ISBN : 2070376923
Éditeur : Gallimard (1985)


Note moyenne : 4.37/5 (sur 179 notes) Ajouter à mes livres
Deuxième grand roman de Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit, publié en 1936, raconte l'enfance du Bardamu de Voyage au bout de la nuit, paru quatre ans auparavant. Après un prologue situant son présent, médecin dans les anné... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (19)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

  • Par aranzueque-arrieta, le 01 mai 2012

    aranzueque-arrieta
    Mort à crédit
    Louis-Ferdinand Céline
    Gallimard

    Ferdinand est médecin dans la banlieue parisienne, mais c'est à l'écriture qu'il veut se consacrer. Mireille, sa maîtresse, tape ses textes à la machine à écrire.
    A la suite d'une escapade au bois de Boulogne avec Mireille, au cours de laquelle le couple se bat, il tombe malade. La fièvre le faisant délirer, il se souvient de son enfance.
    Ferdinand est le fils d'Auguste, - père violent détesté, qui travaille à la Coccinelle, compagnie d'assurance où il est malmené par son patron - et de Clémence.
    La famille s'installe au Passage des Bérésinas, une sordide galerie de petits commerces qui croulent sous les dettes et les charges. Clémence tente sa chance dans la dentelle et les antiquités.
    Ferdinand parvient à décrocher son Certificat d'études.
    Atteint d'une méningite, il va se reposer à Asnières avec sa grand-mère.
    Sa santé toujours fragile, il part à Dieppe avec sa mère qui tente de refourguer sa camelote en faisant le porte à porte dans les maisons bourgeoises. Lors de sa première baignade, il manque de se noyer. Son père les rejoint les quinze derniers jours. Ils font une excursion épique en Angleterre de laquelle ils reviennent dans un triste état.
    En rentrant à Paris, ses parents le placent chez Berlope, au Sentier, où il travaille comme un esclave. Prit en grippe par son supérieur, Lavelongue, il est renvoyé.
    Son père le bat, passe son temps à l'humilier, se vengeant de sa situation à la Coccinelle.
    Sa mère lui trouve un nouvel emploi chez un bijoutier, Gorloge, dont le commerce traverse une crise depuis plusieurs années. Ferdinand obtient une commande auprès d'un chinois, relançant ainsi la vitalité de la bijouterie. Appelé par l'armée pour faire ses vingt-huit jours, Gorloge part, laissant Ferdinand sous la responsabilité de Mme Gorloge et d'Antoine, l'amant de cette dernière. le bijou terminé, il le garde précieusement en attendant le retour du chef. La patronne le lui dérobe en même temps qu'elle le viole. Il est à nouveau renvoyé et le scandale éclabousse sa famille qui veut s'en débarrasser.
    Ses parents, désespérés, ne savent plus quoi faire de leur fils. L'oncle Édouard propose de l'envoyer quelques mois en Angleterre. D'abord réticents, Auguste et Clémence le placent finalement au Meanwell College tenu par le couple Merrywin, en puisant dans les réserves de l'héritage de la grand-mère. Ferdinand refuse de parler pendant tout son séjour, n'apprenant aucun mot d'anglais. Il passe ses journées à jouer et à se promener avec Jonkind, un jeune handicapé, et Nora Merrywin, de qui il tombe amoureux.
    Un somptueux collège se construit à côté de Meanwell. La plupart des élèves quittent l'ancien pour le nouveau, laissant les Merrywin dans une situation économique catastrophique.
    Nora perd peu à peu la raison jusqu'au jour où elle rejoint Ferdinand dans sa chambre, s'offrant à lui. Elle s'enfuit en pleine nuit et se noie.
    Le lendemain il quitte précipitamment l'Angleterre. Il revient à Paris, chez ses parents. Il peine à trouver un travail, se laissant gagner par l'oisiveté.
    Un soir qu'il a bu et dépensé l'argent destiné à nourrir la famille, il frappe son père avec la machine à écrire sur laquelle il apprend à taper.
    Ferdinand part vivre chez l'oncle Édouard. Ce dernier le place chez l'inventeur loufoque Courtial des Pereires. Il devient l'homme à tout faire dans les locaux de la revue Génitron.
    Son patron mise sa petite fortune dans les courses de chevaux et les jeux.
    Sans ressources, la situation devient intenable jusqu'à l'apparition providentielle du chanoine Fleury, un fou-à-lier, qui leur donne de l'argent pour organiser un concours de sous-marins dans le but d'aller chercher les trésors enfouis dans l'océan.
    Le chanoine qui volait les finances à l'office est arrêté dans les bureaux du Génitron. Les nombreux inventeurs s'étant compromis dans le projet, bernés, en colère, détruisent le siège de la revue au cours d'une émeute.
    Pereires et Ferdinand parviennent à leur échapper. Ils se réfugient à Montretout où l'inventeur habite. Il vend la maison, sans en avertir sa femme Irène, pour se lancer dans un nouveau projet, l'agriculture tellurique.
    Les trois partent à la campagne, à Blême-le-Petit, en Picardie. Ils logent dans une vieille ferme délabrée dans des conditions extrêmes.
    C'est là que Courtial lance le Familistère de la Race Nouvelle, accueillant des enfants de la ville qui doivent l'aider à rendre viable son projet, mais les jeunes sont rapidement livrés à eux-mêmes, dérobant tout ce qu'ils peuvent dans les fermes aux alentours pour ne pas mourir de faim. Ils se mettent à dos tout le pays.
    C'est un nouvel échec pour Pereires qui se suicide d'une balle dans la tête. Irène et Ferdinand récupèrent le corps et le ramènent dans une brouette. Lorsqu'ils arrivent à la ferme, les gendarmes les attendent. Les enfants sont rapatriés. Les deux amis se séparent.
    Ferdinand, abattu, en piteux état, retourne à Paris chez son oncle. Il décide de s'engager dans l'armée pour rentrer dans le droit chemin.

    Mort à crédit est le deuxième roman de Louis-Ferdinand Céline, publié en 1936.
    On retrouve Ferdinand, le narrateur du Voyage au bout de la nuit (1932), cette fois-ci sans la mention de son nom de famille, Bardamu.
    On a beau connaître le style de l'auteur, dont on boycotte stupidement cette année le cinquantième anniversaire de sa mort, on ne peut qu'être surpris chaque fois que l'on relit ce monument de la Littérature, tant sa verve est puissante, incomparable.
    Céline, c'est avant tout une langue qui marque au fer rouge la narration contemporaine - il y a indubitablement un avant et un après Céline, dans la Littérature française -, un rythme, une musicalité, un humour, un lyrisme.
    Ferdinand, le narrateur, raconte sa jeunesse, mettant en écriture, le langage de son milieu populaire. L'argot, sous la plume de Céline, devient une véritable langue à l'étonnant potentiel littéraire, qui lui permet de retourner la phrase classique, l'ordre des mots, son rythme pour en faire quelque chose de nouveau et d'incroyablement moderne. 80 ans après, on est encore bluffé tant le style n'a pas pris une ride !
    Le travail d'écriture est simplement époustouflant, les mots sonnent comme des coups de tambour qui battent la mesure du récit. Leur agencement dans la phrase est magistral, rien n'est laissé au hasard. C'est là que l'on voit - que l'on entend - le travail du romancier. Il rend le banal extraordinaire - au sens étymologique -. Il redonne aux mots un sens nouveau, de par leur place dans la phrase et leur sonorité d'ensemble.
    Il y a une énergie, une vitalité dans chaque phrase, ponctuée par des points de suspension qui rendent le lecteur haletant dans ce marathon narratif, au cours duquel il fonce à travers les presque 600 pages sans pouvoir s'arrêter.
    Les situations loufoques, grotesques sont absolument drolatiques, irrésistibles ; elles permettent de prendre de la distance face aux sordides scènes de la vie de Ferdinand.
    Céline crée des personnages romanesques d'une grande intensité, qu'il s'agisse de la belle Nora Merrywin (Ophélie célinienne), de facture plus classique, mais qu'il n'hésite pas à esquinter lors de sa noyade, de Courtial des Pereires, l'inoubliable inventeur aux délires quichottesques, dont même son cadavre parvient à nous faire sourire ou encore de l'halluciné chanoine Fleury et ses projets sous-marins.
    Si le grotesque des situations est une des marques de fabrique du récit célinien, le roman n'en reste pas moins grave dans sa dénonciation sociale. Nous sommes au tout début du vingtième siècle, avant la première guerre mondiale. Céline raconte la difficulté extrême pour toute une partie de la population - les petits travailleurs, les apprentis, les ouvriers, les artisans, les petits commerçants - à sortir la tête de l'eau. Ils croulent sous les dettes, les crédits qu'ils ne parviennent jamais à rembourser, les laissant à l'écart des promesses de Progrès que leur fait miroiter l'exposition universelle de Paris. Ils agonisent dans une perpétuelle petite mort lente à crédit.
    Céline parvient à illuminer la vie morose de Ferdinand, faisant de l'humour une technique pour prendre de la distance dans les situations violentes - le viol de Ferdinand par la Gorloge, le cadavre de Courtial des Pereires, le handicap de Jonkind, les bagarres au Passage -.
    L'épisode anglais au Meanwell College est particulièrement délicieux. La vieille bâtisse en proie aux vents violents au bord de la falaise, les personnages de Nora et de Jonkind le handicapé - très différents de la galerie qui peuple le roman -, le silence de Ferdinand, confèrent à cette partie une dimension presque onirique, comme une parenthèse dans le récit.
    Le goût prononcé de Céline pour la scatologie, le vomi et la sexualité débridée pourrait faire l'objet d'une thèse fort intéressante. Ces scènes de déjections et d'excrétions balisent les différents épisodes de la vie de Ferdinand, les commençant ou les achevant. le délire qui marque le début de la narration de ses souvenirs est nécessairement entaché de dégueuli ; lorsqu'il devient apprenti il ne laisse plus sécher la merde, dont il aimait sentir l'odeur, dans son cul ; l'épisode de la traversée en bateau vers l'Angleterre avec ses parents se fait nécessairement dans le vomi tout comme le retour final à Paris chez l'oncle Édouard.
    La sexualité débridée permet aussi d'appréhender l'univers grotesque, excessif de l'auteur.
    La galerie de personnages peu glorieux, donne une vision plutôt triste de l'humanité, car à part l'oncle Édouard, aucun ne sort du lot. La noirceur nihiliste de l'auteur fait également partie de son esthétique littéraire.
    On se rend compte à quel point l'écriture célinienne a influencé les auteurs contemporains, de Nabe à Beigbeder, avec plus ou moins de bonheur...
    Mort à crédit est un monument de la Littérature, un livre incontournable, un véritable orgasme !

    FAA

    http://faranzuequearrieta.free.fr


    Lien : http://faranzuequearrieta.skyrock.com/2992001961-Mort-a-credit-de-Lo..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Cath36, le 27 septembre 2011

    Cath36
    Autant que Balzac, Céline aurait pu appeler l'ensemble de son oeuvre "La comédie humaine". Y 'en a pour tout le monde, braves gens ne vous battez pas : parents hystériques,bourgeois mesquins,commerçants malhonnêtes,cantatrice psychédélique (avant l'heure), inventeurs mythos, directeurs d'école ratés, anglaises aux dents longues, et j'en passe. Heureusement qu'au bout du compte le tonton sauve l'affaire et nous réconcilierait presque avec le genre humain.
    Et fichtre, quelle margoulette, quelle richesse de vocabulaire ! Il m'aurait fallu un dico à certains moments, genre "la méthode à Mimile".... Emporté par un rythme dément, on ressort ahuri, époumonné, bluffé, confondu, au bout de 600 pages qu'on n'a pas vu passer.
    Un bémol toutefois : on a parfois l'impression que Céline s'auto-parodie tellement il en fait, et ce surtout dans les quarante premières pages. Si j'osais je comparerai à... Proust (si si) : c'est le début qui est dur, une fois rentré dedans on ne peut plus lâcher. J'ai beaucoup aimé, même si j'ai préféré "Voyage au bout de la nuit" que je trouve plus analytique sur cette fameuse condition humaine justement.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 26 juin 2010

    vincentf
    Céline, ça vous en fout plein la gueule, ça vous submerge par un flot ininterrompu de mots et de ponctuation et ça vous prend aux tripes parce que tout est déballé dans ce style si particulier qui pourrait prodigieusement énerver et qui fascine par son exubérance, sa luxuriance, sa peinture on ne peut plus pittoresque de personnages qui, comme le narrateur, se lancent dans d'interminables et éberluées diatribes, celles du père qui se plaint du malheur que son fils propage dans toute la maisonnée par son comportement, celles de l'oncle qui accueille l'enfant quand il tente d'étrangler son père, et celles de ce personnage grotesque et sublime, au nom (faux, parce qu'il est plus escroc que scientifique) impayable de Jean Marin Courtial Des Pereires, chez qui Ferdinand trouve enfin, parce qu'il est à la fois un génie (complètement dépassé, très dix-neuvième, positiviste à l'extrême) et un margoulin, une nouvelle famille. Mort à crédit, c'est un flot ininterrompu de mots, disais-je, mais ce déluge, et c'est là que Céline est extraordinaire, subit parfois des accélérations proprement renversantes aux moments-clés, ceux qui sont préparés par tout ce qui précède mais qui éclatent furieusement, le personnage se trouvant soudain hors de lui, les événements se déroulant dans un délire que rien ne saurait freiner, comme lors de sa dernière nuit en Angleterre lorsque la femme qu'il reluque amoureusement et silencieusement depuis plusieurs mois saute dans son lit avant de se suicider, comme lorsque Ferdinand tente de tuer son père, ou comme lorsque Des Pereires, lui aussi, se suicide. A chaque fois que sa vie prend un chemin plutôt calme, presque heureux, ça se déglingue peu à peu, l'argent fout le camp, les hommes deviennent fous et, soudain, ça pète, la mort se pointe et il faut partir, car Mort à crédit, c'est une fuite sans fin qui ne se termine pas, car à la fin Ferdinand n'a qu'une idée en tête, partir, faire son Voyage au bout de la nuit.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Luniver, le 01 novembre 2011

    Luniver
    Après "voyage au bout de la nuit", on revient avec "Mort à crédit" sur l'enfance de Bardamu, qui est haute en couleur. Son père est secrétaire, sa mère tient une boutique de dentelle. Tous les deux sont dépassés par l'époque : lui en est resté à l'écriture manuscrite en délié alors que les machines à écrire font leur apparition, tandis que les dentelles sont délaissées pour des tissus plus modernes. Leur occupation favorite consiste à se plaindre de leur fils, responsable de tous leurs maux, et incapable de se rendre compte de tous les sacrifices qu'ils consentent pour lui assurer une vie correcte, et le considérant déjà comme ayant tous les vices.
    Après avoir difficilement obtenu son certificat d'études, il reste au jeune Ferdinand à trouver un emploi. Sa mère l'aide dans ses démarches, tout en dévoilant à ses possibles futurs patrons l'étendue de la dépravation de son fils, par acquis de conscience. Il finit par être embauché dans un grand magasin réputé, mais sans paie, pour être renvoyé peu de temps après pour bavardage, puis dans un atelier de ferronerie spécialisé dans les horreurs invendables. Il se fera renvoyé également pour avoir égaré une pière de grande valeur. Après chaque épisode, Ferdinand a droit a un concert de plaintes sur son ammoralité, et son inconscience des sacrifices consentis.
    Grâce à l'appui de son oncle, seule bouffée d'oxygène dans cet univers qui lui est hostile, Ferdinand est envoyé en pension en Angleterre, où il refusera d'apprendre quoi que ce soit. À son retour, lassé par un énième discours moralisateur de son père, il se bat avec lui, et sera logé chez son oncle. Celui-ci par le placer chez Martial, un scientifique un peu illuminé, qui tient un journal décrivant les dernières inventions du moment. Si les premiers mois se passent bien, la suite est un peu moins satisfaisante : Martial se ruine en jouant aux courses, puis en voulant organiser un concours pour se renflouer un peu, ses locaux se font ravager par des inventeurs mécontents. Il tente ensuite de monter une pension, en comptant sur ses légumes surdéveloppés par les "ondes telluriques" pour les nourrir. Mais l'expérience tourne court, et ses enfants finissent par chaparder dans les fermes aux alentours pour pouvoir s'alimenter. Tout ce petit monde finira en prison ou en pension, et Martial se suicidera.
    "Mort à crédit" est tout aussi frappant que "voyage au bout de la nuit" : l'argot y prend une plus grande place encore, et le style est plus violent, avec des phrases courtes et des points d'exclamation qui les ponctuent souvent. L'entourage de Ferdinand ressemble à des caricatures d'humains, chacun coincé dans le rôle qu'il s'est imposé et dans lequel il se complait : les parents victimes d'une progéniture ingrate, le grand scientifique incompris des foules, ... À la fois drôle, grinçant, et un peu écœurant par moment.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Tibere, le 13 avril 2012

    Tibere
    Mort à crédit… le début du style émotif Célinien. Un étrange mais excellent livre. Tout se met lentement en place. le héros d'abord : ce n'est plus Bardamu, ce n'est pas encore Céline, c'est Ferdinand. Un entre deux. A mi chemin entre le Voyage et la Féérie. Il décrit son enfance, de manière assez linéaire, mais avec un argot assez imposant et beaucoup d'insultes alambiquées et recherchées. Que de personnages mémorables dans ce livre ! Nora, les parents de Ferdinand, le cureton, l'oncle… et puis surtout, Courtial. Il me fait penser à l'essence même de la fin du XIXe siècle : une foi inébranlable dans le Progrès technique, un savoir inépuisable, un esprit farfelu mais incapable de s'adapter à l'arrivée du nouveau siècle… Son suicide signe la mort de la Belle Epoque en fin de compte, d'ailleurs, on le voit bien dans ce livre, que la Belle Epoque n'est belle que de nom : les ouvriers galèrent, les enfants travaillent, la prostitution est partout, la misère universelle…
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (9 votes positifs)

> voir toutes (30)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par Piling, le 28 janvier 2011

    Incipit :

    Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.

    Hier à huit heures Madame Bérange, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C'était une douce et gentille fidèle amie. Demain on l'enterre rue des Saules. Elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieillesse. Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé : "Ne vous allongez pas, surtout !… Restez assise dans votre lit !" Je me méfiais. Et puis voilà… Et puis tant pis.

    Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. Je vais leur écrire qu'elle est morte Madame Bérange à ceux qui l'ont connue. Où sont-ils ?
    Je voudrais que la tempête fasse encore bien plus de boucan, que les toits s'écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
    Elle savait Madame Bérange que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire… Tous ces gens sont loin… Ils ont changé d'âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler d'autre chose…

    Vieille Madame Bérange, son chien qui louche on le prendra, on l'emmènera…

    Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt, s'est arrêté chez elle. Il est là, dans l'odeur de la mort récente, l'incroyable aigre goût… Il vient d'éclore… Il est là… Il rôde… Il nous connaît, nous le connaissons à présent. Il ne s'en ira plus jamais. Il faut éteindre le feu dans la loge. À qui vais-je écrire ? Je n'ai plus personne. Plus un être pour recueillir doucement l'esprit gentil des morts… pour parler après ça plus doucement aux choses… Courage pour soi tout seul !

    Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait, elle me retenait par la main… Le facteur est entré. Il l'a vue mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander. Ils sont partis loin, très loin, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard s'ils ne reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde. Alors ce sera fini et je serai bien content.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (13 votes positifs)
  • Par Piling, le 10 février 2011

    Souvent j'en croise, à présent, des indignés qui ramènent… C'est que des pauvres culs coincés… des petits potes, des ratés jouisseurs… C'est de la révolte d'enfifrés… c'est pas payé, c'est gratuit… Des vraies godilles…

    Ça vient de nulle part… du Lycée peut-être… C'est de la parlouille, c'est du vent. La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu'on en crève. Y en aura encore si profond qu'il en restera tout de même partout. Il en jutera sur la terre assez pour qu'elle empoisonne, qu'il pousse plus dessus que des vacheries, entre des morts, entre les hommes.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par Cath36, le 26 septembre 2011

    Nous eûmes de nouveaux déboires avec le "Zélé"... tellement perméable et foireux qu'il s'effondrait dans ses cordes!... Il nous ruinait en hydrogène, en gaz méthanique... A force de pomper tout de même, il prenait un petit élan... Avec deux ou trois soubresauts il franchissait assez bien les premiers arbustes... S'il arrachait une balustrade, il fonçait alors dans le verger...Il repartait encore une secousse... Il ricochait contre l'église... Il emportait la girouette... le peu de gaz s'évaporait... Il a raclé avec son cul toutes les betteraves du Nord-Est. La belle nacelle en rotin, elle avait plus de forme à force... Sur le plateau d'Orgemont, il est resté deux bonnes heures entièrement enfoui, coincé dans la mare, un purin énorme !... Quand on a replié le "Zélé", il sentait si fortement les matières et le jus de la fosse...qu'on a jamais voulu de nous dans le compartiment... On a voyagé dans le fourgon avec l'ustensile, les agrès, la came.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Luniver, le 26 octobre 2011

    Et cependant, j'étais pas coûteux. On m'offrait au «pair», juste le logement, la nourriture... Mes parents étaient bien d'accord. Je n'avais pas besoin d'argent qu'ils répétaient à mon oncle... J'en ferais sûrement mauvais usage... Ce qu'était beaucoup plus essentiel, c'est que je retourne plus chez eux... C'était l'avis unanime de toute la famille, des voisins aussi et de toutes nos connaissances. Qu'on me donne à faire n'importe quoi ! qu'on m'occupe à n'importe quel prix ! n'importe où et n'importe comment! mais qu'on me laisse pas désœuvré! Et que je reste bien à distance.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Luniver, le 21 octobre 2011

    Le lendemain, on s'est mis en quête d'une maison réellement sérieuse pour que je commence dans le commerce. Une place même un peu sévère, où on me laisserait rien passer.

    Pour bien apprendre, il faut que ça barde ! Telle était l'opinion d'Edouard. Il avait vingt ans de références. Tout le monde était de son avis.
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)






Acheter sur Amazon

Faire découvrir Mort à crédit par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (440)

> voir plus

Quiz