ISBN : 2070360288
Éditeur : Gallimard (1972)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.26/5 (sur 695 notes) Ajouter à mes livres
Lorsque Ferdinand Bardamu s’engage dans l’armée, il côtoie la Grande Guerre et ses horreurs. Il y perd ses illusions, en même temps que son innocence et son héroïsme. En Afrique, où le colonialisme lui montre une autre forme d’atrocité, Bardamu s’insurge de cette exploitation de l’homme par l’homme, plus terrible encore que la guerre. En Amérique, où le capitalisme conduit à la misère des moins chanceux, Bardamu refuse toute morale et survit comme il peut, entre son travail à la chaîne et son amour pour Molly, généreuse prostituée. En France, où il exerce comme médecin de banlieue, Bardamu tente d’apaiser les malheurs humains. Au fil de son voyage, étape par étape, il côtoie sans cesse la misère humaine et s’indigne, cynique et sombre comme la nuit.
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par totom, le 25 mars 2010

    totom
    Ouvrez-le à n'importe quelle page, et lisez-en un passage à haute voix...
    Céline ne mâche pas ses mots, il les mastique jusqu'à en extraire le suc.
    Ca claque, ça grouille, ça pète, ça chie, ça pleure, car "l'existence, ça vous tord et ça vous écrase la face"
    Il y a un avant et un après avoir lu ce livre.
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    • Livres 5.00/5
    Par Cath36, le 16 juin 2011

    Cath36
    Immense coup de coeur ! On a tellement dit du mal de Céline que j'ai longtemps renâclé à le lire, et puis j'ai voulu me faire moi-même ma propre idée. Haineux, Céline ? Pas dans "voyage au bout de la nuit" en tous cas , où il démonte au contraire un par un les mécanismes qui conduisent à la haine, et ce avec une lucidité impitoyable. Pas d'illusions sur la nature humaine, pas de fioritures, pas de complaisances sur une pseudo-fraternité, mais des tentatives pour prendre du recul face à ce qui détruit l'être humain et tenter d'apprendre à vivre malgré cela ou plutôt avec. Il y a chez Céline un mélange contradictoire entre désespoir et désir de vivre envers et contre tout que je trouve magnifique et qui pourrait aider la plupart d'entre nous. Car ce n'est pas de se voiler les yeux qui fait avancer, mais de regarder les choses en face et d'en rire si on le peut. Ainsi que le disait Pascal, l'homme est plus grand que ce qui l'écrase parce qu'il est doué de conscience. Je pense que le regard de Céline sur la vie m'accompagnera longtemps, comme celui d'un ami qui aura eu le courage de dire tout haut ce que je pensais tout bas.
    Et tant pis pour le "politiquement correct" ! C'est la vérité qui nous aide, pas le mensonge.
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 06 juillet 2011

    brigittelascombe
    Un parcours de vie chaotique pour Louis Ferdinand Destouches dit Céline né en 1894. Placements, déménagements,engagement volontaire en 1912, blessure en 14, départ pour l'Afrique coloniale entre 16 et 18, études de médecine, mariage,divorce, il commencera "Voyage au bout de la nuit" en 1929, mais ce livre qui obtiendra le Prix Renaudot ne sera édité qu'en 1932.
    Connu par la suite pour ses violents pamphlets antisémites, sur la liste des écrivains collaborateurs, il deviendra après la deuxième guerre mondiale un homme à abattre, fuira en Allemagne avec sa deuxième femme Lucette, sera emprisonné au Danemark durant deux ans et demi puis écrira à Meudon ses derniers ouvrages qui lui donneront une place primordiale dans la littérature française.
    Délirant? Paranoäque? Difficile à dire, son écriture fut qualifiée de psychotique car il passe de la réalité à la fiction de manière continue.
    Celà s'expliquerait par son clivage, Destouches(le médecin)- Céline(l'écrivain).
    Voyage au bout de la nuit, écrit dans un style imité de la langue parlée mélé d'argot, parsemée de bons mots, sa pâte inimitable, dénonce l'absurdité du monde, les horreurs de la guerre de 14, puis de l'après guerre.
    Son personnage principal,Ferdinand Bardamu, a, comme l'auteur, une image négative de ses origines et de sa condition: "La race, ce que tu appelles comme ça c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux,puceux, transis qui ont échoué ici poursuivis par la faim,la peste,et le froid,venus vaincus des quatre coins du monde".
    Engagé volontaire, pris dans l'étau infernal de la mort (inspiré du vécu de l'auteur), hostile à l'héroïsme,lâche, il hurle sa hargne:"Bandes de charognes, c'est la guerre!", essaye de résister à la folie ambiante, perd ses illusions, "les hommes sont des pourritures en suspens", méprise les autres.
    Il se méfie de tout, même des arbres et de leurs embuscades où la mort peut se cacher.
    Son intermède avec Lola, infirmière américaine "au coeur et au corps tendres" , aux yeux de chat sauvage,panse un peu ses plaies d'angoisses saignantes, car il est fou de peur.
    Puis c'est Musyne, la violoniste.
    Jaloux il se sent exclu:"récapitulons,les aviateurs m'avaient pris Lola,les Argentins Musyne et cet harmonieux inverti enfin venait me souffler ma superbe comédienne".Persécuté, il sent que l'on chuchote derrière son dos.
    Bardamu veut rester maître de son destin (comme Céline). "On m'avait possédé une fois à l'impression, on ne m'aurait plus"
    Réformé, il part en Afrique où anticolonialiste, il s'insurge contre l'enfer et l'exploitation de l'homme par l'homme,il étouffe et souffre.
    Il continue sa route en Amérique où, anticapitaliste, de petit boulot en petit boulot,il refuse toute morale et se perd dans le fond du gouffre des bordels. Molly, la prostituée généreuse, l'intime, le repêche.
    Il revient en France pour exercer son métier dans une banlieue de misère.Au départ, il "promet la santé, aux malades puis perd petit à petit sa mauvaise habitude".Et c'est les Henrouille,Madelon l'amante de Robinson et parfois la sienne, Angéline.....
    Mais ce Bardamu, mu par son barda, émergera t il, un jour ou peut être une nuit, de son voyage?
    D'emblée les dés sont pipés car "l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches".
    Il faut d'abord chercher à devenir soi même avant de mourir, prone Céline.
    Pessimiste, communiste, désespéré, noir, mais brillant!
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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 29 janvier 2012

    chartel
    A quoi ça sert d'ajouter une ânerie de plus, alors que tant d'autres y ont bavé dessus, sur le voyage au bout de la nuit ? Peut-être que c'est plus fort que nous ? Que quand y a des conneries à déblatérer on y peut rien, on veut afficher sa sale gloriole pour pas déjà sentir la charogne. Mais y a rien à faire. On se putréfie quand même. C'est sûrement pour ça que j'en rajoute une croûte. Parce que c'est joué quoi qu'on dise ou qu'on fasse.
    Mais y a pas à dire, même si le monde de Bardamu est jaune-pipi, on a jamais si mal parlé pour bien dire les choses.
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    • Livres 5.00/5
    Par nastasiabuergo, le 08 mars 2012

    nastasiabuergo
    Je n'ai pas relu "Le voyage" récemment et je puis donc témoigner en toute subjectivité sur le lent travail de ver dans le fruit qu'a accompli cette œuvre dans mon cerveau, sur ce souvenir impérissable et qui croît au cours du temps. Je ne me rappelle pas avoir jamais relu depuis un quelconque ouvrage (même les autres bouquins de Céline pourtant très bons) qui m'ait autant laissé une impression de puissance littéraire et "d'éclatement à la gueule". Quand bien même vous ne goûteriez rien du scénario, vous détesteriez l'homme et sa réputation sulfureuse, vous seriez presque à coup sûr fasciné par l'incomparable style de l'auteur. Céline est grinçant, cynique, cruel, déprimant mais c'est surtout un fantastique faiseur de phrases, capable de dégager une puissance incalculable des mots. Comment expliquer Céline? A la fois mélange de prose violente et de lyrisme morbide, à la fois désabusé et lucide, à la fois horrible et magnifique. Un style peut-être imitable, mais sûrement pas égalable. Céline était toujours très discret sur ses influences littéraires, mais, au détour d'une ou deux remarques laissées ici ou là, il avoue à demis mots qu'il se situe dans la lignée de Zola, probablement pas n'importe quel Zola, celui de la fin de L'Assommoir, dont le style est si particulier, même pour du Zola. le style, (peut-être aurait-il mis une majuscule au mot style, tellement il le tenait en haute estime, dans la lignée très franco-française matérialisée fort tôt par La Bruyère et ses Caractères ou Buffon dans son célèbre Discours Sur le Style, laquelle lignée fleurira les Balzac, Stendhal, Hugo, Flaubert, Zola, Gide, Proust ou Drieu La Rochelle) semble être le véritable fil conducteur des romans de Céline, le voyage plus que la destination, comme aurait dit Kerouac, et en ce sens, je pense qu'il en est et demeure le plus grand orfèvre français, voire mondial (mais les armes pour juger d'une telle assertion, sont délicates à maîtriser car il faudrait lire toute la littérature en V.O., or j'ai un peu de mal avec le finnois, l'albanais, le japonais et même un peu le swahili!).
    En une phrase, le héros Bardamu fait son voyage initiatique "en négatif", celui qui l'amènera dans un trou perdu à exercer la médecine parmi la populace, après avoir essuyé les ricochets de la guerre, la sueur des colonies d'Afrique, les boulons des usines américaines aux cadences infernales, l'amour avorté, bref, la définition même du "Voyage au bout de la nuit".
    Pour ceux qui ne connaîtraient pas du tout Céline, même de réputation, je dirais simplement ceci : quand on écoute Desproges, on pense "C'est osé, c'est bien dit, c'est cru", quand on lit Céline, après on pense "en fait Desproges, c'est du sous-Céline" (et pourtant j'adore Desproges!).
    Je vous conseille aussi une interview en N & B de Céline sur YouTube où il parle un peu de sa biographie. Vous aurez cerné le personnage. Je m'autorise à ne rien dire de plus sur le livre lui-même vu le nombre impressionnant de commentaires. Mais lisez, savourez, délectez-vous de notre plus grand roman français du XXème, mais bien évidemment, ce n'est que mon avis, c'est-à-dire pas grand chose.
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Citations et extraits

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  • Par Natouuu, le 26 mai 2012

    Je vous le dis, petits bonhommes, couillons de la vie, battus, rançonnés, transpirants de toujours, je vous préviens. Quand les grands de ce monde se mettent à vous aimer, c'est qu'ils vont vous tourner en saucissons de bataille... C'est le signe... il est infaillible. C'est par l'affection que ça commence. Louis XIV lui au moins, qu'on se souvienne, s'en foutait à tout rompre du bon peuple. Quand à Louis XV, du même. Il s'en barbouillait le pourtour anal.
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  • Par Natouuu, le 26 mai 2012

    On est puceau de l'Horreur comme on l'est de la volupté. Comment aurais-je pu me douter moi de cette horreur en quittant la place Clichy ? Qui aurait pu prévoir avant d'entrer vraiment dans la guerre, tout ce que contenait la sale âme héroïque et fainéante des hommes ? A présent, j'étais pris dans cette fuite en masse, vers le meurtre en commun, vers le feu...Ca venait des profondeurs et c'était arrivé.
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  • Par clem, le 20 février 2009

    Le train est entré en gare. Je n'étais plus très sûr de mon aventure quand j'ai vu lamachine. Je l'ai embrassé Molly avec tout ce que j'avais encore de courage dans la carcasse. J'avais de la peine, de la vraie, pour une fois, pour tout le monde, pour moi, pour elle, pour tous les hommes.
    C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
    Des années ont passé depuis ce départ et puis des années encore... J'ai écrit souvent à Detroit et puis ailleurs à toutes les adresses dont je me souvenais et où l'on pouvait la connaître, la suivre Molly. Jamais je n'ai reçu de réponse.
    La Maison est fermée à présent. C'est tout ce que j'ai pu savoir. Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, qu'elle sache bien que je n'ai pas changé pour elle, que je l'aime encore et toujours, à ma manière, qu'elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée. Si elle n'est plus belle, eh bien tant pis! Nous nous arrangerons! J'ai gardé tant de beauté d'elle en moi et pour au moins vingt ans encore, le temps d'en finir.
    Pour la quitter il m'a fallu certes bien de la folie et d'une sale et froide espèce. Tout de même, j'ai défendu mon âme jusqu'à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais pas, j'en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres, tant de gentillesse et de rêve Molly m'avait fait cadeau dans le cours de ces quelques mois d'Amérique.
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  • Par loic, le 02 août 2007

    "Le pire, c'est qu'on se demande comment le lendemain on trouvera assez de forces pour continuer à faire ce qu'on a fait la veille ? Ou on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces milles projets qui n'aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l'accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu'il faut retomber en bas de la muraille chaque soir, sous l'angoisse de ce lendemain toujours plus précaire, toujours plus sordide ?... C'est l'age aussi qui vient peut-être et nous menace du pire... On n'a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie..."
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  • Par wictoria, le 15 mars 2009

    Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue. S'ils se mettent à penser à vous, c'est à votre torture qu'ils songent aussitôt les autres, et rien qu'à ça. On ne les intéresse que saignants les salauds ! Princhard à cet égard avait eu bien raison. Dans l'imminence de l'abattoir, on ne spécule plus beaucoup sur les choses de son avenir, on ne pense guère qu'à s'aimer pendant les jours qui vous restent puisque c'est le seul moyen d'oublier son corps un peu, qu'on va vous écorcher bientôt du haut en bas.
    Comme elle me fuyait Musyne, je me prenais pour un idéaliste, c'est ainsi qu'on appelle ses propres petits instincts habillés en grands mots.
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