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Critiques filtrées sur 5 étoiles  
Nous sommes en décembre 1642 et le cardinal de Richelieu est à l'agonie. Il est au désespoir à l'idée que sa grande oeuvre – abattre l'hégémonie espagnole et réduire la noblesse française à l'obéissance – restera inachevée. Sur qui comptait pour achever le chemin parcouru ? Un roi faible et condamné à court terme ? Une reine à moitié espagnole et gagnée aux partis dévots ? Un héritier encore au berceau ? A l'un de ses proches, il aurait confié sur son lit de mort : « Je ne connais qu'un seul homme capable de me succéder. Encore est-il étranger… »

Cet homme se nomme Giulio Mazarini. Arrivé en France depuis quelques années, il a déjà fait ses preuves en diplomatie en tant qu'agent du Saint Père. Sa redoutable efficacité lui a conquis la confiance de Richelieu, sa chaleur et son humanité le coeur de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Ses multiples qualités ne contrebalancent pourtant pas aux yeux de l'aristocratie française ses deux grands tords : il est italien et plébéien. Quand il accède au conseil du roi à la mort de Richelieu, pas un membre de la cour n'est prêt à parier sur sa survie politique. On se frotte déjà les mains dans l'attente de la mort de Louis XIII et du chaos qui s'en suivra, chaos plein de promesses pour qui saura bien mener sa barque et arracher le maximum de charges et de richesses à la pauvre régente.

Surprise ! Loin de renvoyer Mazarin à la mort de son époux, Anne d'Autriche en fait son premier ministre. Encore une fois, on grommelle dans les rangs de la noblesse. Ce petit cardinal ne durera pas… Il sera forcément remplacé par un autre favori, un noble, un vrai, un français ! Mais Mazarin durera, malgré les grondements de la Fronde et les canons espagnols.Il durera, luttera, prospérera jusqu'à devenir l'un des plus puissants hommes d'état de son temps – plus puissant même que le terrible Richelieu ! – et finira sa vie riche à millions et à la tête d'un royaume prospère et apaisée.

Mais, me demandez-vous, si Mazarin était un si grand personnage pour quoi en entendons-nous si peu parler ? C'est que les grands hommes ont deux batailles à mener, l'une contre leurs contemporains, l'autre contre l'historiographie, et si Mazarin s'est tiré avec les honneurs de la première, il a perdu la seconde. Ecorché vif par les beaux esprits de la Fronde, ridiculisé par les mémorialistes dévots, il a laissé dans l'imaginaire collectif l'image d'un valet de comédie italienne, petit, mesquin, avare et veule. Et c'est grand dommage… Car une fois débarrassé de sa boue par la plume alerte et cultivé de Simone Bertière, le sieur Mazarini s'avère de compagnie tout à fait recommandable, celle d'un homme brillant, moderne, cultivé, loyal et plus digne de la reconnaissance du peuple français que ne le furent ses féroces détracteurs.

Simone Bertière est-elle tombée amoureuse de son sujet ? Un peu probablement et nul doute qu'elle a pris à coeur la défense de cette victime de l'Histoire, si injustement mal-aimée. Mais c'est qu'il ne manque pas de charme ce petit italien avec son intelligence si vive et son humanité si chaleureuse… Et je dois m'avouer moi aussi séduite, car j'ai toujours eu un faible pour l'extrême compétence, surtout quand elle est tempérée d'humour et d'auto-dérision. J'aime Mazarin pour les mêmes raisons que j'adorais Ulysse étant adolescente : car il est infiniment plus malin que tous les autres et qu'il a su prouver que la persévérance, le génie et la gouille valaient plus que toute la richesse, la morgue et le sang bleu du monde ! J'aimerai aussi toujours Alexandre Dumas. J'ai ri aux larmes et rirai sans doute encore aux bouffonneries du « tricheur italien » dans « Vingt ans après », mais au fond de moi, une petite partie de mon esprit ne pourra pas s'empêcher de sautiller d'indignation et se secouer le poing en hurlant « Calooooomnies ! »
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Simone Bertière est vraiment une historienne talentueuse puisqu'elle sait marier l'érudition la plus poussée à une plume élégante, ce qui permet à ses biographies d'être lues comme des romans.
Mazarin , cet italien qui a tant fait pour la France, reste méconnu après avoir été vilipendé par les brillants mémorialistes du 17ème siècles et notamment par son ennemi intime Le Cardinal de Retz mais aussi par les romanciers du 19ème siècle et notamment Alexandra Dumas qui le décrit d'une plume vipérine dans "Vingt ans après".
Simone Bertière réhabilite avec panache cet homme d'état qui a su former son filleul Louis XIV, pour qu'il devienne le grand roi que l'on sait.
Mazarin n'a pas eu la tâche facile en arrivant au pouvoir après Richelieu le Cardinal de fer. Il a eu à gérer les deux frondes, celle des parlements puis celle des princes, à combattre l'Espagne toujours prompte à chercher à imposer sa suprématie en Europe. Sa politique a été menée avec finesse et diplomatie et ses qualités personnelles n'y sont pas pour rien.
Peu enclin à se venger de ses ennemis, il préférait les convaincre du bien fondé de ses positions et répugnait à pousser ses avantages jusqu'à écraser ses adversaires, ouvrant ainsi la voie à un futur apaisé. Des principes de gouvernement dont on pourrait toujours utilement s'inspirer.
Bien sûr l'acquisition de sa vaste fortune lui fut reprochée mais son amour des beaux arts a contribué à doter son pays d'adoption d'un patrimoine artistique fabuleux.
L'épilogue de cette belle biographie est un morceau de bravoure pour la défense de la mémoire de ce grand homme d'état.
Cette lecture ne peut qu'inciter à poursuivre l'exploration de ce Grand Siècle dont Simone Bertière est spécialiste à travers ses biographies du Cardinal de Retz et du Prince de Condé qu'elle qualifie, non de traître comme on pourrait le penser, mais de " héros fourvoyé".
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Simone Bertière nous présente ici une brillante biographie du cardinal Mazarin.
Grâce aux écrits du cardinal et aux mémoires des contemporains, l'auteure nous démontre que Mazarin fut un grand serviteur de l'Etat.
C'est d'une lecture agréable. Simone Bertière, grâce à ses solides connaissances sur Anne d'Autriche (amie de Mazarin) et du cardinal de Retz (son ennemi), nous immerge bien dans cette guerre civile que fut la Fronde.
La psychologie de Mazarin est aussi bien décryptée.
Plaisant et passionnant.
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A qui veut en savoir plus sur son éminence sans fioritures ni lourdeurs, alors, jetez vous sur l'ouvrage que S BERTIERE consacre à Mazarin.
Même si de lourdeurs cette biographie n'en présente pas, il n'en manque pas moins qu'il me faudra très certainement la lire une nouvelle fois. La "faute", peut être, au personnage dont la vie eut comme la nature, une grande horreur du vide.
Merci à Madame Bertière de nous immiscer dans l'intimité de cet illustre personnage.

Lien : http://athena1-lire.blogspot..
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Guilio Mazarini, d'origine sociale modeste, a été élevé avec les enfants de la famille Colonna à Rome, ce qui lui a permis d'accéder à la même éducation qu'eux. Son rôle, en tant que diplomate pour la délégation papale lors de la guerre de succession de Mantoue en 1627-1630 l'a fait remarquer de toutes les parties et notamment de Richelieu. C'est d'ailleurs à Richelieu que Mazarin doit son arrivée dans les cercles du pouvoir autour de Louis XIII. Cardinal en 1641, il va progressivement s'imposer comme le successeur de Richelieu après son décès et est choisi comme parrain du futur Louis XIV. C'est pendant la minorité de Louis XIV que Mazarin va montrer toute son intelligence tactique. Prenant sur lui toutes les critiques lors de la Fronde, il n'aura cesse en liaison avec Anne d'Autriche mère du jeune roi, de préserver le pouvoir royal, tout en composant avec les circonstances. Là où Richelieu usait de l'autorité royale et n'hésitait pas à faire régner l'ordre royal par des condamnations à mort ou des guerres sanglantes, Mazarin préféra toujours louvoyer et éviter le conflit. Écarté plusieurs fois, revenu à chaque fois, il a grandement contribué à instaurer dans l'esprit de Louis XIV l'idée de monarchie absolue. Certains font de ses relations avec Anne d'Autriche une liaison, il est plus vraisemblable que ces deux êtres s'appréciaient et se faisaient mutuellement confiance, ce qui explique leur grande complicité. Grand collectionneur d'art, il s'est enrichi grâce à ses revenus ecclésiastiques mais a aussi permis la présence en France de certaines oeuvres majeures.
Comme d'habitude avec Simone Bertière, cette biographie est limpide, d'une lecture des plus agréables et permet de mieux cerner l'homme au delà du personnage historique.
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Avant toute chose : je dois préciser que j'ai lu quasi tous les écrits de Mme Bertière : je suis une grande fan pour des raisons évidentes : la qualité de ses travaux, son écriture, son ton, TOUT.

J'ai particulièrement apprécié celui-ci. Après Richelieu, Mazarin est incontestablement l'exemple parfait de l'homme d'état tel que l'on pouvait le concevoir sous l'Ancien Régime, du moins jusqu'à l'avènement de Louis XIV et sa décision de "gouverner par lui-même". le personnage ne peut laisser indifférent. Formé par Richelieu, il se révèlera à la hauteur de l'immense tâche qui sera la sienne.

Etrillé au 19ème siècle pur des raisons qui me demeurent obscures, S. Bertière réhabilite cet homme parti de si loin dans la hiérarchie sociale ô combien compliquée du 17ème siècle qui su à force de travail, d'intelligence, d'entregent, de culot, arriver au sommet.

Le portrait si connu qui constitue la couverture du lire montre cet homme avec un regard d'une tristesse insondable. Il semble résigné.

Richelieu avait ses chats, Mazarin ses oeuvres d'art, qui ont certainement constitué son refuge (toutes léguées à Louis XIV, ce qui semblait une évidence).
Quel ministre cet homme à qui on reprochait à la fois de ne pas être noble, de voler dans la caisse (comme d'autres nobles, mais là, pas d'objections pour eux), de placer ses nièces (comme les autres), de se mêler de choses qui ne le regardait pas en somme, surtout pour un étranger qui ne se défera jamais de son accent italien.
Quelle conscience politique fut la sienne, l'envergure de ses idées. Il compte au nombre restreint des ministres qui comptèrent (Sully, Richelieu, Colbert, Vergennes...) et dont on peut supposer qu'ils "avaient une certaine idée de la France" pour caricaturer. Une chance donc.

A titre personnel, je suis reconnaissante à Mazarin d'avoir introduit l'opéra au royaume de France :-). Nous devrions lui être reconnaissants de cela ! Sans parler du Collège des 4 Nations.....
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