Echenoz
- L'amour, tu vois, lui a-t-il expliqué,c'est vraiment comme la neige à Paris. C'est bien joli quand ça vous tombe dessus mais ça ne tient pas. Et ensuite c'est foutu.soit que ça vire à la boue, soit que ça vire à la glace, très vite c'est plus d'ennuis que d'émois.
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Par cprevost, le 04/10/2009
L'Équipée malaise de
Jean Echenoz
"Le ciel seul offrait un peu de variété. Même lorsqu'il formait une parfaite unité bleue, pure toile de fond, scène vide, on sentait bien que les nuages patientaient en coulisse au-delà de l'horizon, préparant mille façons de ne pas rater leur entrée: par moutonnement eczémateux, par fils croisés, plaques tenaces, coulées, par zébrures ou par diffusion, se défaisant en fibrilles comme au contact de l'air, se tassant comme des semences en forme d'organes d'où jaillissait la pluie. On les voyait légers, profilés, étincelants, indécis, flous - entrouverts ou déchirés. S'ils survenaient principalement en bandes, certains anachorètes ou francs-tireurs passaient à d'autres altitudes sans se mêler, s'ignorant, tout enflés d'un dédain montgolfier. Parfois, sans prévenir, l'un d'eux se suicidait en soluté crémeux, laissant en souvenir de lui quelque nébulosité pellucide, flottant survêtement d'ange gardien."
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Par chartel, le 18/12/2008
Courir de
Jean Echenoz
Ce nom de Zatopek qui n’était rien, qui n’était rien qu’un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupape scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d’huile Émile est fournie avec le moteur Zatopek.
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Par ballad, le 15/01/2012
Nous trois de
Jean Echenoz
Ils tirent au même instant sur la poignée du parachute, coup de frein dans l’éther, puis au-dessus d’eux vient s’épanouir une bulle de soie. Paix retrouvée, silence juste égratigné légèrement par le vent. La toile claque à peine au-dessus d’eux, telle une voile de dériveur léger. On se laisse descendre, on croise des volatiles, deux buses, un gypaète qui fond sur une charogne, une fois toute une bande de canards en V, Meyer manque d’être pris dans les ciseaux du V.
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Des éclairs de
Jean Echenoz
Le pigeon, pourtant. Le pigeon couard, fourbe, sale, fade, sot, veule, vide, vil, vain. Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu'agite un navrant va et vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d'ambition, son inutilité crasse.
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Par brigetoun, le 08/05/2010
Courir de
Jean Echenoz
Émile, on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Émile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. Ses traits sont altérés, comme déchirés par une souffrance affreuse, langue tirée par intermittence, comme avec un scorpion logé dans chaque chaussure. Il a l'air absent quand il court, terriblement ailleurs, si concentré que même pas là, sauf qu'il est là plus que personne et, ramassée entre ses épaules, sur son cou toujours penché du même côté, sa tête dodeline sans cesse, brinqueballe et ballotte de droite à gauche
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Par Eloah, le 09/05/2010
Ravel de
Jean Echenoz
Cet objet sans espoir [le Boléro] connaît un triomphe qui stupéfie tout le monde à commencer par son auteur. Il est vrai qu'à la fin d'une des premières exécutions, une vieille dame dans la salle crie au fou, mais Ravel hoche la tête : En voilà au moins une qui a compris, dit-il juste à son frère. De cette réussite, il finira par s'inquiéter. Qu'un projet si pessimiste recueille un accueil populaire, bientôt universel et pour longtemps, au point de devenir un des refrains du monde, il y a de quoi se poser des questions, mais surtout de mettre les choses au point. A ceux qui s'aventurent à lui demander ce qu'il tient pour son chef d'œuvre : C'est le Boléro, voyons, répond-il aussitôt, malheureusement il est vide de musique.
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Par cprevost, le 09/10/2010
Des éclairs de
Jean Echenoz
Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c'est possible. On aime mieux être au courant de l'insrtant chiffré où ça démarre, où les affaires commencent avec l'air, la lumière, la perspective, les nuits et les déboires, les plaisirs et les jours. Cela permet déjà d'avoir un premier repère, une inscription, un numéro utile pour vos anniversaires. Cela donne aussi le point de départ d'une petite idée personnelle du temps dont chacun sait aussi l'importance : telle que la plupart d'entre nous décident, acceptent de le porter en permanence sur eux, découpé en chiffres plus ou moins lisibles et parfois même fluorescents, fixé par un bracelet à leur poignet, le gauche le plus souvent que le droit.
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Par lanard, le 07/10/2010
Ravel de
Jean Echenoz
p. 107
Tout va peut-être un peu mieux mais il voit bien aussi que la forme de son écriture se dégrade de plus en plus, qu'elle perd son élégance pour devenir hésitante, maladroite, en route vers l'illisible. Comme ces temps-ci les surréalistes s'évertuent à s'agiter, ils ont l'idée d'inviter du beau monde au siège du Minotaure pour se livrer à l'une de leurs solennelles facéties: prendre cette fois des empreintes de mains célèbres et les faire commenter par un expert. Il y a là des personnalités assez diverses, de Duchamp à Huxley et de Gide à Saint Exupéry. Bien que Breton se méfie pas mal de la musique, à moins sans doute qu'il n'y entende rien, il a tenu à ce que Ravel participe à cet examen, seul compositeur sélectionné. Ravel, qui a l'air rétabli, est très content de participer à ce phénomène. Il arrive en souriant, toujours très bien coiffé, costume anthracite croisé, l'oeil alerte et le pas vif, assez ému de se retrouver devant les surréalistes qui l’intéressent peut-être plus qu'il ne le laisse paraître et se prête volontiers à l'opération: l'expert pose les mains de Ravel sur une plaque de noir de fumée puis sur du papier blanc et le tour est joué.
Cependant ce n'est pas tout à fait terminé, chaque sujet doit ensuite signer sa propre empreinte, or quand vient le tour de Ravel et qu'on lui tend un porte-plume il a un mouvement de recul. Je ne peux pas, dit-il simplement, je ne peux pas signer. Mon frère vous enverra ma signature demain. Puis se tournant vers Valentine Hugo qui l'accompagne: Allons-nous en, Valentine, partons vite. Sorti en silence sous une pluie battante, Ravel monte à la hâte dans le taxi qui s'éloigne. Valentine reste sur le trottoir. Les surréalistes se regardent. Quant à l'expert, c'est une experte, Mme le Dr Lotte Wolff. On a gardé son commentaire. Il est complètement idiot.
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Les Grandes Blondes de
Jean Echenoz
Arrivée à Bombay,descendue à l'hôtel Supreme, sa chambre était élémentaire : pas plus d'air conditionné que de téléviseur, une salle d'eau cimentée, un fauteuil en skai¨dur, une seule chaise, une seule table au fond du tiroir de laquelle Gloire enfouit le paquet confié par Gopal - paquet soigneusement scotché,format de brique mais consistance molle comme s'il contenait de l'eau, du gel pharmaceutique ou de l'air -