Un parcours de vie chaotique pour Louis Ferdinand Destouches dit
Céline né en 1894. Placements, déménagements,engagement volontaire en 1912, blessure en 14, départ pour l'Afrique coloniale entre 16 et 18, études de médecine, mariage,divorce, il commencera "
Voyage au bout de la nuit" en 1929, mais ce livre qui obtiendra le Prix Renaudot ne sera édité qu'en 1932.
Connu par la suite pour ses violents pamphlets antisémites, sur la liste des écrivains collaborateurs, il deviendra après la deuxième guerre mondiale un homme à abattre, fuira en Allemagne avec sa deuxième femme Lucette, sera emprisonné au Danemark durant deux ans et demi puis écrira à Meudon ses derniers ouvrages qui lui donneront une place primordiale dans la littérature française.
Délirant? Paranoäque? Difficile à dire, son écriture fut qualifiée de psychotique car il passe de la réalité à la fiction de manière continue.
Celà s'expliquerait par son clivage, Destouches(le médecin)-
Céline(l'écrivain).
Voyage au bout de la nuit, écrit dans un style imité de la langue parlée mélé d'argot, parsemée de bons mots, sa pâte inimitable, dénonce l'absurdité du monde, les horreurs de la guerre de 14, puis de l'après guerre.
Son personnage principal,Ferdinand Bardamu, a, comme l'auteur, une image négative de ses origines et de sa condition: "La race, ce que tu appelles comme ça c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux,puceux, transis qui ont échoué ici poursuivis par la faim,la peste,et le froid,venus vaincus des quatre coins du monde".
Engagé volontaire, pris dans l'étau infernal de la mort (inspiré du vécu de l'auteur), hostile à l'héroïsme,lâche, il hurle sa hargne:"Bandes de charognes, c'est la guerre!", essaye de résister à la folie ambiante, perd ses illusions, "les hommes sont des pourritures en suspens", méprise les autres.
Il se méfie de tout, même des arbres et de leurs embuscades où la mort peut se cacher.
Son intermède avec Lola, infirmière américaine "au coeur et au corps tendres" , aux yeux de chat sauvage,panse un peu ses plaies d'angoisses saignantes, car il est fou de peur.
Puis c'est Musyne, la violoniste.
Jaloux il se sent exclu:"récapitulons,les aviateurs m'avaient pris Lola,les Argentins Musyne et cet harmonieux inverti enfin venait me souffler ma superbe comédienne".Persécuté, il sent que l'on chuchote derrière son dos.
Bardamu veut rester maître de son destin (comme
Céline). "On m'avait possédé une fois à l'impression, on ne m'aurait plus"
Réformé, il part en Afrique où anticolonialiste, il s'insurge contre l'enfer et l'exploitation de l'homme par l'homme,il étouffe et souffre.
Il continue sa route en Amérique où, anticapitaliste, de petit boulot en petit boulot,il refuse toute morale et se perd dans le fond du gouffre des bordels. Molly, la prostituée généreuse, l'intime, le repêche.
Il revient en France pour exercer son métier dans une banlieue de misère.Au départ, il "promet la santé, aux malades puis perd petit à petit sa mauvaise habitude".Et c'est les Henrouille,Madelon l'amante de Robinson et parfois la sienne, Angéline.....
Mais ce Bardamu, mu par son barda, émergera t il, un jour ou peut être une nuit, de son voyage?
D'emblée les dés sont pipés car "l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches".
Il faut d'abord chercher à devenir soi même avant de mourir, prone
Céline.
Pessimiste, communiste, désespéré, noir, mais brillant!