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Éditeur : Gallimard (2015)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 601 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Deuxième grand roman de Louis-Ferdinand Céline, "Mort à crédit", publié en 1936, raconte l'enfance du Bardamu de "Voyage au bout de la nuit", paru quatre ans auparavant. Après un prologue situant son présent, médecin dans les années trente, le héros narrateur, Ferdinand... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 21 août 2015

    Woland
    SBN : 9782070376926
    Sur un plan purement technique et bien qu'il soit le second roman de son auteur, "Mort A Crédit" précède le "Voyage Au Bout de la Nuit." Tout simplement parce qu'il effectue un retour, sacrément pimenté, sur l'enfance et l'adolescence du jeune Louis - Ferdinand. Pimenté et sans pitié. L'essentiel de la haine que Céline portera en lui toute sa vie contre l'Autorité et toutes les figures qui la symboliseront, sa volonté farouche de provoquer, fût-ce parfois pas très intelligemment, tout ça y trouve ses racines, tordues, énormes, difformes même pour certaines. Mais les plantes qu'elles donnent sont si belles ...
    Comme il le fera plus tard dans "Guignol's Band", pour lequel Denoël vint le voir en lui disant, accablé : "Mais on n'y comprend rien !", Céline déstabilise son lecteur dès le début en l'emportant dans une sorte de délire où se mélangent des bribes et des bribes - réelles ou rêvées ? - de sa vie. Si on n'avait peur de le vexer au Paradis des Ecrivains de Génie Les Plus Haïs Par Les Crétins Redondants, on évoquerait volontiers la tornade diabolique qui, dans le Kensas de Franz Baum, emporte la petite Dorothy au Pays d'Oz. Seulement, avec Céline, la petite Dorothy, c'est vous, c'est moi, c'est tout lecteur digne de ce nom, et le Pays d'Oz, bien sûr, c'est le Pays de Céline. Seul point commun entre les deux : s'il y a des monstres à Oz, il y en a aussi chez Céline mais alors, ceux-là, franchement, faut pas les faire voir à n'importe quelle petite tête blonde - même de nos jours, avec Internet, Hollande et Valls à la télé et tout ça ...
    D'abord, y a les parents de Céline. le Père, le Géniteur. Raide, digne, ayant voué sa vie aux assurances (quel beau mot ! ) et aux comptes (quel beau mot aussi, pour certains ! ),trimant en vain pour une augmentation que pourrait lui apporter la maîtrise de le technique, toute neuve, de la dactylographie - maîtrise que, bien entendu, il n'arrive pas à acquérir. Les descriptions du père Destouches, Le Normand, face à cette foutue machine à écrire dernier cri (et à l'époque, croyez-moi, c'était encore pire que les toutes dernières épaves à frappe mécanique qu'il nous arrivait encore de dénicher, dans les années quatre-vingt, dans telle ou telle antique officine, chez les huissiers par exemple, ces monstres qui, par ailleurs, avaient le mérite de vous faire des doigts d'acier, dignes de Robocop en personne ), peintes par l'encre empoisonnée de son rejeton, sont tout simplement épiques. Surtout que le type est plutôt costaud, la machine aussi et qu'ils finissent par en arriver tous les deux aux ... ma foi, comment dire ? ... aux mains et aux touches ! Et tout cela, bien sûr, par la faute de notre Ferdinand qui fait rien qu'énerver son père, ce fils indignement dégénéré !
    J'ai eu la chance - si l'on peut dire - de connaître un père du même modèle dont le plaisir le plus merveilleux était, outre de "corriger" son fils à la ceinture (parfois pour rien de valable, d'ailleurs), de l'insulter, de le traiter de tous les noms, de lui prédire un avenir de poubelle, bref, de le rabaisser systématiquement et en le piétinant avec frénésie pour faire bonne mesure. Ce genre de choses - ce type de pères met d'ailleurs un temps incroyable à le comprendre - ça ne peut pas durer éternellement. le jour arrive où le "petit", brusquement devenu aussi grand et aussi costaud, vous rend la politesse avec tous les raffinements du genre. C'est le jour, fameux entre tous, où le Fils "tue" le Père - le jour où, dans "Mort A Crédit", Céline "tue" enfin son Géniteur.
    Mais il a beau être Céline, il est comme tous les ados, comme tous les enfants que nous avons été : il "tue", oui, mais il le fait autant par légitime défense que par vengeance et si la rage lui vrille le coeur, ce même coeur verse aussi ses ultimes larmes sur le Père qui aurait pu être - et qui n'a pas été, qui ne sera jamais. Cela se passe au dernier tiers du livre et c'est d'une beauté, d'une grandeur, ça véhicule une émotion si intense que l'on ne parvient pratiquement pas à en dire plus.
    Et puis, comme l'eût chanté Brel, et puis, il y a la mère. Bretonne, elle et "calancheuse." On ne sait pas très bien ce qui est à l'origine de sa boiterie mais une chose est sûre : cette femme est de la race de ces mères, bretonnes ou pas, qui sont plus des épouses que des mères. Oh ! Elle n'est pas dure avec son fils, elle l'aime, à sa manière. C'est-à-dire qu'il doit s'incliner devant le Père-Roi, le Père-Qui-Sait-Tout, le Père-Brutal, le Père-Monarque-du-Ceinturon, qui envoie valdinguer la mère autant qu'il envoie valdinguer son fils mais qui est "le Chef", l'"Autorité." Mme Destouches appartient aussi à l'espèce, si dérangeante et qui m'a toujours donné envie de vomir (oui, des mères comme ça, j'en ai bien connu aussi, toutes les chances, on vous dit !) de ces femmes qui donnent toujours, en pleurnichotant bien fort, tort à leurs enfants et raison à leur mari (ou compagnon). Si le jeune Céline se fait battre, même pour pas grand chose et dans des proportions que ne mérite pas la sottise qu'il vient de faire, c'est sa faute. Son père le bat, son père l'insulte, son père le rabaisse, son père le serpilliérise, son père le piétine, son père lui fendrait la colonne vertébrale, oui, bien sûr mais attention : POUR SON BIEN.
    C'est beau, quand même, l'amour d'une femme pour son époux, hein ?
    Et puis, Mme Destouches, elle adore faire toujours plus qu'elle ne devrait en faire - notamment à cause de sa jambe. Est-elle née avec une mentalité de martyre ou est-ce un acquis de l'existence ? Perso, je dirai un mélange des deux - et c'est incurable . le spectacle est outrancier, pitoyable, émouvant, on a pitié d'elle tout en ayant envie de lui flanquer des rafales de gifles et de la ligoter sur son lit pour qu'elle se repose enfin, et cet amour qu'elle a pour SA souffrance, SON statut d'épouse et de mère parfaites (du moins le croit-elle), franchement, ça m'a donné je ne sais trop combien de fois l'envie de gerber.
    Petits bourgeois sans grande intelligence et sans un seul atome d'imagination, momifiés vivants dans leurs certitudes que la terre est plate et que le Soleil tourne autour, convaincus, à chaque mois qui passe, qu'ils ont donné le jour à un enfant quasi démoniaque ou qui, en tous cas, causera leur perte, jamais ils n'essaient de comprendre le phénomène que, pénomènes eux-mêmes, ils ont mis au monde. Ferdinand a toujours tort, Ferdinand est un misérable, Ferdinand ne sait plus quoi inventer, Ferdinand est impossible, Ferdinand finira, qui sait ? sur l'échafaud. (C'est très bien : comme ça, pour une fois, il donnera enfin raison à ses parents. ) Pour le petit garçon, ça allait un peu mieux du temps de la grand-mère Caroline - sa grand-mère maternelle - la seule, avec l'oncle Edouard, le frère, lui, du côté là encore maternel, non seulement à vouer à l'enfant une affection sincère mais toujours prêts à le faire vivre et à le laisser vivre tout en lui indiquant les garde-fous nécessaires. Mais grand-mère Caroline meurt trop tôt.
    C'est le lot des bonnes grands-mères. Vous avez connu, vous aussi ? Elles font ce qu'elles peuvent pour vous et puis, elles sont obligées de partir et de vous laisser au milieu des monstres du Pays d'Oz - ou du Pays de Céline ... ou de votre propre Pays. N'empêche : elles vous insufflent l'une de ces forces morales qui jamais, quelque piège que vous tendent vos chers parents, ne vous quittera ... Merci à vous, grands-mères ! ;o)
    Vous décrire la mort de la grand-mère Caroline, les si belles pages que Céline le Cynique, l'Affreux, le Collabo, le Calomnié, le Haï, le Génie, dédie à cette femme, serait inutile : pour mieux comprendre un tout petit morceau du puzzle Céline, mais un morceau décisif, il vous FAUT les lire.
    Heureusement qu'il reste l'oncle Edouard. L'oncle Edouard aime sa soeur (en toute justice, le jeune Ferdinand lui aussi préfère sa mère à son père car il voit bien l'état lamentable dans laquelle elle se met, poussée à la fois par sa triste existence et aussi par les failles de son caractère, et puis, une mère, on n'en a qu'une : c'est bien ça, le problème ! Et un foutu problème de merde ! Lâchons-nous, oui : vous verrez, si vous ne l'avez déjà expérimenté et si vous êtes un minimum au-dessus de la moyenne : le seul Véritable Problème qu'on a dans Sa Vie, c'est sa Mère : bonne, on s'effondre quand elle n'est plus là et tout n'est plus que douleur ; mauvaise, on s'effondre aussi car ses coups et les affrontements, verbaux ou physiques, avec elle, vous manquent tout aussi douloureusement - fin de l'aparté, les potes, on passe à autre chose ou on essaie, capice ? ) mais il aime aussi son neveu dont il devine la sensibilité, l'originalité profonde et l'intelligence non moins réelle d'enfant probablement surdoué sous ses airs de cancre buté.
    Après l'"héneaurme" bagarre avec le Père-Géniteur, l'Oncle Edouard confie son neveu comme apprenti à l'un de ses amis, un drôle de type, à vrai dire, le Courtial des Pereires, une véritable encyclopédie vivante, qui joue aux courses, mène une vie de bâton de chaises, dirige une revue, "Le Génitron", traitant de toutes les inventions possibles et imaginables, prône le plus léger que l'air, fait des excursions, tout à fait accablantes en ballon et qui, peu à peu, sans que l'un ou l'autre en ait pleinement conscience, devient, en quelque sorte, le "Père spirituel" de Ferdinand.
    Oui, ça aussi, on a connu. Enfin, les plus chanceux d'entre nous. Là aussi, j'en étais (Eh ! Quand on s'est farci tous les autres, on a tout de même le droit d'avoir un père spirituel, non ? ). Vu mes repères personnels, je ne puis dire que Courtial des Péreires - dont ce n'était d'ailleurs pas le vrai nom - était un saint, pas même un exemple fabuleux à suivre. Mais il avait ce truc ... Ce truc merveilleux : l'imagination, le rêve, ce désir de s'allonger dans l'herbe et de contempler les étoiles, la curiosité de savoir ce qu'il y avait au-delà ... Voilà : il voulait toujours apprendre, toujours en savoir plus. Sur l'univers, sur soi même - pas sur ses voisins.
    L'influence, sur Céline, de cet homme à la fois si brillant et si exaspérant, si irresponsable et si égoïste envers sa femme et pourtant si aimant et si aimable, sera si décisive que son décès (ou plutôt son suicide) poussera le tout jeune homme à s'engager. L'Oncle Edouard lui conseille bien de ne pas agir sur un coup de tête mais ce n'est pas possible. D'ailleurs, nous sommes encore en 1911 et personne ne peut savoir que, trois ans plus tard ...
    Les trois coups vont sonner pour le "Voyage au Bout de la Nuit", pour la vie d'homme de Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline. Il a "tué" son Géniteur qui, d'ailleurs, ne l'aimait pas et même, redoutait son étrangeté, tout ce qui ne cadrait pas avec sa raideur, avec ses certitudes d'homme bien-pensant. Et son Père spirituel, lui, s'est tué parce qu'il n'en pouvait plus. La Vie n'est pas tendre, elle est cynique, elle aime ça, le cynisme ... et pourtant, avec tout son cynisme et ses grimaces affreuses, avec toutes ses douleurs et ses injustices apparentes, elle nous apprend tant de choses. Si elle ne nous brise pas, elle nous fortifie à jamais.
    C'est ce qu'elle a fait pour Céline. Dans le fond, Céline, la Vie l'a beaucoup aimé. Mais quand il a saisi la comédie qu'elle lui avait jouée, il était entré dans une autre Vie. Sûr, qu'il a dû être vachement étonné. Sûr aussi qu'il a dû s'en payer une sacrée tranche en comprenant l'astuce. Faites comme lui : lisez "Mort A Crédit" et, par pitié, réservez toute une étagère à son auteur. Oubliez les libelles où il aurait mieux fait de fermer sa grande gueule et ne prêtez l'oreille qu'à l'écrivain qui pense, réfléchit et se dit quand même : "Non, arrête, Ferdinand : là, t'es plus Céline. Alors, écris et fais pas de la politique. Surtout que, si, question écriture, tu sais sacrément bien tricher, question politique, t'es fin nul.";o)
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    • Livres 5.00/5
    Par ahasverus, le 26 décembre 2012

    ahasverus
    Attention chef d'oeuvre !
    Après le Voyage au Bout de la Nuit, Louis-Ferdinand Céline abandonnait Bardamu mais gardait Ferdinand pour nous accompagner dans les recoins sombres du Paris et du Londres de son enfance. Il affirmait son style décapant et imagé pour nous délivrer ce fruit d'un labeur de plusieurs années qui reste une de ses toutes meilleures productions.
    Si vous n'avez jamais ouvert un livre de Céline (il vaut mieux en laisser certains fermés) les premières pages de Mort à Crédit vous diront tout de suite à quel génie vous avez à faire. Les réflexions sur la mort de Madame Bérenge comptent parmi les plus belles pages de la littérature française.
    Vous suivrez ensuite les péripéties de Ferdinand, de son enfance au passage Choiseul jusqu'à son désir de rentrer dans l'armée. Ce livre devait constituer le début d'une trilogie "Mort à Crédit - Casse-Pipe - Guignol's Band" dont le second volet n'a jamais été terminé. Je vous invite à lire, si vous souhaitez en savoir plus sur l'auteur, sa vie, ses choix, l'excellent "Céline", d'Henri Godard.
    Sans rentrer dans le détail des mésaventures de Ferdinand, j'insisterai sur le sentiment jouissif que procure la lecture de ce livre et sur l'étendue du talent de son auteur. Céline sait se faire drôle, haletant, émouvant, profond, ordurier... On ne sait jamais vers quelle rive il va nous emporter avec sa galerie de personnages et d'aventures.
    La Méhon qui colle son papier sur la vitrine de la boutique du passage Choiseul lorsque le père raconte ses histoires à un public de plus en plus dense, Courtial qui disparaît des jours dans sa cave pour échapper aux créanciers, Madame Divonne qui, de commerce en commerce, vient pleurer sur les proches décédés des commerçants dans l'espoir d'avoir un peu plus de nouilles, et bien d'autres personnages tout à la fois profondément humains et hors du commun vous accompagneront au long des six cents et quelques pages de ce monument joyeux, cynique, et volontiers ordurier.
    Il faut lire Céline comme on goûte une petite tasse de thé bien chaud, parfois brûlant, au coin d'une cheminée, par petites gorgées. Ou pas. Mais il faut lire Céline.
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  • Par aranzueque-arrieta, le 01 mai 2012

    aranzueque-arrieta
    Mort à crédit
    Louis-Ferdinand Céline
    Gallimard

    Ferdinand est médecin dans la banlieue parisienne, mais c'est à l'écriture qu'il veut se consacrer. Mireille, sa maîtresse, tape ses textes à la machine à écrire.
    A la suite d'une escapade au bois de Boulogne avec Mireille, au cours de laquelle le couple se bat, il tombe malade. La fièvre le faisant délirer, il se souvient de son enfance.
    Ferdinand est le fils d'Auguste, - père violent détesté, qui travaille à la Coccinelle, compagnie d'assurance où il est malmené par son patron - et de Clémence.
    La famille s'installe au Passage des Bérésinas, une sordide galerie de petits commerces qui croulent sous les dettes et les charges. Clémence tente sa chance dans la dentelle et les antiquités.
    Ferdinand parvient à décrocher son Certificat d'études.
    Atteint d'une méningite, il va se reposer à Asnières avec sa grand-mère.
    Sa santé toujours fragile, il part à Dieppe avec sa mère qui tente de refourguer sa camelote en faisant le porte à porte dans les maisons bourgeoises. Lors de sa première baignade, il manque de se noyer. Son père les rejoint les quinze derniers jours. Ils font une excursion épique en Angleterre de laquelle ils reviennent dans un triste état.
    En rentrant à Paris, ses parents le placent chez Berlope, au Sentier, où il travaille comme un esclave. Prit en grippe par son supérieur, Lavelongue, il est renvoyé.
    Son père le bat, passe son temps à l'humilier, se vengeant de sa situation à la Coccinelle.
    Sa mère lui trouve un nouvel emploi chez un bijoutier, Gorloge, dont le commerce traverse une crise depuis plusieurs années. Ferdinand obtient une commande auprès d'un chinois, relançant ainsi la vitalité de la bijouterie. Appelé par l'armée pour faire ses vingt-huit jours, Gorloge part, laissant Ferdinand sous la responsabilité de Mme Gorloge et d'Antoine, l'amant de cette dernière. le bijou terminé, il le garde précieusement en attendant le retour du chef. La patronne le lui dérobe en même temps qu'elle le viole. Il est à nouveau renvoyé et le scandale éclabousse sa famille qui veut s'en débarrasser.
    Ses parents, désespérés, ne savent plus quoi faire de leur fils. L'oncle Édouard propose de l'envoyer quelques mois en Angleterre. D'abord réticents, Auguste et Clémence le placent finalement au Meanwell College tenu par le couple Merrywin, en puisant dans les réserves de l'héritage de la grand-mère. Ferdinand refuse de parler pendant tout son séjour, n'apprenant aucun mot d'anglais. Il passe ses journées à jouer et à se promener avec Jonkind, un jeune handicapé, et Nora Merrywin, de qui il tombe amoureux.
    Un somptueux collège se construit à côté de Meanwell. La plupart des élèves quittent l'ancien pour le nouveau, laissant les Merrywin dans une situation économique catastrophique.
    Nora perd peu à peu la raison jusqu'au jour où elle rejoint Ferdinand dans sa chambre, s'offrant à lui. Elle s'enfuit en pleine nuit et se noie.
    Le lendemain il quitte précipitamment l'Angleterre. Il revient à Paris, chez ses parents. Il peine à trouver un travail, se laissant gagner par l'oisiveté.
    Un soir qu'il a bu et dépensé l'argent destiné à nourrir la famille, il frappe son père avec la machine à écrire sur laquelle il apprend à taper.
    Ferdinand part vivre chez l'oncle Édouard. Ce dernier le place chez l'inventeur loufoque Courtial des Pereires. Il devient l'homme à tout faire dans les locaux de la revue Génitron.
    Son patron mise sa petite fortune dans les courses de chevaux et les jeux.
    Sans ressources, la situation devient intenable jusqu'à l'apparition providentielle du chanoine Fleury, un fou-à-lier, qui leur donne de l'argent pour organiser un concours de sous-marins dans le but d'aller chercher les trésors enfouis dans l'océan.
    Le chanoine qui volait les finances à l'office est arrêté dans les bureaux du Génitron. Les nombreux inventeurs s'étant compromis dans le projet, bernés, en colère, détruisent le siège de la revue au cours d'une émeute.
    Pereires et Ferdinand parviennent à leur échapper. Ils se réfugient à Montretout où l'inventeur habite. Il vend la maison, sans en avertir sa femme Irène, pour se lancer dans un nouveau projet, l'agriculture tellurique.
    Les trois partent à la campagne, à Blême-le-Petit, en Picardie. Ils logent dans une vieille ferme délabrée dans des conditions extrêmes.
    C'est là que Courtial lance le Familistère de la Race Nouvelle, accueillant des enfants de la ville qui doivent l'aider à rendre viable son projet, mais les jeunes sont rapidement livrés à eux-mêmes, dérobant tout ce qu'ils peuvent dans les fermes aux alentours pour ne pas mourir de faim. Ils se mettent à dos tout le pays.
    C'est un nouvel échec pour Pereires qui se suicide d'une balle dans la tête. Irène et Ferdinand récupèrent le corps et le ramènent dans une brouette. Lorsqu'ils arrivent à la ferme, les gendarmes les attendent. Les enfants sont rapatriés. Les deux amis se séparent.
    Ferdinand, abattu, en piteux état, retourne à Paris chez son oncle. Il décide de s'engager dans l'armée pour rentrer dans le droit chemin.

    Mort à Crédit est le deuxième roman de Louis-Ferdinand Céline, publié en 1936.
    On retrouve Ferdinand, le narrateur du Voyage au bout de la nuit (1932), cette fois-ci sans la mention de son nom de famille, Bardamu.
    On a beau connaître le style de l'auteur, dont on boycotte stupidement cette année le cinquantième anniversaire de sa mort, on ne peut qu'être surpris chaque fois que l'on relit ce monument de la Littérature, tant sa verve est puissante, incomparable.
    Céline, c'est avant tout une langue qui marque au fer rouge la narration contemporaine - il y a indubitablement un avant et un après Céline, dans la Littérature française -, un rythme, une musicalité, un humour, un lyrisme.
    Ferdinand, le narrateur, raconte sa jeunesse, mettant en écriture, le langage de son milieu populaire. L'argot, sous la plume de Céline, devient une véritable langue à l'étonnant potentiel littéraire, qui lui permet de retourner la phrase classique, l'ordre des mots, son rythme pour en faire quelque chose de nouveau et d'incroyablement moderne. 80 ans après, on est encore bluffé tant le style n'a pas pris une ride !
    Le travail d'écriture est simplement époustouflant, les mots sonnent comme des coups de tambour qui battent la mesure du récit. Leur agencement dans la phrase est magistral, rien n'est laissé au hasard. C'est là que l'on voit - que l'on entend - le travail du romancier. Il rend le banal extraordinaire - au sens étymologique -. Il redonne aux mots un sens nouveau, de par leur place dans la phrase et leur sonorité d'ensemble.
    Il y a une énergie, une vitalité dans chaque phrase, ponctuée par des points de suspension qui rendent le lecteur haletant dans ce marathon narratif, au cours duquel il fonce à travers les presque 600 pages sans pouvoir s'arrêter.
    Les situations loufoques, grotesques sont absolument drolatiques, irrésistibles ; elles permettent de prendre de la distance face aux sordides scènes de la vie de Ferdinand.
    Céline crée des personnages romanesques d'une grande intensité, qu'il s'agisse de la belle Nora Merrywin (Ophélie célinienne), de facture plus classique, mais qu'il n'hésite pas à esquinter lors de sa noyade, de Courtial des Pereires, l'inoubliable inventeur aux délires quichottesques, dont même son cadavre parvient à nous faire sourire ou encore de l'halluciné chanoine Fleury et ses projets sous-marins.
    Si le grotesque des situations est une des marques de fabrique du récit célinien, le roman n'en reste pas moins grave dans sa dénonciation sociale. Nous sommes au tout début du vingtième siècle, avant la première guerre mondiale. Céline raconte la difficulté extrême pour toute une partie de la population - les petits travailleurs, les apprentis, les ouvriers, les artisans, les petits commerçants - à sortir la tête de l'eau. Ils croulent sous les dettes, les crédits qu'ils ne parviennent jamais à rembourser, les laissant à l'écart des promesses de progrès que leur fait miroiter l'exposition universelle de Paris. Ils agonisent dans une perpétuelle petite mort lente à crédit.
    Céline parvient à illuminer la vie morose de Ferdinand, faisant de l'humour une technique pour prendre de la distance dans les situations violentes - le viol de Ferdinand par la Gorloge, le cadavre de Courtial des Pereires, le handicap de Jonkind, les bagarres au Passage -.
    L'épisode anglais au Meanwell College est particulièrement délicieux. La vieille bâtisse en proie aux vents violents au bord de la falaise, les personnages de Nora et de Jonkind le handicapé - très différents de la galerie qui peuple le roman -, le silence de Ferdinand, confèrent à cette partie une dimension presque onirique, comme une parenthèse dans le récit.
    Le goût prononcé de Céline pour la scatologie, le vomi et la sexualité débridée pourrait faire l'objet d'une thèse fort intéressante. Ces scènes de déjections et d'excrétions balisent les différents épisodes de la vie de Ferdinand, les commençant ou les achevant. le délire qui marque le début de la narration de ses souvenirs est nécessairement entaché de dégueuli ; lorsqu'il devient apprenti il ne laisse plus sécher la merde, dont il aimait sentir l'odeur, dans son cul ; l'épisode de la traversée en bateau vers l'Angleterre avec ses parents se fait nécessairement dans le vomi tout comme le retour final à Paris chez l'oncle Édouard.
    La sexualité débridée permet aussi d'appréhender l'univers grotesque, excessif de l'auteur.
    La galerie de personnages peu glorieux, donne une vision plutôt triste de l'humanité, car à part l'oncle Édouard, aucun ne sort du lot. La noirceur nihiliste de l'auteur fait également partie de son esthétique littéraire.
    On se rend compte à quel point l'écriture célinienne a influencé les auteurs contemporains, de Nabe à Beigbeder, avec plus ou moins de bonheur...
    Mort à crédit est un monument de la Littérature, un livre incontournable, un véritable orgasme !

    FAA

    http://faranzuequearrieta.free.fr


    Lien : http://faranzuequearrieta.skyrock.com/2992001961-Mort-a-credit-de-Lo..
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    • Livres 4.00/5
    Par Cath36, le 27 septembre 2011

    Cath36
    Autant que Balzac, Céline aurait pu appeler l'ensemble de son oeuvre "La comédie humaine". Y 'en a pour tout le monde, braves gens ne vous battez pas : parents hystériques,bourgeois mesquins,commerçants malhonnêtes,cantatrice psychédélique (avant l'heure), inventeurs mythos, directeurs d'école ratés, anglaises aux dents longues, et j'en passe. Heureusement qu'au bout du compte le tonton sauve l'affaire et nous réconcilierait presque avec le genre humain.
    Et fichtre, quelle margoulette, quelle richesse de vocabulaire ! Il m'aurait fallu un dico à certains moments, genre "la méthode à Mimile".... Emporté par un rythme dément, on ressort ahuri, époumonné, bluffé, confondu, au bout de 600 pages qu'on n'a pas vu passer.
    Un bémol toutefois : on a parfois l'impression que Céline s'auto-parodie tellement il en fait, et ce surtout dans les quarante premières pages. Si j'osais je comparerai à... Proust (si si) : c'est le début qui est dur, une fois rentré dedans on ne peut plus lâcher. J'ai beaucoup aimé, même si j'ai préféré "Voyage au bout de la nuit" que je trouve plus analytique sur cette fameuse condition humaine justement.
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    • Livres 5.00/5
    Par milado, le 28 septembre 2012

    milado
    J'ai retrouvé le Céline que j'avais adoré dans "voyage au bout de la nuit" , mais ici tout est poussé à l'extrême : son écriture atypique, la violence, le sordide du propos...j'ai eu quelquefois l'impression que Céline jouait la surenchère, trop c'est trop...et pourtant ce livre est fascinant, son charme exceptionnel. Il ne détrônera pas le "voyage..." dans mon panthéon mais restera pour moi un monument de la littérature française...à lire absolument.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 22 août 2015

    ...] ... Mais nos pauvres pigeons voyageurs, à partir de ce moment-là, ils avaient bien plus raison d'être ... On les nourrissait pas beaucoup depuis déjà plusieurs mois ... parfois seulement tous les deux jours ... et ça revenait quand même très cher ! ... Les graines, c'est toujours fort coûteux, même achetées en gros ... Si on les avait revendus ... Sûrement qu'ils auraient rappliqué comme je les connaissais ... Jamais ils se seraient accoutumés à des autres patrons ... C'étaient des braves petites bêtes loyales et fidèles ... Absolument familiales ... Ils m'attendaient dans la soupente ... Dès qu'ils m'entendaient remuer l'échelle ... Ils roucoulaient double ! ... Courtial, il nous parlait déjà de se les taper "à la cocotte" ... Mais je ne voulais pas les donner à n'importe qui ... Tant qu'à faire de les occire, j'aimais mieux m'en charger moi-même ! ... J'ai réfléchi à un moyen ... J'ai pensé comme si c'était moi ... Moi j'aimerais pas au couteau ... Non ! ... J'aimerais pas à être écartelé ... détripé ... fendu en quatre ... Ca me faisait quand même un peu de peine ! ... Je les connaissais extrêmement bien ... Mais y avait plus à démordre ... Il fallait se résoudre à quelque chose ... J'avais plus de graines depuis quatre jours ... Je suis donc monté un tantôt comme ça vers quatre heures. Ils croyaient que je ramenais de la croûte ... Ils avaient parfaitement confiance ... Ils gargouillaient à toute musique ... Je leur fais : "Allez ! radinez-vous, les glouglous ! C'est la foire qui continue. Pour la balade, en voiture ... !" Ils connaissaient ça fort bien ... J'ouvre tout grand leur beau panier ... le rotin des ascensions ... Ils se précipitent tous ensemble ... Je ferme bien la tringle ... Je passe encore des cordes dans les anses ... Je ligote en large, en travers ... Ainsi c'était prêt ... Je laisse le truc d'abord dans le couloir. Je redescends un peu ... Je dis rien à Courtial ... J'attends qu'il s'en aille prendre son dur ... J'attends encore après le dîner ... La Violette me tape au carreau ... Je lui réponds : "Reviens donc plus tard ... gironde ... Je pars en course dans un moment ! ..." Elle reste ... elle rouscaille ...

    - Je veux te dire quelque chose, Ferdinand !" qu'elle insiste comme ça ...

    - Barre !" que je lui fais.

    Alors je monte chercher mes bestioles ... Je redescends de la soupente. Je me mets le panier sur la tête ... et je m'en vais en équilibre ... Je sors par la rue Montpensier ... Je traverse tout le Carrousel ... Arrivé au quai Voltaire, je repère bien l'endroit ... Je vois personne du tout ... Sur la berge, en bas des marches ... J'attrape un pavé, un gros ... Je l'amarre à mon truc ... Je regarde bien encore autour ... J'agrafe tout le fourbi à deux poignes et je le balance en plein jus ... Le plus loin que je peux ... Ca a pas beaucoup fait de bruit ... J'ai fait ça automatique ...

    Le lendemain matin, Courtial, je lui ai cassé net le morceau ... J'ai pas attendu ... J'ai pas pris trente-six tournures ... Il a rien eu à répondre ... Elle non plus d'ailleurs, la chérie, qui était aussi dans le magasin ... Ils ont bien vu à mon air que c'était pas du tout le moment de venir me faire chier la bite. ... [...]
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  • Par Woland, le 22 août 2015


    [...] ... Le moment était mal choisi pour la recherche d'un emploi ... C'était plutôt calme le commerce à la veille de la morte-saison. On a tâtonné un petit peu ... on s'est enquis à droite, à gauche ... à des placiers qu'on connaissait ... Ils avaient rien en perspective. Ca ne pourrait guère recommencer qu'à la période des vacances ... même pour les boutiques étrangères.

    Dans un sens ça tombait pas mal cette période d'inactivité, puisque j'avais plus de fringues du tout ... et qu'il fallait bien qu'on me retape avant que je reprenne mes démarches ... Mais alors pour cette garde-robe y a eu tout un sacré tirage ! ... C'étaient les fonds qui manquaient le plus ! ... J'attendrais, c'est tout, le mois de septembre pour les chaussures et le pardessus ! ... J'étais bien heureux du sursis ... je pouvais respirer encore un peu avant de leur montrer mon anglais ! ... Ca serait encore un baratin quand ils se rendraient un peu compte ... Enfin c'était pas pour tout de suite ! ... J'avais plus qu'une seule chemise ... J'en ai mis une à papa ... On me commanderait un veston et deux pantalons d'un coup ... Mais seulement pour le mois suivant ... Tout de suite y avait pas moyen ... On avait tout juste pour la croûte et encore c'était ric et rac ... Le terme tombait le huit et le gaz avait du retard ! et les contributions encore ! et la machine à papa ! ... On en sortait vraiment plus ! ... Il restait toujours des "sommations" à la traîne ! ... On en trouvait sur tous les meubles, violettes, rouges ou bleues ! ...

    Donc, j'avais encore du répit ! Je pouvais pas aller relancer les patrons en costard limé, rapiécé, frangé, les manches raccourcies à mi-bras ... C'était pas possible ! Surtout dans la nouveauté et dans les comptoirs au détail où ils sont tous un peu gandins.

    Mon père, il était tellement pris par ses exercices dactylos et par son angoisse d'être viré à la "Coccinelle" que, même au moment du dîner, il restait dans ses réflexions ! Je l'intéressais plus beaucoup. Il avait son idée formelle bien ancrée au fond du cassis, indélébile à mon sujet que j'étais exactement la nature même de la bassesse ! Le buse crétin pas remédiable ! Voilà tout. Que je collais pas aux soucis, aux anxiétés des natures élevées ... C'était pas moi dans l'existence qu'aurait tenu toute mon horreur plantée dans ma viande comme un vrai couteau ! Et qu'à chaque minute en plus je l'aurais trifouillée davantage ? Ah ! mais non ! mais non ! J'aurais secoué, trifouillé le manche ? Mieux ? Plus profond ? Ah ! plus sensiblement encore ! ... Que j'aurais hurlé des progrès de la souffrance ! Mais non ! Que j'aurais tourné fakir là au Passage ? à côté d'eux ? pour toujours ? ... Et alors ? Devenir un quelque chose d'inouï ? oui ! de miraculeux ? D'adorable ? De bien plus parfait encore ? Ah ! oui ! Et bien plus hanté, tracassé, mineux dix mile fois ! ... Le Saint issu d'économie et d'acharnement familial ! ... Ah ! Eh bien ! Plus cafouillard ! Ah ! oui ainsi ! Cent-dix-mille fois plus économe ! Yop ! Lala ! Comme on aurait jamais vu, ni au Passage, ni ailleurs ! Et dans le monde entier ! ... Nom de Dieu ! Le miracle de tous les enfants ! Des banlieues et des provinces ! Le fils exquis ! Phénoménal ! Mais fallait rien me demander ! J'avais la nature infecte ... J'avais pas d'explications ! ... J'avais pas une bribe, pas un brimborion d'honneur ... Je purulais de partout ! Rebutant dénaturé ! J'avais ni tendresse, ni avenir ... J'étais sec comme cent trente six-mille triques ! J'étais le coriace débauché ! La substance de bouse ... Un corbeau des sombres rancunes ... J'étais la déception de la vie ! J'étais le chagrin soi-même. Et je mangeais là midi et soir et encore le café au lait ... Le Devoir était accompli ! J'étais la croix sur la terre ! J'aurais jamais la conscience ! ... J'étais seulement que des instincts et puis du creux pour tout bouffer la pauvre pitance des sacrifices des familles ... J'étais un vampire dans un sens ... C'était pas la peine de regarder ... [...]
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  • Par Piling, le 28 janvier 2011

    Incipit :

    Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.

    Hier à huit heures Madame Bérange, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C'était une douce et gentille fidèle amie. Demain on l'enterre rue des Saules. Elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieillesse. Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé : "Ne vous allongez pas, surtout !… Restez assise dans votre lit !" Je me méfiais. Et puis voilà… Et puis tant pis.

    Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. Je vais leur écrire qu'elle est morte Madame Bérange à ceux qui l'ont connue. Où sont-ils ?
    Je voudrais que la tempête fasse encore bien plus de boucan, que les toits s'écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
    Elle savait Madame Bérange que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire… Tous ces gens sont loin… Ils ont changé d'âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler d'autre chose…

    Vieille Madame Bérange, son chien qui louche on le prendra, on l'emmènera…

    Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt, s'est arrêté chez elle. Il est là, dans l'odeur de la mort récente, l'incroyable aigre goût… Il vient d'éclore… Il est là… Il rôde… Il nous connaît, nous le connaissons à présent. Il ne s'en ira plus jamais. Il faut éteindre le feu dans la loge. À qui vais-je écrire ? Je n'ai plus personne. Plus un être pour recueillir doucement l'esprit gentil des morts… pour parler après ça plus doucement aux choses… Courage pour soi tout seul !

    Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait, elle me retenait par la main… Le facteur est entré. Il l'a vue mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander. Ils sont partis loin, très loin, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard s'ils ne reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde. Alors ce sera fini et je serai bien content.
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  • Par UglyBetty, le 21 avril 2014


    Dès juillet 1940, Céline s’attèle à la rédaction des Beaux Draps, son dernier pamphlet, qui sera p:ublié début 1941. Dans ce texte, nettement moins antisémite que les précédents, Céline donne son avis sur la « Révolution nationale » qui doit régénérer la France, et sur son Maréchal que Céline qualifie aimablement de « Prétartarin des nécropoles ». Au fond de lui-même, Céline ne croit pas au régime de Vichy, dirigé par un vieillard octogénaire et une clique d’arrivistes. Pour Céline, la reconstruction nationale passe par une pédagogie épanouissante pour l’enfant, une sécurité de l’emploi pour les travailleurs (tous fonctionnaires !) et l’instauration d’un « communisme à la française » qui ferait des Français un pays de propriétaires… L’on est très loin du « Travail Famille Patrie » des hiérarques de Vichy, et le pamphlet de Céline est interdit de vente en zone Libre. Cette déconvenue sera sans grande conséquence pour Céline. Protégé par ses relations, Céline peut vivre et écrire comme bon lui semble.
    Certes on pourra lui reprocher une attitude prudente ou ambiguë vis-à-vis des autorités allemandes. Si Céline fréquente quelques hiérarques nazis, il ne partage ni leur cause, ni leur combat. Céline se considère comme le seul véritable antisémite au détriment de tous les autres. Pire, il n’hésite pas à se montrer défaitiste. Céline annonce (dès 1941) la victoire des Russes et prédit l’arrivée des chars soviétiques à Paris… Mais s’il n’aime pas particulièrement les Allemands, Céline ne s’engage pas pour autant dans la Résistance, même si il soigne quelques résistants qui sortent amochés des interrogatoires de la Gestapo. Avec les collaborateurs, Céline adopte également une attitude ambiguë. Céline connaît la plupart des journalistes pro-allemands, et entretient des relations épistolaires avec eux. Certaines de ces lettres seront publiées en « une » de leur journal. Céline laisse faire, mais refuse de toucher un centime de leur part… Au final Céline traverse sans encombre l’Occupation, soigne ses malades à Bezons, et rentre chez lui, à Montmartre, pour écrire ses romans. De cette époque troublée naîtront deux textes, Guignol’s band qui relate ses années à Londres en 1915, et une magnifique préface à Bezons à travers les âges, un livre écrit par Albert Serouille, historien de Bezons, que Céline prit en amitié. Seuls changements notables dans la vie privée de l’écrivain, son mariage avec Lucette Almanzor, et sa relation amicale avec Arletty, sa « payse » de Courbevoie.
    Sixième vie : 1944-1951
    Dès l’annonce du débarquement alliée en juin 1944, Céline, accompagné de sa femme et du chat Bébert, prennent la direction de l’Allemagne. Céline sait bien ce qu’il risque si les armées alliées libèrent Paris, et préfère prendre les devants… L’objectif de Céline est de rejoindre le Danemark, où il avait caché son or avant la guerre. Ce voyage à travers le Troisième Reich sera épique. D’abord réfugié à Baden-Baden (« Bains-Bains » ironisera-t-il plus tard) avec le gotha de la collaboration en déroute, Céline intrigue pour se rapprocher de la frontière danoise. Les Destouches échoueront en Prusse, dans un manoir occupé par des aristocrates allemands hostiles… L’expérience durera peu, et Les Destouches migrent pour Sigmaringen, ou les Allemands ont regroupé le gouvernement de Vichy et leurs obligés qui ont préféré fuir avant l’arrivée des armées alliées. De la fin 1944 jusqu’en mars 1945, les Destouches croupissent à Sigmaringen dans l’attente d’un visa pour le Danemark qui arrivera in extremis. Profitant du passage d’un train (où de ce qu’il en reste), ils s’embarquent pour le nord. Après un voyage apocalyptique de trois jours, les Destouches arrivent à Flensburg, dernier poste frontière avant le Danemark. Quelques heures plus tard, ils débarquent à Copenhague.
    Arrivés sains et saufs dans la capitale danoise, Céline et Lucette s’installent dans un appartement mis à disposition par une amie danoise de l’écrivain et mènent une vie très discrète. Mais en France, l’Épuration bat son plein et l’auteur de Bagatelles pour un massacre est activement recherché pour être traduit devant la justice. Fin 1945, c’est presque par hasard que Céline est découvert par les autorités françaises. À la demande de l’ambassadeur de France à Copenhague, Céline est arrêté et est menacé d’extradition. Pour les avocats danois de Céline, une course contre la montre est engagée. Si, sur le principe, le Danemark ne s’oppose pas à l’extradition de l’écrivain, les juristes danois demandent des précisions sur les faits reprochés. Le but des avocats de Céline est de garder Céline le plus possible au Danemark et attendre que les passions s’apaisent en France. Cette stratégie s’avèrera payante. L’ambassade de France se heurte au pointillisme juridique des Danois, et finalement, les accusations s’étiolent, battues en brèche pas les avocats de l’écrivain. Pendant ce temps-là, Céline croupit en prison et clame son innocence. En 1947, il est libéré, mais reste prisonnier sur parole et ne doit pas quitter le Danemark. Les Destouches s’installent alors à Korsør, petit village à une centaine de kilomètres à l’ouest de Copenhague, où leur avocat met à leur disposition sa résidence secondaire. De 1947 à 1951 c’est dans ce cadre bucolique que Céline poursuivra la rédaction de son œuvre, préparera à distance sa défense, et ne cessera de correspondre avec ses amis parisiens pour ne pas être oublié.
    En 1950 le procès par contumace de Céline s’ouvre à Paris. L’écrivain est condamné à 1 an de prison, à la confiscation de la moitié de ses biens, et à l’indignité nationale. D’un point de vue strictement juridique, Céline s’en sort plutôt bien. Mais il n’en demeure pas moins condamné. Aux yeux de Céline, qui clame toujours son innocence et qui ne comprend pas ce qu’on peut lui reprocher, c’est l’amnistie ou rien. Dès lors, l’écrivain change d’avocat et confie son dossier au sulfureux Jean-Louis Tixier-Vignancour, le spécialiste des causes perdues… L’avocat béarnais va bénéficier d’une nouvelle disposition juridique destinée à solder les derniers contentieux liés à l’Épuration, et présente son client sous le nom de « Louis Destouches ». Officiellement, personne ne fait le rapprochement entre « Louis Destouches » et l’écrivain Louis-Ferdinand Céline. Après ce tour de passe-passe juridique, Céline est amnistié, à la grande fureur d’une partie du gouvernement et de l’opinion publique. Nous sommes en 1951, Céline peut désormais rentrer en France. Libre.
    Dernière vie : 1951-1961
    Après un court passage par Menton, Céline, Lucette, trois chats et le berger allemand Bessy s’installent chez Paul Marteau, riche industriel admirateur de l’écrivain, qui l’héberge dans son luxueux hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Un changement radical par rapport au Danemark… Au même moment, la situation matérielle de Céline s’arrange. À peine rentré en France, Céline signe un contrat avantageux avec Gaston Gallimard, qui souhaite réparer l’erreur de 1932. À partir de cette date, toute l’œuvre de Céline, à l’exception des pamphlets, sera rééditée par les éditions Gallimard, ainsi que les prochains romans. Une originale relation se nouera entre le puissant éditeur parisien et l’anachorète misanthrope, qui sera scandée par une correspondance pour le moins inhabituelle dans le milieu de l’édition… À la fin de l’année, les Destouches se portent acquéreurs d’un pavillon à Meudon, en banlieue parisienne, et peuvent commencer à vivre normalement.
    Céline se remet à l’écriture, reprend son activité de médecin, tandis que sa femme donne des leçons de danse. En 1952 Céline opère son retour en littérature avec la publication de Féerie pour une autre fois. Un roman assez extraordinaire, très curieux pour l’époque, sans début ni fin, et qui sera un retentissant échec commercial… Deux ans plus tard, en 1954 c’est au tour de Normance (la suite de Féerie pour une autre fois) d’être publié par les éditions Gallimard, et de subir le même sort. Malgré ces déboires, Céline poursuit la rédaction de son œuvre. En 1957, Céline abandonne le roman pour se faire « chroniqueur » en publiant D’un château l’autre. Le sujet central du livre (les mois passés à Sigmaringen) fait scandale, et Céline lui-même, en rajoute une couche. Discret lors du lancement des deux précédents romans, Céline s’investit dans la promotion et accepte de recevoir des journalistes qui ne seront pas déçus du voyage à Meudon. Ceux qui espèrent une repentance, des excuses, pour ses écrits passés, en seront pour leurs frais. Au mieux, Céline reconnaît qu’il aurait dû se taire. Au pire, il n’hésite pas à dire que les juifs devraient le remercier pour le mal qu’il aurait pu leur faire… En 1957, Céline fait scandale, mais les ventes et la critique suivent. Sur sa lancée, Céline poursuit la rédaction de son œuvre et publie Nord, en 1960, qui relate sa fuite à travers un IIIe Reich déliquescent. La critique, enthousiaste, salue un très grand roman et le retour de Céline au sommet de la littérature.
    Mais la santé de Céline se dégrade rapidement. Loin de se ménager, l’écrivain travaille à parachever sa « trilogie allemande » en rédigeant Rigodon. Céline achève son manuscrit le 30 juin 1961 et prévient Gaston Gallimard. Le 1er juillet, Louis-Ferdinand Destouches, plus connu en littérature sous le nom de Louis-Ferdinand Céline, meurt, suite à une rupture d’anévrisme. Pour éviter des débordements, Lucette Destouches annoncera le décès trois jours plus tard, une fois son mari enterré au cimetière des Longs Réages de Meudon, où il repose toujours.
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  • Par milado, le 28 septembre 2012

    Ah! c'est bien terrible quand même...on a beau être jeune quand on s'aperçoit pour le premier coup...comme on perd des gens sur la route...des potes qu'on reverra plus...plus jamais...qu'ils ont disparu comme des songes...que c'est terminé...évanoui...qu'on s'en ira soi-même se perdre aussi...un jour très loin encore...mais forcément...dans tout l'atroce torrent des choses, des gens...des jours...des formes qui passent...qui s'arrêtent jamais...Tous les connards, les pilons, tous les curieux, toute la frimande qui déambule sous les arcades, avec leurs lorgnons, leurs riflards et les petits clebs à la corde...Tout ça, on les reverra plus...Ils passent déjà...Ils sont en rêve avec des autres...ils sont en cheville...ils vont finir...c'est triste vraiment...c'est infâme !
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