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ISBN : 2072447372
Éditeur : Gallimard (2014)


Note moyenne : 4.32/5 (sur 496 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Deuxième grand roman de Louis-Ferdinand Céline, "Mort à crédit", publié en 1936, raconte l'enfance du Bardamu de "Voyage au bout de la nuit", paru quatre ans auparavant. Après un prologue situant son présent, médecin dans les années trente, le héros narrateur, Ferdinand... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par UglyBetty, le 21 avril 2014

    UglyBetty
    Biographie - Les sept vies de Louis-Ferdinand Céline
    David Alliot.
    Rarement écrivain aura autant suscité les passions que Louis-Ferdinand Céline. Que l'on apprécie le style novateur de Voyage au bout de la nuit, où que l'on déteste le sulfureux pamphlétaire antisémite, nul ne peut rester indifférent. Si l'œuvre est relativement familière au plus grand nombre, la vie de l'écrivain est souvent méconnue du public, prompt à se satisfaire d'épithètes préfabriquées. Depuis une dizaine d'années, Louis-Ferdinand Céline est l'écrivain français le plus lu et le plus étudié à l'université. Les publications critiques ne sont pas en reste. Il ne se passe pas un mois sans qu'un livre sur Céline affronte les tables des libraires… Un record dans le genre. Cette profusion éditoriale permet de mieux comprendre une vie riche et complexe et d'appréhender l'œuvre loin des passions partisanes. Dans Rigodon, Céline avait écrit : « Nous vivons presque sept vies de chat, ça se voit, sept fois plus cons qu'eux... » Sept, c'est bien le nombre de vies qu'il a fallu à Louis-Ferdinand Céline pour atteindre son long Voyage au bout de la nuit… Suivons-le dans ce long dédale littéraire.
    Première vie : 1894-1911
    La jeunesse de l'écrivain est assez classique pour l'époque. Louis-Ferdinand Destouches est né le 27 mai 1894 à Courbevoie, dans une famille de la petite bourgeoisie. Si, par la branche paternelle, les Destouches peuvent prétendre à une ascendance nobiliaire, la réalité quotidienne est plus prosaïque. Auguste Destouches, le père du futur écrivain, est gratte-papier dans une compagnie d'assurances tandis que Marguerite Guillou, sa mère, exerce la profession de commerçante. Rien de bien prestigieux pour ces déclassés qui ont de grandes ambitions pour leur fils unique. le lieu de naissance de Louis Destouches est aussi un symbole. En cette année 1894, Courbevoie ce n'est pas tout à fait Paris, mais ce n'est plus tout à fait la campagne. de facto le futur Céline naît dans une sorte d'entre-deux social et géographique ; à cheval entre un passé disparu et un futur encore incertain.
    Six mois après la naissance de Louis Destouches éclate l'affaire Dreyfus. Cet événement ne sera pas sans conséquence. L'ordre, l'armée, le travail, et la patrie sont des valeurs de la famille Destouches. Auguste, son père, est un lecteur assidu de la presse antisémite de l'époque, et jusqu'à sa mort, en 1933, il refusera de croire en l'innocence du capitaine Dreyfus… Tous ces éléments participeront à l'éducation de Louis Destouches qui baignera dans une ambiance ultranationaliste et antisémite. Au tournant du siècle, la famille Destouches s'installe à Paris, passage Choiseul, où Marguerite ouvre un commerce de dentelles et de bibelots. Contrairement à ce qu'il écrira plus tard dans Mort à crédit, la jeunesse de Céline est sans histoire. L'enfant est même trop choyé par ses parents… Seul souvenir douloureux, la mort, en 1904, de sa grand-mère, Céline Guillou, que Louis Destouches adorait. Quelques décennies plus tard, au moment de publier Voyage au bout de la nuit, Louis Destouches se souviendra de ces instants complices avec son aïeule et prendra son prénom pour pseudonyme.
    Après l'obtention du certificat d'études, les Destouches songent à l'avenir de leur rejeton. Sans grande originalité, l'enfant est promis au commerce moderne. Si l'on en croit Céline, Marguerite Destouches rêvait pour son fils d'un poste d'acheteur dans les grands magasins… À cet effet, Louis Destouches est envoyé en Allemagne, puis en Angleterre pour apprendre les langues étrangères. Retour à Paris, et c'est l'apprentissage de plusieurs métiers dans le quartier de l'Opéra. Mais un obstacle demeure avant de se lancer dans la vie ; le service militaire.
    Deuxième vie : 1911-1931
    En 1911, Louis Destouches devance l'appel, et s'engage au 12e Cuirassiers de Rambouillet pour trois ans. Incorporé, le Maréchal des logis Destouches découvre la morne vie de caserne et son cortège de brimades. Mais c'est pendant cette période qu'il commence à écrire ce qui deviendra les Carnets du cuirassier Destouches. Premier jalon littéraire. En juillet 1914, éclate la Grande Guerre. Comme des millions d'autres, Louis Destouches est mobilisé, et le 12e Cuirassiers se met rapidement en marche. On remarquera, au passage, que le futur Céline officie dans une arme, certes prestigieuse, mais quelque peu désuète en ce début de XXe siècle. Toujours cet entre-deux… Les premiers mois du conflit seront éprouvants. Avancées et retraites incessantes sous le feu de l'ennemi et sous une chaleur de plomb. Pendant ces longues marches, le jeune parisien découvre la violence de la guerre, la mort, et la triste réalité des combats. En octobre, au cours d'une mission où il s'est porté volontaire, le cuirassier Destouches est blessé au bras et renvoyé à l'arrière pour être soigné. Cet acte de bravoure lui vaudra la médaille militaire et une page entière dans L'Illustré national. Malgré une opération chirurgicale réussie, il est déclaré invalide et finalement, Louis Destouches sera réformé après quelques années passées au consulat de Londres. Au final, Louis Destouches ne connaîtra pas la guerre des tranchées, mais il ne sortira pas pour autant indemne du conflit.
    Rendu à la vie civile, Louis Destouches s'embarque pour le Cameroun, ancienne colonie allemande tout juste conquise par les Français. Pendant un an, il sera chargé de commercer avec les autochtones pour le plus grand profit d'une compagnie commerciale. Mais l'expérience ne dure pas longtemps. le jeune homme est rapatrié en France pour des raisons sanitaires. de retour à Paris, Louis Destouches cherche une situation stable et, en attendant, s'occupe avec de petits boulots. Pendant quelques mois, il travaille dans une revue de vulgarisation scientifique qui ne sera pas sans rappeler le Génitron de Mort à crédit. Au détour d'une annonce, il découvre que la Fondation Rockefeller recherche des conférenciers pour sensibiliser la population bretonne aux méfaits de la tuberculose. Louis Destouches est embauché, et rapidement, il donne la mesure de ses talents d'orateur. Plutôt bel homme est beau parleur, le conférencier fait merveille auprès de la population. À Rennes, il séduit la fille du docteur Athanase Follet, médecin influent de la faculté de médecine. Ce dernier veut bien donner la main de sa fille au jeune homme, mais à condition qu'il ait une situation, si possible, avantageuse et respectable. Ce sera la médecine et Louis Destouches se lance dans les études. Athanase Follet aide son gendre, installe le couple dans un appartement confortable du centre de Rennes, et subvient à leurs besoins financiers. La situation est enviable, un mariage s'ensuit, et une fille unique, Colette Destouches, naît de cette union.
    Les études terminées, Louis Destouches doit soutenir une thèse. Son choix se porte sur la vie du médecin hongrois Philippe-Ignace Semmelweis. La thèse écrite par Louis Destouches est plus littéraire que scientifique. Les informations biographiques sont fragmentaires, et Louis Destouches n'hésite pas à inventer si besoin est… Néanmoins, cette thèse laisse entrevoir un remarquable talent littéraire qui annonce les romans futurs. L'intérêt que porte le futur Céline à Semmelweis n'est pas non plus anodin. Médecin en avance sur son époque, Semmelweis n'en est pas moins persécuté par les « mandarins » de la faculté, qui voient d'un mauvais œil les nouvelles techniques de ce médecin qui bouscule les conventions établies… La thèse soutenue avec succès, il ne reste plus à son auteur qu'à se lancer dans la vie professionnelle. Mais laquelle ? Ouvrir un cabinet médical privé ? Travailler en hôpital ? Choisir la médecine sociale ? Succéder à son beau-père et obtenir un poste enviable ? Louis Destouches n'est pas homme de confort. Après ses études, il accepte un poste au service hygiène de la Société des Nations et s'installe à Genève, sans femme, ni enfant. Louis Destouches n'est pas fait pour les conventions, ni pour la vie de famille. le divorce sera inévitable.
    À Genève, loin de toute contrainte familiale, Louis Destouches mène grand train. le jeune médecin contracte des dettes, multiplie les aventures, mais donne satisfaction à l'organisation. le travail du jeune médecin consiste à écrire des rapports et à préparer des voyages d'études à l'étranger. Dans un premier temps, ses supérieurs hiérarchiques ne tarissent pas d'éloge sur ce jeune médecin, aux opinions un peu originales, certes, mais compétent. À partir de 1927, le vent tourne. Les frasques de Louis Destouches détonnent de plus en plus auprès de l'élite genevoise, et sa liaison avec Elizabeth Craig (la future dédicataire de Voyage au bout de la nuit), une très belle et très jeune Américaine, passe mal. Circonstance aggravante, pendant son séjour genevois, Louis Destouches écrit une pièce de théâtre satirique, L'Église, ayant la S.D.N. pour cadre. Cette pièce, inachevée et inégale, est une sorte de matrice primitive de Voyage au bout de la nuit. On y découvre Bardamu, Molly, l'arrivée à New York… mais aussi des considérations racistes et antisémites. Louis Destouches aura l'audace de montrer le manuscrit de L'Église à son supérieur qui est d'origine juive… En 1927, le contrat du médecin n'est pas renouvelé et Louis Destouches et Elizabeth Craig quittent Genève pour s'installer à Clichy. Louis Destouches ouvre un cabinet de médecine privée qui n'aura pas grand succès. Finalement c'est au dispensaire de Clichy (la Garenne-Rancy de Voyage au bout de la nuit) que Louis Destouches trouve un emploi stable, qui lui permet de se consacrer à une passion qui ne l'a jamais quitté, l'écriture. À Clichy, sans que personne ne le sache, le docteur écrit le roman de sa vie.
    Troisième vie : 1932-1937
    Début 1932, Louis Destouches envoie le manuscrit de Voyage au bout de la nuit aux éditions Denoël et aux éditions Gallimard. le premier est enthousiaste, le deuxième tergiverse… Finalement, Céline signe un contrat avec Robert Denoël qui souhaite rapidement publier le texte en vue d'obtenir le prix Goncourt pour le Voyage au bout de la nuit. Pour y parvenir, Robert Denoël ne ménage pas sa peine vis-à-vis des journalistes. Convaincu de publier un livre qui ne ressemble à aucun autre, l'éditeur croit en ses chances. La critique aussi d'ailleurs, qui loue les qualités du livre, malgré l'omniprésence du langage argotique. Au sein du jury Goncourt, Jean Ajalbert et Léon Daudet sont les plus chauds partisans de Céline, et entraînent avec eux une partie de leurs confrères. le Goncourt 1932 semble promis au Voyage au bout de la nuit, mais le jour dit, c'est le bien terne roman de Guy Mazeline, les loups, qui rafle la mise… le scandale qui s'ensuit est énorme. Les journalistes accusent le jury Goncourt d'être corrompu par Hachette (le distributeur de Gallimard), et certains jurés s'invectivent par voie de presse… Finalement la non-attribution du prix Goncourt aidera à la promotion du Voyage au bout de la nuit, qui s'écoulera à près de 100 000 exemplaires, score très enviable pour l'époque. En quelques mois, Céline devient la coqueluche du tout-Paris littéraire, et en fréquente certains salons. Mais malgré ce succès d'estime et commercial, l'écrivain masque à peine son ressentiment envers le monde de l'édition, et s'attèle à son deuxième roman. Mais en 1933, Elizabeth Craig quitte la France définitivement et ne reverra plus jamais Céline. Inconsolable de la perte de celle qu'il appelait sa « muse », Céline vivra d'expédients amoureux jusqu'à sa rencontre avec Lucette Almanzor en 1936, qui prendra une place importante.
    Mort à crédit, le deuxième roman de Céline, est publié en 1936, en plein Front populaire… L'accueil sera beaucoup moins enthousiaste, et le contexte politique est pour le moins difficile pour la vente des livres. La crudité des situations, la violence des termes argotiques font hurler les critiques. Pire, des passages du texte ont été laissés en blanc. Effrayé par certains propos, Robert Denoël veut couper certains passages. Céline refuse. Finalement, ils seront laissés en blanc. Pendant des décennies, le public fantasmera sur ces paragraphes mystérieux ; il faudra attendre 1981, pour lire Mort à crédit dans sa version originale et découvrir les passages « licencieux ». Mais au moment de la sortie du livre, personne ne comprend l'aspect novateur du deuxième roman de Céline qui, d'un point de vue stylistique, surpasse Voyage au bout de la nuit. Dans l'immédiat, l'opinion publique considère Céline comme un écrivain pornographe, et le livre est un échec commercial. Céline est déçu de cet accueil, mais loin de ce tumulte, il embarque pour l'URSS et visite Leningrad. Rien d'idéologique dans ce voyage de quelques semaines, mais juste l'envie de voir par lui-même ce qui était présenté alors comme le « paradis des ouvriers ». Plus prosaïquement, Céline espère aussi récupérer une partie de ses droits d'auteurs sur la traduction russe (tronquée) de Voyage au bout de la nuit, réalisée par Elsa Triolet. le moins que l'on puisse dire c'est que les charmes de l'Union soviétique laisseront Céline de marbre. À peine revenu en France, Céline couche sur le papier ce qu'il a vu et donne son point de vue sur ce qu'il a visité. le livre est publié à la fin de l'année 1936 et révèle un talent insoupçonné de Céline ; celui d'un redoutable pamphlétaire…
    Quatrième vie : 1937-1940
    Mea culpa est une charge d'une rare violence contre le système soviétique. Tout y passe. Sous la plume de Céline, il n'y a rien à sauver du régime des soviets. Avec ce texte, Céline rejoint la longue cohorte d'écrivains anticommunistes ; en plein Front populaire, il fallait une certaine dose de courage (ou d'inconscience c'est selon…) pour le faire. La publication de Mea culpa lève aussi une ambiguïté. Depuis la publication de Voyage au bout de la nuit, une grande partie de l'intelligentsia, Louis Aragon et Elsa Triolet en tête, considérait Céline comme un écrivain « prolétaire ». Trotski lui-même n'avait-il pas couvert Voyage au bout de la nuit d'éloge ? En publiant Mea culpa, Céline lève l'ambiguïté. Non il n'est pas communiste et affirme haut et fort sa liberté vis-à-vis des organisations politiques. Certains ne lui pardonneront jamais.
    Depuis quelque temps déjà il pressent un nouveau conflit entre la France et l'Allemagne et veut l'éviter à tout prix. À cet effet il écrit un nouveau pamphlet et prend parti contre ceux qui poussent à la guerre. Céline n'est pas homme de compromis et son pamphlet sera d'une rare violence. Dans son texte, il nomme le coupable, l'éternel coupablÀ peine mis en place, le livre est un succès de librairie. Cette réussite commerciale encourage e de toutes les sociétés occidentales, le bouc émissaire facile et convenu ; le juif. Quand Bagatelles pour un massacre (puisque c'est de lui qu'il s'agit), est mis en vente, fin 1937, le livre est plutôt bien accueilli par la critique, et le succès commercial est au rendez-vous. À droite, on salue la publication d'un texte plein de verve qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. À gauche, on apprécie cette attaque en règle contre les juifs, considérés comme une caste connivente du monde patronal et financier… À noter, pour comprendre le contexte politique de l'époque, qu'avant la Deuxième Guerre mondiale, on pouvait être de gauche et antisémite, cela ne posait aucun problème idéologique. Au final seule l'extrême droite est réservée. Si elle salue le combat antisémite, elle est plus réservée sur l'apport « scientifique » du pamphlet…
    Bagatelles pour un massacre est un jalon important dans la vie de Céline. C'est aussi une « curiosité » éditoriale pour l'époque. Certes, le contenu n'apporte rien de nouveau par rapport à ce qui se publiait à l'époque. le juif est l'ennemi, il est partout, il est riche, etc. Plus curieux, la taille du livre. Normalement, un pamphlet est un texte court. Ce n'est pas le cas de > lire la suite

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    • Livres 5.00/5
    Par ahasverus, le 26 décembre 2012

    ahasverus
    Attention chef d'oeuvre !
    Après le Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline abandonnait Bardamu mais gardait Ferdinand pour nous accompagner dans les recoins sombres du Paris et du Londres de son enfance. Il affirmait son style décapant et imagé pour nous délivrer ce fruit d'un labeur de plusieurs années qui reste une de ses toutes meilleures productions.
    Si vous n'avez jamais ouvert un livre de Céline (il vaut mieux en laisser certains fermés) les premières pages de Mort à crédit vous diront tout de suite à quel génie vous avez à faire. Les réflexions sur la mort de Madame Bérenge comptent parmi les plus belles pages de la littérature française.
    Vous suivrez ensuite les péripéties de Ferdinand, de son enfance au passage Choiseul jusqu'à son désir de rentrer dans l'armée. Ce livre devait constituer le début d'une trilogie "Mort à crédit - Casse-pipe - Guignol's band" dont le second volet n'a jamais été terminé. Je vous invite à lire, si vous souhaitez en savoir plus sur l'auteur, sa vie, ses choix, l'excellent "Céline", d'Henri Godard.
    Sans rentrer dans le détail des mésaventures de Ferdinand, j'insisterai sur le sentiment jouissif que procure la lecture de ce livre et sur l'étendue du talent de son auteur. Céline sait se faire drôle, haletant, émouvant, profond, ordurier... On ne sait jamais vers quelle rive il va nous emporter avec sa galerie de personnages et d'aventures.
    La Méhon qui colle son papier sur la vitrine de la boutique du passage Choiseul lorsque le père raconte ses histoires à un public de plus en plus dense, Courtial qui disparaît des jours dans sa cave pour échapper aux créanciers, Madame Divonne qui, de commerce en commerce, vient pleurer sur les proches décédés des commerçants dans l'espoir d'avoir un peu plus de nouilles, et bien d'autres personnages tout à la fois profondément humains et hors du commun vous accompagneront au long des six cents et quelques pages de ce monument joyeux, cynique, et volontiers ordurier.
    Il faut lire Céline comme on goûte une petite tasse de thé bien chaud, parfois brûlant, au coin d'une cheminée, par petites gorgées. Ou pas. Mais il faut lire Céline.
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  • Par aranzueque-arrieta, le 01 mai 2012

    aranzueque-arrieta
    Mort à crédit
    Louis-Ferdinand Céline
    Gallimard

    Ferdinand est médecin dans la banlieue parisienne, mais c'est à l'écriture qu'il veut se consacrer. Mireille, sa maîtresse, tape ses textes à la machine à écrire.
    A la suite d'une escapade au bois de Boulogne avec Mireille, au cours de laquelle le couple se bat, il tombe malade. La fièvre le faisant délirer, il se souvient de son enfance.
    Ferdinand est le fils d'Auguste, - père violent détesté, qui travaille à la Coccinelle, compagnie d'assurance où il est malmené par son patron - et de Clémence.
    La famille s'installe au Passage des Bérésinas, une sordide galerie de petits commerces qui croulent sous les dettes et les charges. Clémence tente sa chance dans la dentelle et les antiquités.
    Ferdinand parvient à décrocher son Certificat d'études.
    Atteint d'une méningite, il va se reposer à Asnières avec sa grand-mère.
    Sa santé toujours fragile, il part à Dieppe avec sa mère qui tente de refourguer sa camelote en faisant le porte à porte dans les maisons bourgeoises. Lors de sa première baignade, il manque de se noyer. Son père les rejoint les quinze derniers jours. Ils font une excursion épique en Angleterre de laquelle ils reviennent dans un triste état.
    En rentrant à Paris, ses parents le placent chez Berlope, au Sentier, où il travaille comme un esclave. Prit en grippe par son supérieur, Lavelongue, il est renvoyé.
    Son père le bat, passe son temps à l'humilier, se vengeant de sa situation à la Coccinelle.
    Sa mère lui trouve un nouvel emploi chez un bijoutier, Gorloge, dont le commerce traverse une crise depuis plusieurs années. Ferdinand obtient une commande auprès d'un chinois, relançant ainsi la vitalité de la bijouterie. Appelé par l'armée pour faire ses vingt-huit jours, Gorloge part, laissant Ferdinand sous la responsabilité de Mme Gorloge et d'Antoine, l'amant de cette dernière. le bijou terminé, il le garde précieusement en attendant le retour du chef. La patronne le lui dérobe en même temps qu'elle le viole. Il est à nouveau renvoyé et le scandale éclabousse sa famille qui veut s'en débarrasser.
    Ses parents, désespérés, ne savent plus quoi faire de leur fils. L'oncle Édouard propose de l'envoyer quelques mois en Angleterre. D'abord réticents, Auguste et Clémence le placent finalement au Meanwell College tenu par le couple Merrywin, en puisant dans les réserves de l'héritage de la grand-mère. Ferdinand refuse de parler pendant tout son séjour, n'apprenant aucun mot d'anglais. Il passe ses journées à jouer et à se promener avec Jonkind, un jeune handicapé, et Nora Merrywin, de qui il tombe amoureux.
    Un somptueux collège se construit à côté de Meanwell. La plupart des élèves quittent l'ancien pour le nouveau, laissant les Merrywin dans une situation économique catastrophique.
    Nora perd peu à peu la raison jusqu'au jour où elle rejoint Ferdinand dans sa chambre, s'offrant à lui. Elle s'enfuit en pleine nuit et se noie.
    Le lendemain il quitte précipitamment l'Angleterre. Il revient à Paris, chez ses parents. Il peine à trouver un travail, se laissant gagner par l'oisiveté.
    Un soir qu'il a bu et dépensé l'argent destiné à nourrir la famille, il frappe son père avec la machine à écrire sur laquelle il apprend à taper.
    Ferdinand part vivre chez l'oncle Édouard. Ce dernier le place chez l'inventeur loufoque Courtial des Pereires. Il devient l'homme à tout faire dans les locaux de la revue Génitron.
    Son patron mise sa petite fortune dans les courses de chevaux et les jeux.
    Sans ressources, la situation devient intenable jusqu'à l'apparition providentielle du chanoine Fleury, un fou-à-lier, qui leur donne de l'argent pour organiser un concours de sous-marins dans le but d'aller chercher les trésors enfouis dans l'océan.
    Le chanoine qui volait les finances à l'office est arrêté dans les bureaux du Génitron. Les nombreux inventeurs s'étant compromis dans le projet, bernés, en colère, détruisent le siège de la revue au cours d'une émeute.
    Pereires et Ferdinand parviennent à leur échapper. Ils se réfugient à Montretout où l'inventeur habite. Il vend la maison, sans en avertir sa femme Irène, pour se lancer dans un nouveau projet, l'agriculture tellurique.
    Les trois partent à la campagne, à Blême-le-Petit, en Picardie. Ils logent dans une vieille ferme délabrée dans des conditions extrêmes.
    C'est là que Courtial lance le Familistère de la Race Nouvelle, accueillant des enfants de la ville qui doivent l'aider à rendre viable son projet, mais les jeunes sont rapidement livrés à eux-mêmes, dérobant tout ce qu'ils peuvent dans les fermes aux alentours pour ne pas mourir de faim. Ils se mettent à dos tout le pays.
    C'est un nouvel échec pour Pereires qui se suicide d'une balle dans la tête. Irène et Ferdinand récupèrent le corps et le ramènent dans une brouette. Lorsqu'ils arrivent à la ferme, les gendarmes les attendent. Les enfants sont rapatriés. Les deux amis se séparent.
    Ferdinand, abattu, en piteux état, retourne à Paris chez son oncle. Il décide de s'engager dans l'armée pour rentrer dans le droit chemin.

    Mort à crédit est le deuxième roman de Louis-Ferdinand Céline, publié en 1936.
    On retrouve Ferdinand, le narrateur du Voyage au bout de la nuit (1932), cette fois-ci sans la mention de son nom de famille, Bardamu.
    On a beau connaître le style de l'auteur, dont on boycotte stupidement cette année le cinquantième anniversaire de sa mort, on ne peut qu'être surpris chaque fois que l'on relit ce monument de la Littérature, tant sa verve est puissante, incomparable.
    Céline, c'est avant tout une langue qui marque au fer rouge la narration contemporaine - il y a indubitablement un avant et un après Céline, dans la Littérature française -, un rythme, une musicalité, un humour, un lyrisme.
    Ferdinand, le narrateur, raconte sa jeunesse, mettant en écriture, le langage de son milieu populaire. L'argot, sous la plume de Céline, devient une véritable langue à l'étonnant potentiel littéraire, qui lui permet de retourner la phrase classique, l'ordre des mots, son rythme pour en faire quelque chose de nouveau et d'incroyablement moderne. 80 ans après, on est encore bluffé tant le style n'a pas pris une ride !
    Le travail d'écriture est simplement époustouflant, les mots sonnent comme des coups de tambour qui battent la mesure du récit. Leur agencement dans la phrase est magistral, rien n'est laissé au hasard. C'est là que l'on voit - que l'on entend - le travail du romancier. Il rend le banal extraordinaire - au sens étymologique -. Il redonne aux mots un sens nouveau, de par leur place dans la phrase et leur sonorité d'ensemble.
    Il y a une énergie, une vitalité dans chaque phrase, ponctuée par des points de suspension qui rendent le lecteur haletant dans ce marathon narratif, au cours duquel il fonce à travers les presque 600 pages sans pouvoir s'arrêter.
    Les situations loufoques, grotesques sont absolument drolatiques, irrésistibles ; elles permettent de prendre de la distance face aux sordides scènes de la vie de Ferdinand.
    Céline crée des personnages romanesques d'une grande intensité, qu'il s'agisse de la belle Nora Merrywin (Ophélie célinienne), de facture plus classique, mais qu'il n'hésite pas à esquinter lors de sa noyade, de Courtial des Pereires, l'inoubliable inventeur aux délires quichottesques, dont même son cadavre parvient à nous faire sourire ou encore de l'halluciné chanoine Fleury et ses projets sous-marins.
    Si le grotesque des situations est une des marques de fabrique du récit célinien, le roman n'en reste pas moins grave dans sa dénonciation sociale. Nous sommes au tout début du vingtième siècle, avant la première guerre mondiale. Céline raconte la difficulté extrême pour toute une partie de la population - les petits travailleurs, les apprentis, les ouvriers, les artisans, les petits commerçants - à sortir la tête de l'eau. Ils croulent sous les dettes, les crédits qu'ils ne parviennent jamais à rembourser, les laissant à l'écart des promesses de Progrès que leur fait miroiter l'exposition universelle de Paris. Ils agonisent dans une perpétuelle petite mort lente à crédit.
    Céline parvient à illuminer la vie morose de Ferdinand, faisant de l'humour une technique pour prendre de la distance dans les situations violentes - le viol de Ferdinand par la Gorloge, le cadavre de Courtial des Pereires, le handicap de Jonkind, les bagarres au Passage -.
    L'épisode anglais au Meanwell College est particulièrement délicieux. La vieille bâtisse en proie aux vents violents au bord de la falaise, les personnages de Nora et de Jonkind le handicapé - très différents de la galerie qui peuple le roman -, le silence de Ferdinand, confèrent à cette partie une dimension presque onirique, comme une parenthèse dans le récit.
    Le goût prononcé de Céline pour la scatologie, le vomi et la sexualité débridée pourrait faire l'objet d'une thèse fort intéressante. Ces scènes de déjections et d'excrétions balisent les différents épisodes de la vie de Ferdinand, les commençant ou les achevant. le délire qui marque le début de la narration de ses souvenirs est nécessairement entaché de dégueuli ; lorsqu'il devient apprenti il ne laisse plus sécher la merde, dont il aimait sentir l'odeur, dans son cul ; l'épisode de la traversée en bateau vers l'Angleterre avec ses parents se fait nécessairement dans le vomi tout comme le retour final à Paris chez l'oncle Édouard.
    La sexualité débridée permet aussi d'appréhender l'univers grotesque, excessif de l'auteur.
    La galerie de personnages peu glorieux, donne une vision plutôt triste de l'humanité, car à part l'oncle Édouard, aucun ne sort du lot. La noirceur nihiliste de l'auteur fait également partie de son esthétique littéraire.
    On se rend compte à quel point l'écriture célinienne a influencé les auteurs contemporains, de Nabe à Beigbeder, avec plus ou moins de bonheur...
    Mort à crédit est un monument de la Littérature, un livre incontournable, un véritable orgasme !

    FAA

    http://faranzuequearrieta.free.fr


    Lien : http://faranzuequearrieta.skyrock.com/2992001961-Mort-a-credit-de-Lo..
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    • Livres 4.00/5
    Par Cath36, le 27 septembre 2011

    Cath36
    Autant que Balzac, Céline aurait pu appeler l'ensemble de son oeuvre "La comédie humaine". Y 'en a pour tout le monde, braves gens ne vous battez pas : parents hystériques,bourgeois mesquins,commerçants malhonnêtes,cantatrice psychédélique (avant l'heure), inventeurs mythos, directeurs d'école ratés, anglaises aux dents longues, et j'en passe. Heureusement qu'au bout du compte le tonton sauve l'affaire et nous réconcilierait presque avec le genre humain.
    Et fichtre, quelle margoulette, quelle richesse de vocabulaire ! Il m'aurait fallu un dico à certains moments, genre "la méthode à Mimile".... Emporté par un rythme dément, on ressort ahuri, époumonné, bluffé, confondu, au bout de 600 pages qu'on n'a pas vu passer.
    Un bémol toutefois : on a parfois l'impression que Céline s'auto-parodie tellement il en fait, et ce surtout dans les quarante premières pages. Si j'osais je comparerai à... Proust (si si) : c'est le début qui est dur, une fois rentré dedans on ne peut plus lâcher. J'ai beaucoup aimé, même si j'ai préféré "Voyage au bout de la nuit" que je trouve plus analytique sur cette fameuse condition humaine justement.
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    • Livres 5.00/5
    Par milado, le 28 septembre 2012

    milado
    J'ai retrouvé le Céline que j'avais adoré dans "Voyage au bout de la nuit" , mais ici tout est poussé à l'extrême : son écriture atypique, la violence, le sordide du propos...j'ai eu quelquefois l'impression que Céline jouait la surenchère, trop c'est trop...et pourtant ce livre est fascinant, son charme exceptionnel. Il ne détrônera pas le "voyage..." dans mon panthéon mais restera pour moi un monument de la littérature française...à lire absolument.
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 28 janvier 2011

    Incipit :

    Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.

    Hier à huit heures Madame Bérange, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C'était une douce et gentille fidèle amie. Demain on l'enterre rue des Saules. Elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieillesse. Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé : "Ne vous allongez pas, surtout !… Restez assise dans votre lit !" Je me méfiais. Et puis voilà… Et puis tant pis.

    Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. Je vais leur écrire qu'elle est morte Madame Bérange à ceux qui l'ont connue. Où sont-ils ?
    Je voudrais que la tempête fasse encore bien plus de boucan, que les toits s'écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
    Elle savait Madame Bérange que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire… Tous ces gens sont loin… Ils ont changé d'âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler d'autre chose…

    Vieille Madame Bérange, son chien qui louche on le prendra, on l'emmènera…

    Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt, s'est arrêté chez elle. Il est là, dans l'odeur de la mort récente, l'incroyable aigre goût… Il vient d'éclore… Il est là… Il rôde… Il nous connaît, nous le connaissons à présent. Il ne s'en ira plus jamais. Il faut éteindre le feu dans la loge. À qui vais-je écrire ? Je n'ai plus personne. Plus un être pour recueillir doucement l'esprit gentil des morts… pour parler après ça plus doucement aux choses… Courage pour soi tout seul !

    Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait, elle me retenait par la main… Le facteur est entré. Il l'a vue mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander. Ils sont partis loin, très loin, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard s'ils ne reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde. Alors ce sera fini et je serai bien content.
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  • Par milado, le 28 septembre 2012

    Ah! c'est bien terrible quand même...on a beau être jeune quand on s'aperçoit pour le premier coup...comme on perd des gens sur la route...des potes qu'on reverra plus...plus jamais...qu'ils ont disparu comme des songes...que c'est terminé...évanoui...qu'on s'en ira soi-même se perdre aussi...un jour très loin encore...mais forcément...dans tout l'atroce torrent des choses, des gens...des jours...des formes qui passent...qui s'arrêtent jamais...Tous les connards, les pilons, tous les curieux, toute la frimande qui déambule sous les arcades, avec leurs lorgnons, leurs riflards et les petits clebs à la corde...Tout ça, on les reverra plus...Ils passent déjà...Ils sont en rêve avec des autres...ils sont en cheville...ils vont finir...c'est triste vraiment...c'est infâme !
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  • Par VFanel, le 11 septembre 2013

    Toi n'est-ce pas, qui te laisse vivre ! Qu'est ce que ça peut te faire ?? Tu t'en fous au maximum des conséquences universelles que peuvent avoir nos moindres actes, nos pensées les plus imprévues !... Tu t'en balances !...tu restes hermétique n'est-ce pas ? Manger ! Boire ! Dormir ! Là-haut bien peinardement... Emmitouflé sur mon sofa !... Te voilà comblé... Bouffi de tous les bien-être... La terre poursuit.... Comment ? Pourquoi ? Effrayant miracle ! son périple... extraordinairement mystérieux... vers un but immensément imprévisible... dans un ciel tout éblouissant de comètes... toutes inconnues...d'une giration à une autre... et dont chaque seconde est l'aboutissant et d'ailleurs encore le prélude d'une éternité d'autres miracles... d'impénétrables prodiges, par milliers !... Ferdinand ! millions ! milliards de trillons d'années... Et toi ? que fais tu là, au sein de cette voltige cosmologonique ? du grand effarement sidéral ? Hein ? tu bâfres ! Tu engloutis ! Tu ronfles ! Tu te marres !... Tout ! Tu t'ébroues dans ta propre fange ! Vautré ! Souillé ! Replet ! Dispos ! Tu ne demandes rien ! Tu passes à travers les étoiles... comme à travers les gouttes de mai ! Alors ! tu es admirable, Ferdinand ! Tu penses véritablement que cela peut durer toujours ?...
    Je répondais rien... Je n'avais pas d'opinion fixe sur les étoiles, ni sur la lune, mais sur lui- même, la saloperie !... alors j'en avais bien une. Et il le savait bien la tante !...
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  • Par UglyBetty, le 21 avril 2014

    Suite/
    Dès juillet 1940, Céline s’attèle à la rédaction des Beaux Draps, son dernier pamphlet, qui sera p:ublié début 1941. Dans ce texte, nettement moins antisémite que les précédents, Céline donne son avis sur la « Révolution nationale » qui doit régénérer la France, et sur son Maréchal que Céline qualifie aimablement de « Prétartarin des nécropoles ». Au fond de lui-même, Céline ne croit pas au régime de Vichy, dirigé par un vieillard octogénaire et une clique d’arrivistes. Pour Céline, la reconstruction nationale passe par une pédagogie épanouissante pour l’enfant, une sécurité de l’emploi pour les travailleurs (tous fonctionnaires !) et l’instauration d’un « communisme à la française » qui ferait des Français un pays de propriétaires… L’on est très loin du « Travail Famille Patrie » des hiérarques de Vichy, et le pamphlet de Céline est interdit de vente en zone Libre. Cette déconvenue sera sans grande conséquence pour Céline. Protégé par ses relations, Céline peut vivre et écrire comme bon lui semble.
    Certes on pourra lui reprocher une attitude prudente ou ambiguë vis-à-vis des autorités allemandes. Si Céline fréquente quelques hiérarques nazis, il ne partage ni leur cause, ni leur combat. Céline se considère comme le seul véritable antisémite au détriment de tous les autres. Pire, il n’hésite pas à se montrer défaitiste. Céline annonce (dès 1941) la victoire des Russes et prédit l’arrivée des chars soviétiques à Paris… Mais s’il n’aime pas particulièrement les Allemands, Céline ne s’engage pas pour autant dans la Résistance, même si il soigne quelques résistants qui sortent amochés des interrogatoires de la Gestapo. Avec les collaborateurs, Céline adopte également une attitude ambiguë. Céline connaît la plupart des journalistes pro-allemands, et entretient des relations épistolaires avec eux. Certaines de ces lettres seront publiées en « une » de leur journal. Céline laisse faire, mais refuse de toucher un centime de leur part… Au final Céline traverse sans encombre l’Occupation, soigne ses malades à Bezons, et rentre chez lui, à Montmartre, pour écrire ses romans. De cette époque troublée naîtront deux textes, Guignol’s band qui relate ses années à Londres en 1915, et une magnifique préface à Bezons à travers les âges, un livre écrit par Albert Serouille, historien de Bezons, que Céline prit en amitié. Seuls changements notables dans la vie privée de l’écrivain, son mariage avec Lucette Almanzor, et sa relation amicale avec Arletty, sa « payse » de Courbevoie.
    Sixième vie : 1944-1951
    Dès l’annonce du débarquement alliée en juin 1944, Céline, accompagné de sa femme et du chat Bébert, prennent la direction de l’Allemagne. Céline sait bien ce qu’il risque si les armées alliées libèrent Paris, et préfère prendre les devants… L’objectif de Céline est de rejoindre le Danemark, où il avait caché son or avant la guerre. Ce voyage à travers le Troisième Reich sera épique. D’abord réfugié à Baden-Baden (« Bains-Bains » ironisera-t-il plus tard) avec le gotha de la collaboration en déroute, Céline intrigue pour se rapprocher de la frontière danoise. Les Destouches échoueront en Prusse, dans un manoir occupé par des aristocrates allemands hostiles… L’expérience durera peu, et Les Destouches migrent pour Sigmaringen, ou les Allemands ont regroupé le gouvernement de Vichy et leurs obligés qui ont préféré fuir avant l’arrivée des armées alliées. De la fin 1944 jusqu’en mars 1945, les Destouches croupissent à Sigmaringen dans l’attente d’un visa pour le Danemark qui arrivera in extremis. Profitant du passage d’un train (où de ce qu’il en reste), ils s’embarquent pour le nord. Après un voyage apocalyptique de trois jours, les Destouches arrivent à Flensburg, dernier poste frontière avant le Danemark. Quelques heures plus tard, ils débarquent à Copenhague.
    Arrivés sains et saufs dans la capitale danoise, Céline et Lucette s’installent dans un appartement mis à disposition par une amie danoise de l’écrivain et mènent une vie très discrète. Mais en France, l’Épuration bat son plein et l’auteur de Bagatelles pour un massacre est activement recherché pour être traduit devant la justice. Fin 1945, c’est presque par hasard que Céline est découvert par les autorités françaises. À la demande de l’ambassadeur de France à Copenhague, Céline est arrêté et est menacé d’extradition. Pour les avocats danois de Céline, une course contre la montre est engagée. Si, sur le principe, le Danemark ne s’oppose pas à l’extradition de l’écrivain, les juristes danois demandent des précisions sur les faits reprochés. Le but des avocats de Céline est de garder Céline le plus possible au Danemark et attendre que les passions s’apaisent en France. Cette stratégie s’avèrera payante. L’ambassade de France se heurte au pointillisme juridique des Danois, et finalement, les accusations s’étiolent, battues en brèche pas les avocats de l’écrivain. Pendant ce temps-là, Céline croupit en prison et clame son innocence. En 1947, il est libéré, mais reste prisonnier sur parole et ne doit pas quitter le Danemark. Les Destouches s’installent alors à Korsør, petit village à une centaine de kilomètres à l’ouest de Copenhague, où leur avocat met à leur disposition sa résidence secondaire. De 1947 à 1951 c’est dans ce cadre bucolique que Céline poursuivra la rédaction de son œuvre, préparera à distance sa défense, et ne cessera de correspondre avec ses amis parisiens pour ne pas être oublié.
    En 1950 le procès par contumace de Céline s’ouvre à Paris. L’écrivain est condamné à 1 an de prison, à la confiscation de la moitié de ses biens, et à l’indignité nationale. D’un point de vue strictement juridique, Céline s’en sort plutôt bien. Mais il n’en demeure pas moins condamné. Aux yeux de Céline, qui clame toujours son innocence et qui ne comprend pas ce qu’on peut lui reprocher, c’est l’amnistie ou rien. Dès lors, l’écrivain change d’avocat et confie son dossier au sulfureux Jean-Louis Tixier-Vignancour, le spécialiste des causes perdues… L’avocat béarnais va bénéficier d’une nouvelle disposition juridique destinée à solder les derniers contentieux liés à l’Épuration, et présente son client sous le nom de « Louis Destouches ». Officiellement, personne ne fait le rapprochement entre « Louis Destouches » et l’écrivain Louis-Ferdinand Céline. Après ce tour de passe-passe juridique, Céline est amnistié, à la grande fureur d’une partie du gouvernement et de l’opinion publique. Nous sommes en 1951, Céline peut désormais rentrer en France. Libre.
    Dernière vie : 1951-1961
    Après un court passage par Menton, Céline, Lucette, trois chats et le berger allemand Bessy s’installent chez Paul Marteau, riche industriel admirateur de l’écrivain, qui l’héberge dans son luxueux hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Un changement radical par rapport au Danemark… Au même moment, la situation matérielle de Céline s’arrange. À peine rentré en France, Céline signe un contrat avantageux avec Gaston Gallimard, qui souhaite réparer l’erreur de 1932. À partir de cette date, toute l’œuvre de Céline, à l’exception des pamphlets, sera rééditée par les éditions Gallimard, ainsi que les prochains romans. Une originale relation se nouera entre le puissant éditeur parisien et l’anachorète misanthrope, qui sera scandée par une correspondance pour le moins inhabituelle dans le milieu de l’édition… À la fin de l’année, les Destouches se portent acquéreurs d’un pavillon à Meudon, en banlieue parisienne, et peuvent commencer à vivre normalement.
    Céline se remet à l’écriture, reprend son activité de médecin, tandis que sa femme donne des leçons de danse. En 1952 Céline opère son retour en littérature avec la publication de Féerie pour une autre fois. Un roman assez extraordinaire, très curieux pour l’époque, sans début ni fin, et qui sera un retentissant échec commercial… Deux ans plus tard, en 1954 c’est au tour de Normance (la suite de Féerie pour une autre fois) d’être publié par les éditions Gallimard, et de subir le même sort. Malgré ces déboires, Céline poursuit la rédaction de son œuvre. En 1957, Céline abandonne le roman pour se faire « chroniqueur » en publiant D’un château l’autre. Le sujet central du livre (les mois passés à Sigmaringen) fait scandale, et Céline lui-même, en rajoute une couche. Discret lors du lancement des deux précédents romans, Céline s’investit dans la promotion et accepte de recevoir des journalistes qui ne seront pas déçus du voyage à Meudon. Ceux qui espèrent une repentance, des excuses, pour ses écrits passés, en seront pour leurs frais. Au mieux, Céline reconnaît qu’il aurait dû se taire. Au pire, il n’hésite pas à dire que les juifs devraient le remercier pour le mal qu’il aurait pu leur faire… En 1957, Céline fait scandale, mais les ventes et la critique suivent. Sur sa lancée, Céline poursuit la rédaction de son œuvre et publie Nord, en 1960, qui relate sa fuite à travers un IIIe Reich déliquescent. La critique, enthousiaste, salue un très grand roman et le retour de Céline au sommet de la littérature.
    Mais la santé de Céline se dégrade rapidement. Loin de se ménager, l’écrivain travaille à parachever sa « trilogie allemande » en rédigeant Rigodon. Céline achève son manuscrit le 30 juin 1961 et prévient Gaston Gallimard. Le 1er juillet, Louis-Ferdinand Destouches, plus connu en littérature sous le nom de Louis-Ferdinand Céline, meurt, suite à une rupture d’anévrisme. Pour éviter des débordements, Lucette Destouches annoncera le décès trois jours plus tard, une fois son mari enterré au cimetière des Longs Réages de Meudon, où il repose toujours.
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  • Par Piling, le 10 février 2011

    Souvent j'en croise, à présent, des indignés qui ramènent… C'est que des pauvres culs coincés… des petits potes, des ratés jouisseurs… C'est de la révolte d'enfifrés… c'est pas payé, c'est gratuit… Des vraies godilles…

    Ça vient de nulle part… du Lycée peut-être… C'est de la parlouille, c'est du vent. La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu'on en crève. Y en aura encore si profond qu'il en restera tout de même partout. Il en jutera sur la terre assez pour qu'elle empoisonne, qu'il pousse plus dessus que des vacheries, entre des morts, entre les hommes.
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