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Cronos
  07 décembre 2021
Le horla et autres contes fantastiques de Guy de Maupassant
La main écorchée :

Cette courte nouvelle est typique du style de Guy de Maupassant, un ami à lui lui raconte une histoire quand soudain quelqu’un entre dans le récit pour lancer l’intrigue. J’adore ça car je suis tout de suite transporté dans la réalité, cette nouvelle m’avait marqué car on l’avait lu au collège et qu’elle correspond en tout point à ce que j’aime lire, je suis tombé amoureux pour la première fois et c’était Guy de Maupassant. Sa plume emporte, elle marque les esprits, elle soulève questionnements et elle donne ses réponses aussi. A chaque fin de nouvelles, le lecteur que je suis se demande si c’était bien vrai, comme après une histoire racontée au coin du feu en camping.

Un ami à lui a récupérée une main écorchée, « noire, sèche, très longue et comme crispée », la main d’un grand criminel, quelle drôle d’idée me direz-vous, mais sachez que les amis de Maupassant sont ainsi et vous en découvrirez d’autres. L’histoire est à la limite du surnaturel et c’est ce que j’aime le plus.



Sur l’eau :

Ce court conte fait partit des plus réalistes mais néanmoins, il a sa touche de mystère avec la dernière phrase. Je me demande toujours si ça lui est vraiment arrivé ou s’il a tout inventé, sûrement un mélange des deux. L’auteur, qui est aussi le personnage principal, se lie d’amitiés avec un capitaine, il discute quelques pages à la lueur de la nuit quand jusqu’à la découverte finale. Ce n’est pas ma préférée mais elle est tout de même bien écrite.



La peur :

Maupassant, toujours narrateur de cette histoire, par cette fois vers l’Afrique, il y rencontre un autre capitaine, d’un plus grand navire et lisez-moi ceci : « Alors un grand homme à figure brûlée, à l’aspect grave, un de ces hommes qu’on sent avoir traversé de longs pays inconnus, au milieu de dangers incessants, et dont l’œil tranquille semble garder, dans sa profondeur, quelque chose des paysages étrangers qu’il a vus […] », et dite moi que l’écriture n’est pas un art dont il faut une imagination aussi bien pour l’écrire que pour lire. C’est ce que j’aime chez cet auteur, il stimule mon imagination grâce au sien. Ca parle de la peur d’un capitaine, et ça part en philosophie mais subtilement, il glisse la question de « qu’est-ce que la peur ? » et l’auteur y répond avec cette nouvelle.



Le loup :

Cette nouvelle raconte l’histoire d’un chasseur qui combat un loup, mais le loup n’est pas toujours celui qu’on croit. Une nouvelle que j’aime moins mais j’apprécie quand même, déjà car elle est très courte, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer et ensuite car ça me rappel au moins les histoires de chasseurs que j’entendais quand j’étais petit. C’est plus par nostalgie que je l’apprécie.



Conte de noël :

Cette histoire m’a fait rire, l’histoire d’un œuf trouvé sur le bord de la route, qui n’a rien d’anormal sauf qu’une fois mangé, une pauvre femme se prend de convulsions, ca part en vision du Christ, j’ai bien aimé ce brin de folie que nous conte le Docteur Bonenfant. Ca ne vaut pas un Charles Dickens mais il y a bien eu miracle alors ça compte !



Après d’un mort :

L’histoire d’un mort qui n’est pas vraiment mort, ou peut-être que si, vous savez la vie c’est compliqué mais cette histoire est pourtant simple. Pas ma préférée, elle ne m’a pas plus marquée que ça.



Apparition :

L’histoire d’une apparition bien étrange, qui hante encore 56 ans après ce vieux monsieur. Mais la fin est un peu frustrante, on nous compte une histoire mais on n’en sait pas plus sur le dénouement, mais c’est aussi l’occasion de faire marcher son imagination.



Lui ?

Ah le mariage, le narrateur se marie et pourtant il n’a pas l’air gai de cette nouvelle, il se mari avec une femme banale, bien sous tout rapport, classe moyenne, moyenne dans tout, mais alors pourquoi se marier ? Et bien parce qu’il y a quelqu’un derrière lui, vous savez, cette impression qu’on a quand quelqu’un nous observe du coin de l’œil, ce sentiment d’avoir quelqu’un derrière soi et quand on se retourne, il n’y a que le bruit du vent dans les arbres, personnellement c’est une nouvelle qui me fait assez peur.



La main :

Encore une histoire de main, dont le propriétaire serait venu la chercher, c’est assez farfelu comme histoire mais ça me plaît. Elle est vraiment très courte comme les autres et de démarque un peu mais sans plus.



La chevelure :

« L’esprit de l’homme est capable de tout », c’est tout ce que je retiens de cette nouvelle, moins marquante mais toujours aussi qualitative que les autres.



Le Tic :

L’histoire d’une femme qui souffre d’une drôle de maladie, un peu tout son corps est touché, un homme a un tic à la main (encore une main !) raconte son histoire d’enterrée vivante ! Rien que ça ! Et d’où lui vient son trouble. J’aime bien cette nouvelle car c’est l’époque de Charcot et des débuts de la psychiatrie, on comprend très bien comment son traité les maladies.



Un fou ?

Ici aussi on a à faire à la psychiatrie, c’est toute une partie de la vie d’un malade qu’on découvre ici et Maupassant c’est aussi ça, à partir d’un fait divers il arrive à raconter toute une histoire avec une intrigue comme si c’était un fait divers. Il garde la mémoire d’une époque.



Lettre d’un fou :

Cette fois c’est le fou qui parle dans une lettre à son médecin mais après lecture on se demande s’il l’est vraiment car ce qu’il écrit à plutôt beaucoup de sens. C’est une des histoires que je préfère.



Un cas de divorce :

« Il faudrait aimer, aimer éperdument, sans voir ce qu’on aime. Car voir c’est comprendre, et comprendre c’est mépriser […] » si je devais retenir une phrase de cette nouvelle, ce serait celle-ci, car elle représente bien l’idée que je me fais du divorce, le début idyllique du mariage où l’on se voile souvent la face sur la personne en face et sans la connaître vraiment, en tout cas à cette époque, puis vient le mariage consommé, consumé aussi avec des hauts et des bas qu’on arrive pas toujours à surmonter, puis vient le divorce et l’on voit sans se regarder.



Le Horla :

La nouvelle principale et la plus longue, ici aussi on a un cas particulièrement représentatif de l’œuvre de Maupassant. Sous forme d’un journal intime, on suit ce qui de déroule dans l’esprit d’un homme, ici aussi la psychiatrie tient un rôle important. L’époque a dû beaucoup marquer l’auteur car ses personnages sont souvent névrosés… on l’est tous un peu cela dit, mais il montre comment son siècle voyait les malades et comment les malades se voyait eux-mêmes. C’est une excellente nouvelle qui m’a beaucoup marqué dans ma jeunesse et je suis content de pouvoir la redécouvrir à nouveau à l’âge adulte.



La nuit :

Une nouvelle qui me marque par sa poésie, son charme de Paris la nuit m’a tout de suite accroché, dès la première phrase car moi aussi j’aime la nuit. L’histoire est assez triste, mélancolique mais c’est Maupassant, on ne le changera pas mais c’est aussi ce que j’aime chez lui. L’histoire est paisible même si la fin est triste.



L’homme de Mars :

La seule nouvelle qui soit vraiment de la science-fiction dans ce recueil, pas la plus marquante cependant, peut-être parce que je lis trop d’histoires avec des petits hommes verts et que cela me touche moins.



Qui sait ? :

Celle qui m’a le plus marqué, entre autres, déjà car je me suis totalement reconnut dans le personnage principal, dans ses questionnements et que j’ai le même tempérament. Une très bonne nouvelle, plutôt philosophique qui laisse à réfléchir.



Ainsi donc s’achève mon aventure avec Guy de Maupassant, aucune nouvelles ne m’a déçu, même en état fan de lui, reconnaissez que son talent tient dans sa plume, il peut rapidement mettre en situation différent genre littéraire mais toujours avec le même style.

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Tannen
  07 décembre 2021
La République de Platon
Bon… Comment parler d'un tel édifice ? Je fais le choix d'une critique hybride, mêlant avis et ressenti personnels et "humble tentative de re-formulation dans la limite de mes moyens à partir de notes prises tout au long de ma lecture". Il sera préférable en effet, si le besoin se fait sentir un jour de me remémorer quelque peu la démonstration, de me contenter simplement de parcourir ces quelques paragraphes, plutôt que de me replonger corps et âme dans l'oeuvre tout entière depuis le début. Et puis, cela sera aussi peut-être utile à quelqu'un. J'espère ne pas dire trop de bêtises ou d'approximations.

La note maximale s'impose. Il s'agit moins cependant d'une note que moi je donne sur le contenu, qu'au regard de la portée philosophique, politique, historique d'un tel ouvrage fondateur. Certaines idées sont choquantes pour le lecteur "sain" d'aujourd'hui (et j'ose m'enorgueillir d'en être) : par exemple l'expulsion de la cité des "mauvais artistes", le choix de "laisser mourir" les natures les plus fragiles pour qu'elles ne nous encombrent pas inutilement, celui de "faire mourir" les "inguérissables de l'âme" (on dirait aujourd'hui peut-être les "irrécupérables"), etc. J'ignore si on peut parler de totalitarisme, si ce n'est pas complètement anachronique, tant le pouvoir politique chez Platon l'emporte sur tout, se mêle de tout, de la vie quotidienne, de l'éducation, de la moindre activité de chacun, veut imposer d'écouter telle musique, de chanter tel chant, dicte le régime alimentaire, refuse tout changement dans la loi. Jusqu'à organiser la reproduction par la pratique de l'eugénisme… J'ai lu en tout cas que la question avait été soulevée et ne cessait de diviser les universitaires.

Ce n'est pas ça que je note, mais, je l'ai dit, la portée, et l'exercice intellectuel. Il faut évidemment lire Platon avec recul et prendre son ouvrage comme une réflexion sur la cité idéale "théorique", rationalisée, optimisée. Et sur ce point, je dois dire que cette lecture m'a procuré un bonheur intellectuel indescriptible !

De très nombreux questionnements sont totalement précurseurs. Sur le rôle de chacun dans la cité, sur la nécessité d'une redistribution des richesses, sur le sens, ou le non-sens, d'être riche, sur les causes de l'injustice, sur l'euthanasie, l'importance de l'éducation, les principes de service public, de "commun", sur le rôle des artistes, l'égalité des sexes et leurs rapports entre eux, sur l'utilité du "noble mensonge" dès lors qu'il va dans l'intérêt de la cité, sur le sentiment d''appartenance à la communauté. Et encore, sur les dérives des sophistes, des beaux parleurs, des démagogues, qui ne veulent que flatter la foule pour arriver à leurs fins de pouvoirs et d'honneurs, attentifs à ses attentes et à ses désirs, pour qui la sagesse est, non pas la connaissance de ce qui est, mais "la connaissance de l'instinct et des plaisirs de la multitude hétéroclite"… Sur le danger d'une foule souveraine qui serait soumise à ces gens-là…

La grande question de la République : qu'est-ce que la justice, la justice dans la cité et la justice dans l'homme ? En quoi est-elle "en soi" si supérieure par rapport à l'injustice ? Pourquoi l'homme juste, même s'il doit passer aux yeux des hommes pour le plus injuste, est-il malgré cela plus heureux que l'homme injuste, même s'il reçoit quantité d'honneurs et de richesses ? En quoi donc la réalité de la justice l'emporte-t-elle toujours sur son apparence ?

L'ouvrage est un long dialogue entre Socrate et trois ou quatre interlocuteurs successifs, Socrate mène l'entretien. Ils tentent ensemble de répondre à ces questions, en entreprenant de fonder en pensée la cité idéale, la plus juste qui soit, d'établir la constitution politique parfaite. On ne comprend évidemment pas tout, mais ce n'est pas le but, on prend ce qu'on peut prendre. Sur la forme de l'entretien, elle a un nom : la maïeutique. Elle consiste à se mettre d'accord au fur et à mesure de la discussion, de poser de bonnes questions, de convenir ensemble de réponses sensées et logiques, et d'avancer ainsi jusqu'à dégager des conclusions satisfaisantes pour les parties, qui doivent être proches évidemment de la vérité car faisant consensus. En fait, ce n'est pas un simple échange d'idées comme on en voit aujourd'hui, où on se contente à la fin de compter les points et où chacun reste sur ses positions.

Socrate commence par donner de premiers éléments de réponse, dont un m'a assez plu : la justice est d'une nature supérieure à l'injustice en ceci, déjà, qu'elle est nécessaire même dans l'accomplissement d'actes injustes : la répartition équitable d'un butin au sein d'une bande de pillards, reposant sur une relation de confiance entre eux ; une âme individuelle qui doit être cohérente et déterminée au moment de commettre tel méfait. S'il n'y a pas justice, il y a désordre, dissension, conflit, et on ne peut rien faire du tout.

Ensuite, tout au long de l'entretien, on assiste à la fondation en pensée de la "cité idéale" et de son équivalent dans l'âme individuelle. Comme principe fondamental, Socrate fait ressortir trois éléments constitutifs de l'une et l'autre :

- Pour la cité : la classe des gouvernants qu'il appelle les gardiens ; celle des auxiliaires (armée) ; celle de la multitude, des producteurs.

- Pour l'homme, et qui correspondent aux précédents : le principe de raison ; l'ardeur morale ou le coeur ; les désirs.

Chaque élément se voit associer une vertu. Dans l'ordre : la sagesse, le courage et la modération. L'ardeur du coeur, au milieu, en penchant vers l'un ou l'autre des deux opposés, fait que nos actions sont plutôt bonnes, quand elle va du côté de la sagesse, ou mauvaises, quand elle se soumet à nos désirs. La justice apparaît comme un équilibre entre tout ça. Cette structure tripartite permet la compréhension de l'ensemble de l'oeuvre et revient très souvent.

Plus loin, Socrate expose les conditions de réalisation de la cité idéale. Cela passe par l'établissement d'un programme d'éducation rigoureux des futurs gardiens : apprentissage de la (bonne) poésie et de la musique, de la gymnastique, étude des sciences, de la dialectique, qui rend capable de "rendre raison" et de suivre un raisonnement.

Socrate préconise aussi la mise en place d'une communauté (communisme) au sein de la cité, tant pour les richesses que pour les femmes et les enfants, de manière à ne rien posséder que les autres ne possèdent aussi. Pour limiter les dissensions, les jalousies et les procès. Ainsi, tout le monde est concerné par tout le monde, se sent le proche de tout le monde. Cela suppose de retirer dès la naissance les enfants à leurs parents, et de les élever à part. Ils deviennent de la sorte les fils et les filles et les frères et les soeurs de la communauté entière. Seuls les gardiens connaissent les vrais arbres généalogiques et organisent à partir d'eux, en secret (notion de "noble mensonge"), la reproduction, en autorisant ou non les unions.

Mais la grande idée de Socrate dans La République, c'est l'avènement des philosophes-rois, condition qu'il juge la plus nécessaire à la réalisation de sa cité. Il fait noter l'impuissance actuelle, c'est-à-dire dans l'Athènes démocratique du Ve siècle, et le martyre des philosophes en face de la multitude corrompue par les orateurs usant de rhétorique, de violence et d'intimidations ; en face des sophistes également, adeptes de la flatterie, qui s'abaissent à des attaques personnelles au lieu de discuter des questions les plus fondamentales. Tous ceux-là décrédibilisent les philosophes et l'exercice de la philosophie. Platon, par l'intermédiaire de Socrate, et connaissant le sort qui sera le sien…, exprime son désespoir devant cette inutilité de fait du philosophe dans la cité démocratique. Mais, peut-être, "par chance", qui sait, ce règne des philosophes, littéralement ceux qui sont amoureux de la sagesse, pourra advenir un jour…

Une partie que j'ai trouvée particulièrement intéressante est celle où Socrate fait la distinction entre ce qui relève de la connaissance, c'est-à-dire ce qui est connaissable (par exemple le beau en soi, qu'il appelle la "forme" du beau), et ce qui relève de l'opinion, "sur quoi on opine" (la multiplicité des choses, qu'on peut trouver belles, mais qui ne sont que semblables au beau lui-même, puisqu'on pourrait tout aussi bien les trouver laides). La première, la connaissance des formes, correspond à l'éveil et est le but de la philosophie. La seconde correspond à l'état de rêve, quand on croit que ce qui est semblable à quelque chose constitue la chose même. C'est là aussi que se distingue le visible (les choses multiples, vues) et l'intelligible (les formes, pensées).

C'est aussi sur cette base que Socrate rejette et condamne la poésie, en tant qu'elle est imitative, qu'elle ne produit pas le réel mais des apparences. Elle se trouve au troisième rang par rapport à l'Être, après la forme, donc, et la multiplicité des choses, la concrétisation, l'artisanat, dont elle ne reproduit qu'un aspect, un point de vue. La poésie est donc dangereuse car elle peut abuser les gens naïfs. Les poètes se font passer pour des experts, ils imitent par exemple le langage médical mais n'en possèdent pas la science, Homère décrit la guerre mais il n'a jamais commandé à aucune armée. Leurs compositions jouent avec l'émotion, éloignent de la raison. de plus, en entretenant notre compassion pour des personnages, ils nous rendent ensuite, par une sorte de transfert, moins maîtres de nous-mêmes pour ce qui nous arrive personnellement, notre principe rationnel se relâche, et on s'autorise plaintes et gémissements.

Le but suprême de l'exercice de la philosophie est d'accéder au "bien", qui est au monde intelligible ce que le soleil est au monde visible, il permet à l'intellect de voir. Sur ce thème, sans doute le passage le plus célèbre de cette République, l'allégorie dite de la caverne : une fois en possession de cette connaissance, qu'il a acquise, grâce au programme d'éducation et à ses dispositions naturelles, en s'échappant de la caverne où est enfermé le reste de l'humanité ignorante, le devoir du philosophe est d'y "redescendre", de libérer les autres hommes qui sont prisonniers des ombres et de l'obscurité, d'en être les gardiens, de les guider vers l'extérieur et la lumière. Socrate insiste sur le fait que c'est son devoir d'agir ainsi, car lui, pour lui, n'a aucune raison d'agir de la sorte, préférant de loin s'adonner pour toujours à la recherche de la connaissance. Ainsi, selon Socrate, un bon gouvernant est celui qui ne tient pas à gouverner mais qui le fait, en tant que juste, pour le bien de tous, contre ses intérêts et la recherche des honneurs.

Ce gouvernement idéal par les philosophes, Socrate l'appelle aristocratie, "le pouvoir des meilleurs", de la raison. La même structure et les mêmes mécanismes existent dans l'âme individuelle. L'exposé qu'il dresse ensuite concerne les principales sortes de cités dont les constitutions sont défectueuses, découlant les unes des autres et formant un genre de cycle, et leurs équivalents chez l'individu :

- la timocratie (modèle de Sparte) : recherche de la victoire et des honneurs, goût pour la richesse mais "en secret". Naît de la discorde parmi les dirigeants de l'aristocratie, qui ne sont pas infaillibles dans la pratique de l'eugénisme et peuvent se tromper. Manque d'homogénéité, perte d'harmonie. Correspondant à la partie intermédiaire de l'âme, l'ardeur morale, le coeur. Tiraillé entre aristocratie (raison) et oligarchie (désir).

- l'oligarchie : pouvoir des riches, goût public, assumé pour la richesse. On dépense pour soi, contre les lois idéales qui nous disent de ne rien posséder, mais pas encore de manière frivole, plutôt parcimonieuse. Les riches deviennent des fléaux car ils ne gouvernent pas, mais s'occupent uniquement de leurs richesses. Cité désunie, double : celle des riches et celle des pauvres. Intérêts opposés, dissensions. Domination du principe de désir. L'homme individuel correspondant vit pareillement en discorde avec lui-même, conflits de désirs.

- la démocratie (modèle d'Athènes) : naît de la négligence de la modération, incompatible avec l'appétit de richesse. La liberté au centre de tout, chacun fait ce qu'il veut. Volonté des pauvres d'un régime nouveau. Extermination et bannissement des riches, partage égal du pouvoir. Manque de cohérence et d'unité. Agréable mais privée de gouvernement réel. L'homme démocratique, oubliant la parcimonie, est en conflit intérieur entre satisfaction des désirs nécessaires (oligarchie) et celle des désirs non nécessaires. Tend à la liberté de tous les assouvir, illusion d'équivalence. Aujourd'hui, on parlerait sans doute de "caprices".

- la tyrannie : naît de l'appétit insatiable de la liberté démocratique. le peuple, aspirant à une entière liberté, se sentant contraint, se choisit un protecteur pour défendre ses intérêts. Celui-ci, promettant le partage, "prenant goût au sang", devient tyran. Il déclare des guerres pour asseoir son autorité, supprime les opposants, qui ont de la valeur, et cohabite donc avec la masse des médiocres, qui le haïssent en raison des guerres qui les ruinent. Importante garde personnelle composée d'anciens esclaves qu'il a affranchis : le peuple devient soumis à des esclaves… Parricide, il use de violence contre le peuple qui l'a engendré comme un père. L'homme tyrannique est dominé par un désir bestial, impératif ; soumission, aliénation aux émotions ; folie. Il passe du "côté obscur"... ! Lui-même tyrannisé de l'intérieur. Dans la vie privée, ou bien on le flatte, ou bien il s'abaisse pour obtenir ce qu'il veut : donc toujours maître ou esclave de quelqu'un. Ignore la liberté et l'amitié. Homme le plus injuste.

Cet exposé renvoie à la question initiale du bonheur du juste et à l'intérêt de la justice en soi, et y répond. le tyran est le plus malheureux des hommes car, au-delà des apparences, de sa prestance, il est asservi tout entier, il n'a plus de bon en lui, il est toujours pauvre car jamais rassasié, et il vit dans la crainte et la souffrance perpétuelles. Par peur, vu qu'il est entouré de gens hostiles ou flattés, il est enfermé chez lui, lui qui est torturé de désirs innombrables. L'homme royal, au contraire, le philosophe, est le plus heureux, exerçant la royauté sur lui-même et sur la cité. Il est l'être le plus libre qui soit. Ses plaisirs liés à la recherche de la connaissance sont les plus agréables. Ils sont en plus les plus "réels" car ce sont ceux qui nourrissent l'âme, et non ces illusions de plaisirs que sont les simples comblements nécessaires de manques du corps, comme la faim et la soif, qui ne font parvenir qu'à un état intermédiaire de tranquillité, et non à un état supérieur comme celui où mène la philosophie.

La justice est donc le bien suprême de l'âme. L'injuste, même s'il agit impunément, même s'il possède l'Anneau de Gygès qui rend invisible et dissimule ses actes, est toujours plus malheureux que le juste. À quelqu'un qui ne sait s'il doit agir de telle manière qui lui paraît mauvaise, le sophiste dirait : "Ne t'en fais pas, tu peux mal agir, personne ne verra rien". Ce à quoi Socrate répondrait : "Oui mais toi, tu le sauras …" Par conséquent, l'homme bon n'est pas bon par contrainte, à cause des lois ou d'un dieu qui le regarderait et voudrait le juger, mais parce que l'homme bon reconnaît la nature supérieure de la justice par rapport à l'injustice, laquelle rend malheureux en corrompant l'âme, en nous rendant avides et méprisables.

Pour finir, Socrate parle de l'immortalité de l'âme et de la récompense des justes après la mort, comme quoi l'homme juste ne peut qu'être aimé des dieux, qui ne se méprennent pas, qu'il peut être malade ou pauvre dans sa vie mortelle mais que son âme immortelle recevra la faveur des dieux. Il dit que dans la société humaine, le juste finit toujours par jouir d'une meilleure réputation, et l'injuste par se faire démasquer et devenir la risée de tous. J'ai du mal pour ma part à être d'accord avec ça : beaucoup d'injustes à mon avis triomphent et continue de triompher même longtemps après leur mort… Beaucoup de rois, d'empereurs sont encore adulés qui ont été en réalité de véritables bouchers. le mythe final d'Er soutient que la vie mortelle engage également les vies futures de l'âme, en ceci qu'au moment de se choisir une nouvelle existence (métempsycose), celle-ci, sachant déjà distinguer la vie bonne et la vie mauvaise, saura mieux choisir une vie faite de vertu. Elle ne connaîtra pas alors les tortures que réserve l'Hadès aux mauvaises âmes pendant mille ans, durée entre deux réincarnations, mais plutôt les douces délices de la vie céleste… Jolie promesse.



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Allily
  07 décembre 2021
Madame Bovary de Gustave Flaubert
Emma Bovary s’ennuie. Elle s’ennuyait déjà avant, lorsqu’elle était jeune, au couvent, rêvant du grand amour. Mais depuis son mariage, rien ne c’est arrangé, bien au contraire, cela est pire, car son mari Charles Bovary, docteur de son état, est faible. Insipide. Emma se rend vite compte qu’elle ne l’aime pas.



Lui, au contraire, est fou de son épouse et prêt à lui passer tous ses caprices, persuadé qu’ils baignent dans la félicité conjugale. 



Mais dans ce marasme qu’est devenu sa vie, Emma rencontre Léon. L’amour qu’elle attendait tant, serait-il enfin là ? 



Voilà un roman dont la renommée n’est plus à faire. Grâce à ce personnage féminin, peint dans ses plus obscures désirs et ses défauts les plus immoraux. 



Emma cherche le bonheur mais à chaque fois qu’elle croit l’avoir atteint, elle se rend compte que le quotidien, la routine, l’étouffent et qu’une fois encore la félicité n’est pas au rendez-vous. Elle suffoque dans cette vie si médiocre et l’empathie m’a étreint face à cette incapacité à ne pas savoir s’aimer. 



Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’Emma est au centre du récit mais que les premiers et les derniers chapitres mettent en exergue non pas la jeune femme, mais son mari. 



Roman de l’adultère, qui fit scandale et valu un procès à son auteur, mais également des bassesses de la galerie de personnages de cette petite bourgeoisie provinciale.



Les personnages, notamment masculins, sont vains, faibles, intéressés et lâches.



Ce roman offre un portrait de femme très intéressant, le tout servi par une belle plume mais j’ai souffert de quelques longueurs, de digressions qui ont un peu atténué mon plaisir de lecture.
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