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Par LydiaB, le 06/12/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
Inceste, un mot tabou chez nous et partout. Un mot qui résonnait comme celui d'une maladie honteuse, d'une tare que l'on planque. Le psychiatre qui s'était occupé d'Ed parlerait de culture incestueuse dans le milieu d'origine. Je ne sais pas très bien à quoi ça rime. Et après, ça excuse quoi ? Un homme adulte avait abusé d'une enfant de deux ans, voilà tout ! C'était un malade. Et quant à sa femme, qu'avait-elle dans les yeux ? Ma mère, et toutes les mères du monde qui laissent violer leurs enfants sous leurs yeux, qu'ont-elles dedans ? La peur des coups, d'être quittées, de ne plus savoir où aller ? L'arrangement, pendant que tu t'occupes de la petite, tu me laisses tranquille. (P117)
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Par LydiaB, le 07/12/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
Andrée reposait sur un brancard accolé à la kitchenette, vêtue de son unique robe noire en coton, rendu pelucheux par trop de lavages, de temps. Les bras croisés sur la poitrine, l'air farouche, elle semblait encore dire :
- C'est toi qui m'as mise là. C'est à cause de ce que tu as écrit, qu'ici et là-bas j'ai été maltraitée. Tu es fautive, ma fille, fautive ! Et tu le sais.
Oui je sais, je suis fautive d'abord d'être née fille. Ensuite de ne pas être devenue folle ou de ne pas m'être suicidée, enfin d'avoir écrit ce qu'il faut taire à tout prix. À savoir qu'un père peut abuser de sa fille de onze ans et ce jusqu'à sa majorité, vingt et un ans à l'époque, sans que personne dans l'entourage ne pipe mot. J'entends au premier chef la mère, l'école, l'assistante sociale, le médecin, les voisins et tout le saint-frusquin ! (P121)
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Par zabeth55, le 15/10/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
D’un jour à l’autre, de quarante clopes par jour, j’étais passé à zéro. Une question d’esthétique. La teinte de l’émail de mes dents soudain ne m’avait pas plu. Mais ce sevrage brutal avait je crois déplu à mon cœur. Ce qui fait que depuis ce temps-là je marche à piles et que Lulu m’appelle Alcaline.
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La dérobade de
Jeanne Cordelier
Gérard en fin limier avait fort bien flairé qu'il fallait que je change d'air avant les grandes vacances. J'avais un besoin urgent de dépaysement. En attendant, je ne retournerai pas au Sportsman. Ce qu'il me fallait, c'était travailler dans une taule, une vraie, avec des femmes, des chouettes. Rien de tel qu'une bonne promiscuité enrichissante pour la débutante que j'étais. Quoi de mieux qu'un travail de groupe quand on n'est pas affranchie ? Au contact des autres, j'apprendrai, qui sait ? Je deviendrai peut-être une gagneuse ?
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Par zabeth55, le 18/10/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
En chemin j’ai acheté un bouquet de renoncules roses, j’aimais cette fleur à tête lourde, qui ployait sur sa tige. Elle était pour moi à l’image de ce que nous étions, beaux et penchés.
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Reconstruction de
Jeanne Cordelier
B ien sûr que j'avais une vocation, un jour je serai hurleuse. Et je hurlerai si fort, avec tant de rage, que le vent lui-même s'écartera de ma route. Je serai Le Cri de Munch » : de fait, c'est une entrée fracassante dans le monde de l'édition que fit Jeanne Cordelier en 1976 avec La Dérobade, son autobiographie relatant cinq années de prostitution et une enfance marquée par l'inceste. Un texte écrit sans misérabilisme cependant mais avec une énergie, une franchise dans l'usage de la langue et le ton qui dessillèrent ses lecteurs et firent son succès.
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Par alicejo, le 18/10/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
Depuis le début elle était un poison pour moi. Et Dieu sait si le poison a ses attraits. Un temps toujours. Celui-ci passé, vient la révolte, l'inavouable désir de souhaiter la mort de celle qu'hier on adorait.
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Par alicejo, le 13/10/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
Le père serait exempté d'enterrement , attendu qu'il avait devancé son fils sous les fleurs. Autre absente, la mère. Trop fatiguée, trop al aux jambes. C'est vrai que le remords, ça alourdit.
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Par zabeth55, le 15/10/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
Plus de témoins de ce qui avait été une enfance de merde mais une enfance quand même. Après la disparition du dernier, le rideau tomberait sur un petit massacre ordinaire. Ce serait un rideau rouge bien sûr. Un lourd rideau de velours, un linceul.
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Par alicejo, le 18/10/2012
Escalier F de
Jeanne Cordelier
Demain a de grandes exigences. Il attend tout de toi, y compris que tu ne baisses jamais les bras. Demain est un tyran qui te veut debout, jusqu'au bout.