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Isolato


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Dernières critiques
Franz
  16 février 2021
Les Leçons du vent: Livre de bord d'une littérature du large de Kenneth White
Miscellanées.

Dans la continuité des « Lettres aux derniers lettrés » (2017), le géopoète Kenneth White publie chez Isolato, éditeur artisan inspiré, « Les leçons du vent » (2019). Farfouilleur conceptuel et arpenteur des confins, le barde écossais trace son itinéraire intellectuel à travers des livres, des auteurs et des vies qui l’ont accompagné depuis toujours. Jack London (1876-1916) ouvre le recueil. En quelques pages, Kenneth White brosse l’œuvre de l’errant magnifique, tendue entre le socialisme et le naturalisme, captant sa vision à travers une étude de la nouvelle « Construire un feu » (1902, 1908) : « L’homme se croit maître du monde, se sent autorisé et capable de faire tout ce qu’il veut. Il connaît une foule de faits concrets mais n’a aucun sens général des choses. C’est le chien qui, par instinct, possède ce sens général et, par conséquent, une conception plus vraie que celle de l’homme ». Les concepts de « pensée analytique » et de « pensée synthétique » développés dans la philosophie kantienne ne sont pas loin. Plus curieusement, le bref essai suivant est consacré à Jean Richepin (1849-1926) et à son recueil poétique « La chanson des gueux » (1876, 1881). Si ce n’est le fait qu’il ait croisé le météorique Rimbaud à Paris, on peut s’étonner qu’un tel « cabotin », selon Léon Bloy, bruyant et opportuniste, retienne l’attention même si : « dans la bourrasque de l’histoire, il crie l’harmonie et chante le chaos ». Kenneth White revient plus posément à son Ecosse natale avec l’évocation de John Nicol (1755-1825), marin errant au long cours natif d’Edimbourg. Au passage, l’arrogant Crusoé, « modèle du colonisateur anglo-saxon », se fait égratigner. Les auteurs continuent à s’égrener tel un chapelet archipélagique et dessinent une carte mentale où les grands courants des pensées migratrices prennent les passes géopoétiques chères au poète nomadisant. Charles Nodier (1780-1844), bibliothécaire bisontin et parisien (à l’Arsenal), connu pour ses Contes fantastiques retient l’attention de Kenneth White quand Nodier voyage en Ecosse et se sent submergé par les force élémentaires « où la création émerge du chaos avant d’y replonger ». Les mots lui manquent pour saisir l’immensité du monde. Stevenson, Kipling, Byron, Lowry, Saint-John Perse, Aimé Césaire, André Breton, Joseph Conrad, Aldo Leopold, Walt Whitman côtoient, en quelques feuillets inspirants, Robinson Jeffers (1887-1962), engagé dans la « grande voie » depuis la côte californienne, icône du mouvement écologiste ou encore Grigori Skovoroda (1722-1794), philosophe nomade et poète ukrainien, véritable « figure du dehors », habitant l’Ukraine, c’est-à-dire la terre des limites, lieu des passages de l’Asie à l’Europe. La liste n’est pas close mais si les accointances de Kenneth White avec la vie jaillissante et primordiale sont esquissées, ses éclats ici restitués sont follement énergisants. L’élan chamanique qui sous-tend ces propos, quelles que soient les latitudes, portent les textes et transportent les esprits. Avec l’Ecossais breton, on n’est jamais très loin du chemineau mystique des Illuminations rimbaldiennes « pressé de trouver le lieu et la formule ».
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Franz
  04 août 2018
Lettres aux derniers lettrés de Kenneth White
Être au monde.

A travers ses essais, ses récits et sa poésie qui se répondent et s’intriquent, l’écrivain écossais Kenneth White poursuit un chemin de vie singulier et personnel dans l’aimantation spirituelle d’auteurs marquants (le « nomadisme intellectuel ») et les faisceaux mouvants d’une terre mémorielle et nourricière. Ses huit lettres adressées aux derniers lettrés ne dérogent pas au grand chantier intellectuel entamé depuis des lustres par Kenneth White, celui de la géopétique, pratique théorisée visant à restaurer une relation existentielle riche et fructueuse entre l’homme et la Terre. La première lettre ouvrant le recueil n’est pourtant pas la plus convaincante. Elle tente néanmoins de poser le déclin de la culture et de la civilisation et d’esquisser une voie inédite pour sortir du marasme. La seconde lettre s’intéresse à l’espace culturel slave à travers Pouchkine, Gogol et Dostoïevski mais là encore le propos mouline un peu. Le 3e chapitre intitulé « Déblayer le terrain » commence à entrer dans le lard des nantis de la culture bien-pensante avec justesse et brio. Le concept mercantile de « littérature-monde » prôné par Le Bris et Rouaud où le romanesque constituerait la « forme contemporaine de l’imagination créatrice » est rangé au niveau des foutaises. Vient ensuite une courte étude sur Goethe qui a su développer une « intelligence poétique du monde ». Quand Kenneth White pénètre ensuite dans le vif du sujet, il devient passionnant et toujours facile à suivre. Ses concepts de « littoralité », de « monde ouvert » ou de « monde blanc » sont particulièrement vivifiants. Toute la seconde partie de l’essai est un constant bonheur de lecture. Les idées dévidées aisément sur un ton fraternel, finement étayées, culminent dans l’ultime volet du recueil, « Le grand atelier de la traduction ». L’auteur sait viscéralement de quoi il parle et ses amendements portés par exemple à des traductions d’haïkus de Basho dit clairement qu’il faut être poète pour rendre la puissance originelle d’un autre poète. Là encore, le chantier est immense et ouvert, toujours à reprendre. Kenneth White sait bien qu’il lui a fallu faire des choix mais ses intuitions ont été justes et elles sont prometteuses : « Besoin d’un monde au-delà de l’humain ».
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Franz
  20 décembre 2017
Hauts Bois de Cendors Pierre
Le passage des lumières.

Souffle de l’indicible, reflet brouillé, rive dérobée, l’infini est à portée d’une conscience posée dans la lenteur, attentive à l’invisibilité incarnée par effraction : « Un monde invisible/qui s’évade en vie ». Les mots choisis et agencés en phrases denses par Pierre Cendors ouvrent avec évidence et simplicité sur le vertige métaphysique. Ils sont une transcription incertaine mais possible du passage des lumières.

Découvert sur les rayonnages irradiants de la bien-nommée librairie « Le silence de la mer » sise à Vannes, le court recueil poétique « Les hauts bois » se lit d’une traite et les vers résonnent en écho avec des pérégrinations intimes : « Ce sont de longues avenues de cimes/comme j’aimerais que vivre fut ». L’auteur est peut-être borné par la forêt de Chantilly d’où il écrit, il n’en évoque pas moins des marches sur les crêtes drômoises souvent si proches de l’azur. A noter, une petite erreur, p. 25 : « Nervure archaïque/du boulot [sic] primordial ». Le lecteur voit mal comment un terme aussi besogneux et trivial pourrait supplanter le superbe arbre blanc des terres boréales.
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