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Par le_Bison, le 02/02/2012
Les naufragés du Batavia : Suivi de Prosper de
Simon Leys
Même dans les meilleures conditions possibles, la vie en mer apparaissait aux terriens, à juste titre, comme une épouvantable épreuve. Samuel Johnson résuma bien ce sentiment : « Nul homme ne voudrait se faire marin, à moins de n’être même pas capable de se faire jeter en prison. Car la vie à bord d’un navire est tout simplement celle d’une geôle où l’on serait de surcroît exposé à la noyade. »
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Par lexote, le 17/07/2009
Protée et autres essais de
Simon Leys
Degas confia un jour à Mallarmé qu'il avait des tas d'idées de poèmes, mais qu'il était morfondu de ne pas réussir à les écrire; et Mallarmé de répondre : "Mais, Degas, ce n'est point avec des idées que l'on fait des vers, c'est avec des mots." Dans la mesure où la poésie moderne peut se définir par cette conscience que le poème est engendré par les mots plutôt que par les idées - que c'est l'"impulsion linguistique" qui motive le poète - elle relève d'une esthétique directement tributaire de la leçon de Hugo. "Tout poète tant soit peu sérieux sait bien ce qu'il écrit, c'est le langage qui le lui dicte"; cette déclaration de Joseph Brodsky mais elle pourrait aussi bien caractériser la révolution hugolienne.
Avec Hugo, pour la première fois, le langage est placé au poste de commande : "Le mot, c'est le Verbe, le Verbe c'est Dieu." Il se laisse délibérément mener par les mots, car "les mots sont les passants mystérieux de l'âme". Gardien des mots, le poète est investi de pouvoirs prophétiques : il est le guide qui conduira l'humanité à la Vérité.
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Par sylvie, le 28/05/2008
Le Bonheur des petits poissons : Lettres des Antipodes de
Simon Leys
Aujourd'hui, par un paradoxe ironique, le Lumpen-prolétariat est condamné aux loisirs forcés d'un chômage chronique et dégradant, cependant que les membres de l'élite éduquée, dont les professions libérales ont été transformées en démentes machines à faire de l'argent, se condamnent eux-mêmes à l'esclavage d'un travail accablant qui se poursuit jour et nuit, sans relâche - jusqu'à ce qu'ils crèvent à la tâche, comme des bêtes de somme écrasées sous les fardeau."
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Par lexote, le 17/07/2009
Protée et autres essais de
Simon Leys
La plupart de ses chefs-d'oeuvre datent de cette période, culminant en 1862 avec le monumental Les Misérables, qui est moins un roman, au sens conventionnel du mot, qu'un immense poème en prose, peut-être la dernière épopée de l'âge moderne. La passion que Hugo nourissait pour le langage a trouvé là son déversoir le plus vaste et le plus fou. Le livre est un Niagara de mots, écumant et mugissant; c'est aussi une ahurissante bigarrure de pièces rapportées : non seulement le fil du récit est constamment interrompu par des considérations socio-politico-philosophiques, mais il y a encore d'innombrables morceaux de comédie, de drame, de satire, des épisodes d'une action haletante; il y a de tendres élégies, des croquis réalistes, d'immenses fresques historiques; des essais sur les sujets les plus hétéroclites (la structure de l'argot, l'économie du recyclage des égoûts), un prodigieux étalage de curiosités encyclopédiques (sur un modèle dont Jules Verne se souviendra); et en même temps, ces mille fragments hétérogènes sont tous charriés par l'élan unanime d'un vaste fleuve aux affluents innombrables.
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Le livre fut d'abord publié à Bruxelles (1er avril 1862); d'autres éditions suivirent rapidement, de façon presque simultanée, à Paris, Madrid, Londres, Leipzig, Milan, Naples, Varsovie, Saint-Pétersbourg, Rio de Janeiro. D'emblée, son succès fut universel; la publication originale avait été retardée à l'imprimerie par les larmes des typographes qui s'étaient plongés dans la lecture des pages dont ils devaient composer les épreuves; leur émotion et leur enthousiasme furent bientôt partagés par les lecteurs les plus divers, français et étrangers, jeunes et vieux, naïfs ou blasés. A l'autre extrémité de l'Europe, Tolstoï se procura un exemplaire sans tarder et fut conquis. On peut dire sans exagération que Les Misérables ont précipité la création de La Guerre et La Paix. Les géants engendrent les géants.
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Le Bonheur des petits poissons : Lettres des Antipodes de
Simon Leys
Il y a juste deux cent cinquante ans, Samuel Johnson avait vu juste : « À mesure que l’usage du tabac diminue, l’insanité augmente. » Les fonctionnaires zélés qui, sur les affiches d’une exposition parisienne consacrée à Sartre, ont censuré le tabagisme de ce dernier en effaçant sa perpétuelle cigarette, ont seulement réussi à susciter une hilarité planétaire.
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Par lexote, le 17/07/2009
Protée et autres essais de
Simon Leys
La thèse principale de Van Doren est que, nonobstant ce que Cervantès a pu lui-même penser là-dessus, Don Quichotte n'était nullement fou. Simplement, les mystifications dont il faisait l'objet lui donnèrent l'impression trompeuse que son entreprise était vraiment réalisable; et cette illusoire perspective de succès prolongea artificiellement sa carrière. Mais, à n'importe quel moment, il aurait parfaitement pu renoncer à son aventure et tranquillement rentrer chez lui; tandis qu'un fou véritable est prisonnier de sa folie et ne dispose jamais d'un pareil choix.
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Si Don Quichotte avait simplement été fou, ou s'il avait joué la comédie, nul ne se souviendrait de lui, observe Van Doren : "Si aujourd'hui encore nous continuons à parler de lui, c'est parce que nous avons le sentiment qu'en fin de compte, il est vraiment devenu un chevalier."
"L'homme est un animal qui se façonne des images de lui-même et puis finit par ressembler à l'une d'elles." Iris Murdoch a formulé cette remarque dans un contexte différent, mais elle identifie très précisément un trait fondamental de la nature humaine. C'est ce trait qu'a incarné Don Quichotte de la façon la plus mémorable - et c'est cela qui donne au roman de Cervantès sa portée universelle.
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Bonheur des petits poissons : Lettres des Antipodes de
Simon Leys
Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promenaient sur le pont de la rivière Hao. Zhuang Zi observa : "Voyez les petits poissons qui frétillent, agiles et libres ; comme ils sont heureux !" Hui Zi objecta : "Vous n'êtes pas un poisson ; d'où tenez-vous que les poissons sont heureux ?
--- Vous n'êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons ?
--- Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis savoir si les poissons sont heureux.
--- Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, quand vous m'avez demandé "d'où tenez-vous que les poissons sont heureux " la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant, si vous voulez savoir d'où je le sais -- eh bien, je le sais du haut du pont.
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Bonheur des petits poissons : Lettres des Antipodes de
Simon Leys
"Le tabac est pour l'homme un poison des plus dangereux." Cette vertueuse mise en garde est devenue assez banale, me direz-vous. Ce qui l'est moins -- et qui devrait donner à réfléchir -- c'est l'identité de celui qui la formulait : Adolf Hitler.
De même, Adolf Eichmann attendant son exécution, emprunta un exemplaire de Lolita à la bibliothèque de la prison. Après quelques pages (nous dit un biographe de Nabokov), indigné, il rejeta le livre: "Ceci est répugnant".
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Bonheur des petits poissons : Lettres des Antipodes de
Simon Leys
Samuel Butler compare la vie à un solo de violon qu'il nous faut jouer en public tout en apprenant la technique de l'instrument au fur et à mesure de l'exécution. Bonne description -- et qui s'applique aussi à la mort : Edmund Knox (ancien rédacteur de Punch) agonisant d'un cancer, remarquait gentiment : " L'ennui avec ces choses-là, c'est qu'on en a si peu la pratique."