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ISBN : 2296938906
Éditeur : Editions L'Harmattan (17/10/2012)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
– La France est le pays d’Europe qui dispose du plus grand nombre de centres bouddhistes tibétains, ce qui mérite une attention particulière quant aux modalités de diffusion et de transmission du bouddhisme tibétain dans un nouveau contexte social et culturel. Depuis une quarantaine d’années, plusieurs maîtres tibétains y sont venus pour fonder des «centres du dharma». Le bouddhisme tibétain y jouit d’un statut particulier et a bénéficié relativement tôt de re... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (1) Ajouter une critique
Ledraveur
22 septembre 2014
★★★★★
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« Le Maître dans la diffusion et la transmission du Bouddhisme tibétain en France » de Cécile Campergue, Éditions L'Harmattan © 2012
- ou dans une lecture plus pamphlétaire :
« Tribulations dans la “troupeausphère* lamaïque” en pays de France fin XXe, début XXIe »
Cet ouvrage remarquable**, sans partialité, est un compte rendu et un « état des lieux » en notre pays de France d'une situation, d'un fait contemporain, qui devrait nous interpeller, nous poser question sur notre valeur humaine, sur ce que nous sommes devenus … compte tenu des événements depuis sa parution autour du sujet qui nous intéresse, nous pourrions nous poser la question suivante :
— Le gâchis humain est-il inéluctable ?
— Quels moyens le citoyen lambda peut-il mettre en œuvre pour tenter de rendre intelligible ce qui fait de plus en plus défaut, un comportement authentique, rationnel, bienveillant dans une sage fermeté !
Cécile Campergue n'a pas « un regard de l'intérieur », et ce n'est pas son propos d'ailleurs. Son positionnement est celui de l'étude, et c'est du très bon travail. Il n'est pas question pour elle d'avoir une appréciation sur la validité de cette tradition donnée, et sa valeur intrinsèque, mais de prendre en considération un groupe humain dans une étude générale sous le rapport des relations individuelles et de groupes, dans sa relation physique et morale au monde dans lequel il vit, avec ses variations dans le temps et l'espace … et c'est fort bien rendu !
* (clin d'œil en analogie avec la troposphère : Partie inférieure de l'atmosphère terrestre, qui s'étend du sol jusqu'à une altitude variant d'environ 8 km aux pôles à environ 17 km à l'équateur, et dans laquelle la température décroît assez régulièrement avec l'altitude.)
** Cela fait maintenant plus de vingt-ans que nous souhaitions la parution d'un tel ouvrage.

Lien : http://camisard.hautetfort.c..
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Citations & extraits (143) Voir plus Ajouter une citation
LedraveurLedraveur23 septembre 2014
C’est ainsi que le bouddhisme, fer de lance du nationalisme tibétain au Tibet et en exil a pu être instrumentalisé à des fins politiques : la volonté de préservation de la culture et de la religion tibétaine, priorité de la politique du gouvernement tibétain en exil, va passer par la diffusion et la promotion du dharma ; le combat politique d’un Tibet libre offrant une large tribune aux acteurs du bouddhisme tibétain.
La logique missionnaire s’est révélée efficace si on en juge par la présence mondiale de lamas tibétains ayant mis en place des centres et des groupes d’études permettant la propagation de leur religion. Ces lamas, notamment ceux qui occupent un rang hiérarchique important dans l'institution ont conservé leur autorité traditionnelle en exil et demeurent les détenteurs et les dépositaires du pouvoir. D’autres étaient peu connus et ont acquis une réputation internationale en venant en Occident, comme Trungpa ou Namkhaï Norbu. Plus de la moitié de ces lamas exilés se sont installés aux États-Unis, au Canada, en Europe de l’Ouest, en Angleterre, en Australie ou encore en Nouvelle-Zélande -39-. La création d’organisations transnationales dépendant de l’autorité d’un maître en particulier en est un des principaux résultats -40-.
Précisons d’emblée que la clé de voûte de l'édifice religieux bouddhiste tibétain est le lama (tib. bla ma). Sans lui, il n’y a pas de progression spirituelle possible. En effet, le maître est l’intermédiaire exigé qui donne l’accès à l’Éveil. Ce dernier (l’Éveil) est donc subordonné à l'appartenance à une lignée de transmission par moyens sacramentels (les lamas). Le lama agit comme catalyseur, il est à la fois objet de conversion, de respect et de dévotion. Essentiel, il est celui autour duquel se structurent des communautés de fidèles, le sangha (au départ, le sangha ne concernait que la communauté monastique). Comme l’écrit F. Jagou, « Sans le bla-ma, qui est le digne ambassadeur des Bouddhas dans le monde phénoménal, il n’y a pas de Dharma -41- ». D’ailleurs, alors que tous les bouddhistes prennent refuge -42- dans les « Trois Joyaux » que sont le Bouddha, le Dharma, le Sangha (le Bouddha historique, la voie qui mène à la libération et la communauté de ceux qui suivent l’enseignement du Bouddha), le bouddhisme tibétain ajoute à cela les « Trois Racines » : le lama, le yidam (déité d’élection) et la dakini (messagère de l'espace). Philippe Cornu souligne que les trois joyaux du refuge sont inclus dans le maître, dont le corps est le Sangha, sa parole étant le Dharma et la Dakini, et son esprit étant à la fois le Bouddha et la déité -43-. Cependant, il ne faut pas confondre le maître tantrique Vajracarya (« maître de vajra ») avec les différents types d'enseignants religieux qui peuvent être appelés lamas. Ainsi, comme dans l’aire culturelle tibétaine où l’emploi de lama est multiple -44-, il en est de même dans le contexte européen.
Dans la tradition bouddhique tibétaine, le politique et le religieux sont inextricablement liés.

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39 - G. Coleman, A Handbook of Tibetan Culture, London, Orient Foundation, I993.
40 - Comme les organisations suivantes : Dzogchen community, Rigpa International, Karmapa Charitable Trust, La Fondation pour la préservation du Mahayana, La Nouvelle Tradition Kadampa, etc.
41 - « La politique religieuse de la Chine au Tibet », op.cil., p. 40.
42 - L‘entrée dans la voie bouddhique. Le terme sarana traduit par refuge, désigne un point d’appui. Prendre refuge implique la confiance et la foi dans la véracité du Bouddha, l'efficacité du Dharma et l'honnêteté du Sangha. Lors de la cérémonie de refuge, l'aspirant est à genou et récite la formule de refuge par trois fois et se voit couper une mèche de cheveux par le maître. Ce dernier lui remet un cordon de protection, un livret de pratique et un nom tibétain.
43 - Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Seuil, Paris, 2001, p. 633.
44 - Cf. G. Samuel dans Civilized Shamans, Buddhism in Tibetan Societies, Smithsonian Institution Press, Washington and London, 1993.

page 17


D’ailleurs, au Tibet avant l’invasion chinoise, la fusion du pouvoir temporel et spirituel était totale avec l'exemple connu de l’institution des Dalaï-Lamas -45-. On peut alors s'interroger : comment une religion riche et complexe, largement idéalisée, constituée de façon bureaucratique et même « aristocratique », « ce qui est opposé à la représentation démocratique qu’en ont la majorité de ses adeptes occidentaux -46- » a pu trouver un si large écho en Occident ?
...
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45 - « Maître Océan de Sagesse », titre donné par Altan Khan à Sönam Gyatso, abbé de Drepung.
46 - R. Liogier, Le bouddhisme mondialisé, op.cit., p. 5l.

page 18
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LedraveurLedraveur28 septembre 2014
Le charisme du Dalaï-Lama va devenir si important qu’il va être une des personnes les plus médiatisées au monde, une figure clef, à la fois dans la promotion du bouddhisme, de l’unité tibétaine et du nationalisme tibétain, de la défense de la cause tibétaine, plus généralement même, de la paix mondiale -22-.
Sa volonté de créer une unité afin d’exercer une pression sur la Chine, a entraîné depuis l’exil, l’incorporation des régions du Kham et de l’Amdo pour désigner le Tibet culturel et national. Ces régions, comme nous l’avons vu, ont toujours été considérées comme nomades où les lignées étaient largement autonomes. L’histoire du Kham, son identité culturelle, montre bien qu’il était lié à des maîtres locaux et que l'influence de Lhassa y était moindre. Avec l’exil et la volonté d’unification pour faire bloc contre la Chine, le Dalaï-Lama se pose en représentant du grand Tibet historique et culturel regroupant des provinces que le gouvernement de Lhassa n’administrait pas auparavant. La construction imaginaire des élites de la diaspora d’un Tibet en exil unifié pêche ainsi par essentialisme.
Le refus d’assimilation pour nombre de Tibétains vivant en Inde (refus massif de prendre la nationalité indienne par exemple) peut se lire comme un désir de retour à la terre sacrée mais aussi l'expression d’une ethnicité -23- et d’un statut de réfugié octroyant des droits majeurs. Audrey Prost commente le discours nationaliste de la manière suivante :
« The Tibetan nationalist discourse stressing the préservation of the Tibetan héritage on one hand, and the western cultural investment in Buddhism, on the other, happily coïncide in awarding high symbolic currency to the préservation of ‘authentic’ (largely Buddhist) Tibetan lifestyles. Thus gaining access to économie capital through sponsorship means panicipating in the more general agenda of cultural préservation. » (Prost, 2006 :241)

Le sentiment d'identité nationale s’illustre par exemple par la langue commune (le dialecte de Lhassa), un drapeau tibétain, un chant écrit par le tuteur du Dalaï-Lama comme hymne nationale et l'anniversaire du pontife, jour de célébration populaire.
Si le combat politique et la recherche de l’unité est une des priorités du G.T.E., faisant du bouddhisme l'étendard de la nationalité tibétaine, des problématiques internes directement liées à cette recherche d’unité mais également à des facteurs religieux et politiques vont bousculer la communauté tibétaine exilée, loin d’être unifiée. L’émergence d’une classe moderne éduquée au Tibet mais aussi en exil, à la fois indépendante du communisme et de la « domination lamaïste -24- » ne semble pas, au grand regret de l’écrivain Dawa Norbu, être pris en compte par le Dalaï-Lama -25-. Les conflits liés à l'exercice du pouvoir qui partagent et divisent les Tibétains ont des répercussions sur toute la communauté. La sacralité du Dalaï-Lama ne peut être questionnée et les critiques des institutions en exil sont perçues comme des attaques envers le pontife. La censure qui touche plusieurs intellectuels dissidents en est un exemple : c’est le cas de Jamyang Norbu -26-, indépendantiste dont les œuvres ont été à ...
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22- Luc de Heush mentionne dans Charisme et Royauté, qu‘« il y a lieu de prendre en considération dans la domination charismatique un jeu dialectique entre la séduction personnelle du leader et les groupes aux intérêts fort différents qui sont les jouets de cette séduction même », Société d’ethnologie, Nanterre, Paris, 2003, p. 25.
23- C'est d’abord dans les sciences sociales américaines que le terme d‘ethnicity s'impose à partir des années 1970. P. Poutignat ; J. Streifl-Fenart, Théories de l'ethnicité, éd. PUF Paris, 1995.
24- R. Bamett, «Violated Specialness... », in Imagining Tibet, op.cit., p. 301.
25- Ibidem. Dawa Norbu, Tibet: The RoadAhead, London, Rider, I997,
26- intellectuel de renom vivant aux États-Unis. Cf : http://www.rangzen.net


page 90

… plusieurs reprises censurées. Perçu comme un traître et un hérétique par de nombreux Tibétains, il critique la « Voie du Milieu » du Dalaï-Lama.

page 91

(Jamyang Norbu : "the Middle Way Approach"
http://www.phayul.com/news/article.aspx?article=The+Great+Middleway+Referendum+Swindle+-+by+Jamyang+Norbu&id=35262&t=1&c=4
et ...
http://www.phayul.com/news/article.aspx?article=THE+DIALECTICS+OF+BEING+SHEEP+%E2%80%93+by+Jamyang+Norbu&id=35039&t=1&c=4

http://camisard.hautetfort.com/index-3.html
et
http://camisard.hautetfort.com/archive/2008/03/24/tibet-2008.html
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LedraveurLedraveur23 septembre 2014
La présence sur le sol français de plus de 200 « centres du dharma »-30- (exactement 204 pour l’année 2005) dont plusieurs temples et quelques monastères, mérite une attention particulière quant aux modalités de diffusion et de transmission de cette religion (le bouddhisme tibétain)-31- dans un nouveau contexte culturel et religieux. Même si ces centres ne sont pas les seuls objets de cette étude, ils sont des lieux incontournables dans le processus de diffusion, d'implantation et de transmission du dharma. Ils sont des lieux privilégiés pour l’observation directe de pratiques religieuses, sociales, économiques et politiques. Ces divers centres dépendent tous de
l’autorité d’un maître particulier.
Après l’exil de plusieurs milliers de Tibétains (80 000-100 000)-32- en Inde en 1959 sous la protection du Dalaï-Lama (certains maîtres avaient déjà quitté le Tibet à partir de 1951), le gouvernement tibétain, installé à Dharamsala, a choisi le bouddhisme comme fondement du nationalisme. Comme l’écrit Fabienne Jagou : « Depuis sa fuite du Tibet, le XIVe Dalaï-Lama et son gouvernement en exil véhiculent l’idée que la religion tibétaine est unique, qu’elle unit tous les Tibétains et qu’à ce titre elle doit être préservée-33- » et de ce fait, être diffusée.
Les Tibétains — tout au moins l’élite tibétaine en exil — ont adopté une représentation mythique d’un Tibet sacré, national et spirituel, indispensable pour maintenir la vision d’un combat pour un « Free Tibet ». Cette construction (reconstruction) se superpose à la représentation mythique occidentale du Tibet, véritable paradis terrestre, un Shangri-La -34-. Ce dernier a facilité l'exportation puis l’adoption, somme toute assez rapide, par l’Ouest de cette religion -35-, l'imaginaire occidental concernant le Tibet étant empreint de représentations positives (l’idée selon laquelle le Tibet abrite des maîtres réalisés pouvant sauver l’Occident est répandue chez les fidèles ; une supériorité spirituelle est alors attribuée aux Tibétains).
Yves Lacoste rappelait qu’un exode implique « qu’il y ait la possibilité de s’implanter ailleurs, et surtout qu’une notable partie du groupe expulsé ait les capacités d’adaptation, les types d’activités et les contacts qui lui permettront de s’insérer, de façon plus ou moins dispersée, parmi des sociétés différentes -36- ». La défense de la cause tibétaine, qui a eu un impact dans de nombreux pays, illustre les capacités d’adaptation du Dalaï-Lama et du gouvernement tibétain en exil dans l’habileté à utiliser les communications modernes mais aussi dans la mobilisation d’organisations
internationales aboutissant à la création d’une « communauté affective transnationale -37- » de sensibilités diverses, largement sympathisante bouddhiste -38-.

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30 Un centre est juridiquement une association régie par la loi de 1901 ou celle de 1905. Pour les comptabiliser, j’ai utilisé le Guide des centres bouddhistes en France de P. Ronce (1998), les Journaux officiels, les sites internet des centres et mes observations. Je n'ai pris en compte ni les Dom Tom ni la Corse.
31 J’emploie le terme « bouddhisme tibétain » même s'il est impropre car impliquant une imbrication étroite entre le Tibet et une forme de bouddhisme particulier. Le bouddhisme himalayen se pratique au Bhoutan, en Inde du Nord, au Ladakh, en Mongolie et au Népal.
32 M. C. Goldstein. A Historçv of Modem Tibet, 1913-1951 : The Demise of the Lamaist Slate, Berkeley University ofCalifomia Press, 1989, p. 825.
33 « La politique religieuse de la Chine au Tibet », Revue d'études comparatives Est-Ouest, 2001, vol. 32 n°1, p. 53.
34 James Hilton inventa ce lieu mystique en 1933 pour son roman Horizons Perdus.
35 P. Bishop, « Not only a Shangrila », in Imagining Tibet, op.cit., p. 204.
36 Y. Lacoste, « Géopolitique des diasporas », Hérodote, 2° trimestre 1989, n°53, p. 9.
37 A. Appadurai, Le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Payot, Paris, 2001.
38 Beaucoup de défenseurs de la cause tibétaine sont d’anciens maoïstes, d'anti-communistes, de sympathisants pour la lutte des peuples opprimés, etc.

page 16
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LedraveurLedraveur07 juin 2015
Les déplacements des hiérarques et autres maîtres dans des lieux où ils disposent d'un sangha organisée mais aussi dans le cadre de conférences ou d'enseignements publics, sont des « marqueurs symboliques » du pouvoir, et, en même temps, ils peuvent servir pour séduire de potentiels fidèles et augmenter par-là leur audience et leur influence. Ils sont synonymes d'une mission, caractérisée par la volonté de « propager le dharma » afin de l'apporter au plus grand nombre. Pour L. Obadia, c'est à une action « pastorale » à laquelle se livrent les moines (lamas) tibétains.
Désormais, une concurrence pour le monopole des biens de salut est observable, il faut dire que le nombre de maîtres présents en France ou venant y enseigner s'est décuplé. Les voyages aux quatre coins du monde des maîtres diffèrent nettement des voyages tels qu'ils se pratiquaient au Tibet et plus largement dans toute l'aire d'influence tibétaine. Désormais, les moyens modernes de déplacement leur permettent de visiter les nombreux centres du dharma qu'ils ont créé de par le monde et de rencontrer des sangha internationales. Aujourd'hui, un lama peut se rendre et enseigner sur plusieurs continents différents en quelques semaines. Des tournées mondiales ou européennes sont organisées, comme celle du Karmapa Trinlay Thayé Dorjé en 2004, qui l'a amené dans plus d'une dizaine de pays. Entre le mois de février et le mois d'août 2007, le chef de l'école Drikung-Kagyü, le Gyalwang Drukpa s'est rendu au Népal, en Chine, en Indonésie, en Inde, au Pérou, au Mexique et en Amérique du Nord. Le transport aérien, mais plus encore, les moyens techniques et matériels en général permettent une diffusion et un développement rapides des organisations bouddhistes tibétaines transnationales grâce à la présence du maître. Ces moyens techniques sont des supports précieux. A. Leroi-Gourhan a démontré de manière magistrale comment la technique influence le social, comment le matériel influence la vie des hommes.
Même si le maître n'est pas présent physiquement, il l'est tout de même, grâce à l'internet qui permet aux fidèles de recevoir les instructions et les transmissions à travers un écran*, parfois en direct lorsque leur lama enseigne à des milliers de kilomètres. Le lien entre le maître et la communauté doit être constant pour que celle-ci garde sa cohésion interne. Cela ne nécessite pas forcément la présence physique du maître ; il peut avoir délégué d'autres maîtres comme résidents, certains peuvent y venir enseigner régulièrement ou ponctuellement et d'autres ont pu être formés sur place. Le besoin de la présence physique du maître est variable chez les fidèles. Elle est plus accentuée (de fait) dans les centres où le maître réside.
La ferveur avec laquelle certains maîtres déploient leur activité, tant au niveau mondial qu'au niveau local, renvoie encore une fois aux actions prosélytes qui sont constamment déniées en tant que telles. Les lamas n'auraient donc pas recours au prosélytisme, connoté péjorativement car renvoyant aux missions chrétiennes, mais plutôt aux moyens habiles (upaya), pour le bien de tous les êtres. Les tournées mondiales, souvent décrites par plusieurs bouddhistes comme des « tournées dignes d'une rock-star » mobilisant des foules de dévots, doivent être perçues comme une chance unique de pouvoir rencontrer un maître de sagesse ou encore comme un « événement qui représente une précieuse opportunité de rentrer en contact avec la sagesse du bouddhisme tibétaine ». A plusieurs occasions, lors d'un passage en France d'un hiérarque important ou d'un maître ne foulant pas souvent le sol français, des fidèles me presseront d'aller l'écouter : « Il faut vraiment que tu le vois, tu ne peux pas louper ça » ; « Fais tout pour le rencontrer, c'est une bombe ! », « Si tu arrives à avoir un entretien avec lui, tu verras ce que c'est qu'un bouddha ».
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*Dans de nombreux cas, on peut accéder à des vidéos en ligne, parfois payantes. Des transmissions de pouvoir ont été réalisées par l'intermédiaire d'internet par Kyabjé Trulshik Rinpoché. On peut parler de « cyber-lama ».
p. 208 et 209
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LedraveurLedraveur08 juin 2015
Lama Kunzang a été arrêté à son domicile. Les attaques à son égard vont de l'enrichissement personnel* aux abus sur mineurs. Comme me le dira Paul (cinquante-huit ans), ayant vécu pendant plus de vingt ans à Nyima Dzong, Lama Kunzang a eu tout le panel des attaques possibles et imaginables, et ceci était essentiellement dû à d'anciens fidèles, qui, à cause de problèmes de couple et d'éducation des enfants se sont retournés contre le lama. Lama Kunzang était le seul maître dans son organisation, c'est « lui qui donnait les ordres » me dira Paul, qui souligne « le lama m'a tout donné pendant vingt-cinq ans ». Lama Kunzang n'habitait pas sur le centre, il vivait avec sa femme et ses enfants. Lorsqu'il s'est fait arrêter, le CEC a été perquisitionné. En effet, L. Kunzang avait publié une revue trilingue Adarshadatant de 1996) avec un texte précisant que « sans l'aide de Tulkou Péma, le centre OKC n'aurait pas pu voir le jour ni croître ». L'association CEC a tout de suite répondu par la négative, ce qui aurait irrité L. Kunzang. Un des responsables du CEC m'a dit que Lama Kunzang n'a jamais fait de retraite de trois ans et n'a jamais reçu le titre de lama de Kangyour Rinpoché. Il s'agit pour lui d'un « gourou autoproclamé » qui a « créé des centres avec de l'argent ». Ayant bien connu Lama Kunzang, mais n'étant jamais allé à Nyima Dzong, ce responsable est attristé : « Des gens intelligents ayant fait des retraites à Chanteloube sont partis suivre Lama Kunzang. Les gens sont naïfs, ils ont besoin de guides, de réponses, de structures, de hiérarchies. On remplace une sujétion par une autre. Or le dharma, ce n'est pas cela ». Une certaine orthodoxie religieuse justifie ou non les maîtres et disciples authentiques et ceux qui n'en sont pas. Des raisons plus pragmatiques participent à la revendication d'une orthodoxie religieuse qui est rarement le fait d'aspects purement religieux. Lorsque j'ai demandé au responsable du CEC pourquoi les autorités tibétaines, si elles étaient convaincues qu'il s'agissait là d'un imposteur n'ont jamais réagis, ce dernier me dit alors : « De quel droit et au nom de quoi les devraient intervenir ? Les Tibétains ne sont pas mieux, il faut voir le nombre de jeunes tibétains qui abusent de leur statut... ». Selon lui : « Les maîtres n'interviennent pas pour ne pas couper les gens du vrai dharma. Ils mettent l'accent sur la responsabilité individuelle. Ce n'est pas leur rôle d'interdire ou de critiquer telle ou telle personne. C'est à chacun de tester les qualités du maître ».
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*Le château de Castellane avait été mis à la disposition de la communauté qui n'avait pas les moyens de l'acheter. C'est en vendant un autre château dont l'association était propriétaire qu'elle a eu la capacité financière d'acheter le « Château des Soleils » au L. Kunzang. La somme de la vente apparaît contestable soulignant que L. Kunzang a réalisé un bénéfice non négligeable. Les sociétés commerciales de l'association sont détenues à 80% par sa femme et 20% par les fidèles du centre, ce qui a été également un sujet de plainte.
p. 280
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