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Note moyenne 3.95 /5 (sur 29 notes)

Nationalité : Canada
Né(e) à : Montréal , 1933
Biographie :

Poète, romancier et essayiste, Jacques Brault (né à Montréal en 1933) poursuit des études classiques au Collège Sainte-Marie puis à l'Université de Montréal, où il obtient un baccalauréat en philosophie et une maîtrise en arts; il étudie également en France, à Paris et à Poitiers. De 1960 à 1996, il est professeur à l'Institut des sciences médiévales et au département d'études françaises de l'Université de Montréal.... Depuis 1970 il collabore à de nombreuses émissions littéraires pour Radio-Canada FM et sur les ondes de la Communauté radiophonique de langue française.

Traduite en plusieurs langues, l'oeuvre de Jacques Brault a été récompensée par de nombreuses distinctions : le Prix Québec-Paris pour Mémoire en 1968; le Prix Duvernay en 1978; le Prix Athanase-David en 1986; le Prix du Gouverneur général du Canada 1970 pour sa pièce de théâtre Quand nous serons heureux publiée dans Trois Partitions, et pour son roman Agonie en 1985. En 1991, il reçoit le Prix Alain-Grandbois pour Il n'y a plus de chemin. En 1996, il reçoit le prix Gilles-Corbeil pour l'ensemble de son œuvre. En 1999, sa traduction de l'oeuvre de E. D. Blodgett (Transfiguration) lui vaut le Prix du Gouveneur général. La Société des écrivains francophones d'Amérique lui décerne en 2007 son Prix de poésie, pour l'Artisan.
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Source : http://www.litterature.org/recherche/ecrivains/brault-jacques-97/
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
Jacques Brault
TerrainsVagues   13 mai 2018
Jacques Brault
Vieillirons-nous ensemble au pas de la porte

Têtes couvertes de branches blanches et de corbeaux oubliés

Plaies confondues sous un soleil pâle mains effilées

Momies d'un amour qui nous ressemble

Ton bras à mon bras

Mon épaule contre la tienne

Merveille alors de s'éveiller comme on ressuscite

Le matin n'a pas une ride sur la peau des draps

Viens

Sortons au grand jour la rue n'a point d'âge

Pas encore

Tu ne dis rien

Près de tes lèvres le souffle se fait rare

J’écoute pour la millième fois le commencement du monde

[…]



Est-ce l'hiver

Est-ce l'été nous ne le savons plus

Entre nous l'instant tombe

Des moineaux fusent de rire, les journaux crient à tue-tête

Nos veines si bleues se répondent

Tremblerons-nous ensemble au bout du trottoir

Transis de nous voir enfin ombres illuminées.
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Jacques Brault
coco4649   30 décembre 2017
Jacques Brault
Suite fraternelle





Extrait 8



Voici l’heure où le temps feutre ses pas

Voici l’heure où personne ne va mourir

Sous la crue de l’aube une main à la taille fine des ajoncs

Il paraît

Sanglant

Et plus nu que le bœuf écorché

Le soleil de la toundra

Il regarde le blanc corps ovale des mares sous la neige

Et de son œil mesure le pays à pétrir



O glaise des hommes et de la terre comme une seule pâte qui

  lève et craquelle



Lorsque l’amande tiédit au creux de la main et songeuse en sa

  pâte se replie

Lorsque le museau des pierres s’enfouit plus profond dans le

  ventre de la terre

Lorsque la rivière étire ses membres dans le lit de la savane

Et frileuse écoute le biceps des glaces étreindre le pays sauvage





Revue « Parti Pris. N°2, Novembre 1963 »

Montréal (Québec), 1963

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Lali   13 février 2011
L'en dessous l'admirable de Jacques Brault
je t’ai cherché(e) sachant que je ne suis rien ni personne

sans toi et que tu n’existes pas sans mes gestes

qui tâtonnent autour de ce que tu fus seras

un peu de temps perdu nous sépare nous trépasse



je te cherchais déjà au détour de l’enfance et couvert de pâleur

par les ruelles chasseresses de vieilles rengaines clôtures déchiffrées

petite larve délavée d’insomnie j’étais trop tard dans ma vie



je te cherchais jusqu’à la sortie bouche édentée gloire de poussière

je te ferai folie de ce voyage on aura peine à plier mon bagage



et tu viendras chercheuse toi aussi de mon peu de corps
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Cielvariable   16 mai 2018
Mémoire de Jacques Brault
Ce pays que j’aime dans la gêne du silence ô mon amour mon amour je n’ai pour toi que cette dérision de chansonnette je n’ai pas de nom pour toi et qui sonne clair et fringant lorsque le petit matin piaffe dans la rue je n’ai pas le soir de nom idiot et tendre à poser au creux de ton épaule



Alors je te prends et te berce et nous sommes là vieillards nous écoutons les voix d’ailleurs et qui ont pleine la bouche de leurs amours.
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Lali   13 février 2011
Mémoire de Jacques Brault
Jusqu’où nous conduira la main de mémoire jusqu’où parmi des hommes fichés dans leur hébétude et qui

regardent à longueur de servitude passer le fleuve royal
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Jacques Brault
coco4649   30 décembre 2017
Jacques Brault
Suite fraternelle





Extrait 3



Nous

les seuls nègres aux belles certitudes blanches

  ô caravelles et grands appareillages des enfants-messies

nous les sauvages cravatés

nous attendons trois siècles pêle-mêle

              la revanche de l’histoire

              la fée de l’occident

              la fonte des glaciers



Je n’oublie pas Gilles et j’ai encore dans mes mots la cassure

  par où tu coulas un jour de fleurs et de ferraille



Non ne reviens pas Gilles en ce village perdu dans les neiges de

  la Terre Promise

Ne reviens pas en ce pays où les eaux de la tendresse tournent vite

en glace

Où circule toujours la jongleuse qui hérissait ton enfance

Il n’y a pas d’espace ici pour tes gestes rassembleurs de vérités sauvages

Tu es de là-bas maintenant tu es étranger à ton peuple

Dors Gilles dors tout ton sommeil d’homme retourné au ventre de l’oubli

À nous les mensonges et l’asphalte quotidienne

À nous la peur pauvresse que farfouille le goinfre du ridicule

Pirates de nos désirs nous longeons la côte de quelque Labrador fabuleux

Loin très loin de ta Sicile brûlante et plus loin encore de nos plus secrètes

  brûlures





Revue « Parti Pris. N°2, Novembre 1963 »

Montréal (Québec), 1963
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Jacques Brault
coco4649   30 décembre 2017
Jacques Brault
Suite fraternelle





Extrait 4



Et voici que tu meurs Gilles éparpillé au fond d’un trou mêlé aux morceaux

  de tes camarades Gilles toujours violenté dans ton pays Gilles sans cesse

  tourmenté dans ton peuple comme un idiot de village



Et perdure la patrie comme l’amour du père haï pays de pâleur suspecte pays

  de rage rentrée pays bourré d’ouate et de silence pays de faces tordues et

  tendues sur des mains osseuses comme une peau d’éventail délicate et

  morte pays hérissé d’arêtes et de lois coupantes pays bourrelé de ventres

  coupables pays d’attente lisse et froide comme le verglas sur le dos de la

  plaine pays de mort anonyme pays d’horreur grassouillette pays de cigales

  de cristaux de briques d’épinettes de grèle de fourrure de fièvres de torpeur

  pays qui s’ennuie du peau-rouge illimité



Cloaques et marais puants où nous coltinons le mauvais sort

Oh le Livre le Livre où c’était écrit que nous grugierons le pain

  dur que nous lamperions l’eau moqueuse





Rare parchemin grimoire éculé hiéroglyphe savantasse écriture

  spermatique obscène virgule tu nous fascines tu nous façonnes

Quel destin mes bêtes quelle destinée la rose aux bois et le prince

  qui n’y était pas





Revue « Parti Pris. N°2, Novembre 1963 »

Montréal (Québec), 1963

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Jacques Brault
coco4649   30 décembre 2017
Jacques Brault
Suite fraternelle





Extrait 6



Je te reconnais bien sur les bords du fleuve superbe où se noient mes

  haines maigrelettes

des Deux-Montagnes aux Trois-Pistoles

mais je t’ai fouillé en vain de L’Atlantique à l’Outaouais de l’Ungava

  aux Appalaches

je n’ai pas trouvé ton nom

je n’ai rencontré que des fatigues innommables qui traînent la nuit

  entre le port et la montagne rue Sainte-Catherine la mal fardée

je n’ai qu’un nom à la bouche et c’est ton nom Gilles ton nom sur

  une croix de bois quelque part en Sicile c’est le nom de mon pays

  un matricule un chiffre de misère une petite mort sans importance

  un cheveu sur une page d’histoire



Emperlé des embruns de la peur tu grelottes en cette Amérique trop

  vaste comme un pensionnat comme un musée de bonnes intentions

Mais tu es nôtre tu es notre sang tu es la patrie et qu’importe l’usure

  des mots

Tu es mon beau pays tu es vrai avec ta chevelure de fougères et ce grand

  bras d’eau qui enlace la solitude des îles

Tu es sauvage et net de silex et de soleil

Tu sais mourir tout nu dans ton orgueil d’original roulé dans les poudreries

  aux longs cris de sorcières





Revue « Parti Pris. N°2, Novembre 1963 »

Montréal (Québec), 1963

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Jacques Brault
coco4649   30 décembre 2017
Jacques Brault
Suite fraternelle





Extrait 5



Muets hébétés nous rendons l’âme comme d’autres rendent la monnaie

Nos cadavres paisibles et proprets font de jolies bornes sur la route de

  l’histoire

Gravissons la montagne mes agneaux et renouons avec le bois frustre

  nous sommes d’une race de bûcherons et de crucifiés



Oui mère on l’a brûlé ton fils on a brûlé mon frère comme brûle ce pays

  en des braises plus ardentes que toutes les Siciles

  oui on nous a marqués au front d’une brûlure qui sent mauvais quand

  rougeoient les soirs de mai

  Et nous brûlons nous brûlons bénits et multicolores et rentables comme

  un étalage de lampions



Il n’a pas de nom ce pays que j’affirme et renie au long de mes jours

  mon pays scalpé de sa jeunesse

mon pays né dans l’orphelinat de la neige

mon pays sans maisons ni légendes où bercer ses enfançons

mon pays s’invente des ballades et s’endort l’œil tourné vers des amours

  étrangères





Revue « Parti Pris. N°2, Novembre 1963 »

Montréal (Québec), 1963

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Jacques Brault
coco4649   30 décembre 2017
Jacques Brault
Suite fraternelle





Extrait 2



Nous

  les bâtards sans nom

  les déracinés d’aucune terre

  les boutonneux sans âge

  les demi-révoltés confortables

  les clochards nantis

  les tapettes de la grande tuerie

  les entretenus de la Saint-Jean-Baptiste



Gilles mon frère cadet par la mort ô Gilles dont le sang épouse

  la poussière



Suaires et sueurs nous sommes délavés de grésil et de peur

La petitesse nous habille de gourmandises flottantes



Nous

  les croisés criards du Nord

nous qui râlons de fièvre blanche sous la tente de la Transfiguration

nos amours ombreuses ne font jamais que des orphelins

nous sommes dans nos corps comme dans un hôtel

nous murmurons une laurentie pleine de cormorans châtrés

nous léchons les silences d’une papille rêche

et les bottes du remords





Revue « Parti Pris. N°2, Novembre 1963 »

Montréal (Québec), 1963

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