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Malpertuis éditions [corriger]


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Ange maudit

N’est-il pas beau ce petit ange maudit, avec son petit air espiègle ? La maison des éditions Malpertuis est assez anonyme. Peu de personnes les connaissent. L’ouvrage est agréable, la très belle illustration est signée Philippe Jozelon.



Frédéric Merchadou reprend le mythe du portrait de Dorian Gray à sa sauce dans un mélange gothique classique du XIXe siècle. L’auteur a réussi à rendre une atmosphère intrigante et énigmatique autour d’un manoir, mais aussi du village qui le jouxte. Non, le gros souci est dans l’écriture. La narration à la première personne est le choix personnel de l’auteur, mais il est, ici, un énorme défaut. Tout d’abord parce qu’il est utilisé pour les deux protagonistes de l’histoire, chacun et chacune, puisqu’un homme et une femme, ont leur partie distincte. Ainsi, les trames impaires sont réservées au peintre, pairs pour la demoiselle du bourg. Ça surprend.



Outre ce récit vécu par les yeux des deux personnages, le texte est très détaillé, ce qui le rend mou et lent. Mais surtout, Philippe Jozelon use et abuse des adverbes. Il alterne belle prose et des passages bien mauvais qui donnent ça :



--- Extrait ---



« Où allez-vous avec ma jument ? Lui crié-je.

– À Chartres ! Me répond-il en hochant la tête d’un air désolé. Ordre de monsieur Maubant.

– À Chartres ? M’exclamé-je.

– Oui, à Chartres ! Gronde mon père qui ouvre brutalement la porte à en décrocher la clochette. La voiture, la jument, il va vendre tout ça. Tu n’en auras plus besoin, ma fille. Entre !

– Comment ? Mais… non ! Non ! M’écrié-je en voulant me lancer à sa poursuite de l’employé qui disparaît au loin.

– Entre, je te dis ! Ordonne mon père en me tirant par le bras pour m’entraîner à l’intérieur.



--- fin de l’extrait ---



Ce sont des dialogues absurdes. Et puis, on ne m’enlèvera pas du crâne que la narration à la première personne est une inadéquation avec les scènes d’actions.



Deux personnages qui prennent trop de champ par rapport aux autres. C’est un fait. Le petit ange maudit, dont il est censé être un figurant central à l’histoire, à en juger par la couverture et le titre, n’est au final que bien peu présent. L’auteur qui le voulait un brin démoniaque, n’arrive qu’à peindre un gamin aveugle assez sympathique, malgré sa gourmandise malsaine. Au final, j’ai aimé l’univers gothique du XIXe siècle avec ce domaine très bien détaillé, quelques scènes intéressantes. Toutefois, le village reste superflu et c’est bien dommage, comme le médecin alcoolique. Quant à la fin, on la devine bien trop vite.



Ceci dit, la narration à la première personne a permis de mettre en avant l’obsession du peintre pour sa fée verte, et l’attirance amoureuse que porte la demoiselle pour l’artiste. Au final, le potentiel du récit reste inexploité, à mon sens. Un roman moyen, ni bon, ni mauvais.
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Sous nos latitudes sombres

Sous nos latitudes sombres est un recueil de nouvelles fantastiques de Pascal Malosse, dans lequel l’auteur situe ses récits sous des climats froids et pluvieux, au sein de mers déchaînées, de villes et de campagnes européennes où le surnaturel peut surgir à tout instant et broyer ceux qui le croisent.



Plusieurs nouvelles mobilisent le surnaturel pour évoquer des thématiques sociétales bien réelles et ainsi montrer la monstruosité de certains comportements humains, ou la manière dont une société peut écraser ceux qui ne sont pas en position de domination, avec des mineurs piégés en enfer ou un arbre aux fruits sanglants qui montre à Léopold II les funestes conséquences de sa colonisation du Congo.



Ce recueil m’a plu, et je vous le recommande !
Lien : https://leschroniquesduchron..
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Contes de la vodka

Cet ouvrage a eu la difficile tâche de me faire patienter 8h dans un aéroport – lieu très propice aux échappées – et je dois avouer qu’il n’a pas démérité. Voici pas moins d’une vingtaine de nouvelles dont une bonne partie se situe davantage dans la dystopie étrange que le fantastique. Et pourtant, faire reproche de ce fait serait démontrer une franche incompréhension des subtiles variantes unissant ces deux genres.



Une pensée s’impose d’emblée : chez Pascal Malosse, les nuits sont longues et l’espoir est bref. Ce n’est toutefois pas dans un avenir incertain que prennent place ces textes, mais plutôt dans le futur alternatif d’un passé plus ou moins récent, principalement les deux premiers quarts d’un vingtième siècle effervescent et tapageur. Ces bifurcations rejetées de l’Histoire se montrent cruelles pour le sentiment humain, quand elles ne mettent pas en scène son abolition pure et simple.



Pour les malheureux piégés dans l’imagination de l’auteur, il est périlleux de fuir l’oppression du groupe pour chercher une individualité aussi désespérée qu’évanescente. Car ce sont ces dissidents-là que fauche immanquablement l’Étrange ! Parmi les miasmes temporels tourbillonnent en effet des relents politiques bien connus : les mots communisme, État, parti et frontières percent régulièrement la narration. Ces dernières, qu’elles soient de béton armé ou d’inhibition psychologique, sont un personnage récurrent que Pascal Malosse dépeint brillamment. À l’instar de l’un des protagonistes ("La Fille de la frontière"), les chutes des textes semblent elles aussi suspendre leur embardée, hésitantes face au mur final. Faut-il fuir le réel pour l’inquiétant inconnu ? Y rester et s’accommoder de sa laideur ? Toujours les fins oscillent, parfois elles tranchent ; le choix, souvent, est inattendu. Il arrive même qu’un mot secrètement gardé jusqu’à la dernière phrase dévoile délicieusement une nouvelle couche de l’insupportable ("Creusons").



Car si la plume semble aux premiers abords aussi froide et incisive que le climat qui l’a engendrée, j’ai rapidement ressenti le besoin de m’attarder sur des tournures mûrement réfléchies et polies, qui révélaient un nouveau sens à une expression ou une association lexicale, sans toutefois jamais tomber dans la pédanterie. L’auteur joue des mots d’une façon délicate et diffuse, pour nous surprendre au moment où, trop confiants, nous pensions pouvoir nous reposer dans l’horizon d’une narration toujours épurée et déterminée.



Il apparaît donc que Pascal Malosse a une réelle estime pour son lecteur, puisqu’il l’invite à siéger en juge au dénouement de chacun des récits, lui laissant le soin de trancher le dilemme éternel de l’indicible : faut-il remplir son verre d’une nouvelle rasade fantastique, ou bien s’avouer vaincu et s’en aller en éructant un dernier borborygme d’incompréhension ? Quelle que soit l’issue, c’est gagné par une indéniable ivresse que l’on se lève de table, en priant pour qu’après la langue de bois communiste, la gueule de bois se tienne, elle, sagement à l’écart.
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