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Note moyenne 2.76 /5 (sur 36 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Stéphane Benhamou est réalisateur de films documentaires et producteur de programmes télévision.
Il produit des documentaires revisitant l'histoire contemporaine à travers des images d'archives.

"La rentrée n'aura pas lieu" (2016) est son premier roman.

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Entretien avec Stéphane Benhamou à propos de son roman La rentrée n’aura pas lieu



16/09/2016

Dans votre roman, vous imaginez une fin d’été pas comme les autres, où, sans concertation, la population décide de prolonger les vacances et de ne pas rentrer. Comment est venue cette idée ?


Presque malgré moi, comme pourrait naître un burn-out. On n’y peut rien, il faut devant les circonstances se dégager de la pression. Et cette année, nous n’avons pas été épargnés. Outre la crise, on nous répète que nous sommes en guerre, que d’autres attentats plus terribles encore auront lieu, qu’après les lieux de culte les écoles deviennent des cibles. Et pendant ce temps, la mécanique politique reprend sans grincement, nous conduisant inéluctablement vers une élection présidentielle dont on redoute autant les discours de campagne que les résultats.



Si les vacanciers décident de prolonger leur villégiature, c’est, selon les experts, pour réagir à un “ras-le-bol” vis-à-vis de la société, notamment dû à un énorme stress au travail. Cette tension sociale passant par le travail est-elle pour vous le mal du siècle ? Comprenez-vous le choix de ces aoûtiens ?


Mal du siècle, peut-être, dans la mesure où les Aoûtiens ne contestent pas le travail en lui-même –sinon j’en serais resté à ce droit à la paresse de Lafargue que nous chantions avec Moustaki–, mais leur rapport au travail. On leur répète qu’ils doivent être mobiles, flexibles (n’est-ce pas ce qu’on demande aux employés d’Alsthom quand on leur propose d’aller travailler à 2h15 de leur domicile ?), faute de quoi, on les remplacera par d’autres plus corvéables. Ce qui les affecte, c’est plutôt la perte de foi dans leur travail, le sentiment qu’au-delà de discours de management bien rodés, on ne compte pas sur eux, en particulier. C’est pourquoi je fais ce parallèle avec l’acédie, cette perte de foi, cette dépression spirituelle qui a pu frapper des moines à travers les âges.



Michel, le personnage principal du roman est amateur de lettres frustré ; dans notre société, l’amour des lettres tel qu’il l’entend ne trouve pas sa place dans le monde du travail : personne ne saisit ses références littéraires et ne voit d’utilité à ses figures de style. Comment est né ce personnage ? Ressentez-vous une frustration similaire en tant qu’écrivain ? Ne sait-on pour vous plus vraiment écrire aujourd’hui ?


Loin de moi la pensée qu’on ne saurait plus écrire aujourd’hui. En revanche, l’amour de la littérature, le jeu avec des figures de style passe souvent pour accessoire, inutile voire pour encombrant quand il n’est question que de communication efficace ou de performance, et qu’on exige des « pitch » plutôt qu’un développement nuancé.
Et justement, Michel est né en réaction à l’exigence de performance. S’il y avait eu frustration chez lui (ou chez moi puisque vous posez la question et qu’elle pourrait être légitime puisque j’ai longtemps écrit pour les autres), il aurait profité des événements pour imposer son discours, ce qu’il ne cherche pas à faire.



Le rassemblement que forment les vacanciers un peu partout en France, fait écho dans sa forme et dans le traitement politique qu’il reçoit, au mouvement Nuit Debout. Ce parallèle est-il volontaire ?


Aucunement puisque j’ai terminé le roman en février, avant le début des rassemblements de Nuit debout.



Le gouvernement est particulièrement inefficace face à cet événement. Doit-on y voir une critique de nos dirigeants ? Pensez-vous que notre gouvernement réagirait de la même façon si le cas se présentait ?


Ce qui m’a amusé, par rapport à nos dirigeants, c’est d’inverser le jeu. Si le personnage de Joseph K dansLe Procès de Franz Kafka avance sans qu’on lui donne d’explication vers l’inéluctable, j’ai trouvé que cela pouvait être une belle revanche de ne donner –à ce pouvoir qui ne sait que communiquer– aucune explication au mouvement des Aoûtiens. Et qu’il avance lui aussi à l’aveugle. C’est aussi qu’il y a autant de raisons de ne pas rentrer que d’individus. Les Aoûtiens comprennent d’avance qu’il ne leur servira à rien de s’expliquer car on apportera à un désarroi très intime des réponses formatées.



Votre roman s’approche d’une fable tout en soulevant une problématique tout à fait contemporaine et ancrée dans notre présent. Pourquoi ce flou entre les genres ? Est-il volontaire ?


Oui, cette rentrée qui n’a pas lieu pourrait arriver n’importe quand. Ce qui aurait pu apparaître comme insensé, comme de la pure fiction, une fiction trop énorme, il y a quelques années, est devenu plausible.



Et vous, êtes-vous rentré de vacances ? Aimez-vous la rentrée de septembre ? Que représente-t-elle pour vous ?


Je supporte la rentrée à condition de ne pas perdre de vue les projets et les rêves de l’été.



Stéphane Benhamou et ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?


Herzog, de Saul Bellow



Quel est l’auteur qui aurait pu vous donner envie d’arrêter d’écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?


Saul Bellow



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?


Sable et limon, de Georges Navel



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?


Le Marin de Gibraltar, de Marguerite Duras
Les Aventures de Tintin, tome 03 : Tintin en Amérique



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?


Honte, c’est beaucoup dire, mais je n’ai pas lu La Recherche. Mais ça va venir.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs?


Méconnue, je ne sais pas, mais j’adore L`amour, simplement, de Nane Beauregard (Joelle Losfeld, 2016)



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?


Je n’ai pas la prétention de juger les classiques de la littérature, d’autant que chaque relecture non contrainte (loin des devoirs de lycée) est un ravissement.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?


« Je préfèrerais ne pas… »



Et en ce moment que lisez-vous ?


Solomon Gursky, de Mordecai Richler
Une balade dans la nuit, de George P. Pelecanos
Le sommeil le plus doux, d’Anne Goscinny



Entretien réalisé par Marie-Delphine

Découvrez La rentrée n`aura pas lieu de Stéphane Benhamou aux éditions Don Quichotte :


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RACHID AU TEXAS un film de Stéphane Benhamou où Rachid Djaïdani tiens le rôle principal. D'un nouveau genre, entre documentaire et tv réalité, en plusieurs parties, palpitantes pleines d'aventures et de surprises. Bande-annonce


Citations et extraits (5) Ajouter une citation
motspourmots   01 septembre 2016
La rentrée n'aura pas lieu de Stéphane Benhamou
A présent, avec leurs occupants réguliers revenus, qui s'ajoutaient aux vacanciers qui ne partaient pas, les agréables villégiatures du mois d'août avaient tout des appartements communautaires des temps soviétiques.
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hcdahlem   06 octobre 2016
La rentrée n'aura pas lieu de Stéphane Benhamou
Depuis le début des années soixante-dix, dans tous les ministères – celui de Michel, les Transports – comme à l’Intérieur et au Tourisme, on s’employait à disqualifier le « suivisme moutonnier » (le terme ne devait pas sortir dans des rapports destinés au public) qui voulait que tout le monde parte en même temps aux mêmes endroits. On lançait des campagnes d’information, finançait enquêtes et sondages pour rendre tendances d’autres destinations que le littoral. Les vacanciers modernes et responsables y auraient d’autres préoccupations et plaisirs que ceux de s’entasser sur les mêmes plages et de bouchonner ensemble sur les routes. Mais rien n’y faisait. On continuait à partir en masse au mois d’août – onze millions de Français en congés pour au moins trois semaines – et la France se complaisait dans cette vie ralentie.

Les bilans de la saison touristique étaient présentés avant même la fin août dans les ministères concernés. Et les conclusions, que son chef de service donnait à relire à Michel, se répétaient d’année en année : la masse ne savait pas vivre. Pour elle, on avait saccagé le littoral et bétonné les dernières trouées d’azur.
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Jeannepe   25 mars 2017
La rentrée n'aura pas lieu de Stéphane Benhamou
Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, Michel fut réveillé par un conseiller du ministre qui lui demanda de plancher de toute urgence sur des messages incitatifs. Michel devait trouver les mots qui remettraient les Aoûtiens sur les routes. « Et fissa », précisa le jeune énarque, qui avait dû apprendre les bonnes manières dans les romans coloniaux de Louis-Henri Boussenard.



Michel fit remarquer que pour lire ses messages, il fallait déjà être sur l’autoroute, mais l’homme dont il n’avait pas retenu le nom avait raccroché. Moins d’une heure plus tard, c’était un certain Émile, de l’Intérieur, qui l’appelait. Le cabinet du ministre lui avait donné ses coordonnées. Contrordre, il ne fallait pas laisser croire qu’il y avait un problème. Quarante ans qu’on recommandait aux Français d’étaler leurs retours, et là on leur ordonnerait subitement de se précipiter en masse sur les routes. Ce serait à ne plus rien y comprendre. Et à laisser croire qu’il y avait peut-être un problème.
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Cielvariable   17 janvier 2019
Les annees 60 pour les nuls de Stéphane Benhamou
La première révolution sexuelle a été de considérer que la contraception n’était pas seulement une affaire de « bonnes femmes ». Chaque citoyen responsable devait se battre pour en finir avec l’ordre sexuel institué en France par les lois de 1920 condamnant très sévèrement l’avortement et la contraception.
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Marech20   15 septembre 2017
La rentrée n'aura pas lieu de Stéphane Benhamou
Il distinguait chez eux cette volonté de ralentir, de se poser, d'écouter, et maintenant de sortir du cadre.
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