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JulienDjeuks
  01 juin 2020
Les Rougon-Macquart, tome 13 : Germinal de Émile Zola
Roman de la formation politique par excellence, Germinal est peut-être aussi l’un de ceux qui met le plus en application les principes naturalistes. Lantier représente le lecteur, et même l’auteur, découvrant l’univers des mines et la dureté du travail ouvrier, pour les corps, pour la santé, mais aussi la camaraderie, l’abrutissement des esprits par la fatigue, ouvriers qui ne sont plus que des corps érotisés par l’effort, l’ensauvagement imagé par le charbon qui colore les corps et les faces. De ce choc, Zola tire les plus beaux effets littéraires : cette gigantesque mine avec ses machines hurlantes, ses grandes lumières et son trou qui fume, ses galeries intestines, apparaît comme un gigantesque monstre. Ce charbon qui entre même dans les corps, jusqu’à presque leur servir de sang, les rendant malades ou fous violents. Chaval est-il encore homme ou bien est-il devenu un animal-mineur ? Zola montre bien comment s’appliquent facilement les thèses marxistes sur le salaire minimum assurant la reproduction de la force de travail. Les mineurs vivent correctement dans les corons, mais complètent tout de même leur pécule par la culture de leur jardinet. Ils sont dépendants aussi du travail des enfants, et donc de la bonne santé de chaque travailleur. La perte d’un travailleur – mariage, accident, retraite incomplète – rompt l’équilibre fragile des familles. Dans ces conditions, le mouvement social, la grève, s’avère très difficile. La famille Maheu se dégrade rapidement. Le mouvement social, pour de simples ouvriers peut ainsi être considéré comme un sacrifice pour l’avenir d’une classe sociale dans son ensemble. C’est ainsi que l’échec de la grève n’en est un que pour les personnages, mais l’épopée tragique pose les graines de mouvements sociaux à venir. Sans manquer de dénoncer certaines dérives des ouvriers et de leur lutte (violences, vengeances), de noter les répercussions négatives comme la faillite du petit patron qui traitait le plus correctement ses employés, Zola s’inscrit bien dans la pensée marxiste : la révolte ouvrière est inévitable face à l’accaparement capitaliste croissant.

Devant les événements, la violence subie par les ouvriers, la révolte de Lantier et du lecteur sont inévitables. Celle-ci ne peut être seulement intellectuelle : face à la souffrance, à l’urgence, elle doit devenir action. Mais quelles limites à donner à cette action ? La pensée socialiste, qui privilégie les négociations et en fin de compte n’arrive à rien ; la pensée anarchiste violente qui pense à laisser exprimer la colère quitte à tout détruire… Lantier navigue entre ces pôles découvrant que chaque position a des conséquences cruelles. La première d’entre elles est de faire du Maheu un martyr et de lui-même un objet de détestation par ses collègues. L’action politique est destruction de soi, ou bien se transforme en machiavélisme détestable. Par l’exemple de son personnage, Zola propose cette réflexion au lecteur.

À côté des sources de théories politiques, le roman est traversé, alimenté, par une véritable enquête documentaire, et de terrain : visites de mines et des corons, croquis, entrevues avec les habitants, les syndicalistes, les patrons, suivi des mouvements dans les journaux, des événements… De plus, Zola y applique ses techniques naturalistes : patrimoines génétiques (alcoolisme, dérèglement du désir charnel, violence…) déterminant les personnages et leurs actions, tempérées par leur éducation, plus que par leurs sentiments qui tendent à renforcer leurs instincts ; fiches personnages développant la complexité et l’épaisseur des personnages et leur créant une vie en dehors des pages ; ébauches, plans et premiers jets… Le tout pouvant être retrouvé dans les dossiers préparatoires, scannés par la BNF (Gallica), parfois édités mais souvent incomplets.

Ce travail sur la matière du réel ne fait pas de Zola un écrivain-journaliste, car il fictionnalise ce qu’il trouve. Le but est bien autre que documentaire : les croquis sont déjà orientés fiction. Le but pour Zola est de faire un roman qui porte un reflet de la vie des hommes, ici des ouvriers, mais surtout qui laisse transparaître leurs croyances, leurs émotions, leurs espoirs… L’action politique, les convictions, ne sont pas décidées par un raisonnement raisonnable mais par le sensuel, le rapport aux sens. On éprouve par le corps, la souffrance et l’envie de révolte.
Lien : https://leluronum.art.blog/2..
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VivianeB
  01 juin 2020
Les Rougon-Macquart, tome 4 : La conquête de Plassans de Émile Zola
Zola est une valeur sûre de la littérature française et grâce à la saga des Rougon-Macquart, l'auteur a créé une vraie fresque qui nous en apprend et nous distrait toujours plus. Et pourtant, même si j'ai aimé, cette conquête m'a parue parfois longue et complexe tant je ne suis pas très connaisseuse de l'époque politique de l'action. Malgré cela, j'ai apprécié de lire un roman qui décrit parfaitement bien l'impact psychologique du savoir-être et du paraître dans une petite ville bourgeoise où intérêts fonciers, religion et dévotion sont de mises et où les faux-pas ne sont pas pardonnés jusqu'à la mise au ban social, familial.
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Lucilou
  01 juin 2020
Les Rougon-Macquart, tome 10 : Pot-Bouille de Émile Zola
Ah "Pot-Bouille"!

Un grand vent de fraîcheur et de licence souffle sur les Rougon-Macquart et c'est foutrement jubilatoire, surtout après les magnifiques mais douloureux volumes précédents de la saga ("L'Assommoir", "Une page d'amour" et "Nana).

Et ce coquin d'Octave Mouret! Bon vivant, rieur, séducteur aussi (c'est un peu le George Duroy de Zola, Octave!): il est quand même plus drôle que Serge! Mais si, vous savez, le prêtre malheureux de "La Faute de l'abbé Mouret" justement! Sacré Octave!

Nous sommes donc en 1882 et Emile Zola publie le dixième opus des Rougon-Macquart au titre évocateur: la pot-bouille, c'est la petite cuisine domestique, celle du ménage qui accommode les restes et qu'on ne sert pas aux invités. Ce sont, par extension, les petits arrangements privés, les secrets d'alcôve et les maux honteux.

Avec ce roman, comme avec tant d'autres, on reprochera à Zola de se complaire dans la crasse et le stupre, de vendre avec le scandale. On lui en voudra surtout de dépeindre ainsi les bons bourgeois. Les ouvriers... oh il peut bien écrire ce qu'il veut sur eux: qu'ils boivent, qu'ils se tapent dessus, que leurs filles finissent sur le trottoir mais les bons, les honnêtes bourgeois, c'est autre chose mon bon monsieur. Scandaleux Pot-Bouille? Oui, si on veut. Jouissif, réjouissant? Oui, c'est certain. Léger? Sans doute plus que les autres Rougon-Macquart, mais au fond pas tant que ça.

Oh et puis, même s'il y a du vaudeville dans la marmite, il n'y pas non plus de raison de bouder son plaisir après tout!

Mais revenons-en à notre Octave: il a quitté Plassans pour Paris où il s'installe dans un immeuble cossu (dans le genre haussmannien avec dorures, moulures au plafond et rampes de cuivre...), en pension chez Monsieur et Madame Campardon. Le petit provincial est jeune, audacieux, joli-garçon et ambitieux surtout. Il a bien l'intention de profiter de la vie et au passage de se trouver une maîtresse, des fois que cette dernière puisse l'aider à parvenir, ce serait parfait. Pétri d'envies et de curiosité pour son nouvel environnement, il ne tarde pas à découvrir que derrière la façade de respectabilité de l'immeuble se cache tout un monde de mensonges et d'hypocrisie, d'apparences. Entre voisins, on prend le thé, on se salue, on bavarde, on se plaint de ses domestiques et on ne montre de soi que le plus reluisant. Mais une fois les portes closes, d'autres s'ouvrent qui permettent d'arriver jusqu'à des chambres autres que la sienne -tout en haut auprès de ses domestiques qu'on feint d'ignorer le jour où moins haut, chez une voisine complaisante. Une fois les portes closes, il y a des adultères, des chagrins que personne ne console jamais, des regrets, des mensonges, des robes démodées qu'on essaie de rendre présentables, des dettes, des amours déçus, des ragots qui amusent et qui font mal... C'est dans cette jungle domestique qu'Octave doit se frayer un chemin alors même qu'autour de lui, une foule de personnages essaye de sauver les apparences et d'avoir sa part... Sa part de quoi d'ailleurs? Ce n'est pas vraiment de bonheur dont il s'agit, ni de réussite.... En revanche, c'est souvent de confort et d'argent dont il s'agit, de l'assouvissement de ses désirs aussi. Et de paraître.

Dans "Pot-Bouille", tout va très vite, le rythme est effréné, la plume d'Emile Zola est enlevée et pique là où ça fait mal avec jubilation. Elle nous offre aussi une galerie de personnages secondaires très riche: tour à tour ridicules, agaçants, cocasses, touchants ( Ô Monsieur Josserand!), détestables ou attachants, ils font la force de ce roman qui fait une peinture sans concession de la bourgeoisie bien-pensante du XIX°siècle où l'hypocrisie va de pair avec la soif d'argent et la lubricité.

Jubilatoire.
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