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Par Musikant, le 12/12/2009
Les enfants Tanner de
Robert Walser
Il avait peut-être eu une fois dans sa vie le désir de s'en sortir, quand il était encore jeune, mais il n'avait pas eu la force de laisser derrière lui cette chose non réglée qui ressemblait à un devoir pressant, ni de la jeter en chemin, avec le sourire qui convient. Jeter? Jamais il n'avait rien jeté! Et s'il avait essayé, ça l'aurait, lui semblait-il, déchiré du haut jusqu'en bas ; il n'aurait cessé de penser avec douleur à ce qu'il avait jeté. Il ne jeta jamais rien et il perdit sa jeunesse à faire l'étude et l'examen de choses qui ne valaient ni étude, ni examen, ni amour, ni considération.
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Par Musikant, le 18/12/2009
Les enfants Tanner de
Robert Walser
Ah, regarder vers l'avenir, c'est tellement mieux que de rêver du passé. On rêve aussi quand on se projette dans l'avenir.Ne serait-il pas plus sage, quand on possède un esprit sensible, de consacrer son énergie et son intelligence aux jours qui se préparent plutôt qu'à ceux qu'on a déjà vécus ? Les temps à venir sont comme nos enfants, qui ont bien plus besoin de notre attention que les morts dont nous fleurissons les tombes avec amour, et peut-être aussi un peu d'exagération.
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Par brigetoun, le 11/04/2010
La rose de
Robert Walser
Je jouais la raffinée, lui le délicat, nous avons changé, et voilà qu'une autre l'a. De ses quelques particularités, elle a fait un sanctuaire. Comme soudain j'y vois clair ! Il a besoin de caresses. Il ne connaît de plus haute loi que sa félicité à elle. D'un seul coup, je devine tout, et je le connais et me connais, alors qu'il est déjà trop tard.
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Les enfants Tanner de
Robert Walser
incipit :
"Un beau matin, un jeune homme ayant plutôt l'air d'un adolescent entra chez un libraire et demanda qu'on voulût bien le présenter au patron. Ce que l'on fit. Le libraire, un vieil homme très digne, dévisagea avec attention ce garçon qui se tenait devant lui un peu gêné, et l'invita à parler. « Je veux être libraire, dit le jeune homme, c'est une envie que j'ai et je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher de la suivre jusqu'au bout. je me suis toujours imaginé le commerce des livres comme quelque chose de merveilleux, un bonheur, et il n'y a aucune raison pour que j'en sois privé plus longtemps. Regardez, monsieur, comme je suis là devant vous, je me sens une extraordinaire aptitude à vendre des livres dans votre magasin, en vendre autant que vous pourriez souhaiter. Je suis un vendeur-né : affable, vif, poli, rapide, parlant peu, décidant vite, comptant bien, attentif, honnête, mais pas non plus aussi bêtement honnête que j'en ai peut-être l'air. Je sais baisser un prix quand j'ai affaire à un pauvre diable d'étudiant et je sais aussi le faire monter s'il ne s'agit que de rendre service aux riches, dont je vois bien que parfois ils ne savent que faire de leur argent. Je crois malgré mon jeune âge posséder une certaine connaissance des hommes. D'autre part, j'aime les hommes, si différents soient-ils : je ne me servirais donc jamais de ma connaissance des hommes pour avantager l'un plutôt que l'autre, pas plus que mes concessions aux pauvres diables n'iraient jusqu'à nuire à l'intérêt de vos affaires, monsieur. En un mot : sur ma balance de vendeur l'amour des hommes sera en parfait équilibre avec la raison commerciale, laquelle me paraît tout aussi importante et nécessaire à la vie qu'une âme aimante et généreuse. Je saurai trouver le juste milieu, soyez-en dès maintenant convaincu. »
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Les enfants Tanner de
Robert Walser
"Je ne veux pas d'avenir, je veux du présent. Cela me paraît valoir plus. On n'a d'avenir que quand on a pas de présent, et quand on a un présent, on oublie complètement même de penser à l'avenir."
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Par Musikant, le 18/12/2009
Les enfants Tanner de
Robert Walser
C'est une chance d'être sorti de l'enfance, car elle n'est pas seulement faite de beauté de grâce et de légèreté, elle est souvent plus lourde à porter que la vieillesse, plus pleine de soucis.Avec les années, on vit plus doucement.Celui qui a eu une jeunesse agitée, n'a guère envie plus tard de s'agiter encore.
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Par Musikant, le 12/12/2009
Les enfants Tanner de
Robert Walser
La paresse, oui, ce n'est rien d'autre que l'arrogance , la prétention d'en savoir plus, l'illusion de savoir mieux. Quand on sait combien peu on sait, on a peut-être encore une chance de s'en sortir.
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Par Musikant, le 12/12/2009
Les enfants Tanner de
Robert Walser
Il avait donc pris de l'âge, et comme il n'était pas dépourvu, tant s'en fallait,, de sensibilité et d'imagination, il se faisait souvent le grave reproche de manquer au devoir d'être un peu heureux de temps en temps.
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Les enfants Tanner de
Robert Walser
Quand on écrit, il y a quelque chose qui vous emporte à faire des déclarations imprudentes. Toujours dans les lettre l'âme veut prendre la parole et en général elle se ridiculise.
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Par Musikant, le 12/12/2009
Les enfants Tanner de
Robert Walser
Mais il lui vint encore des pensées qui avaient toutes à faire avec la nuit. Il songeait aux petits enfants qui n'osent pas aller dans une chambre quand elle est obscure, qui ne peuvent dormir dans l'obscurité. Les parents commencent par inculquer cette terrible peur de l'obscurité à leurs enfants puis punissent ceux qui ne sont pas sages en les envoyant dans des chambres noires et silencieuses.