Julia M Tean -
Johan Heliot - Festival Sans Nom 2014
http://www.passion-bouquins.com Blog littéraire alternatif http://www.festival-sans-nom.fr Festival Sans Nom 2014 le polar à Mulhouse Entretien croisé entre
Julia M. Tean qui présente...

J'ouvris les yeux. Il était là, penché au-dessus de moi. Splendide. J'étais totalement scotchée, subjuguée, apeurée. Nom d'un chien, ce mec avait tout pour lui, et en même temps, cela le rendait d'autant plus dangereux. N'importe quelle nana aurait été séduite par un regard aussi profond, d'un bleu pétillant qui semblait me détailler jusqu'au fond de mon être. Un regard aussi incisif et brutal que la lame qu'il devait avoir utilisée pour assassiner ma sœur. Je n'avais aucune certitude quand à sa culpabilité. Néanmoins, à cet instant précis, face à la beauté farouche de ses traits presque adolescents, une idée effroyable prit possession de ma raison. S'il était l'assassin de ma sœur, j'allais tout faire pour le découvrir, et l'assassiner à mon tour. La vengeance. C'est elle qui me faisait vivre. J'avais totalement occulté cette partie de ma personnalité, mais j'étais décidée ; si cet homme avait arraché le visage de ma sœur, il allait morfler. Et moi aussi. Il me suffisait de plonger mes yeux dans l'abysse glacé de son regard pour comprendre que cet homme était froid, méthodique, dangereux, et en même temps, d'une sensualité perverses. J'étais presque... charmée ? Bordel ! Ma sœur avait bon goût quand elle le voulait !
Tes yeux sont magnifiques, Angie. Si j'en ai eu peur la première fois, c'est parce qu'ils te donnent un regard presque animal. Je sais, j'ai l'air bête de te dire tout ça, mais ça me travaille depuis quelque temps. En fait, plus je te regarde, plus je trouve que tes yeux me font penser à ceux de ta chouette. C'est bizarre, j'ai le sentiment que vous vous connaissez depuis toujours et que vous êtes liées par quelque chose de... de surnaturel ! Tu sais, un peu comme ces Indiens qui pensent que leur âme peut prendre la forme d'un animal, eh bien pour moi, cette chouette est ton totem. C'est simplement toi sous ta forme animale, et c'est peut-être ça qui m'attire le plus chez toi, le mystère, l'inconnu, en tout cas quand je suis avec vous deux, j'ai envie de croire à ce genre de choses, car je sens qu'une énorme force spirituelle vous unit.
- Flic ? Comment savez-vous que je le suis ?
- Y'a qu'à voir votre dégaine pour le comprendre. Chemise mal repassée, étiquette dans le dos, cheveux gras, caféine et pellicules, et j'en passe !
- Merci pour ce portrait mademoiselle Stern, je suis flatté par votre description.
Mais c’est totalement différent ! Tout le monde aurait fini par apprendre comment Isaac t’a choisie, il valait mieux que Nicolas l’apprenne de ma bouche plutôt que d’une autre. Je sais taire les vrais secrets, ceux qui doivent être gardés, ceux qui peuvent être dangereux… […] Ou comme la recette de sablés de ma mère… Elle a intérêt à rester secrète ! Ils sont immondes !
- Anya, tu sais très bien que l'Autorité veille au bien-être des anges et qu'elle prend toutes les décisions. C'est lors de cette cérémonie que les anges découvrent l'espèce à laquelle ils appartiennent.
J'arque un sourcil. Bon sang ! Je m'imagine déjà sur une estrade en train de prier pour ne pas tomber dans une classe d'anges psychopathes et condescendants ! Pas à Serpentard ! Pas à Serpentard ! Ouais, sauf que ça, c'est un bouquin sympa que j'ai lu quand j'avais dix ans, et là, je suis dans la réalité.
- Attendez, je nage en plein délire là ! Je viens d'arriver à Poudlard ou quoi ?
- Pou... quoi ? bafouille Ismaël perplexe.
- Harry Potter et l'école des sorciers, ça vous dit rien ? Sérieusement, si vous me mettez une saleté de chapeau qui parle sur le crâne, ça va pas le faire, il est hors de question qu'on décide quoi que ce soit à ma place !
- Que ressens-tu pour Nicolas, lui demandé-je. [...]
- Ce que je ressens ? J'ai peut-être un cœur, mais mes sentiments n'ont rien à voir avec les tiens, ma belle. Toi, tu n'es qu'une ado pathétique qui tombe amoureuse du premier garçon attentionné croisant sa route. Moi, je suis celle qui veille sur lui depuis sa naissance. Celle qui a séché ses larmes de son berceau à son lit désespérément vide. Il t'a attendue tellement de fois, Anya. Il a prié pour que tu l'aimes et moi, je priais pour qu'il ne t'aime plus, pour qu'il ne souffre plus. Alors ne me demande plus de quelle nature sont les sentiments que j'éprouve pour lui, car il n'y a pas assez de mots pour décrire l'amour que ressent un ange gardien pour son protégé.
Les traits de Romuald s'adoucirent. Il semblait intrigué, perplexe, réalisant certainement que ma venue ici n'avait aucun rapport avec nos perpétuelles engueulades. Je ne saurais comment l'expliquer, mais depuis longtemps, Romuald m'avait dans le nez, et, venir ici c'était comme entrer dans la gueule du loup. Un loup que j'aurais aimé emmener dans les bois pour jouer au petit chaperon rouge quelques années auparavant.
- Tu dois me détester maintenant que tu sais tout de moi...
Les lèvres de Gabrielle s'étirent en un léger sourire, puis ouvrant les bras, elle vient m'enlacer dans une ronde de tendresse.
- Oh que non ! Tu es loin d'être une tueuse, Miss-je-culpabilise ! Un jour ou l'autre, toi et moi, on ira lui botter le cul à cette satanée Faucheuse ! Et là on verra si le monstre qui est en toi sait cracher le feu !
Je ne sais pas qui je suis, ni ce que l'on attend de moi, mais une chose est sûre, je sais où je vais et mes pas me guideront vers Isaac.
Ce n'est pas bon signe, la Mort est vicieuse et déterminée. Si Elle te garde en vie, c'est parce qu'Elle te convoite, Elle espère certainement trouver un pouvoir en toi qu'Elle pourra détourner contre ta propre créatrice, autrement dit, l'Autorité.