Jean-Paul Bourre et ses lectures
Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?
Difficile de citer un seul livre. Il y a les livres d’aventures lus dans les années cinquante, et aussi les premiers Livre de poche. Un climat, le besoin de créer moi aussi des univers, beaucoup plus qu’un livre précis.
Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?
Je n’ai pas arrêté d’écrire, mais quand je lis les romans d’
Haruki Murakami, comme son livre
La Fin des temps , c’est vrai que le stylo me tombe des doigts.
Quelle est votre première grande découverte littéraire ?
Le Grand Meaulnes d’
Alain-Fournier, sans oublier bien sûr « Une Saison en Enfer » d`
Arthur Rimbaud, dans la première édition du Livre de poche.
Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?
Voyage au bout de la nuit de Céline.
Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?
Un grand livre oublié,
Les fruits du Congo d’
Alexandre Vialatte.
Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?
L`Ecume des jours de
Boris Vian.
Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?
Plusieurs. Entre autre cette phrase de l’écrivain autrichien
Thomas Bernhard : « Le froid augmente avec la clarté. »
Et en ce moment que lisez-vous ?
L`Ombre du vent de
Carlos Ruiz Zafón.
L`entretien de Jean-Paul Bourre avec Babelio
Une question sur Guerrier du rêve : A la fin de l`ouvrage, on sent une certaine mélancolie, et l`emploi des hallucinogènes a laissé place à celui des drogues anesthésiantes... Selon vous, et au jour d`aujourd`hui, est-ce une réaction propre à votre parcours, votre personne ou un constat généralisé à nos sociétés ?
Les deux. A des fins personnelles, pour pacifier le réseau des nerfs, devenu trop aiguisés, tendus. En même temps, Ce basculement correspond bien à un changement de société, et de mentalité. Dans le fond, ce sont les drogues du « Meilleur des mondes ».
où tout est devenu aseptisé, chloroformé, placé sous contrôle.
Vous avez écrit un nombre impressionnant d’ouvrages dans les domaines les plus diverses. Est-ce qu’il reste des champs, des territoires qui vous restent obscurs et où vous vous sentez étrangers ?
Il y a un territoire que j’aimerai explorer, mais qui ne m’est pas étranger. C’est l’univers du conte de fées, où l’écriture serait à la fois limpide et pleine de mystères, où les mots traduiraient immédiatement la vision, la sensation.
On a l’impression que vous vous livrez complètement dans cette autobiographie. Est-ce que vous vous êtes quand même imposé quelques limites ?
Je ne pense pas. Par contre, j’ai choisi certains évènements plutôt que d’autres, pour l’équilibre du texte, et pour éviter les longueurs. Vous parlez de
Guerrier du rêve - le livre est réédité dans quelques mois, augmenté d’une centaine de pages. J’ai rajouté ce que j’ai vécu depuis les année quatre-vingt dix qui marquaient la fin du livre. Il sera réédité (avec photos) par les éditions Camion noir, sous le même titre.
Comment voyez-vous l’avenir de la poésie et de la littérature en général avec le nouveau support du numérique ? Est-ce que vous êtes optimiste ?
Pas vraiment. Je suis attaché à la démarche solitaire du poète, de l’écrivain, et surtout à la présence physique du livre comme à un être vivant.
En ayant multiplié les interventions télés, en vous étant joué des codes des médias, quel regard portez-vous sur l`ère de la "communication" de masse dans laquelle nous sommes actuellement ?
Lobotomisation des esprits, rouleau compresseur, machine à décerveler, pensée unique. Je ne vois pas d’autres mots.
Comment compareriez-vous le fait d’avoir une émission de radio et le fait d’écrire ? Quels sont les avantages de l’un et l’autre de ces exercices ?
Il s’agit de deux mouvements, apparemment opposés mais complémentaires. Écrire demande de plonger à l’intérieur de soi-même, comme un ermite, dans la plus complète solitude. A la radio, il y a les auditeurs qui écoutent, le micro dans lequel on doit parler, les musiques qui vont passer à l’antenne. On ne peut pas raturer et recommencer. L’expérience se fait dans l’urgence, sans filet. En même temps, la radio me permet de sortir de moi-même, de lancer des passerelles dans la nuit, et de vivre une sorte de transe, grâce au micro.
Qui sont vos héros aujourd’hui, et ceux de votre jeunesse le sont-ils toujours ?
Aujourd’hui, je citerai
William Wallace, dans le film Braveheart de Mel Gibson. Sinon mes héros sont toujours ceux de ma jeunesse. Leur longévité ne m’étonne même pas. Ils ont l’éternité pour eux.
Merci à Kanterror pour ses nombreuses suggestions de questions, merci à Jean-Paul Bourre pour ses réponses et sa disponibilité.