ISBN : 2070376923
Éditeur : Gallimard (1985)


Note moyenne : 4.38/5 (sur 151 notes) Ajouter à mes livres
Deuxième grand roman de Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit, publié en 1936, raconte l'enfance du Bardamu de Voyage au bout de la nuit, paru quatre ans auparavant. Après un prologue situant son présent, médecin dans les anné... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Cath36, le 27 septembre 2011

    Cath36
    Autant que Balzac, Céline aurait pu appeler l'ensemble de son oeuvre "La comédie humaine". Y 'en a pour tout le monde, braves gens ne vous battez pas : parents hystériques,bourgeois mesquins,commerçants malhonnêtes,cantatrice psychédélique (avant l'heure), inventeurs mythos, directeurs d'école ratés, anglaises aux dents longues, et j'en passe. Heureusement qu'au bout du compte le tonton sauve l'affaire et nous réconcilierait presque avec le genre humain.
    Et fichtre, quelle margoulette, quelle richesse de vocabulaire ! Il m'aurait fallu un dico à certains moments, genre "la méthode à Mimile".... Emporté par un rythme dément, on ressort ahuri, époumonné, bluffé, confondu, au bout de 600 pages qu'on n'a pas vu passer.
    Un bémol toutefois : on a parfois l'impression que Céline s'auto-parodie tellement il en fait, et ce surtout dans les quarante premières pages. Si j'osais je comparerai à... Proust (si si) : c'est le début qui est dur, une fois rentré dedans on ne peut plus lâcher. J'ai beaucoup aimé, même si j'ai préféré "Voyage au bout de la nuit" que je trouve plus analytique sur cette fameuse condition humaine justement.
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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 26 juin 2010

    vincentf
    Céline, ça vous en fout plein la gueule, ça vous submerge par un flot ininterrompu de mots et de ponctuation et ça vous prend aux tripes parce que tout est déballé dans ce style si particulier qui pourrait prodigieusement énerver et qui fascine par son exubérance, sa luxuriance, sa peinture on ne peut plus pittoresque de personnages qui, comme le narrateur, se lancent dans d'interminables et éberluées diatribes, celles du père qui se plaint du malheur que son fils propage dans toute la maisonnée par son comportement, celles de l'oncle qui accueille l'enfant quand il tente d'étrangler son père, et celles de ce personnage grotesque et sublime, au nom (faux, parce qu'il est plus escroc que scientifique) impayable de Jean Marin Courtial Des Pereires, chez qui Ferdinand trouve enfin, parce qu'il est à la fois un génie (complètement dépassé, très dix-neuvième, positiviste à l'extrême) et un margoulin, une nouvelle famille. Mort à crédit, c'est un flot ininterrompu de mots, disais-je, mais ce déluge, et c'est là que Céline est extraordinaire, subit parfois des accélérations proprement renversantes aux moments-clés, ceux qui sont préparés par tout ce qui précède mais qui éclatent furieusement, le personnage se trouvant soudain hors de lui, les événements se déroulant dans un délire que rien ne saurait freiner, comme lors de sa dernière nuit en Angleterre lorsque la femme qu'il reluque amoureusement et silencieusement depuis plusieurs mois saute dans son lit avant de se suicider, comme lorsque Ferdinand tente de tuer son père, ou comme lorsque Des Pereires, lui aussi, se suicide. A chaque fois que sa vie prend un chemin plutôt calme, presque heureux, ça se déglingue peu à peu, l'argent fout le camp, les hommes deviennent fous et, soudain, ça pète, la mort se pointe et il faut partir, car Mort à crédit, c'est une fuite sans fin qui ne se termine pas, car à la fin Ferdinand n'a qu'une idée en tête, partir, faire son Voyage au bout de la nuit.
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    • Livres 5.00/5
    Par Luniver, le 01 novembre 2011

    Luniver
    Après "voyage au bout de la nuit", on revient avec "Mort à crédit" sur l'enfance de Bardamu, qui est haute en couleur. Son père est secrétaire, sa mère tient une boutique de dentelle. Tous les deux sont dépassés par l'époque : lui en est resté à l'écriture manuscrite en délié alors que les machines à écrire font leur apparition, tandis que les dentelles sont délaissées pour des tissus plus modernes. Leur occupation favorite consiste à se plaindre de leur fils, responsable de tous leurs maux, et incapable de se rendre compte de tous les sacrifices qu'ils consentent pour lui assurer une vie correcte, et le considérant déjà comme ayant tous les vices.
    Après avoir difficilement obtenu son certificat d'études, il reste au jeune Ferdinand à trouver un emploi. Sa mère l'aide dans ses démarches, tout en dévoilant à ses possibles futurs patrons l'étendue de la dépravation de son fils, par acquis de conscience. Il finit par être embauché dans un grand magasin réputé, mais sans paie, pour être renvoyé peu de temps après pour bavardage, puis dans un atelier de ferronerie spécialisé dans les horreurs invendables. Il se fera renvoyé également pour avoir égaré une pière de grande valeur. Après chaque épisode, Ferdinand a droit a un concert de plaintes sur son ammoralité, et son inconscience des sacrifices consentis.
    Grâce à l'appui de son oncle, seule bouffée d'oxygène dans cet univers qui lui est hostile, Ferdinand est envoyé en pension en Angleterre, où il refusera d'apprendre quoi que ce soit. À son retour, lassé par un énième discours moralisateur de son père, il se bat avec lui, et sera logé chez son oncle. Celui-ci par le placer chez Martial, un scientifique un peu illuminé, qui tient un journal décrivant les dernières inventions du moment. Si les premiers mois se passent bien, la suite est un peu moins satisfaisante : Martial se ruine en jouant aux courses, puis en voulant organiser un concours pour se renflouer un peu, ses locaux se font ravager par des inventeurs mécontents. Il tente ensuite de monter une pension, en comptant sur ses légumes surdéveloppés par les "ondes telluriques" pour les nourrir. Mais l'expérience tourne court, et ses enfants finissent par chaparder dans les fermes aux alentours pour pouvoir s'alimenter. Tout ce petit monde finira en prison ou en pension, et Martial se suicidera.
    "Mort à crédit" est tout aussi frappant que "voyage au bout de la nuit" : l'argot y prend une plus grande place encore, et le style est plus violent, avec des phrases courtes et des points d'exclamation qui les ponctuent souvent. L'entourage de Ferdinand ressemble à des caricatures d'humains, chacun coincé dans le rôle qu'il s'est imposé et dans lequel il se complait : les parents victimes d'une progéniture ingrate, le grand scientifique incompris des foules, ... À la fois drôle, grinçant, et un peu écœurant par moment.
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    • Livres 4.00/5
    Par totom, le 25 mars 2010

    totom
    d'une richesse et d'un achèvement littéraire à couper le souffle!
    Lecture ardue, mais d'une puissance telle que ça en vaut la peine à chaque ligne.
    Mort à crédit m'a fait tout de même un peu moins d'effet que le Voyage... peut-être parce que le style n'était plus une découverte.
    peu importe le sujet (récit assez autobiographique de l'enfance de l'auteur)
    "Des histoires, il y en a tous les matins dans les journaux, mais le style, ça c'est important le style!", disait L.F. Céline
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    • Livres 4.00/5
    Par mguy, le 24 septembre 2011

    mguy
    Il s'agit de l'enfance et de l'adolescence de Ferdinand Bardamu, héros célèbre du Voyage au bout de la nuit. Mais plus que cela, il s'agit de la vie d'une famille des classes populaires à Paris à-travers le regard d'un enfant. Nous suivons son parcours depuis l'obtention de son certificat d'études, obtenu sans grand succès, jusqu'à ses premières expériences professionnelles, souvent désastreuses, et à ses déboires personnels et familiaux.
    D'un style plus moderne que le Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit est une œuvre captivante. L'auteur joue sur les rythmes des phrases pour montrer la situation des personnages, leurs sentiments, la violence de certains passages. de plus, on peut dire que c'est quasiment le roman d'initiation à la vie de Bardamu. Œuvre qui mérite autant d'être connue que le Voyage au bout de la nuit.
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 28 janvier 2011

    Incipit :

    Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.

    Hier à huit heures Madame Bérange, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C'était une douce et gentille fidèle amie. Demain on l'enterre rue des Saules. Elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieillesse. Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé : "Ne vous allongez pas, surtout !… Restez assise dans votre lit !" Je me méfiais. Et puis voilà… Et puis tant pis.

    Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. Je vais leur écrire qu'elle est morte Madame Bérange à ceux qui l'ont connue. Où sont-ils ?
    Je voudrais que la tempête fasse encore bien plus de boucan, que les toits s'écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
    Elle savait Madame Bérange que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire… Tous ces gens sont loin… Ils ont changé d'âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler d'autre chose…

    Vieille Madame Bérange, son chien qui louche on le prendra, on l'emmènera…

    Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt, s'est arrêté chez elle. Il est là, dans l'odeur de la mort récente, l'incroyable aigre goût… Il vient d'éclore… Il est là… Il rôde… Il nous connaît, nous le connaissons à présent. Il ne s'en ira plus jamais. Il faut éteindre le feu dans la loge. À qui vais-je écrire ? Je n'ai plus personne. Plus un être pour recueillir doucement l'esprit gentil des morts… pour parler après ça plus doucement aux choses… Courage pour soi tout seul !

    Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait, elle me retenait par la main… Le facteur est entré. Il l'a vue mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander. Ils sont partis loin, très loin, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard s'ils ne reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde. Alors ce sera fini et je serai bien content.
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  • Par Piling, le 10 février 2011

    Souvent j'en croise, à présent, des indignés qui ramènent… C'est que des pauvres culs coincés… des petits potes, des ratés jouisseurs… C'est de la révolte d'enfifrés… c'est pas payé, c'est gratuit… Des vraies godilles…

    Ça vient de nulle part… du Lycée peut-être… C'est de la parlouille, c'est du vent. La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu'on en crève. Y en aura encore si profond qu'il en restera tout de même partout. Il en jutera sur la terre assez pour qu'elle empoisonne, qu'il pousse plus dessus que des vacheries, entre des morts, entre les hommes.
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  • Par Cath36, le 26 septembre 2011

    Nous eûmes de nouveaux déboires avec le "Zélé"... tellement perméable et foireux qu'il s'effondrait dans ses cordes!... Il nous ruinait en hydrogène, en gaz méthanique... A force de pomper tout de même, il prenait un petit élan... Avec deux ou trois soubresauts il franchissait assez bien les premiers arbustes... S'il arrachait une balustrade, il fonçait alors dans le verger...Il repartait encore une secousse... Il ricochait contre l'église... Il emportait la girouette... le peu de gaz s'évaporait... Il a raclé avec son cul toutes les betteraves du Nord-Est. La belle nacelle en rotin, elle avait plus de forme à force... Sur le plateau d'Orgemont, il est resté deux bonnes heures entièrement enfoui, coincé dans la mare, un purin énorme !... Quand on a replié le "Zélé", il sentait si fortement les matières et le jus de la fosse...qu'on a jamais voulu de nous dans le compartiment... On a voyagé dans le fourgon avec l'ustensile, les agrès, la came.
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  • Par Luniver, le 26 octobre 2011

    Et cependant, j'étais pas coûteux. On m'offrait au «pair», juste le logement, la nourriture... Mes parents étaient bien d'accord. Je n'avais pas besoin d'argent qu'ils répétaient à mon oncle... J'en ferais sûrement mauvais usage... Ce qu'était beaucoup plus essentiel, c'est que je retourne plus chez eux... C'était l'avis unanime de toute la famille, des voisins aussi et de toutes nos connaissances. Qu'on me donne à faire n'importe quoi ! qu'on m'occupe à n'importe quel prix ! n'importe où et n'importe comment! mais qu'on me laisse pas désœuvré! Et que je reste bien à distance.
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  • Par Luniver, le 21 octobre 2011

    Le lendemain, on s'est mis en quête d'une maison réellement sérieuse pour que je commence dans le commerce. Une place même un peu sévère, où on me laisserait rien passer.

    Pour bien apprendre, il faut que ça barde ! Telle était l'opinion d'Edouard. Il avait vingt ans de références. Tout le monde était de son avis.
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22 # Émile Brami
Romancier, (« Émile l'Africain », Fayard 2008), ancien libraire d'ancien, grand connaisseur de Louis-Ferdinand Céline (auquel il a consacré une biographie : « Céline. "Je ne suis pas assez méchant pour me donner en exemple..." », Écriture 2003), Émile Brami a rejoint récemment L'Éditeur en qualité de directeur littéraire et vient de publier « Massacre pour une bagatelle » (L'Éditeur, mai 2010), qui emprunte les codes du roman policier pour entrainer le lecteur dans l'univers parfois impitoyable de la bibliophilie, de l'édition, des céliniens et autres cénacles littéraires...








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