Chine, milieu des années cinquante, un couple de jeunes étudiants en médecine fraîchement marié voit sa vie basculer quand leur pays déclare la guerre au Tibet. Par idéal politique, l'homme s'enrôle dans l'armée. Restée au pays, elle reçoit quelques semaines après l'annonce de sa mort sans les justificatifs qui devraient l'accompagner. Refusant cette nouvelle et ne sachant rien des circonstances de cette disparition, elle fait le voeu de retrouver son mari. Engagée par l'armée en temps que médecin, elle s'achemine cahin-caha vers un destin qui la transformera à jamais. Partie pour quelques mois, elle y errera pendant trente ans.
Suite à un incident, son convoi est arrété par des combatants tibetains et n'aura la vie sauve que grâce à son statu de médecin. Recueillie par une famille tibétaine, elle pénètre dans un monde inconnu d'elle; aucun repère culturel ne lui sert à quoique ce soit car ce qu'elle a en fance n'est fait que de silence, de vastitude, de solitude et de vide surtout. S'ajoutent à l'étrangeté de sa situation la barrière de la langue, les coutumes qu'elle s'efforce de respecter et une culture dont elle ignore tout. Au-delà d'une frontière physique, tout sépare ces deux pays. Une vie nomade contre une vie sédentaire, une vie tournée vers la spiritualité contre une plus matérialiste, la cacophonie contre l'économie des paroles. Deux univers qui s'entre-choquent.
Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il me semble que
Nicolas Bouvier disait que ce n'est pas l'homme qui fait le voyage mais le voyage qui fait l'homme. C'est aussi un des thèmes de cette histoire incroyable, notre médecin s'abandonne complêtement à cette vie. Ne résiste pas car sa vie et sa quête en dépendent. Tout oublier pour accueillir un autre monde en soi et vivre en parfaite symbiose avec son entourage immédiat. Elle suit cette famille dans tous ses déplacements, participe à toutes leurs fêtes, partage leurs tâches quotidiennes et poursuit sa quête. Les rares rencontres qu'elle fait déverrouillent ses dernières résistances. Par hasard, lors d'un déplacement elle entend un chant qui raconte l'histoire d'un homme-médecin qui a eu l'honneur d'avoir des
Funérailles célestes. Elles consistent à démembrer un homme et à donner en pâture ses restes aux vautours. A force de pugnacité, elle trouve ce moine, remonte le cours de l'histoire et parvient à obliger les autorités
Chinoises installées sur place à notifier les causes du décés de son mari.
Ce livre n'est pas une énième histoire à l'eau de rose, cette histoire est la définition même de ce qu'est l'altruisme : tout donner sans jamais rien exiger quoique ce soit en retour. L'amour devrait incarner cela, l'absence totale de calculs. Cette fidélité par delà la mort peut prêter à sourire mais à mon humble avis c'est aussi le signe d'une énorme force de caractère et de philosophie existentielle. Mon opinion en vaut une autre je vous l'accorde mais c'est de cette manière que j'entrevois ce témoignage.
Xinran, journaliste-radio de son état à Pékin, recueillait les confidences des femmes. Cette histoire lui a été suggérée par un auditeur qui venait de rencontrer une femme étrange, celle-là même dont elle tente avec difficultés de percer le secret. Là aussi on assiste à deux mondes qui ne peuvent se comprendre.
Xinran n'est allée au Tibet que dans le cadre de son travail, cette terre lui reste étrangère. Cela se sent tout au long de la lecture, elle s'explique plus à elle-même qu'au lecteur, cette incroyable errance. Elle est subjuguée par son récit mais on ne ressent pas son empathie pour ce petit bout de femme. Au lieu d'être un défaut, cette impossibilité à comprendre l'autre sert à merveille cette dualité entre ces deux univers que les mots n'arrivent pas à rapprocher. Souvent vivre certaines choses ne s'expliquent pas, elles doivent juste se vivre et personne ne peut prendre la place de l'autre. le mieux que l'on puisse faire est de comprendre les mots qui sont malheureusement à nouveau traiter à l'aune de ce que nous croyons nous savoir. On ne sort jamais de l'interprétation et l'une n'a rien à voir avec celle du voisin, même si on parle la même langue. » Des traducteurs-traîtres » concernant nos propres expériences? Ou juste des prisonniers consentants? Alors celles des autres…….
A l'attention de Christiane, with all my love.
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