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Note moyenne 3.88 /5 (sur 13 notes)

Nationalité : France
Né(e) le : 28/07/1983
Biographie :

Youssef Abbas travaille dans le secteur financier.

Il a grandi en région Centre et vit désormais à Paris.

"Bleu Blanc Brahms" (2019) est son premier roman.

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Bibliographie de Youssef Abbas   (1)Voir plus


Quelques questions à propos de Bleu blanc brahms


11/09/2019

Comme beaucoup, vous vous rappelez sans doute où et avec qui vous étiez ce 12 juillet 1998, soir de la Coupe du monde de football. Cette soirée très spéciale dans la mémoire des Français, Youssef Abbas l`utilise en toile de fond de son premier roman pour raconter trois destins de banlieusards dont l`histoire va basculer ce jour-là. Ou comment redonner une voix et une histoire à une frange de la population qu`on entend trop peu par ailleurs.

Puisque bleu blanc brahms est votre premier roman, on se demande forcément : qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre, et pourquoi avoir choisi ce thème ?

Cette volonté de devenir auteur est relativement récente. C’était il y a 7 ou 8 ans environ. Je suis tombé un peu par hasard sur une interview d’un écrivain que je ne connaissais pas, Olivier Adam. Cet auteur évoquait l’importance qu’il accordait dans son écriture aux classes populaires, à la description de cette France majoritaire, avec l’angle singulier du voyageur transclasse. Tout cela m’avait beaucoup intrigué, je n’avais pas le souvenir d’avoir lu ça.

Du coup, j’ai acheté le livre qu’il venait de publier, Les Lisières. Je me souviens, c’était un gros pavé saumon. Et j’ai découvert un roman extraordinaire, hypnotisant. Je me suis dit, en l’achevant, que c’est un livre que j’aurais adoré écrire. C’est comme cela que ça a commencé. Par la suite, j’ai beaucoup travaillé, beaucoup lu aussi, j’ai écrit un premier texte que je n’ai pas publié, mais j’ai eu la chance d’être l’un des finalistes à un concours du premier roman, ce qui m’a encouragé. J’ai écrit un second manuscrit, et c’est bleu blanc brahms, qui sort en cette rentrée littéraire.

Pourquoi ce thème ? J’ai toujours été intéressé par les personnes et les personnages se situant dans les lisières justement. Les lisières géographiques, les lisières sociales et identitaires. Tous mes personnages sont à la croisée de deux mondes, avec la culpabilité associée, car ils sont placés sur cette ligne de crête. On ressent par exemple la culpabilité de Yannick lorsqu’il prend conscience qu’il va migrer d’un milieu social à un autre, en sachant qu’il va trahir sa famille et une partie de ses amis qui, d’une certaine manière, vont rester de l’autre côté de la « vitre sociologique ». Cela permet de construire des personnages incarnés, organiques, et j’ai pris beaucoup de plaisir à les « faire être ».



Vous racontez les destins de trois habitants d’une banlieue – ceux d’Hakim, Yannick et Guy – pour qui tout va changer le soir de la Coupe du monde de football 1998. Pourquoi avoir situé l’action du livre précisément ce soir-là ? Est-ce que pour vous quelque chose a clairement basculé en France à cette date ?

Je souhaitais d’abord circonscrire le récit dans un laps de temps court, pour rendre le récit compact, dense, nerveux. Je trouvais intéressant d’inscrire cette histoire dans la soirée du 12 juillet 1998. Tout le monde (du moins les personnes en âge de se souvenir), se rappelle ce qu’il ou elle faisait, du lieu où il ou elle se trouvait lors de cette fameuse soirée. Pourtant, la plupart de ces journées « particulières », dont tout le monde se souvient, sont dramatiques : il s’agit d’attentats ou d’événements tel que l’incendie de Notre-Dame. La finale de la Coupe du monde, en revanche, est un événement joyeux, rassembleur, ce qui lui confère une dimension profondément romanesque. C’est pourquoi je l’ai choisi comme unité de lieu de cette histoire. Mais ce n’est pas un roman sur le football. Mon éditeur m’a d’ailleurs confié qu’il n’y connaissait rien, ce qui, pour moi, a été un grand compliment, puisque cela ne l’a pas entravé dans sa lecture du roman et ne l’a pas empêché de publier ce livre, heureusement !

Si quelque chose a basculé en France à cette date ? Disons plutôt que c’était pour moi une période encore étanche aux événements anxiogènes des années 2000, une période cotonneuse, protectrice. Le Front National ne semblait pas une menace crédible, il n’était encore jamais arrivé au second tour d’une élection présidentielle. Le réchauffement climatique restait un sujet confidentiel, ça existait peu dans les médias, donc ça n’inquiétait pas. Internet était en gestation, l’hyperactivité et l’omnipotence des réseaux sociaux ne saturaient pas les esprits. Au fond, il s’agissait d’années refuges, les dernières où nous pouvions nous affranchir de la marche inexorable du monde.



Est-ce que l’emploi de la troisième personne du singulier était une évidence dès le départ pour laisser ces personnages s’exprimer ?

L’usage de la troisième personne du singulier ne s’est pas imposé tout de suite. J’ai pas mal tâtonné. Finalement, j’ai trouvé que cela permettait de garder la bonne distance avec le lecteur. La troisième personne du singulier facilite le procédé du flashback dans le récit. De plus, il autorise toujours une forme de liberté, avec l’emploi du style indirect libre, un zoom efficace pour « monter le volume mental d’un personnage », tout en faisant varier le rythme du récit.



Bleu blanc brahms est un roman finalement assez masculin sur la banlieue, puisqu’aucune femme n’y prend la parole. Vous êtes-vous posé la question durant l’écriture de faire entendre également une voix féminine ?

Vous avez raison ! D’autant que j’ai pris beaucoup de plaisir à créer et à faire exister le personnage de Marianne, qui est sans doute le personnage le plus solaire du roman. Je me suis promis d’écrire un jour un roman qui lui serait dédié… pourquoi pas écrit à la première personne du singulier.



Que reste-t-il aujourd’hui selon vous de cette France Black Blanc Beur, de ce sentiment d’« union nationale » dont on nous vantait l’évidence après la victoire de l’équipe de France ? Après ce match gagné sur la pelouse, n’y a-t-il pas eu défaite sociale sur le bitume ?

Je ne nie pas les difficultés sociales, mais je suis moins pessimiste sur la question de l’intégration. De mon point de vue, la meilleure réponse sur les questionnements autour de la France Black Blanc Beur a été donnée par Benjamin Mendy, joueur de l’Équipe de France, après la victoire en Coupe du monde 2018. À un internaute, qui avait twitté une liste des joueurs de l’équipe de France avec un drapeau de leur pays d’origine accolé à leur nom, pour souligner que ce n’était pas vraiment l’Équipe de France qui avait gagné, il avait renvoyé la même liste, avec un drapeau tricolore à côté du nom de chaque joueur. C’était une réponse formidable.



Juste par curiosité : où étiez-vous le soir de cette Coupe du monde 1998 ? On imagine que, comme beaucoup de ceux qui l’ont vécue, vous en avez encore un souvenir assez net…

Oui, très net. Je regardais le match avec mon père, comme pour tous les matchs importants à l’époque. J’ai mis du temps à réaliser que ce qui se passait était bien réel. Je ne dis pas que c’était inattendu, mais tout de même… gagner la Coupe du Monde de football ! C’était jubilatoire… sur le toit du monde pour quatre ans ! Nous avons étrangement été beaucoup plus expansifs lors de la victoire à l’Euro 2000, comme si nous avions accepté que nous pouvions avoir la win.



Enfin, avez-vous déjà des projets ou des envies d’écriture pour succéder à ce livre ?

Pendant quelques semaines après le bouclage de ce roman, je me sentais vidé, j’avais du mal à lire, même le journal. J’y suis allé à doses homéopathiques… J’ai d’abord lu de la poésie, puis des nouvelles. Et très vite, l’envie d’écrire est revenue et je me suis remis à éplucher mon carnet où je note mes idées. C’est un peu un cliché, mais c’est un virus. L’écriture s’est à nouveau imposée à moi, et je travaille aujourd’hui sur un projet sur lequel je prends beaucoup de plaisir.



Quelques questions à propos de vos lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Les Lisières, d’Olivier Adam.



Quel est le livre que vous auriez rêvé d’écrire ?

Pour changer, je citerais la saga des Vernon Subutex. Virginie Despentes est pour moi un indice de l’existence de la vie extra-terrestre. Cette femme est un génie.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Le Comte de Monte-Cristo, tome 1 d`Alexandre Dumas, une claque.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je ne relis jamais deux fois le même livre. Je considère que j’ai tellement à découvrir…



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

À la recherche du temps perdu (1) Du côté de chez Swann, de Marcel Proust, un petit jeune qui monte.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans hésiter, le livre Féroces de Robert Goolrick, un chef-d’œuvre. Je le conseille à tous vos lecteurs.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Madame Bovary de Gustave Flaubert. J’ai le souvenir d’une femme, Emma Bovary, qui regarde par la fenêtre pendant 400 pages en Normandie. Je me suis profondément emmerdé.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Que pouvons-nous demander de plus que d`être heureux un instant ? », de Milan Kundera.



Et en ce moment que lisez-vous ?

Un livre formidable, Mon chien stupide de John Fante. L’auteur a l’air totalement barré, mais c’est jouissif.



Découvrez bleu blanc brahms de Youssef Abbas aux éditions Jacqueline Chambon/Actes Sud






Entretien réalisé par Nicolas Hecht


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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
tristantristan   21 août 2019
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Sur le chemin du retour, il se questionnait: à sa connaissance tous les livres ne traitaient que de trois thèmes en pointillé: le temps, l'amour, la mort. Aucun n'y échappait. Comment le football, l'art le plus populaire au monde, s'insérait-il dans ce trinôme? Sans doute embrassait-il les trois à la fois, et c'était trop pour un roman.
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collectifpolar   06 octobre 2020
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Guy Lermot occupait le premier appartement de son étage. Ses cheveux châtains tirés en arrière découvraient une calvitie naissante. Sa fossette sur le menton lui donnait du caractère. Des rides naissantes sous ses yeux aqueux racontaient une vie différente. Il dégageait ce charisme des gens sans sourire. On ne savait d’où il venait. Il suscitait un tas de rumeurs. Il avait été banquier, il était lettré, il avait tout perdu au jeu, il avait voyagé, c’était un repenti. On lui prêtait la vie du comte de Monte-Cristo. Seule certitude : il aimait Brahms.
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collectifpolar   06 octobre 2020
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Selon eux, tout y était gratuit, le vin, le miel et les filles. Ils disaient que les murs sales seraient remplacés par une végétation luxuriante. Pourtant, Hakim aurait aimé les garder ces murs, au paradis. C’était une preuve irréfutable du progrès social. Sa génération à lui savait lire. Maltraitait les mots, les torsadait dans une bouillie d’insultes et de slogans. Mettait la langue en pièces et la répandait sur la façade des bâtiments pour la partager avec le plus grand nombre. Ça valait bien l’émigration des parents.
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collectifpolar   06 octobre 2020
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Autour d’eux, certains garçons tenaient fermement les mégots, d’autres tiraient sur leur joint du pouce et de l’index, le reste de la main en éventail, un œil mi-clos à chaque inspiration. D’autres encore toussaient un peu en s’esclaffant. C’était un frisson les premières bouffées, le risque des plaisirs nouveaux avec les copains. On ne s’excusait de rien. Le soleil s’abaissait lentement, douchait la ville de D. de lumière. Avec les balcons ouverts, le quartier résonnait comme une salle de concert en été. Des lambeaux de musique parvenaient en stéréo du bas de leurs blocs. Le soir venu, ils partageaient l’agenda de leurs voisins à l’oreille.
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collectifpolar   06 octobre 2020
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Hakim et Yannick avaient été abandonnés par les autres après le repas. Au quartier, on fréquentait de plus en plus la mosquée. Hakim y allait bien un peu, lui aussi. À la vérité, c’était un prétexte habile pour retrouver tous les copains dans un même mouvement, sans sentir le chacal en sortant et sans rien avoir à payer. Cela réjouissait son père, croyait-il. Yannick y passait aussi parfois, pour tuer le temps. Les grands disaient s’y rendre afin de cumuler des sortes de miles et ainsi filer au paradis en première classe.
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rkhettaoui   14 septembre 2019
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Cassez-vous. Dégagez. Je vous connais, sale race. L’Arabe n’avait pas froid aux yeux, reste tranquille Brahms, il avait fait, regarde, la France a gagné. Le blond avec ses airs de Benjamin, ses yeux verts et intelligents, voulait l’amadouer. Guy lui a dit, je veux en finir avec la chose. Éteins cette radio. Couche-toi. C’est ça, par terre. Je veux entendre le silence. Je veux voir la chose mourir en silence. Plus besoin de Brahms, plus besoin de personne.
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collectifpolar   06 octobre 2020
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Pour mieux attendre, il zonait en bas avec Yannick. Rituellement « en bas », pour dire dehors. Il garderait ce tic vingt ans après. Leurs HLM n’étaient pas très hauts – constructions des années 1960 de cinq à huit étages tamponnées d’ardoises usées, champs verticaux de paraboles –, rien de dramatique, pourtant « en bas », c’était mieux que dedans. Les halls des immeubles empestaient l’urine et la bière.
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collectifpolar   06 octobre 2020
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Nous sommes un 12 juillet. À cet âge-là, ils avaient faim toutes les deux heures environ. Ils scindaient les sandwichs en deux ou en trois parts égales pour les partager. Un code d’honneur régissait leur posture, ils proposaient les plus gros morceaux aux autres com­­­parses comme certains font des ronds de jambe. En fin d’après-midi, tous digéraient dans les rires gras et la nicotine.
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collectifpolar   06 octobre 2020
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
Quatre années s’étaient écoulées depuis la finale Brésil-Italie de 1994. Quatre ans que tous meublaient leur vie en attendant la prochaine finale de la Coupe du monde. Comme s’ils guettaient l’arrivée d’un quatrième messie, d’une nouvelle étincelle dans leur courte biographie.
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rkhettaoui   14 septembre 2019
Bleu Blanc Brahms de Youssef Abbas
On ne bossait pas comme une dératée avec un gamin sur les bras, sans jamais se plaindre ni faillir, sans manquer d’énergie, simplement pour des « je t’aime » et des « tu es tout pour moi ». On ne passait pas un coup de sabre sur sa vie, femme avant, mère après, et puis c’est tout, sans être une Sapiens avec un truc en plus. Quand il entendit prononcer le mot « enceinte », il se demanda comment lui pourrait y arriver, lui, surtout lui. Il découvrit alors que s’il ne devait se choisir qu’une seule identité, il n’opterait pas pour « Français », ni même pour « pauvre » : il serait d’abord « fils de mère seule ». Et Yannick a pensé très fort à tous ces « ta mère la pute ».
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