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Hommes entre eux de
Jean-Paul Dubois
Quand il examinait longuement cette image, il lui arrivait d'entendre la voix de sa femme résonner dans sa mémoire. La voix était la première chose que l'on oubliait après le départ de quelqu'un.
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Par Ode, le 11/12/2012
Une vie française de
Jean-Paul Dubois
La mort de Vincent nous a amputés d'une partie de nos vies et d'un certain nombre de sentiments essentiels. Elle a profondément modifié le visage de ma mère au point de lui donner en quelques mois les traits d'une inconnue. Dans le même temps, son corps s'est décharné, creusé, comme aspiré par un grand vide intérieur. La disparition de Vincent a aussi paralysé tous ses gestes de tendresse. Jusque là si affectueuse, ma mère s'est transformée en une sorte de marâtre indifférente et distante. Mon père, autrefois si disert, si enjoué, s'est muré dans la tristesse, le silence, et nos repas, jadis exubérants, ont ressemblé à des dîners de gisants. Oui, après 1958, le bonheur nous quitta, ensemble et séparément, et, à table, nous laissâmes aux speakers de la télévision le soin de meubler notre deuil.
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Par line70, le 19/03/2011
Une vie française de
Jean-Paul Dubois
Tant de choses se mélangent que l'on finit par ne plus savoir ce que l'on souhaite vraiment, la mort en ce qu'elle apaise l'angoisse, ou simplement encore un peu de vie, parce qu'on ne sait jamais.
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Parfois je ris tout seul de
Jean-Paul Dubois
Quand elle est rentrée, ce soir, elle a enlevé son manteau et elle m’a annoncé qu’elle avait un cancer du sein qui s’était propagé un peu partout. Je l’ai prise dans mes bras et j’ai demandé : « Qu’est-ce qu’on va devenir ? » Elle a allumé une cigarette et a dit : « Qu’est-ce que tu vas devenir ? ». (p. 119).
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Par babeamoi, le 23/05/2013
Le cas Sneijder de
Jean-Paul Dubois
Depuis ma sortie de l'hôpital j'éprouvais l'étrange sentiment de flotter sur un emploi du temps porté par des courants aléatoires et inconstants. Comme le disent les chefs du personnel : je manquais d'objectifs. C'était très reposant. (Points P2876 - p. 100)
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Par latina, le 18/11/2012
Le cas Sneijder de
Jean-Paul Dubois
Je pense à la mémoire, à son emprise accablante, à ces lests écrasants qu'elle dépose en nous avec une constance désarmante.
Parfois lorsque je suis en haut, à ma table, ou dans mon lit, à attendre le sommeil, je la sens se glisser à mon côté, serpent à l'épiderme glacial, afin de m'infliger les films de ses archives, tout ce que je n'aurais pas dû voir, tout ce que je redoutais d'entendre, le sang de mon enfant, les lèvres mortes de ma mère qui pour la première fois ne me rendent pas mon baiser, mon père qui pleure dans sa voiture, Gladys qui part de la maison.
Et moi, greffier calamiteux, prenant note de tout cela, je mentionne les détails, répertorie les morts, et surtout, immobile et vivant, je continue de me souvenir encore et encore dès que tombe le soir et tarde le sommeil.
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Par latina, le 18/11/2012
Le cas Sneijder de
Jean-Paul Dubois
Avant de s'endormir, Ana s'était mise à mastiquer du chewing-gum au lit. Et chaque soir, pendant une dizaine de minutes, j'entendais le bruit de ses maxillaires et de ses dents s'acharner sur la gomme, la broyer, j'imaginais sa langue tournant et retournant cette masse humide et malléable, cet agrégat d'aspartame. J'écoutais cela en silence et avec une attention soutenue pour ne rien perdre des subtilités d'un pareil concerto.
Et je pensai : " Pourquoi mâche-t-elle ainsi, qui veut-elle mordre à ce point?"
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Par milado, le 03/05/2013
Le cas Sneijder de
Jean-Paul Dubois
Je pensai à tous les chiens qui vivaient sur cette île. Que pouvait-il bien leur rester de leurs instincts originels ? Ils ne couraient jamais librement. Ils sautaient d'une Lexus à une Audi Quattro. A force d'être toilettés, ils n'avaient plus d'odeur. Ils étaient presque devenus des chats.
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Par aleatoire, le 14/10/2011
Le cas Sneijder de
Jean-Paul Dubois
je n'aime pas la viande. Ni blanche, ni rouge. Il y a trop de souffrance à l'intérieur. A chaque bouchée, à chaque fois que je mastique, je la sens. Parfois c'est si écoeurant. Ca pèse sur ta langue comme un billot de bois. Et parfois tu ne peux même plus avaler.
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Par urbanbike, le 04/01/2009
Les accommodements raisonnables de
Jean-Paul Dubois
Selma se rua vers la poche où gisait le champignon, le saisit délicatement et le transporté jusqu'à l'évier, le nettoya, puis m'ordonna de prépare du thé sucré et de retrouver un autre bocal. Je m'exécutai comme l'eût fait un assassin d'enfant et rapportai un saladier en verre dont je me servais d'habitude pour préparer du guacamole et de la laitue. Elle prit le nouveau-né sauvé des détritus et le plongea dans son bains. puis, comme une infirmière consciencieuse et aimante, elle regarda s'opérer la lente résurrection.
Cette contemplation béate me rendit soudain Selma détestable. Elle incarnait toute la pensée désaxée de ce pays, cette espèce de religiosité spongieuse, de verroterie spirituelle, de macédoine sociale — avec des pauvres pour ramasser les merdes des chiens, des vieux pour garer des voitures, Edwards pour livre des pizzas, une remède cheval pour calmer Efrain, et des champignons pour guérir les angoisses vertébrales, C4-C5 incluses. Ce pays était une secte, avec ses rites économiques et ses gourous fanatiques. Une colère informe m'envahissait.
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