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Citations de Olivier Haralambon (28)


Courir le rendait heureux, à tout le moins le soulageait, et épargnait aux autres son agitation infernale et son despotisme. Courir, dans la merveilleuse odeur des feuilles, dans les exhalaisons d’écorce. Briser les petites branches sur le sentier, sentir glisser son pied sur la boue quand la pente se fait plus forte. Le plaisir des premiers essoufflements qui font trembler la voix dans le martèlement irréversible de la foulée. Le danger joyeux du rire qui risque de ralentir la course. Se sentir emporté en avant, aspiré par le vide qu’on crée devant soi. Sentir la chaleur de son visage épouser la fraîcheur des brumes, et ses cheveux coller aux tempes. Les nuances des labours, l’immensité de la Flandre. Apercevoir de fines haleines à sang chaud monter du sol, d’entre les taillis morts. Bombés, les chemins pavés. Le revers des maisons, et leurs petites cours qu’on ne voit autrement que du train. Trébucher, le regard perdu dans les glèbes molles ou les ornières gelées, sur toutes les surprises et les brusqueries malicieuses du paysage, qui désagrégèrent les petites meutes de coureurs et en dissipent la chaleur organique. Les bifurcations qu’il ne faut pas manquer, où le chemin s’engouffre sous les arbres et oblige à courir l’un derrière l’autre. L’allure qui se tend, le pouls qui s’étrangle et se fait bruyant. Ne pas céder sa place, s’imposer du coude, en riant puis sans rire. N’accorder de larmes qu’à la vitesse et à l’air froid.
À la bouche, le gout ferreux du sang.
Toute mélancolie bue, le versant féroce de la joie.
Le sentiment époumoné de sa supériorité.

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Il devait compter avec les spécialistes qu’il admirait plus ou moins et qui attiraient une lumière qu’il estimait déjà lui revenir. Ballerini, Bortolami, Tafi et, entre tous, Museeuw, belge comme lui mais flahute pur souche. Le Lion des Flandres. Le gros Johan, à la voix fluette et aux fesses puissantes. Le moment n’était pas encore venu où, un soir d’excitation, ils chieraient, Nico et lui, dans le bidet du Lion ayant déserté sa chambre pour un joli cul (et encore, joli c’est pas sûr, Vdb disait « le Lion fait feu de tout fion »).

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Allez-y mollo sur le mythe du dévoreur de livres, ou du mec qui s'avale Aristote et Darwin entre deux paquets de M&M's pour les besoins de l'enquête. Renoncez à l'obsession de compter le nombre de livres que vous lisez dans l'année et à la tentation d'en photographier les piles qui écrasent votre table de chevet. Nous avons tous des siècles de lecture sur nos étagères éphémères. (p. 78)
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Chez Lotto, Jean-Luc croyait encore en la valeur de sa science propre, de son expérience ; aux soins qui se transmettent de père en fils, ceux que les bleus reçoivent des anciens ; quand et combien de cortisone pour qu’elle ne bloque pas les muscles, combien et à quel moment précis les amphètes pour les débloquer, déboucher les gicleurs.

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Il traverse des fumées épaisses et colorées dans les cris et le hurlement des klaxons à air comprimé. Il a beau se retrancher dans l’intimité de ses propres gémissements, de sa respiration sifflante et de la violence de son pouls, tous ces culs nus qui courent et tremblotent à ses côtés, ces perruques secouées et ces bouches éructantes, c’est comme toutes les fêtes quand tu n’es pas d’humeur : ça ressemble à l’enfer. Il pédale dans un tableau de Jérôme Bosch.
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De la phrase, on repérera les articulations pour la démembrer. La plupart du temps, ça n’est pas plus difficile que de découper le poulet du dimanche, la ponctuation est là pour ça. Mais on peut tout de même tomber sur des os cachés, des connexions contre nature – normal, la prose des penseurs se manifeste d’abord comme une sorte de monstre, une singularité à tout le moins – et s’apercevoir qu’on a passé le couteau au mauvais endroit, ou bien mal regardé le poulet (…) et qu’on se trouve incapable de recomposer le tout.
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Au dernier jour des longues courses, une petite goutte de tristesse venait parfois se diluer dans le soulagement d'en avoir fini. La fatigue n'est jamais pure, elle comporte ce soupçon de bile qui teinte la joie des aboutissements, la peur du silence qui suit les activités intenses. Les lundis matin sont souvent difficiles pour les coureurs. On a passé plusieurs semaines dans l'agitation et le bruit, on s'est jeté à l'assaut des pentes dans la foule fournaise, on traversé avec les autres d'interminables paysages striés par la pluie silencieuse, on s'est engouffré à pleine vitesse dans l'ombre menaçante des tunnels de montagne et des sous-bois, entre les barrières métalliques de la dernière ligne droite, et puis plus rien. Lundi, à la maison, la solitude et ses acouphènes. Chez les parents lorsqu'on est jeune, puis chez soi. Une épouse qui a manqué, mais dont ni la voix ni l'étreinte ne comble l'incomblable.
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Oui, tu peux rester toute ta vie au conditionnel, c'est très pratique, vous comprenez ? Tu peux dire, ah ! si j'avais pris de l'EPO comme les autres, et continuer à te raconter ton histoire, à n'avoir aucun résultat et te prendre pour un champion en puissance. C'est comme rester sur le bord du terrain et critiquer le jeu, c'est trop facile, non ?
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Le cyclisme et le Tour font partie de l’arrière-fond de juillet, un peu comme la couleur du ciel ou du sable, comme la douceur tant attendue du vent passant sur la gorge ou froissant en silence la surface de l’herbe drue. Arrière-fond sonore d’une télévision devant laquelle on s’étire aux heures chaudes dans la lumière filtrée par les stores. Qui ne s’est jamais endormi devant une étape du Tour de France ?
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De fait, comme tout véritable effort de transformation, lire un livre-qu'on-ne-comprend-pas, c'est s'installer dans cette spirale dialectique entre l'effort volontaire et l'acceptation sereine d'une part d'impuissance.
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Les coureurs les plus mal payés ne se dopent pas moins que les plus riches; il n' y a pas de pauvres dans l'extase !
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A ceci près ,bien sûr, que je ne cherche pas tant à souffrir avec le Christ qu' à jouir avec le Champion.
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Ces quelques pages sur le coureur et sur son corps qui ne produit pas moins de pensée que de stupide énergie
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Il avait forcément déjà cet air qu’il est commode de dire rêveur, ces yeux ronds dont on ne sait s’ils ne s’étonnent de rien ou s’ils s’affolent de tout.
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Le buste et les yeux tendus vers l’écran et les coureurs, il s’était projeté dans la peau de celui-là qui, fermant la marche du groupe de tête, doit vigiler à toutes les petites tensions de son corps pour espérer suivre. Celui qui, si près de sa limite, pédale comme sur du verre brisé et que la moindre démangeaison menace du naufrage. Le désespéré qui s’accroche.
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Il entend encore moins que l’an passé, retranché plus profondément dans les seuls bruits de ses organes. Ses mains tremblent et ses pieds frottent un peu plus fort sur le sol quand il se déplace.
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Il n’est devenu coureur qu’à force de fugues et de hasards. Pour imiter quelques copains ou quelque aîné qu’on allait applaudir en famille. Les courses de village et sa jouissance ont fait le reste. Adolescent, plus d’une fois il s’est évanoui tout sourire sur les lignes d’arrivée, tant il ne voulait pas perdre, et tant il n’était question qu’il ralentît. Mais jamais l’idée de sa souffrance et de « sa capacité à endurer la douleur » ne lui serait venue à l‘esprit avant qu’on la lui souffle.
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Le peloton s'exfolie par l'avant et par l'arrière. Les épuisés cèdent à la mollesse fatidique qui règne en son sillage, alors même qu'à l'avant, il expulse avec une violence sternutatoire les coureurs les plus efficaces. Quant aux sprints massifs, c'est une image de sa jouissance qu'ils donnent, celle d'un dernier spasme qui éjacule les vainqueurs sur la ligne d'arrivée. C'est qu'après qu'il se soit longuement secoué et agité, grimpant un à un les barreaux sur l'échelle du plaisir, que lui vient cette capacité sauvage d'élire et de jeter au devenir son propre prophète.
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Le coureur en moi est une empreinte. Si profonde que, le corps dût-il fondre tout à fait, il sera toujours là.
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Il psalmodia son effort, s'efforça à ne rient voir, à ne pas ralentir, à écarter la peur de l'agonie et, oui, à s'approcher du gouffre. De longues minutes il ouvrit la bouche, cherchant à aspirer la ligne d'arrivée promise, qui finirait par surgir à la vue s'il voyait encore ; de longues minutes il vécu sous vide. En sortit joyeux : qu'est-ce que je me suis fait mal ! Les copains, vous n'imaginez pas. En sortit vainqueur, une nouvelle fois : son cœur avait reculé d'un pas vers l'intérieur de ses propres frontières, ses muscles s'étaient courbés au passage de son courage inflexible. Pas mort. Mais passé si près. Il passerait plus près encore la fois suivante. VdB savait à quoi il jouait.
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