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Note moyenne 4 /5 (sur 18 notes)

Nationalité : France
Né(e) le : 21/08/1953
Biographie :

Annette Becker (née en 1953), fille de Jean-Jacques Becker, est une historienne française, professeure des universités à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense (Nanterre), et membre senior de l'Institut Universitaire de France. Elle est spécialisée dans l'étude de la Première Guerre mondiale et de ses représentations culturelles, religieuses en particulier. La publication de son principal ouvrage avec Stéphane Audoin-Rouzeau, Retrouver la guerre, a concrétisé le bouleversement de l'historiographie de la Grande Guerre. Ces deux auteurs s'attachent avant tout à comprendre les cultures de guerre et la dialectique entre la souffrance et le consentement; en quoi la Première Guerre mondiale, avec cette acculturation à la violence, est un évènement paradigmatique du XXe siècle.

Annette Becker a poursuivi ses recherches en se concentrant sur les intellectuels contemporains de la Grande Guerre, tels que Maurice Halbwachs, Marc Bloch, ou encore Guillaume Apollinaire. Le postulat est toujours le même : s'intéresser à une figure extraordinaire de la Grande guerre, en démontrant en quoi ils sont des êtres humains banals illustrant comme n'importe quel contemporain, combattant ou civil, les affres du conflit, mais aussi des témoins permettant de comprendre, notamment au niveau intellectuel, culturel, artistique, comment la guerre a bouleversé, traumatisé les sociétés en guerre.

La biographie de guerre de Guillaume Apollinaire accentue tout particulièrement l'étude de l'impact de la Première Guerre mondiale, sur les arts, et met en exergue la place qu'a occupé le trauma pendant et après la guerre. Pour cet ouvrage Annette Becker a reçu le prix de la biographie de l'Académie Française 2010.

Depuis les années 1990, Annette Becker a élargi son champ de recherche, développant tout particulièrement l'étude du trauma, des enjeux mémoriels, des violences extrêmes contre les civils et des génocides, d'une guerre mondiale à l'autre.
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Source : Wikipedia
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Annette Becker - Voir la Grande Guerre : un autre récit
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BlackKat   11 février 2018
Messagers du désastre de Annette Becker
Reste un paradoxe: si l’univers mental issu du premier conflit mondial et des années vingt et trente a, dans la majorité des cas, empêché la compréhension du sort spécifique des Juifs, il a contribué à la lucidité précoce de certains

des passeurs de l'indescriptible. Lemkin et Karski sont des témoins oculaires devenus des témoins moraux, prêts à prendre tous les risques pour faire passer leur message. Dante, qu’ils citent souvent, écrivait que l’espoir vient à l’homme parce qu’un autre homme en est le messager.
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okka   08 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.241.

D'autant « mangé » que les rescapés qui ont tenté de vivre à nouveau dans leur région génocidée, les Juifs en Pologne et Ukraine après 1945, les Tutsi dans le Rwanda d'après 1994, ont dû affronter, en plus des négations, la prolongation du génocide en la présence constante des voisins tueurs et de leur sentiment d'impunité : « Jusqu'à présent je vis toujours dans ce génocide dont vous être l'origine. […] Mais cela ne m'intime pas, cela ne m'empêche pas de parler pour tous mes morts, car, selon moi, ils m'entourent tous même s'ils ne parlent jamais. »

« Personne, il peut savoir par où on est passé. Personne. »

Génocide : les victimes et le droit enfin sur le même plan : souffrances sans fin, crime imprescriptible.
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okka   07 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.119-20.



En 1918 encore, un journal turc de langue française n'hésite pas à dénoncer la barbarie... des Arméniens :



On frémit devant les tableaux des atrocités commises par eux […]. Ils ont tué tous ceux qu'ils ont rencontrés, ils ont brûlé les villages, abattu les animaux. […] Les organisations arméniennes appliquent systématiquement leur plan d'anéantissement de la race turque. […] L'histoire se prononcera certainement un jour sur le compte de ces criminels civilisés. Quant au présent, ces insensés doivent savoir que leurs crimes leur coûteront cher. Ce n'est pas à une poignée d'Arméniens […] qu'il est donné d'exterminer la race turque ; celle-ci est si forte qu'elle est garantie par la nature et Dieu même contre l'anéantissement. Tout au plus ces crimes et ces atrocités provoqueront-ils une indignation inoubliable dans le vaste monde qui va jusqu'aux confins de la Chine et comme les Arméniens sont par Dieu même condamnés à vivre justement au milieu de ce monde, quelles que soient dans les mains dans lesquelles ils se trouvent, il deviendra un enfer pour eux. Voilà le seul résultat auquel ils peuvent aboutir tant de crimes⁴⁴ !





En un effet de miroir bien typique des assassins de masse, les Turcs attribuent leurs propres infamies à leurs victimes, et prétendent se défendre de ces « criminels civilisés », oxymore qui les définit parfaitement eux-mêmes. Conviction négationniste des bourreaux qui se pensent en victimes et font montre d'un « racisme apocalyptique » alors qu'ils ont exterminé tant d'Arméniens. Les Ottomans ont perdu la guerre, mais ils ont gagné leur pari : anéantir les Arméniens. Ceux qui n'ont pas été exterminés physiquement ont été détruits autrement. Les viols, les conversions et les mariages forcés, les vols d'enfants élevés comme des musulmans les ont anéantis en tant que peuple, en tant que chrétiens, et leur culture millénaire a été ravagée dans les églises et les bibliothèques brûlées. Quant à l'accaparement des maisons et des biens, il allait permettre de gagner économiquement la paix turque. Sans Arméniens.





44. Hilal, 14 mars 1918. Exemplaire conservé dans les A.V., secrétariat d'État, Guerra 14-18, 244, fascicule 112.
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okka   07 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.154.

Jamais Hitler n'aurait osé sélectionner un peuple pour l'annihilation si la route n'avait été préparée par toutes sortes d'antisémites. Les droits constitutionnels d'un individu ne sont protégés que lorsque son assise sociale dans un groupe est assurée. Si une personne est ciblée par la haine en tant que membre du groupe, s'il est vu comme un crime d'appartenir à ce groupe, alors cet individu perd toute dignité et tout mysticisme dans les yeux de son persécuteur. […] Tous ceux qui ont préparé cette haine contre le groupe des Juifs et d'autres races sont exactement aussi coupables du massacre de masse des Juifs qu'Hitler et sa clique. Hitler n'a fait que ramasser les fruits des graines qu'ils ont soigneusement plantées.
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okka   08 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.236.

Nous tous avons un immense pouvoir, celui de faire le bien. Nous avons la possibilité inverse, celle de faire le mal. Notre nature est shizophrène. Mais nous avons le choix. Nous pouvons devenir des voleurs. Nous pouvons choisir de devenir des gens bien. Dieu nous a laissé le choix. Beaucoup de gens ont alors choisi le mal⁶⁶.



66. Tom Wood, « When silence is a Sin. A Hero of the Holocaust leaves us Lessons about Duty », Medium.com, 2 février 2017. La dizaine de groupes Karski sur Facebook a relayé cet article.
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okka   07 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.152.

Aussi vit-il dans la déréliction : non seulement le peuple juif est en train de « disparaître de la Terre » comme l'avait prophétisé Hitler, mais encore les Alliés participent indirectement au crime par leur procrastination.





« "Patience", c'est un mot utile quand on attend un rendez-vous, ou qu'on travaille à la construction d'une route. Mais quand la corde est déjà passée au cou de la victime et que la strangulation est imminente, est-ce que le mot "patience" n'est pas une insulte à la raison et à la nature ? » Lemkin a été terrassé par la découverte « qu'il ne s'agissait pas seulement d'un conflit entre le peuple juif et les Allemands, mais que la guerre était menée avec la complicité du monde entier. […] L'impression d'une terrible conspiration du silence empoisonnait l'air. Pas d'échappatoire à cette sensation. […] Un double meurtre se commettait. L'un, accompli par les nazis, l'autre par les Alliés. N'ont-ils pas refusé de savoir et de faire savoir que l'exécution de nations et de races avait commencé ? […] Le silence sur le meurtre a débuté le jour où les premiers rapports de Varsovie sur les massacres de masse ont atteint Londres en 1942.
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okka   07 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.46.

Raphael Lemkin arrivé aux États-Unis en avril 1944 a-t-il entendu ce discours relayé dans le monde entier, alors qu'il consacre déjà à nommer ce crime ? Ses parents, ses proches, en Pologne, subissent l'enfermement en ghetto, le travail forcé, les tortures, avant le meurtre. Churchill détient évidemment des informations très précieuses sur ce que vivent les Juifs polonais, baltes, ukrainiens, biélorusses puisque les Britanniques ont percé en juillet 1941 ce code Enigma et lisent les rapports de tueries perpétrées par les Einsatzgruppen. Mais il ne prononce pas le mot « Juif ». L'homme politique, écrivain, a bien choisi ses mots. Il évoque toute la partie est de l'Europe victime de cette « cruauté extraordinaire ». Les termes « exécution » et « extermination » ne réfèrent pas à une situation particulière et tous les peuples sous occupation nazie sont cités un par un, sauf les Juifs. Dans l'été 1941, la confusion entre les crimes de guerre et les crimes contre les Juifs est totale... ou entretenue.
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okka   07 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.153.

Les nations qui allaient vaincre l'Allemagne ne firent rien pour arrêter sa folie barbare contre les Juifs. Elles le pouvaient, elles se turent. Elles n'usèrent pas de représailles. Elles affectèrent, par la suite, d'avoir ignoré les excès de ces crimes. Excuse irrecevable quand on songe aux sources de renseignement de toutes sortes que les services secrets de la guerre leur fournissaient. […] Les Alliés n'ont rien opposé. Là où l'attentat politique contre l'Europe devenait un attentat contre les principes essentiels de l'humanité moderne, ils n'ont entrepris aucune contre-attaque. Ils n'ont jamais songé à tirer parti de leurs avantages, au fur et à mesure que leur victoire avançait et que les Allemands commençaient à faiblir, pour briser le seul front sur lequel ils continuaient à l'emporter et où ils s'acharnaient d'autant plus, le front juif.
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okka   07 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.61.

« Les Juifs sont en train de mourir. Il n'y aura plus de Juifs. Pourquoi ont-ils des dirigeants ? Il faut que les Juifs rencontrent les dirigeants des Alliés, qu'ils exigent. Si on leur refuse les rencontres, qu'ils restent dehors, qu'ils refusent de boire, de manger. Qu'ils meurent. Qu'ils meurent lentement. Que l'humanité les voie. Peut-être sera-t-elle enfin émue ? [Karski-Zygelbojm saute sur ses pieds, tourne en rond dans la pièce] Folie, folie, ils sont fous ! Le monde entier est fou ! Ils ne comprennent rien,. Ils me laisseront pas mourir. Ils m'enverront deux policiers et m'enfermeront à l'asile. […] Tous, sont fous. Je ne sais pas ce que je dois faire dans ce monde de fous. »
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okka   07 avril 2019
Messagers du désastre de Annette Becker
p.180-1.

«  Le génocide est le refus du droit à l'existence à des groupes humains entiers, de même que l'homicide est le refus du droit à l'existence à un individu […]. » Mais c'est aussi l'année du pogrom de Kielce, le 4 juillet : 40 morts, plus de 80 blessés. Partout en Pologne des Juifs rescapés des ghettos, des camps de travail et de concentration ou rentrés d'Union soviétique sont tués ou inquiétés à tel point qu'ils préfèrent fuir de nouveau. Leurs anciens voisins ont accaparé leurs biens ou, enfin libérés de leur « problème juif », ne tiennent pas à les voir revenir, même si à peine 300 000 sur 3 millions ont survécu.
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