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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Et comme tous les scélérats de génie à qui un évènement extérieur trace une voie droite dans le chaos de leur âme, Grenouille ne dévia plus de l'axe qu'il croyait avoir trouvé à son destin. Il comprenait maintenant clairement pourquoi il s'était cramponné à la vie avec autant d'obstination et d'acharnement : il fallait qu'il soit un créateur de parfums. Et pas n'importe lequel. Le plus grand parfumeur de tous les temps.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Pour Grenouille, il fut clair que, sans la possession de ce parfum, sa vie n'avait plus de sens.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Maintenant il sentait qu'elle était un être humain, il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l'odeur de poisson de son sexe, et il les sentait avec délectation. Sa sueur fleurait aussi frais que le vent de mer, le sébum de sa chevelure aussi sucré que l'huile de noix, son sexe comme un bouquet de lis d'eau, sa peau comme les fleurs de l'abricotier... et l'alliance de toutes ces composantes donnait un parfum tellement riche, tellement équilibré, tellement enchanteur, que tout ce que Grenouille avait jusque-là senti en fait de parfums, toutes les constructions olfactives qu'il avait échafaudées par jeu en lui-même, tout cela se trouvait ravalé d'un coup à la pure insignifiance.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Et plus tard, quand il apprit par des récits combien la mer était grande et qu'on pouvait voyager dessus pendant des jours sur des bateaux, sans voir la terre, rien ne le séduisit tant que de s'imaginer sur l'un de ces bateaux, perché à la cime du mât de misaine et voguant à travers l'odeur infinie de la mer, qui de fait n'était nullement une odeur, mais un souffle, une expiration, la fin de toutes les odeurs, et dans ce souffle il rêvait de se dissoudre de plaisir.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
A dater de ce jour, en revanche, il lui semblait savoir enfin qui il était vraiment : en l'occurrence, rien de moins qu'un génie ; et que sa vie avait un sens et un but et une fin et une mission transcendante : celle, en l'occurrence, de révolutionner l'univers des odeurs, pas moins ; et qu'il était le seul au monde à disposer de tous les moyens que cela exigeait : à savoir son nez extraordinairement subtil, sa mémoire phénoménale et, plus important que tout, le parfum pénétrant de cette jeune fille de la rue des Marais, qui contenait comme une formule magique tout ce qui fait une belle et grande odeur, tout ce qui fait un parfum : délicatesse, puissance, durée, diversité, et une beauté irrésistible, effrayante.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Ce parfum unique était le principe supérieur sur le modèle duquel devaient s'ordonner tous les autres. Il était la beauté pure.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
[...] alors le flot de parfum devint une marée, elle le submergea de son effluve. Il fourra son visage sur sa peau et promena ses narines écarquillées de son ventre à sa poitrine et à son cou, sur son visage et dans ses cheveux, revint au ventre, descendit jusqu'au sexe, sur ses cuisses, le long de ses jambes blanches.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Incompréhensible, ce parfum, indescriptible, impossible à classer d'aucune manière, de fait il n'aurait pas dû exister. Et cependant il était là, avec un naturel parfait et splendide. Grenouille le suivait, le cœur cognant d'anxiété, car il soupçonnait que ce n'était pas lui qui suivait le parfum, mais que c'était le parfum qui l'avait fait captif et l'attirait à présent vers lui, irrésistiblement.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Il aimait mieux laisser entière l'odeur de la mer, la conserver tout d'une pièce dans sa mémoire et en jouir sans partage. L'odeur de la mer lui plaisait tant qu'il souhaita l'avoir un jour dans tout sa pureté et en quantités telles qu'il puisse s'en soûler.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Ce parfum apothéotique, il entendait en laisser l'empreinte, comme avec un cachet, dans le fouillis de son âme noire, puis l'étudier minutieusement et dès lors se conformer aux structures internes de cette formule magique pour diriger sa pensée, sa vie, son odorat.
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Par Sesheta, le 28/11/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Elle ne voyait pas Grenouille. Mais elle éprouvait une angoisse, un étrange frisson, comme on en ressent lorsqu'on est repris d'une peur ancienne dont on s'était défait. Elle avait l'impression qu'il passait derrière son dos un courant d'air froid, comme si quelqu'un avait poussé un porte donnant sur une cave gigantesque et froide.
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Par boulliyo, le 16/01/2009
Le parfum de
Patrick Süskind
Il tenait dans le creux de sa main un pouvoir plus fort que les pouvoirs de l'argent, ou que le pouvoir de la terreur, ou que le pouvoir de la mort : le pouvoir invincible d'inspirer l'amour aux hommes.
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Par Ellcrys, le 03/11/2010
Le parfum de
Patrick Süskind
" Il y a une évidence du parfum qui est plus convaincante que les mots, que l'apparence visuelle, que le sentiment et que la volonté. L'évidence du parfum possède une conviction irrésistible, elle pénètre en nous comme dans nos poumons l'air que nous respirons, elle nous emplit, nous remplit complètement, il n'y a pas moyen de se défendre contre elle." page 95
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Le parfum de
Patrick Süskind
- C'est que, n'est-ce pas, commença la nourrice, ce n'est pas très facile à dire, parce que... ils ne sentent pas partout pareil, quoiqu'ils sentent bon partout, mon Père, vous comprenez... Prenez leurs pieds, par exemple, eh bien là ils sentent comme un caillou lisse et chaud ; ou bien non, plutôt comme du fromage blanc...ou comme du beurre, comme du beurre frais, oui, c'est ça : ils sentent le beurre frais. Et le reste du corps sent comme... comme une galette qu'on a laissé tremper dans le lait. Et la tête, là, l'arrière de la tête, où les cheveux font un rond, là, regardez, mon Père, là où vous n'avez plus rien...
[...]
... c'est là, très précisément qu'ils sentent le plus bon. Là, ils sentent le caramel, cela sent si bon, c'est une odeur si merveilleuse, mon Père, vous n'avez pas idée ! Quand on les a sentis à cet endroit là, on les aime, que ce soient les siens ou les enfants des autres. Et c'est comme ça, et pas autrement, que doivent sentir les petits enfants.
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Par sodin, le 22/11/2010
Le parfum de
Patrick Süskind
Qui maitrisait les odeurs, maitrisait le coeur des hommes.
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Par Jibouille, le 21/09/2010
Le Pigeon de
Patrick Süskind
Pour un peu, il avait déjà enjambé le seuil, son pied était déjà en l'air, le gauche, sa jambe était déjà lancée en avant... quand il le vit. Il était posé devant sa porte, à m oins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre.
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Le parfum de
Patrick Süskind
[ Incipit ]
Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables. C'est son histoire qu'il s'agit de raconter ici. Il s'appelait Jean-Baptiste Grenouille et si son nom, à la différence de ceux d'autres scélérats de génie comme par exemple Sade, Saint-Just, Fouché, Bonaparte, etc., est aujourd'hui tombé dans l'oubli, ce n'est assurément pas que Grenouille fut moins bouffi d'orgueil, moins ennemi de l'humanité, moins immoral, en un mot moins impie que ces malfaisants plus illustres, mais c'est que son génie et son unique ambition se bornèrent à un domaine qui ne laisse point de traces dans l'histoire au royaume évanescent des odeurs.
À l'époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton ; les pièces d'habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle âcre des pots de chambre.
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Par Ellcrys, le 03/11/2010
Le parfum de
Patrick Süskind
" Pendant des millénaires, les hommes s'étaient contentés d'encens et de myrrhe, de quelques baumes et huiles, et d'aromates séchés. Et même quand ils eurent appris à distiller dans des cornues et des alambics, à se servir de la vapeur d'eau pour arracher aux plantes, aux fleurs et aux bois leur principe odorant sous forme d'huiles éthériques, à extraire ce principe avec des pressoirs de chêne à partir des graines et des noyaux et des écorces de fruits, ou bien à le soustraire aux pétales de fleurs avec des graisses soigneusement filtrées, le nombre des parfums était encore demeuré modeste. En ces temps-là, un personnage comme Pélissier n'eût pas été du tout possible, car alors, rien que pour produire une simple pommade, il fallait des capacités dont ce gâcheur de vinaigre n'avait pas la moindre idée. Il fallait non seulement savoir distiller, il fallait être expert en onguents et apothicaire, alchimiste et préparateur, commerçant, humaniste et jardinier tout à la fois." page 62
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Par Nadael, le 06/06/2010
Le Pigeon de
Patrick Süskind
Il se sentait plus vieux d'au moins vingt ans, et plus petit de vingt centimètres, bombardé qu'il était depuis des heures par l'ardeur extérieure du soleil et l'ardeur intérieure de sa rage qui le liquéfiaient ou le ramollissaient , oui, c'était plutôt une impression de ramollissement qu'il avait, car il ne sentait déjà plus du tout l'humidité de la sueur ; il était ramolli et érodé, chauffé à blanc et écaillé comme un sphynx de pierre au bout de cinq mille ans ; et avant longtemps il serait totalement desséché et calciné et ratatiné et émietté, il tomberait en poussière ou en cendre, à cet endroit où il se tenait encore à grand-peine sur ses jambes, et n'y serait plus qu'un minuscule tas d'ordure, jusqu'à ce qu' enfin un coup de vent violent l'emporte, ou que la femme de ménage le balaye, ou que la pluie l'entraîne.
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Par athena1, le 08/04/2010
Le Pigeon de
Patrick Süskind
Lorsque Jonathan eut ainsi compris que l'essence de la liberté humaine consistait en la jouissance d'un w.c. à l'étage et qu'il jouissait, lui, de cette liberté essentielle, il fut envahi d'un sentiment de profonde satisfaction.