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tigayle
  16 septembre 2021
L'éternel mari de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski
J'aurai essayé, je n'adhère pas...

Digne d'une pièce de théâtre, trop de cris, trop de répétition de noms russes.

Histoire et écriture d'un autre temps.

Le fond est intéressant concernant les us et coutumes d'autrefois, pour moi ça s'arrête là.

Lecture sans plaisir.
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MateoLP
  16 septembre 2021
Vie et Destin de Vassili Grossman
Dans Vie et Destin, nous nous retrouvons plongés dans le totalitarisme de l’URSS de 1942-1943. Cette œuvre est admirable dans la finesse de la psychologie des personnages. Comme l’annonce l’auteur, il a lu La Guerre et la Paix de Tolstoï. Ces œuvres grandioses présentent une structure analogue : vaste fresque de la société, souci de lier les événements historique à la fiction, etc. Mais je voudrais surtout revenir dans ce commentaire sur cette thèse qui émerge chez Grossman et qui est de la même veine que dans La Guerre et la Paix. Pour Tolstoï et Grossman, il existe des processus historiques incontrôlables qui décident des orientations fondamentales des vies humaines et face auxquels les humains n’ont qu’une marge de manœuvre très limitée.

Dans ces conditions, sommes-nous vraiment libres ou bien les grands mouvement historiques déterminent-ils entièrement nos actions ? Comment aurions-nous agi sous un régime totalitaire ? Aurions-nous réussi à continuer à choisir le bien ou aurions-nous cédé au totalitarisme ? Rude question. Grossman ne va pas épargner son lecteur.

Pour illustrer cette thèse, je voudrais revenir dans cette critique sur les 150 dernières pages qui mettent en parallèle deux destins. D’abord le sauvetage inespéré du chercheur Strum et, ensuite, le long enfoncement de Krymov, commissaire politique du parti au sein de l’armée. Je préviens d’emblée que je vais dévoiler la fin de l’ouvrage dans les lignes qui suivent. Lisez d’abord le livre avant de lire cette critique !

[Quelques mois après une découverte révolutionnaire liant la mathématique quantique à la physique appliquée, Strum va vivre un lent rejet de la part de l’institution. Lors du déménagement de son laboratoire de Stalingrad à Moscou, certains membres de son équipe, quoi que leurs compétences soient essentielles au travail de l’unité, ne sont pas sur les listes officielles pour obtenir leur visa. Étonné, Strum questionne sa hiérarchie qui ne lui donne que de vagues explications. Au bout d’un moment, il comprend que ses trois malheureux collaborateurs sont tous d’origine juive. Scandalisé, il explose d’indignation devant le directeur de l’institut représentant le parti au sein de son institut de recherche. Il n’obtient pas de réponse franche, mais à partir de là s’amorce son déclin. Il sait qu’il est allé trop loin et que, par cette conversation, il a signé son arrêt de mort. Peu à peu ses collègues l’évitent, il perd son leadership et n’est plus invité aux réunions. Bien sûr, une solution lui permettrait de se réintégrer au corps : faire une repentance publique. Cette solution, il l’avait d’emblée écartée. Il sait qu’au fond, il a raison et que ce qu’il a dit était vrai. Il sait qu’un vague discours de repentance à l’institut, où il prêterait de nouveau allégeance à l’État, lui suffirait pour réintégrer ses fonctions. Mais il n’y va pas. Une épée de Damoclès plane dès lors au-dessus de lui. Il s’attend à être arrêté à tout moment. Il ne faudra pas grand-chose pour que tous ses avantages lui soient retirés à lui et à sa famille, que ses positions lucides sur l’URSS et son système politique lors de réunion privées des trente dernières années refassent surface lors d’interrogatoires. Les « 10 ans de goulag sans correspondance », autrement dit l’exécution, semblent inéluctables.

Mais alors, d’une manière impromptue, il reçoit un coup de fil inattendu de Staline. Sa vie est suspendue aux quelques mots qui lui seront dit et qui redescendront toute la chaîne bureaucratique de Moscou jusqu’à la direction de l’institut. « Je vous encourage dans vos travaux cher camarade ». C’est tout. Son destin vient de prendre un virage à 180 degrés.

Désormais, il peut retourner à l’institut, les budgets octroyés seront conséquents et il découvre l’humanité de ceux qui étaient insidieusement en train de l’exclure de l’institut. Strum semble donc avoir sauvé à la fois son intégrité morale et sa carrière.

Cependant, quelques semaines plus tard, l’État reprend son privilège.

Une lettre ouverte au New York Times soigneusement préparée par le parti est en train d’être faite signée à l’élite scientifique soviétique qui condamne certains membres de la classe comme ennemis du peuple. Il ne s’agit encore là que d’une nouvelle forme de propagande où l’État cherche des appuis pour justifier les têtes qui viennent de tomber. Strum signera. Qu’est-ce que cela peut-il bien changer ? Il reste un homme amer, rompu. Ultimement, nul ne résiste à l’État.

En même temps, le lecteur qui finit cette œuvre géniale assiste à la chute de Krymov, commissaire politique au sein de l’armée, fidèle membre du PC et qui a participé à la révolution rouge de 1917. Son arrestation est étonnante, incompréhensible. Certes, sa dernière mission n’est pas une grande réussite. Mais cela ne justifie en rien d’être dégradé et transféré à la Loubianka. Il a foi dans le parti ; il est convaincu qu’il faut combattre les ennemis politiques. Mais lui, être retenu en ce lieu pour être interrogé, cela est absolument insensé ! Aussi cherche-t-il à prendre comme son égal le juge d’instruction de la Loubianka qui remet immédiatement la distance. S’il est ici c’est qu’il a quelque chose à se reprocher. Face à cela, Krymov revient sur son passé exemplaire : il est un membre fidèle du parti, il a remonté le moral de troupes au front, il a participé au Komintern ou encore à la révolution d’octobre. Non, s’il est ici, c’est qu’il a quelque chose à se reprocher. Il ne peut en être autrement.

Après quelques question formelles, Krymov s’attend à connaître enfin son acte d’accusation et il pourrait alors enfin s’expliquer. Cependant, le juge d’instruction qui feuillette son dossier commence par une affaire inattendue.

Oui, lorsqu’il était jeune, il a effectivement eu une relation avec la femme de son amie. Mais comment le savent-ils ? S’ils savent cela, ils savent tout. Ils savent, qu’un soir alors qu’il était bien éméché, il a dit que son général n’était pas capable d’écrire une phrase sans trois fautes d’orthographe ou encore, que dix ans après, il a souligné le manque de formation philosophique du camarade Staline.

Après cela, qui pourrait encore le croire sincère. Krymov est un homme coupable. Tout cela est consigné dans ce dossier et chaque élément vient comme détruire progressivement toute prétention à être un bon communiste. Ses discours pour remonter le moral des ouvriers, sa vie risquée au front à côté des hommes qui meurent pour le pays, sa rectitude morale dans ses lectures, tout cela ne compte pour rien. Seules les inflexions d’une vie très droite aux yeux du parti sont consignées. Au terme d’un interrogatoire, il partage à son voisin de cellule, Katzenelenbogen, son espérance :

« Je pense qu’après l’avènement du communisme, reprit Krymov, le M.G.B. [la police politique] recueillera en douce des renseignements sur le meilleur côté des hommes, la moindre bonne parole qu’ils prononceront. Les agents chercheront, dans les écoutes téléphoniques, les lettres, les conversations à cœur ouvert, tout ce qui a trait à la fidélité, l’honnêteté et la bonté. Ils en informeront la Loubianka et feront des dossiers. Des dossiers de bonnes choses ! Et en ces lieux, on travaillera à renforcer la foi en l’homme et non à la détruire ; J’ai posé la première pierre… Je crois ! J’ai vaincu malgré les dénonciations, le mensonge, je crois, je crois ! ... 

Katzenelenbogen l’avait écouté distraitement . Il dit :

- C’est vrai, tout se passera ainsi. Mais il faut ajouter qu’une fois ce merveilleux dossier constitué, on vous traînera ici, dans la grande maison, et on vous liquidera quand-même. »

Puisqu’il n’est pas un bon communiste, il peut à présent être un véritable ennemi du peuple et là se dévoile enfin le véritable chef d’accusation. On lui reproche, lors de ses aller-retours en Allemagne, d’avoir dévoilé des éléments classés secret défense. Foutaises ! On peut lui reprocher ce que l’on veut mais cela est faux. Commencent alors les coups, la privation de sommeil pour des interrogatoires qui durent plusieurs jours et les injections d’adrénaline par le médecin pour qu’il puisse tenir la torture.

Il résiste. Il ne cédera pas. Il ne signera pas des aveux pour une accusation montée de toute pièce. Mais tout n’est qu’une question de temps. Son co détenu lui suggère de faciliter le travail du juge d’instruction qui durera soit quelques semaines soit plusieurs moi et de s’éviter des tortures pénibles en signant. De toute façon, au final tous signent et prennent dix ans de Goulag.

Pourquoi est-il si important au juge de faire signer des aveux par tous les moyens ? Ne pourrait-on pas l’envoyer en camp sans avoir besoin de le faire signer ? La question de la signature est centrale. Car une signature n’est pas seulement une ratification formelle, mais elle signifie l’adhésion totale de soi à une idée. C’est cela qui importe dans un Etat totalitaire. Rien ne doit pouvoir y échapper. Il faut que tous inclinent la tête devant la puissance de l’État.

Finalement, Krymov signera car, ils savent certaines choses choses que seul sa femme pouvait connaître et il n’arrive pas à croire qu’elle ait pu le trahir. Il veut savoir comment le juge d’instruction a obtenu cette information. Il suppliera de signer en tapant à la porte de sa cellule. Mais le gardien lui répondra avec cynisme : « Tu signeras quand on te le dira ».]

***

Dans Vie et Destin, les vies sont suspendues à un fil. Le moindre mot d’un chef, un simple coup de tampon d’un fonctionnaire est un aiguillage vers l’ascension ou le déclin, vers la vie et vers la mort. Les individus ne sont pas maîtres de leur existence. En URSS, en 1942, l’arbitraire a été institutionnalisé par l’État au travers une bureaucratie puissante. Au final, ce qui importe c’est que l’État soit fort.

« Notre bureaucratie est terrible quand on comprend qu’elle n’est pas une tumeur sur le corps sain de l’État (on peut enlever une tumeur), mais la bureaucratie est le corps même de l’État. Le premier larbin venu peut écrire « refusé » sur une demande ou chasser de son cabinet la veuve d’un soldat, mais pour chasser l’allemand il faut être un homme et un vrai » Vie et Destin p. 522.

Vassili Grossman serait-il donc un pessimiste sur la capacité humaine à être bonne ? Face à l’État totalitaire, on ne semble rien pouvoir faire. Pourtant, le bien demeure – certes fragile –, mais il ressurgit dans les dernières pages de l’ouvrage lors d’une scène bouleversante.

Des prisonniers allemands sortent des corps russes d’une cave d’un bâtiment qu’ils avaient investi comme lieu de torture. Les descriptions sont sordides, l’atmosphère est infecte, les cadavres russes de tout âges défigurés, décharnés s’entassent devant le bâtiment. Des habitants observent la scène horrifiés, leur cœur se remplit de haine contre ces hommes qui sont du côté de ceux qui ont torturés les leurs et leur ont tout pris. Tension extrême. Des enfants jettent des cailloux sur les allemands qui tentent de les éviter et comprennent que leur vie ne tient plus à grand-chose face à cette foule amassée remplie de colère prête à les lyncher. Tout semble sur le point de basculer lorsqu’une vieille femme lance un cri - « Ma fille » - alors qu’elle reconnaît parmi un des cadavres qui remontent de la cave l’enfant qui est la sienne – ou pourrait être la sienne. On croit alors qu’elle cherche une brique dans son vêtement pour lapider l’officier allemand qui se résigne à mourir. Cependant, elle s’avance vers lui et sort un morceau de pain.

Je garde en mémoire cette scène tragique absolument bouleversante de cette grande fresque. Oui, les forces historiques qui meuvent les peuples à se faire la guerre, les dictateurs à asservir les consciences sont plus fortes et nul ne peut y résister. Toutefois, le bien demeure. Et ce bien là est discret, interpersonnel, contre toute logique. Le cœur profond de l’homme est habité par le bien quoique des événements l’obligent à s’en écarter.
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tremb77
  15 septembre 2021
Eugène Onéguine de Alexandre Pouchkine
Chef d'oeuvre de la littérature russe, Eugène Onéguine est une gageure à traduire en français. Roman en vers, à moins de le lire en version originale, il est très difficile d'en apprécier toute la musicalité avec une traduction.

Chaque strophe est composée de trois quatrains : le premier en rimes croisées, le second en rimes plates et le troisième en rimes embrassées, deux vers en rimes plates viennent clôturer la strophe. A cette difficulté s'ajoute la présence de strophes fantômes, rappel de son exil, de ses opinions politiques proches des décembristes. Ayant trouvé la version en vers à la médiathèque, je me suis laissée tenter par cette musicalité. Tâche ardue mais plutôt réussie, avec un grand travail pour reconstituer l'oeuvre avec les brouillons de l'auteur, les publications diverses dont certaines ont été retranchées à la version "finale".



N'ayant pris que la liseuse pour les vacances, j'ai lu en deux fois ce roman ce qui a conduit à une perte de l'élan de cette histoire d'amour, et sans doute à un moindre attachement au héros. Je n'ai pas réussi à avoir de la peine pour ce dandy désoeuvré, blasé de la vie. Lors d'un séjour à la campagne, avec son ami Lenski, il rencontre Tatiana, une jeune fille romantique qui tombe amoureuse de lui au premier regard. Il la rejette un peu froidement et tente de séduire Olga, la soeur de Tatiana et amour de Lenski.

A cette époque les duels étaient légion, Lenski en amant romantique provoque Onéguine en duel. Leur forte amitié aurait pu mettre un terme à ce combat inutile mais il va jusqu'à son issue fatale, la mort de Lenski. Cette fois-ci Onéguine peut avoir une raison d'avoir le spleen... Les années passent, il retrouve Tatiana mariée et là sa passion s'éveille enfin...

Une histoire d'amour manqué mais pour laquelle j'ai eu du mal à compatir pour lui. Il rejette un amour pur, fragile mais dès qu'il devient inaccessible là il le lui faut à tout prix.
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