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Leméac (Editeur)


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som
  25 mai 2019
Maïmaï de Aki Shimazaki
Attendu comme une douceur acidulée de début de chaque printemps, le 5 tome du cycle « l’ombre du chardon » tient ses promesses. Que dire de plus que ce qui n’a déjà été écrit sur le dispositif narratif immuable et la grâce constante de la plume d’Aki Shimazaki ?

Tarô, le fils sourd de la Mitsuko, figure au centre de ce volume. En plein deuil, une jeune femme vient lui présenter ses condoléances. Sont-ce les prémisses d’une romance ou le début d’une histoire beaucoup plus trouble ? Délicatesse, mouvements du cœur confus, paroles allusives, rien n’est dit, tout est suggéré. Au lecteur de faire sa part de travail.

Le charme de Shimazaki persiste plus que jamais.

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ChtiBaboun
  25 mai 2019
De sang et de lumière de Laurent Gaudé
En cet avant jour d'élection européenne, je souhaitais vous partager ce texte/poème de Laurent Gaudé. Je m'y retrouve totalement, autant dans les racines que dans la vision de L'Europe.



De sang et de lumière de Laurent Gaudé



Je viens de terres brumeuses

Qui sentent l'odeur chaude des siècles,

La teinture et le houblon.

Je viens des terres que je ne connais pas,

Qui portent des noms à la mine rouge et aux oreilles écartées :

Hazebrouck, Bousbecque, Wervicq , Wattrelos,

Battues par les vents,

Et transpercées d'humidité,

Le Nord industrieux,

Qui embrasse la Belgique

Dans un parfum de labeur.

Le Nord industrieux qui sent le charbon parce qu'il a tant creusé, tant fouillé qu'il en a fait des montagnes,

Ces terrils à la mine sombre qui veillent sur les hommes avec un air de menace.

Tant de carcasses s'y sont usé les os dans des galeries noires qui étaient comme des bouches à avaler les destins.

Le Nord qui sent la poudre aussi,

Champ de bataille depuis des siècles.

Ce temps où l'on mourait au petit matin en armée bien rangée,

Le torse percé, le visage écrasé dans la rosée

A vingt ans à peine.

Pour les armées de l'empereur,

Ou pour défendre des tranchées.

Terres d'assaut, de fuites,

Terres de villes prises, reprises, bombardées.

......

Je viens d'un monde qui sait ce que c'est que de se tordre,

Et avec ça, en plus de la misère,

En plus du dos vouté,

Il y a la guerre.

Les hommes partent, les bombes tombent et l'ennemi approche.

Il faut partir.

L'exode sur les routes de France,

On a marché avec la peur au ventre.

Mon père, nourrisson, braille en appelant le sein

Et dans les charrettes surchargées,

La peur se sentait jusque dans les tétées.

Je viens de cette foule de couvertures, de sacs, de valises mal fermées qui se pressent en direction d'Orléans où l'on sera accueilli par l'oncle et la tante.

.....

L'Europe est née là,

De ces ruines que l'on a voulu un jour transformer en projet.

De ces douleurs qu'on a voulu panser avec la paix.

Je viens de ces terres qui se sont mordues si souvent comme dans un combat de chiens.

.....

Je viens de ce vieil abattoir que fut notre continent,

Jusqu'au jour où ce mot fut prononcé : Europe,

Dans l'espoir de faire taire les loups.

On disait Europe pour calmer sa propre envie de frapper.

On disait Europe pour rompre le cycle des vengeances.

Avons-nous oublié ?

Je viens de ces terres qui savent de quoi l'Europe les a sauvées.

....

L'Europe

Qui, aujourd'hui, a des airs de vieille dame frileuse,

Chacun fait ses comptes,

Chacun se demande s'il y aurait moyen d'avoir un rabais,

Payer moins cher que celui d'à côté.

On veut bien ouvrir ses frontières si cela fait rentrer l'argent,

Mais à tout prix les fermer devant les réfugiés.

L'Europe sans joie, sans élan, sans projet

Comme un bâtiment vide.

L'Europe,

Et ma génération qui l'a croyait acquise

Sera peut-être celle qui l'enterrera.

.....

Le monde entier regarde l'Europe avec envie,

Elle seule ignore qu'elle est riche

Et s'enferme peureuse,

Avec des hésitations de vieille égarée.

La Méditerranée à visage de cimetière.

Chaque jour on meurt en tentant de la traverser.

Depuis des siècles

Chaque pays a connu ses réfugiés.

Grecs, Turcs, Algériens, Siciliens, Pieds-noirs,

Ceux qui fuyaient l'Andalousie d'Isabelle la Catholique,

Ceux qui partaient en Israël,

Les Libanais,

Je viens de cette foule pressée par l'Histoire,

Je suis fils de blessures, de contractions

Mais de la vigne et de l'olivier.

Nous sommes vieux comme le monde,

Héritiers de villes rasées, de peuples en mouvement,

Du désir fou de bâtir pour l'éternité.

....

Nous sommes les fils de l'incendie.

Et notre devoir est de contenir les flammes

Chaque fois, le même combat renouvelé,

Les contenir,

Pour qu'elles rayonnent

Plutôt que de tout brûler.
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nnb
  24 mai 2019
Fuki-no-tô de Aki Shimazaki
Je découvre l'écrivaine Aki Shimazaki depuis peu à travers deux très courts récits faisant partie du cycle « À l'ombre du chardon»...Maïmaï qui vient de paraître en 2019 et Fuki -no -to datant de 2017. Les textes évoquent des personnages récurrents mais peuvent se lire indépendamment. Sans vouloir dévoiler les intrigues, je dirais que l'écrivaine d'origine japonaise -dans une prose quasi minimaliste-possède l'art de la nouvelle intimiste et évoque délicatement la fatalité du sentiment amoureux . Je recommande vivement cette délicieuse lecture aux amateurs de littérature japonaise et du Japon en général...et m'en vais lire Azami du même auteur et de la même saga !
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