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Ballets sans musique, sans personne, sans rien1Ajouter à mes livres
Quand Céline rencontre les dieux et revisite la mythologie, quand il met en scène son imaginaire, on assiste à un spectacle total où l'amour, la jalousie, les sons et les lumières se mêlent en une sarabande extravagante d'inventi... > voir plus
Ballets sans musique, sans personne, sans rien / Louis Ferdinand Céline ; illustrations d'Eliane Bonabel. Gallimard, 1959. 196 p. : ill., couv. ill. Contient :
1 - Scandale aux Abysses
2 - La Naissance d'une fée
3 - Voyou Paul. Brave Virginie.
4 - van Bagaden.
5 - Foudres et flèches. Ecriture enlevée, sautillante et gracieuse ; cet effet d'écriture ballet est plutôt réussi ; sortes de didascalies rythmiquement cadencées et ponctuées. le point de suspension mis au renfort de la virgule anime cette série de petits tableaux mythologiques ; le dieu Neptune, les fées, Paul et Virginie y gambadent sous la "petite musique" célinienne. Jambes dansantes des ballerines mutines. Céline chorégraphe des mots ; Rigodon. Voilà pour la forme.
Pour le fonds ; le massacre des bébés phoques et de la faune marine par la pêche industrielle (1) ; le bordel contre l'amour (2) ; la technique déshumanisante (3) ; la cupidité affairiste (4) ; la guerre contre l'amour (5) - thèmes bien céliniens eux aussi. le tout posé sur une scène charmante et grotesque dont je retrouve comme un équivalent pictural dans Bosch ou Breughel que Céline admirait particulièrement paraît-il.
Scandale au Abysses
p. 11 Les délégations de poissons viennent en longues cohortes sans cesse relancer Neptune pour se plaindre des hommes… de leurs chaluts… de leur mazout… de leurs engins toujours plus meurtriers.
Défilé des poissons, des morues… des sardines… des phoques… les phoques surtout qui se plaignent énormément… font retentir de hautes clameurs… On les égorges par millions chaque année sur leur propre banquise… pendant qu'ils s'ébattent en famille et batifolent innocemment… au pâle soleil du Nord… Défilé de mères phoques portant dans leurs bras les cadavres de leurs bébés phoques égorgés… Grandes clameurs… Long défilé avec pancartes… "Mort aux hommes!…"
Les phoques demandent que Neptune se décide à sévir contre les nouveaux navires, terribles usines flottantes… à chasser et dépecer le phoque… à même la banquise… Le progrès scientifique dans l'Hécatombe!…
Voyou Paul. Brave Virginie
P. 128
C'est le"Fulmicoach", le phénoménal ancêtre de tous les véhicules automobiles…L'ancêtre de la locomotive, de l'auto, du tramway, de toute la mécanique fulminante… Enfin énorme, fantastique, effrayant… Il a sa musique, genre jazz en lui… La foule se tourne vers le monstre… déjà la foule ne pense plus à Virginie morte… étendue au premier plan…
(…)
La machine infernale avance toujours peu à peu… Un homme sur l'avant du châssis, là-haut, joue de la trompette (genre mail-coach), l'émotion de la foule est à son comble… L'enthousiasme aussi… Des vélos entourent le monstre… les cyclistes tirent du pistolet, une farandole autour du monstre… Faire du bruit!… On aperçoit à présent tout cet énorme ustensile qui avance tonitruant et majestueux… On fête le monstre vrombissant… on se passionne… Tout au sommet de la cheminée le drapeau américain…L'engin vient d'Amérique…