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Armand Lanoux (Autre)
ISBN : 2253005592
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.75/5 (sur 956 notes)
Résumé :
Serge Mouret est le prêtre d'un pauvre village, quelque part sur les plateaux désolés et brûlés du Midi de la France. Barricadé dans sa petite église, muré dans les certitudes émerveillées de sa foi, assujetti avec ravissement au rituel de sa fonction et aux horaires maniaques que lui impose sa vieille servante, il vit plus en ermite qu'en prêtre. A la suite d'une maladie, suivie d'une amnésie, il découvre dans un grand parc, le Paradou, à la fois l'amour de la femm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (94) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  27 octobre 2013
Aïe !, aïe !, aïe ! Un sujet qui fâche ! Je m'apprête à passer une nouvelle fois sous les Fourches Caudines des adorateurs et recueillir en pleine face les tomates pourries de leur ressentiment... mais c'est ainsi.
Soyons clairs. de deux choses l'une : soit je suis passée complètement à côté de ce roman sans en saisir aucunement l'immatérielle, la consubstantielle beauté littéraire ni l'élan de foi noble et pure qu'il recèle (ce qui n'est pas impossible) ; soit ce numéro 5 des Rougon-Macquart est un très mauvais cru, des plus mièvres et des plus faibles qui soit (ce qui n'est pas impossible non plus !).
Et c'est moi qui vous le dit, moi qui suis pourtant une fan absolue tant de l'auteur, qui m'a souvent tant ravie, que de son gigantesque projet littéraire — peindre une histoire naturelle et sociale sous le second Empire. Je crois qu'il peut être utile aux deux de leur rendre ce petit service en prenant d'emblée position pour dire qu'il s'agit probablement (je le rappelle ce n'est que mon avis) d'un des plus piètres romans de la série et qu'il ne lui fait vraiment pas honneur.
Quelle déception, lorsque Zola fait du Paul et Virginie ! Il n'est tellement pas sur son terrain que c'en devient risible et pathétique.
Le roman se divise en trois parties ; les première et dernière pouvant, à l'extrême rigueur, faire un peu penser à du Zola très bas de gamme En revanche cette deuxième partie, surtout, constitue l'un des pires moments qu'il m'ait été donné de passer en littérature. Émile Zola y revisite le thème du jardin abandonné de la rue Plumet qu'avait exploré Victor Hugo avec parcimonie dans Les Misérables mais qu'ici il use jusqu'à la corde de la pire façon qui soit : du mièvre, du catalogue horticole, du plan-plan à souhait. Bref, un calvaire où j'ai vraiment porté ma croix de lectrice. L'ombre, de l'ombre, du collier, de la laisse, du chien qui galope après Zola, le vrai Zola qu'on aime. Une horreur.
On voit que l'auteur s'est documenté, un peu trop même, ou trop théoriquement, il a ouvert un traité de botanique et a tout pompé et tout réinjecté dans son texte. On croirait lire du Jules Verne dans ses interminables descriptions soporifiques de Vingt Mille Lieues Sous Les Mers.
C'est encore pire que dans le Ventre de Paris, où les pléthoriques descriptions de fruits ou de légumes avaient une fonction documentaire.
Ici, c'est artificiel au possible, on comprend vite que Zola n'y connait rien en jardinage sans quoi il n'écrirait pas de telles invraisemblances sur les végétaux. Bref, le pauvre Émile a sombré dans le pitoyable remplissage dans sa seconde partie.
Pourtant, l'objectif pouvait paraître louable au départ, après deux romans parisiens (La Curée, le Ventre de Paris) et deux romans dans une petite ville de province (La Fortune Des Rougon, La Conquête de Plassans), il a voulu transporter ses Rougon-Macquart à la campagne.
Par contre, quel plantage (pardonnez-moi, c'était facile), aussi bien du point de vue de l'utilité pour son projet (absolument aucune valeur de généralisation à un pan de la société sous Napoléon III et il avait d'ailleurs déjà traité du monde ecclésiastique dans La Conquête de Plassans) que de la réussite purement littéraire qui annonce déjà, par certains côtés les pires livres du cycle, à savoir Une Page D'Amour et le Rêve. Heureusement qu'il y aura La Terre pour forger un vrai bon opus campagnard digne d'intérêt.
Pour conclure, si le scénario peut vous intéresser (au cas où les histoires de curés succombant à la tentation charnelle sont à votre goût, je vous conseillerais plus volontiers le Moine d'Antonin Artaud), il s'agit de Serge Mouret, le frère d'Octave Mouret qu'on verra à l'oeuvre dans Pot-Bouille et Au Bonheur Des Dames, le fils du couple Mouret de la Conquête de Plassans qu'on a vu entrer au séminaire à la fin de ce roman et qui maintenant vient de prendre une cure dans un petit patelin paumé non loin de Plassans (c'est-à-dire Aix en Provence) et qui dans la réalité se situe au pied de la Montagne Sainte-Victoire (si chère à son ami Paul Cézanne).
Là, notre ascète abbé va tomber, par un improbable accident, dans le piège de la tentation auprès d'Albine, une jeune fille "sauvage" vivant au Paradou, version provençale du jardin d'Eden et de la chute qui s'y produit dans la bible. Faites grincer les violons, c'est parti pour du mélo à deux balles façon La Symphonie Pastorale en moins bien.
Le frère Archangias, la Teuse et Désirée Mouret sont trois personnages hyper caricaturaux très loin de la finesse avec laquelle il sait parfois brosser des portraits percutants.
En somme, si vous aimez Zola, je ne vous le conseille pas, vous seriez déçus, si vous ne connaissez pas Zola, je ne vous le conseille pas non plus car il n'est pas du tout représentatif de l'oeuvre si puissante, si intéressante et si documentaire de son auteur.
Néanmoins, on peut lui pardonner à notre vieil Émile car il en a écrit tellement d'autres et de vraiment bons qu'on peut bien fermer les yeux sur ce que j'appellerais "La faute de l'écrivain Zola".
Et n'oublions jamais que ce n'est que mon avis, un parmi beaucoup, beaucoup d'autres, c'est-à-dire, très peu de chose en vérité.
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lyoko
  01 février 2018
Un Zola qui manque de piquant pour moi... et pourtant le sujet est brûlant puisque c'est une critique du catholicisme.
Serge Mouret, jeune curé, prend ses fonctions dans un petit village à côté de Plassans. Il rencontre vite les habitant du crus, et les jeunes filles en fleur peu farouche. C'est aussi l'occasion pour lui de rencontrer un philosophe qui vit au Paradou , petit coin de paradis végétal.
J'avoue que j'ai eu beaucoup plus de mal avec ce tome qu'avec les précédents. Les moments ou le curé se morfond sont d'un profond ennui, ainsi que les longues descriptions du Paradou. Pourtant, j'aime en général les descriptions de Zola mais quand il s'agit de végétation... ça m'intéresse beaucoup moins. C'est assez bizarre parce que dans ventre de Paris ses descriptions avaient même des odeurs pour moi. Il faut croire que le jambon a plus d'attrait que le rhododendron !
J'ai par contre particulièrement apprécié la façon dont Zola avait grimé le frère Archangias. C'est une véritable caricature. Ce style de bonhomme m'agace au plus haut point. Ce rejet des femmes , alors que lui même est bien né de quelque part m'exaspère au plus haut point. Les gens qui se voilent la face et en arrive a ce point de dénigrement ne mérite aucun respect... Mais on pourrait penser que cela n'existe plus.. et bien grande erreur. Il n'y a pas si longtemps un homme est venu sonner à la maison pour parler à mon mari.. malheur c'est moi qui ai ouvert la porte. Cet homme pour des raisons religieuses ne supporte pas la vue d'une femme.. il a donc tourné le dos a vitesse grand V quand il a vu ma tête et m'a parlé de dos... et bien il a pu parler longtemps car j'ai gentiement refermé la porte sans faire de bruit. Quelques jours plus tard il a eu le toupet de ronchonner vers mon mari en lui signifiant que je lui avais manqué de respect... je me demande sincèrement qui de nous deux avait commencé !!
Bref tout ça pour dire que Zola n'était sans doute pas a son plus haut niveau en écrivant ce roman. Il m' a pourtant fait un peu penser à Voltaire... mais le sujet de fond reste intéressant.
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isajulia
  03 juillet 2013
Dans la Conquête de Plassans, nous avons assisté à l'éclatement de la famille Mouret et la déchéance des deux parents Marthe et François. Pour continuer notre périple provençal, direction les Artaud, village pauvre et aride qui va être le lieu des événements de ce cinquième tome des Rougon-Macquart.
Quand nous avons quitté Serge Mouret, celui-ci entrait au séminaire sur les conseils de l'abbé Faujas. C'est dans sa fonction de prêtre que nous le retrouvons ici, affecté à la cure des Artaud qui est la plus pauvre de la région. Vivant avec sa soeur Désirée qui est simple d'esprit et sa fidèle Teuse, l'abbé Mouret mène une vie ascétique faite de prières et de dévotions. Un jour ou il doit faire une visite chez le maire du village, il croise sur la route son oncle, le docteur Pascal, qui le conduit au Paradou, domaine "maudit" qui suscite les commérages aux Artaud. Dans cette demeure, Serge fera la connaissance d'Albine, considérée par tous comme une sauvageonne qui suinte le péché. Peu après, Serge, de retour dans son église est victime d'un violent accès de fièvre qui lui fera perdre connaissance. Transporté au Paradou pour sa convalescence, soigné par Albine avec qui il tissera des liens très forts, Serge découvrira les mystères du domaine et de son jardin à la végétation luxuriante, lieu dans lequel il connaîtra la résurrection mais aussi la perdition...
J'ai abordé ce roman avec des pincettes, à chaque fois que j'en ai parlé à une personne de ma connaissance, l'affirmation qui revenait sans arrêt c'est : "tu vas te faire chier ! ". Cela a au moins le mérite d'être clair, j'ai donc chamboulé mon planning de lecture pour donner la primeur à ce livre afin d'être fixée une bonne fois pour toutes.
Je n'ai pas été déçue, j'ai retrouvé tous les thèmes qui m'ont séduite quand j'ai commencé les Rougon-Macquart. Bien sûr, il y a certains passages qui sont chiants, notamment à la fin du livre premier quand l'abbé est pris dans son délire de Vierge Marie, je me suis dit "ça y est voilà qu'il nous craque sa soutane celui-là!" mais globalement l'ensemble est bon, voire même très bon. Zola sait manier ses personnages et nous offre une fois de plus une palette de protagonistes à la hauteur de l'ambiance générale du roman. Ce mythe du Jardin d'Eden revisité par l'auteur est un superbe moment de lecture. Entrez sans complexes dans le jardin du Paradou, vous aussi, vous pourriez bien succomber à cette perle de poésie qui ne laisse pas indifférent.
J'ai adoré, donc comme d'habitude, ce sera 5 étoiles de notation pour ce cher Emile.
A découvrir !
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Nastie92
  06 septembre 2018
♬ Voilà, c'est fini ♬
Ça y est, j'ai enfin terminé ce roman !
Si l'on m'avait dit qu'un jour je refermerais un livre de Zola en poussant un soupir de soulagement, je ne l'aurais pas cru.
C'est pourtant ce qui vient de m'arriver.
Jusqu'ici, j'ai toujours tourné la dernière page ravie, transportée, admirative de cet écrivain de génie, mais aussi un peu triste comme à chaque fois que je quitte un ouvrage prenant.
Après le ventre de Paris, j'ai poussé un soupir de satisfaction, ayant apprécié par les cinq sens toute la palette des victuailles que Zola nous y décrit.
Après La conquête de Plassans, j'ai poussé un soupir d'admiration devant le talent de l'auteur qui a créé un personnage diabolique et monté un incroyable scénario.
Mais ici, je suis soulagée !
Je suis soulagée d'en avoir fini parce que cette lecture, loin de m'avoir enthousiasmée comme l'on fait tous les autres volumes des Rougon-Macquart que j'ai déjà lus, m'a globalement ennuyée.
Alors, oui, on reconnaît dans ce roman le style de Zola, mais...
Le thème était alléchant, mais...
Ce livre avait a priori tout pour me plaire, mais... il ne m'a pas convaincue.
Pourquoi donc ?
Tout d'abord, il y a les descriptions.
J'aime les descriptions, particulièrement dans Zola. Dans le ventre de Paris, je les ai trouvées époustouflantes. J'en ai savouré chaque phrase, chaque mot. À travers elles, l'auteur nous fait sentir, toucher, entendre, voir et même goûter toute la vie du quartier des Halles ; c'est la fête des cinq sens !
Mais ici, quand l'auteur dépeint un à un les arbres et les fleurs, le lecteur a droit à des pages et des pages qui semblent tout droit sorties du catalogue Vilmorin.
♫ Pour faire un arbre, mon Dieu que c'est long ! ♫ a chanté Hugues Aufray, et là, j'ai envie de dire : "Pour décrire un arbre, mon Dieu que c'est long !"
Trop, c'est trop. Quel ennui !
Et puis, il y a l'histoire et les personnages.
Le Paradou, sorte d'éden que le prêtre Serge Mouret découvre, va chambouler sa vie. Ce lieu paradisiaque va faire tourner la tête de l'ecclésiastique et causer sa perte. D'autant qu'il le visite en compagnie de la séduisante Albine...
Cela aurait pu être passionnant.
Le hic, c'est que je n'ai pas accroché, et que j'ai même trouvé de nombreux passages assez mièvres.
Après un début de roman que j'ai apprécié, des personnages qui me plaisent (La Teuse, particulièrement réussie), je me suis ennuyée à mourir dans ce Paradou. Il a beau être habité par d'innombrables plantes, sa traversée a été pour moi une véritable traversée du désert. J'ai donc tourné les pages sans grand plaisir, ayant hâte d'en sortir.
Dans la dernière partie du livre, mon intérêt a été, heureusement, un peu relancé.
J'ai même fini par y retrouver le Zola que j'aime. Ouf !
Conclusion ?
Dans ma lecture du cycle des Rougon-Macquart, je dirais que ce cinquième volume constitue un accident de parcours.
Je pardonne bien volontiers à Zola pour qui j'ai les yeux de Chimène, et vais poursuivre mon chemin avec lui... pourvu qu'il ne cherche pas à nouveau à m'emmener au Paradou.
Et maintenant, place à Son Excellence Eugène Rougon !
Mais avant cela, je vous offre un petit bout de Paradou pour que vous puissiez vous faire une idée. Ce n'est qu'un tout petit bout... à vous d'imaginer cela sur des pages et des pages...
"Le couple enjambait les obstacles, continuait sa marche heureuse entre les deux haies de verdure. À droite, montaient les fraxinelles légères, les centranthus retombant en neige immaculée, les cynoglosses grisâtres ayant une goutte de rosée dans chacune des coupes minuscules de leurs fleurs. À gauche, c'était une longue rue d'ancolies, toutes les variétés de l'ancolie, les blanches, les roses pâles, les violettes sombres, ces dernières presque noires, d'une tristesse de deuil, laissant pendre d'un bouquet de hautes tiges leurs pétales plissés et gaufrés comme un crêpe. Et plus loin, à mesure qu'ils avançaient, les haies changeaient, alignaient les bâtons fleuris de pieds-d'alouettes énormes, perdus dans la frisure des feuilles, laissaient passer les gueules ouvertes des mufliers fauves, haussaient le feuillage grêle des schizanthus, plein d'un papillonnage de fleurs aux ailes de soufre tachées de laque tendre. Des campanules couraient, lançant leurs cloches bleues à toute volée, jusqu'au haut de grands asphodèles, dont la tige d'or leur servait de clocher. Dans un coin, un fenouil géant ressemblait à une dame de fine guipure renversant son ombrelle de satin vert d'eau. Puis, brusquement, le couple se trouvait au fond d'une impasse ; il ne pouvait plus avancer, un tas de fleurs bouchait le sentier, un jaillissement de plantes tel, qu'il mettait là comme une meule à panache triomphal. En bas, des acanthes bâtissaient un socle, d'où s'élançaient des benoîtes écarlates, des rhodantes dont les pétales secs avaient des cassures de papier peint, des clarkias aux grandes croix blanches, ouvragées, semblables aux croix d'un ordre barbare. Plus haut, s'épanouissaient les viscarias roses, les leptosiphons jaunes, les colinsias blancs, les lagurus plantant parmi les couleurs vives leurs pompons de cendre verte. Plus haut encore, des digitales rouges, les lupins bleus s'élevaient en colonnettes minces, suspendaient une rotonde byzantine, peinturlurée violemment de pourpre et d'azur ; tandis que, tout en haut, un ricin colossal, aux feuilles sanguines, semblait élargir un dôme de cuivre bruni."
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PiertyM
  20 août 2015
Pour une lassitude naturaliste voilà un tome qui nous en donne...oufff!!! Un grand voyage dans la veine de la nature, on pourrait dire un retour à Eden mais d'une longueur massacrante que l'histoire se trouve stagner, et moi qui raffole ces descriptions de la nature, des lieux ou encore de la physionomie des personnages pour mieux agrémenter mon statut de grande voyageuse des livres...là c'en est trop, papa Zola m'a coupé le souffle! Tous ces détails sur son jardin de paradou engloberaient tous les programmes d'un professeur de Botanique dans une université pendant cinq ans ou encore c'est bien là la description d'un arbre du genre Baobab partant des racines(chaque racine bien sûr), du tronc, ensuite de chaque branche, de chaque feuille, de chaque fleur et de chaque fruit s'il y en a...c'est vraiment assommant! Au risque même de tout oublier à la fin!!!
Croyant à n'en plus finir avec ce jardin d'Eden rempli des rires innocents de la naïve Albine et de l'Abbé Mouret, un prêtre en sérieux conflit avec lui-même, donnés ici pendant un laps de temps comme Adam et Eve, mais une fois sortie de ce monde de rêve, de la tranquillité de l'âme, de l'homme réconcilié avec la nature, l'histoire va prendre une autre tournure, on sort d'un traitement au naturel qui s'avère en même temps un poison silencieux car une âme promue à la divinité chaste qui goute aux délices charnelles se trouve coincée dans une espèce de perdition, le déséquilibre devient plus qu'irréfutable...o quelles tortures pour ce jeune abbé! C'est de sa faute, après tout...non c'est la faute à son âme...non la faute à sa chair...mais face aux amours impossibles, elle est bien plus vibrante cette chair...
Oufff! Arriver au bout de ce livre ou plutôt traverser le jardin d'Éden avant de retrouver les troubles de l'âme comme c'est courant dans la famille Rougon-Macquart, c'est un grand respect pour le papy Zola, on adore toujours la finesse de son écriture!
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Citations et extraits (184) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie92   06 septembre 2018
Oui, je nie la vie, je dis que la mort de l’espèce est préférable à l’abomination continue qui la propage. La faute souille tout. C’est une puanteur universelle gâtant l’amour, empoisonnant la chambre des époux, le berceau des nouveau-nés, et jusqu’aux fleurs pâmées sous le soleil, et jusqu’aux arbres laissant éclater leurs bourgeons. La terre baigne dans cette impureté dont les moindres gouttes jaillissent en végétations honteuses. Mais pour que je sois parfait, ô Reine des anges, Reine des vierges, écoutez mon cri, exaucez-le ! Faites que je sois un de ces anges qui n’ont que deux grandes ailes derrière les joues ; je n’aurai plus de tronc, plus de membres ; je volerai à vous, si vous m’appelez ; je ne serai plus qu’une bouche qui dira vos louanges, qu’une paire d’ailes sans tache qui bercera vos voyages dans les cieux. Oh ! la mort, la mort, Vierge vénérable, donnez-moi la mort de tout ! Je vous aimerai dans la mort de mon corps, dans la mort de ce qui vit et de ce qui se multiplie. Je consommerai avec vous l’unique mariage dont veuille mon coeur. J’irai plus haut, toujours plus haut, jusqu’à ce que j’aie atteint le brasier où vous resplendissez. Là, c’est un grand astre, une immense rose blanche dont chaque feuille brûle comme une lune, un trône d’argent d’où vous rayonnez avec un tel embrasement d’innocence, que le paradis entier reste éclairé de la seule lueur de votre voile. Tout ce qu’il y a de blanc, les aurores, la neige des sommets inaccessibles, les lis à peine éclos, l’eau des sources ignorées, le lait des plantes respectées du soleil, les sourires des vierges, les âmes des enfants morts au berceau, pleuvent sur vos pieds blancs. Alors, je monterai à vos lèvres, ainsi qu’une flamme subtile ; j’entrerai en vous, par votre bouche entr’ouverte, et les noces s’accompliront, pendant que les archanges tressailleront de notre allégresse. Être vierge, s’aimer vierge, garder au milieu des baisers les plus doux sa blancheur vierge ! Avoir tout l’amour, couché sur des ailes de cygne, dans une nuée de pureté, aux bras d’une maîtresse de lumière dont les caresses sont des jouissances d’âme ! Perfection, rêve surhumain, désir dont mes os craquent, délices qui me mettent au ciel ! Ô Marie, Vase d’élection, châtrez en moi l’humanité, faites-moi eunuque parmi les hommes, afin de me livrer sans peur le trésor de votre virginité ! Et l’abbé Mouret, claquant des dents, terrassé par la fièvre, s’évanouit sur le carreau.
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LydiaBLydiaB   09 mai 2010
La Teuse, en entrant, posa son balai et son plumeau contre l’autel. Elle s’était attardée à mettre en train la lessive du semestre. Elle traversa l’église, pour sonner l’Angélus, boitant davantage dans sa hâte, bousculant les bancs. La corde, près du confessionnal, tombait du plafond, nue, râpée, terminée par un gros nœud, que les mains avaient graissé ; et elle s’y pendit de toute sa masse, à coups réguliers, puis s’y abandonna, roulant dans ses jupes, le bonnet de travers, le sang crevant sa face large.

Après avoir ramené son bonnet d’une légère tape, essoufflée, la Teuse revint donner un coup de balai devant l’autel. La poussière s’obstinait là, chaque jour, entre les planches mal jointes de l’estrade. Le balai fouillait les coins avec un grondement irrité. Elle enleva ensuite le tapis de la table, et se fâcha en constatant que la grande nappe supérieure, déjà reprisée en vingt endroits, avait un nouveau trou d’usure au beau milieu ; on apercevait la seconde nappe, pliée en deux, si émincée, si claire elle-même, qu’elle laissait voir la pierre consacrée, encadrée dans l’autel de bois peint. Elle épousseta ces linges roussis par l’usage, promena vigoureusement le plumeau le long du gradin, contre lequel elle releva les cartons liturgiques. Puis, montant sur une chaise, elle débarrassa la croix et deux des chandeliers de leurs housses de cotonnade jaune. Le cuivre était piqué de taches ternes.

— Ah bien ! murmura la Teuse à demi-voix, ils ont joliment besoin d’un nettoyage ! Je les passerai au tripoli.

Alors, courant sur une jambe, avec des déhanchements et des secousses à enfoncer les dalles, elle alla à la sacristie chercher le Missel, qu’elle plaça sur le pupitre, du côté de l’Épire, sans l’ouvrir, la tranche tournée vers le milieu de l’autel. Et elle alluma les deux cierges. En emportant son balai, elle jeta un coup d’œil autour d’elle, pour s’assurer que le ménage du bon Dieu était bien fait.
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MusardiseMusardise   25 juillet 2018
En entrant dans les ordres, ayant perdu son père et sa mère le même jour, à la suite d'un drame dont il ignorait encore les épouvantes, il avait laissé à un frère aîné toute la fortune. Il ne tenait plus au monde que
par sa sœur. Il s'était chargé d'elle, pris d'une sorte de tendresse religieuse pour sa tête faible. La chère innocente était si puérile, si petite fille, qu'elle lui apparaissait avec la pureté de ces pauvres d'esprit, auxquels l'Évangile accorde le royaume des cieux. Cependant, elle l'inquiétait depuis quelque temps; elle devenait trop forte, trop saine; elle sentait trop la vie. Mais c'était à peine un malaise. Il passait ses journées dans l'existence intérieure qu'il s'était faite, ayant tout quitté pour se donner entier. Il fermait la porte de ses sens, cherchait à s'affranchir des nécessités du corps, n'était plus qu'une âme ravie par la contemplation. La nature ne lui présentait que pièges, qu'ordures; il mettait sa gloire à lui faire violence, à la mépriser, à se dégager de sa boue humaine. Le juste doit être insensé selon le monde. Aussi se regardait-il comme un exilé sur la terre; il n'envisageait que les biens célestes, ne pouvant comprendre qu'on mît en balance une éternité de félicité avec quelques heures d'une joie périssable. Sa raison le trompait, ses désirs mentaient. Et, s'il avançait dans la vertu, c'était surtout par son humilité et son obéissance. Il voulait être le dernier de tous, soumis à tous, pour que la rosée divine tombât sur son cœur comme sur un sable aride; il se disait couvert d'opprobre et de confusion, indigne à jamais d'être sauvé du péché. Être humble, c'est croire, c'est aimer. Il ne dépendait même plus de lui-même, aveugle, sourd, chair morte. Il était la chose de Dieu. Alors, de cette abjection où il s'enfonçait, un hosannah l'emportait au-dessus des heureux et des puissants, dans le resplendissement d'un bonheur sans fin.
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MusardiseMusardise   14 juillet 2018
Une paresse engourdissait peu à peu l'abbé Mouret. Le soleil montant le baignait d'une telle tiédeur, qu'il se laissait aller contre la porte de l'église, envahi par une paix heureuse. Il songeait à ce village des Artaud, poussé là, dans les pierres, ainsi qu'une des végétations noueuses de la vallée. Tous les habitants étaient parents, tous portaient le même nom, si bien qu'ils prenaient des surnoms dès le berceau, pour se distinguer entre eux. Un ancêtre, un Artaud, était venu, qui s'était fixé dans cette lande, comme un paria; puis, sa famille avait grandi, avec la vitalité farouche des herbes suçant la vie des rochers; sa famille avait fini par être une tribu, une commune, dont les cousinages se perdaient, remontaient à des siècles. Ils se mariaient entre eux, dans une promiscuité éhontée; on ne citait pas un exemple d'un Artaud ayant amené une femme d'un village voisin; les filles seules s'en allaient, parfois. Ils naissaient, ils mouraient, attachés à ce coin de terre, pullulant sur leur fumier, lentement, avec une simplicité d'arbres qui repoussaient de leur semence, sans avoir une idée nette du vaste monde, au delà de ces roches jaunes, entre lesquelles ils végétaient. Et pourtant déjà, parmi eux, se trouvaient des pauvres et des riches; des poules ayant disparu, les poulaillers, la nuit, étaient fermés par de gros cadenas; un Artaud avait tué un Artaud, un soir, derrière le moulin. C'était, au fond de cette ceinture désolée de collines, un peuple à part, une race née du sol, une humanité de trois cents têtes qui recommençait les temps.
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MusardiseMusardise   23 juillet 2018
Lui, gardait toute l'ombre morte du séminaire. Pendant des années, il n'avait pas connu le soleil. Il l'ignorait même encore, les yeux fermés, fixés sur l'âme, n'ayant que du mépris pour la nature damnée. Longtemps, aux heures de recueillement, lorsque la méditation le prosternait, il avait rêvé un désert d'ermite, quelque trou dans une montagne, où rien de la vie, ni être, ni plante, ni eau, ne le viendrait distraire de la contemplation de Dieu. C'était un élan d'amour pur, une horreur de la sensation physique. Là, mourant à lui-même, le dos tourné à la lumière, il aurait attendu de n'être plus, de se perdre dans la souveraine blancheur des âmes. Le ciel lui apparaissait tout blanc, d'un blanc de lumière, comme s'il neigeait des lis, comme si toutes les puretés, toutes les innocences, toutes les chastetés flambaient. Mais son confesseur le grondait, quand il lui racontait ses désirs de solitude, ses besoins de candeur divine; il le rappelait aux luttes de l'Église, aux nécessités du sacerdoce. Plus tard, après son ordination, le jeune prêtre était venu aux Artaud, sur sa propre demande, avec l'espoir de réaliser son rêve d'anéantissement humain. Au milieu de cette misère, sur ce col stérile, il pourrait se boucher les oreilles aux bruits du monde, il vivrait dans le sommeil des saints. Et, depuis plusieurs mois, en effet, il demeurait souriant; à peine un frisson du village le troublait-il de loin en loin; à peine une morsure plus chaude du soleil le prenait-elle à la nuque, lorsqu'il suivait les sentiers, tout au ciel, sans entendre l'enfantement continu au milieu duquel il marchait.
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Alice Chemama est diplômée de L'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (2017), a reçu le Premier Prix de dessin pour un carnet de voyage déjanté (Concours Libé Apaj 2016) et publiera son tout premier album chez Dargaud à la rentrée 2019 ! Jeune autrice, grand talent, l'artiste impressionne par sa créativité sans borne et son style. Son premier album, Zola, avec Méliane Marcaggi au scénario, sera à découvrir en librairies en 2019. En attendant, visitez son site https://www.alicechemama.com/
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